
Notice extraite du catalogue
Louis XVI et Marie-Antoinette à Compiègne (RMN, 2006)
"L'année 1784 fut marquée par la visite à Versailles du très francophile Gustave III de Suède. Afin d'être agréable au souverain étranger, la direction des Bâtiments du Roi demanda à son Premier Peintre "en survivance", Adolphe-Ulrich Wertmüller, de peindre un portrait de Marie-Antoinette en compagnie de ses enfants.
L'oeuvre fut achevée pour le Salon de 1785. Lors de sa présentation au public, les avis furent partagés. Pour les uns, "la reine des Français [...] semblait éteindre le feu majestueux de son regard et descendre de son trône pour procurer aux bourgeois de la capitale la satisfaction de la fixer et de lui offrir l'hommage de leur coeur et de leur soumission" (
Deuxième promenade de Critès au Sallon).
Le poète de
L'Impromptu sur le Sallon, considérait que cette reine adorée se trouvait encore embellie par la présence de ses enfants à ses côtés. D'autres, en revanche, se voulaient plus critiques. L'auteur des
Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des lettres faisait même part de la surprise manifestée par la reine à la vue de son portrait. Il écrivait :
"Est-il possible qu'un aussi habile homme que M. Wertmüller, destiné à remplacer le premier peintre du roi de Suède, se connaisse si peu en grâces et en majesté ? On assure que la reine, lorsqu'elle est entrée au Salon, s'est méconnue elle-même et s'est écriée : "Quoi ! C'est moi, là ?..."
D'ailleurs, quel moment a-t-il choisi ? Elle se promène, dit-il, avec Monseigneur le dauphin et Madame, fille du roi, dans le jardin anglais du Petit Trianon, action froide et particulière, n'excitant qu'un intérêt de curiosité.
Il fallait, comme l'a observé un critique judicieux, représenter la reine montrant ses enfants à la nation, appelant ainsi tous les regards et tous les coeurs et resserrant plus fortement que jamais, par ces gages précieux, l'union entre la France et l'Autriche" (Fort, 1999, p. 301).
Invité à retravailler son tableau et à améliorer la ressemblance, Wertmüller ne sollicita pourtant de la souveraine aucune nouvelle séance de pose. Une fois le travail accompli, le tableau n'était toujours pas fidèle à la réalité. Il fut tout de même livré à l'ambassadeur de Suède à Paris en juillet 1786 afin d'être offert à Gustave III. Il est aujourd'hui conservé au Nationalmuseum de Stockholm.
Marie-Antoinette et ses enfants se promenant dans le parc de TrianonAprès cet échec auprès de Marie-Antoinette, le peintre eut quelques difficultés à se faire payer et surtout connut deux années sans recevoir de nouvelles commandes. En 1788, il peignit un nouveau portrait de la souveraine en s'inspirant du visage de 1785.
Vêtue d'une jaquette verte à rayures avec une pèlerine, une cravate blanche et un bonnet à la créole, Marie-Antoinette y paraissait moins en reine qu'en femme élégante.
(C) RMN (Château de Versailles) / Franck Raux
Marie-Antoinette en costume de chasse
par Adolf-Ulrik Wertmüller
huile sur toile
0,655 x 0,535 m
signé, situé et daté en bas à gauche : A. Wertmüller. S./ à Paris 1788.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir.L'image fit l'objet de plusieurs réductions (une conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne), dont certaines étaient destinées à quelques personnes de l'entourage de la souveraine, à l'exemple des femmes de chambre, M
me Auguié, et sa soeur, M
me Campan.
Peut-être Wertmüller avait-il tenté de rentrer en grâce par le biais de cette image à caractère privé ?
Xavier Salmon."