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 Sujet du message: Rousseau et les femmes
MessagePosté: 26 Juil 2008, 08:05 
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Bonjour à tous,

le sujet sur Madame Dupin, qui nous a amenés à évoquer brièvement la figure du Citoyen de Genève, m'a donné envie de tester les opinions des lecteurs du forum sur la grave question contenue dans le titre du message. :lol:

Juste pour voir : si j'ai bien compris, il y a parmi nous des rousseauistes et des anti-rousseauistes... Que pensent donc les uns (qui sont peut-être du reste exclusivement les unes, c'est à voir :shock: :oops:) et les autres des idées et des attitudes de Jean-Jacques à l'égard des femmes?

Normalement, ce devrait être plutôt du mal, mais... qui sait? Bien, j'attends vos réponses de pied ferme. :lol:

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Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots.
Jean Jaurès


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 Sujet du message: Re: Rousseau et les femmes
MessagePosté: 26 Juil 2008, 10:52 
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Claudine Cavalier a écrit:
Juste pour voir : si j'ai bien compris, il y a parmi nous des rousseauistes et des anti-rousseauistes... Que pensent donc les uns (qui sont peut-être du reste exclusivement les unes, c'est à voir :shock: :oops:) et les autres des idées et des attitudes de Jean-Jacques à l'égard des femmes?

Normalement, ce devrait être plutôt du mal, mais... qui sait? Bien, j'attends vos réponses de pied ferme. :lol:


Aïe ! Aïe ! Je vois bien vos pieds au bas de cette pente :lol: ; mais j’accepte de me laisser glisser le premier, parce que je suis sans doute celui qui connaît le moins les écrits de Rousseau, et encore moins sa vie et son rapport aux femmes.
Je n’ai qu’un vague souvenir de ses "classiques" étudiés au Lycée (ou au collège), et j’avoue, sur le tard, ne pas avoir eu l’envie de lire ses Confessions. :oops:
Aussi, mon opinion est superficielle et j'imagine réductrice ; mais puisque vous voulez ce test, ne me donnez pas un trop fort coup de pied Claudine. :lol:

En s’appuyant sur les différences naturelles entre les sexes, Rousseau fige les rapports hommes / femmes de manière opposée, même si complémentaire.
La nature de la femme (son corps, sa sensibilité) la prédestine à un rôle naturel tourné vers l’amouuuur, la tendresse, la maternité. Bref, elle donne.
A chacun son rôle, ses vertus et ses devoirs et du coup sa destinée.
Aussi, revendiquer l’égalité entre les sexes serait un non sens et un danger, puisque non naturelle et contraire à l’épanouissement des uns et des autres.
Ces différences sont pour Rousseau, une richesse, un gage de bonheur et d’équilibre. A condition que tout le monde reste bien gentiment à sa place…Pas bougé ! :lol:

Aussi, pourquoi pas ? :? Sans doute que certaines de ses contemporaines ont pu voir par là une reconnaissance affirmée de leur sexe : à l’homme ceci, à moi cela ; le tout équilibrant harmonieusement la balance des genres.

Si je ne me trompe pas, c’est une vision que je n’approuve pas, puisqu’elle tourne autour du concept de la prédestination.
Du coup, avec l’éducation, il condamne ainsi l’ensemble des femmes (ou des hommes) à suivre des rails qui ne leur étaient peut-être justement pas naturels au départ, du moins pour certain(e)s.
Manque pour moi la liberté de choix, et l’égal accès à cette liberté.

:idea: C'est idiot et hors sujet, mais enfin tout de même, je vous raconte une récente anecdote qui illustre un peu ce que je pense.
Nous avons organisé hier, avec les collègues de bureau, un petit pique-nique d'avant les vacances.
Aux filles le soin d'organiser le côté nourriture ; aux garçons le choix du lieu, l'apport des boissons et du...ballon ! :wink:
Si toutes ne s'étaient pas cassées les reins à cuisiner chez elles la veille, ce sont bien celles qui avaient préparé les meilleures salades, avec leurs petites mains, qui ont été les plus complimentées.
Elles étaient ravies ! :P :lol:
Aucune n'a souhaité jouer au foot.
Mais, moi non plus.
Aussi, quelle chance de n'avoir ni à préparer une salade, ni à me jeter dans l'herbe après un ballon ! :ping01:

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Cœurs sensibles, cœurs fidèles qui blâmez l’amour léger, si l’amour porte des ailes n’est-ce pas pour s’envoler ?


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MessagePosté: 26 Juil 2008, 13:54 
Eh bien, pour ma part, je suis férue de Voltaire, mais...également de Rousseau.
Est-ce assez singulier ? :mrgreen:

Néanmoins, et plus sérieusement, pour appréhender le système de pensée de Jean-Jacques, il est édifiant de lire l"Emile", où le philosophe évoque sa conception de la femme idéale et son rôle au sein du couple et, par là-même, au sein de la société...
(Livre V - Sophie ou la femme)

Pour ce philosophe pourtant éclairé :lol: l'existence de la femme se réduit à celle d'épouse, de mère de famille, puisque selon ses chers principes, axés sur les Lois de la nature, la faiblesse féminine apparaît, bien entendu, tributaire de la force masculine.
Ainsi, en ce qui concerne l'éducation des filles, il préconise leur formation, très jeunes, au rôle d'épouse et de mère ; arguant de l'inutilité de leur faire bénéficier d'un enseignement ouvert à la culture générale, néfaste, selon lui, à leur jugement, à leur esprit, donc à leur équilibre, et par extension, à l'intérêt de la société toute entière...

Rousseau et l'ensemble des hommes du XVIIIè siècle, voient en la femme, un être uniquement tributaire de l'homme...

Pour tenter d'étayer mon sentiment :lol: je songe aux salons parisiens, ces cercles élitistes, l'aréopage des Lumières :lol: qui ne me semblent pas, eux-mêmes, le reflet d'une évolution réellement positive de la condition féminine.
Pour résumer, au risque de paraître réductrice, je dirais que l'hôtesse n'était que la propagatrice des lumières, diffusées par ses invités.

Mme de Pompadour elle-même, n'a pu "exister" et "protéger" les encyclopédistes, que par le biais de sa relation avec Louis XV...

Pardon pour la digression :lol: mais il reste que la Révolution a permis, elle, une avancée du statut de la femme, grâce au mouvement extraordinaire de remise en question de l'ordre préétabli.
Les femmes pourront enfin, quoique difficilement, et armées d'un courage louable et d'une détermination inébranlable, pour certaines, tenter de réagir ; de faire montre d'engagement politique ; obtiendront quelques avancées notoires (droit à l'enseignement --Condorcet-- :bravo3: , au divorce...) ; avant la régression totale de leur statut... 8) (Napoléon).


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MessagePosté: 26 Juil 2008, 18:57 
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Merci à tous deux de vos réponses.

J'espère que nous allons avoir quelques avis supplémentaires : il me semble toutefois que de nos jours, il est devenu bien difficile d'approuver la pensée de Rousseau sur cette question des femmes (mais peut-être Louis-Auguste -ou quelqu'un d'autre, va-t-il me donner tort en applaudissant des deux mains la conception rousseauiste du rapport des sexes? :lol:...)
Et pourtant, il faut se souvenir qu'au XVIIIème siècle, cette violente misogynie (car c'est bien de cela qu'il s'agit chez Rousseau :( ) n'empêchait ni l'œuvre, ni le personnage lui-même d'être très populaires auprès des femmes. C'est un point qui m'a toujours étonnée... :shock:

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MessagePosté: 26 Juil 2008, 19:51 
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Claudine Cavalier a écrit:
il me semble toutefois que de nos jours, il est devenu bien difficile d'approuver la pensée de Rousseau sur cette question des femmes (mais peut-être Louis-Auguste -ou quelqu'un d'autre, va-t-il me donner tort en applaudissant des deux mains la conception rousseauiste du rapport des sexes? :lol:...)


C'est ça, Claudine, faites-moi passer pour un horrible misogyne, je ne vous dirai rien... :lol:
Moi, votre cher Rousseau, il m'ennuie profondément. Je l'ai toujours trouvé sans intérêt. :oops: C'est difficilement explicable mais c'est ainsi.
Et quand on voit, effectivement, comment il considère les femmes... :roll:

Citation:
Et pourtant, il faut se souvenir qu'au XVIIIème siècle, cette violente misogynie (car c'est bien de cela qu'il s'agit chez Rousseau :( ) n'empêchait ni l'œuvre, ni le personnage lui-même d'être très populaires auprès des femmes. C'est un point qui m'a toujours étonnée... :shock:


Les femmes aiment les mufles, parfois, vous savez, Claudine. :mrgreen:
J'ai déjà constaté qu'un homme misogyne a souvent plus de succès auprès des femmes qu'un homme attentionné et respectueux.
Je suis comme vous, cela m'étonne toujours... :roll: :lol:

Sinon, la misogynie de Rousseau - avant d'être réfléchie et théorisée - est-elle plus primairement due à ses déboires amoureux, au sentiment qu'il pouvait avoir - on sait qu'il était très fort dans le registre "personne ne m'aime, je suis incompris" - d'avoir été souvent rejeté par les femmes qu'il convoitait ?

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"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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MessagePosté: 26 Juil 2008, 20:08 
Citation:
(car c'est bien de cela qu'il s'agit chez Rousseau ) n'empêchait ni l'œuvre, ni le personnage lui-même d'être très populaires auprès des femmes. C'est un point qui m'a toujours étonnée...

Peut-être l'extrême sensibilité du littérateur, du musicien et de l'herboriste...
Il avait plus d'une corde à son arc.

Citation:
on sait qu'il était très fort dans le registre "personne ne m'aime, je suis incompris"

J'ai souvent eu la sensation qu'il l'était, incompris...


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MessagePosté: 26 Juil 2008, 21:10 
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Régicide
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J'ai peut-être mal formulé l'objet de ma perplexité... :oops: Quand je parle de la popularité de Rousseau auprès des femmes de son temps, je parle de sa popularité en tant que philosophe, pas de son éventuel succès de séducteur. Dans ce dernier domaine, on ne peut pas dire qu'il ait fait une grande carrière, mais là n'était pas ma question.

Non, ce qui est curieux à mes yeux, c'est qu'un penseur qui posait comme une évidence l'infériorité naturelle de la femme, et en déduisait la nécessité de son infériorité sociale, ait été salué en son temps, par la plupart des femmes qui le lisaient, comme "leur" philosophe ; il était l'idole du public féminin qui le percevait comme celui qui réhabilitait la femme, et lui donnait sa véritable place et sa valeur. :shock:
Bon, il y a des raisons à cela, qui tiennent en partie à l'esprit d'une époque où il ne venait tout simplement à l'idée de personne, en dehors de quelques rares "illuminés" (genre Condorcet :P ) de postuler l'égalité des sexes. L'infériorité féminine était une "vérité" à peu près totalement admise et Rousseau ne détonnait aucunement dans le concert de voix qui la proclamaient. Mais tout de même, il y a quelque chose dans l'exaltation féminine autour de son oeuvre qui m'impressionne toujours.

Sinon, je ne vais pas défendre Jean-Jacques, Louis-Auguste, mais j'ai un peu l'impression -pardonnez-moi- que vous vous faites une curieuse idée du personnage :shock: :lol: . Ce n'était pas un mufle, ni un manipulateur comme vous semblez l'imaginer...
Et pour répondre à votre question, non, je ne pense pas que sa haine, ou sa peur, des femmes ait tenu à ses échecs amoureux, ni non plus à ses particularités et difficultés sexuelles, comme l'ont charitablement supposé un certain nombre de ses détracteurs :oops:. Elle lui venait plus probablement du fond calviniste de son éducation... :lol:

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MessagePosté: 26 Juil 2008, 22:14 
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Localisation: Dans son monde...
Je tiens à préciser que j'avais bien compris l'objet de votre perplexité, Claudine, même si mon message laisse penser le contraire.
Je sais tout de même que J-J n'était pas Don Juan, loin s'en faut. :lol:

Claudine Cavalier a écrit:
Sinon, je ne vais pas défendre Jean-Jacques, Louis-Auguste, mais j'ai un peu l'impression -pardonnez-moi- que vous vous faites une curieuse idée du personnage :shock: :lol: . Ce n'était pas un mufle, ni un manipulateur comme vous semblez l'imaginer...


Je crois qu'il vaut mieux que je ne participe pas à cette discussion car je n'aime vraiment pas Rousseau et je ne peux qu'être tout sauf objectif. :oops: :oops:
Toutefois, pour moi, vous me pardonnerez de dire qu'un homme qui pousse l'indécence jusqu'à écrire un traité d'éducation tel que L'Emile - quelle que soit la qualité de l'ouvrage que je ne conteste pas - alors qu'il a abandonné toute sa progéniture aux Enfants Trouvés, est au mieux quelque peu malhonnête, au pire un vil manipulateur.
Que ne s'est-il occupé du bon développement et de l'éducation de ses enfants avant que de donner des leçons au monde ? :shock: :?:

Citation:
Et pour répondre à votre question, non, je ne pense pas que sa haine, ou sa peur, des femmes ait tenu à ses échecs amoureux, ni non plus à ses particularités et difficultés sexuelles, comme l'ont charitablement supposé un certain nombre de ses détracteurs :oops:. Elle lui venait plus probablement du fond calviniste de son éducation... :lol:

Admettons. :?

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MessagePosté: 26 Juil 2008, 22:59 
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Louis-Auguste a écrit:
Toutefois, pour moi, vous me pardonnerez de dire qu'un homme qui pousse l'indécence jusqu'à écrire un traité d'éducation tel que L'Emile - quelle que soit la qualité de l'ouvrage que je ne conteste pas - alors qu'il a abandonné toute sa progéniture aux Enfants Trouvés, est au mieux quelque peu malhonnête, au pire un vil manipulateur.
Que ne s'est-il occupé du bon développement et de l'éducation de ses enfants avant que de donner des leçons au monde ? :shock: :?:?


Aude a écrit:
Citation:
on sait qu'il était très fort dans le registre "personne ne m'aime, je suis incompris"

J'ai souvent eu la sensation qu'il l'était, incompris...


J'aimerais qu'on m'explique comment on peut considérer comme incompris un homme qui a 5 enfants avec la même femme (si mes informations sont exactes), ce qui suppose une certaine stabilité de couple, qui les abandonne :shock: et qui écrit un manuel d'éducation ensuite... :disput:

C'est l'hôpital qui se fout de la charité, non ? :ptdr:

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MessagePosté: 26 Juil 2008, 23:12 
Eh bien, pour tenter de répondre à votre question, M. de Marigny, j'avais lu un article, il y a quelques années, qui émettait deux éventualités, qui m'avaient interpellée, à l'époque. Les voici.

En ce qui concerne l'abandon des ses cinq enfants, il existe deux courants de pensée :

1) George Sand et certains médecins contestaient sa paternité. Ils pensaient qu'il était impuissant, que les cinq enfants étaient de Thérèse, et non de de lui, et que les aveux de Jean-Jacques, servaient à masquer cet état, dont il aurait eu honte ;

2) D'autres pensaient que les cinq enfants étaient imaginaires. Cette fable, à leur avis, aurait servi aux Levasseur, mère et fille, en vue de lier Thérèse à Rousseau.

Deux cents ans de débats et de recherches n'ont nullement abouti... faute de preuves irréfutables...

Du danger des idées préconçues...
:mrgreen: :lol: :wink:


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