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 Sujet du message: A Place of Greater Safety
MessagePosté: 20 Avr 2005, 20:51 
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Bonsoir à tous,

en 1992 est paru un des meilleurs romans modernes sur la Révolution Française. A Place of Greater Safety, de Hilary Mantel, donne une vision très noire de la Révolution elle-même, mais jette un regard très humain sur ses personnages principaux. C'est un ouvrage fort et original : enfin du moins l'ai-je trouvé tel lorsque je l'ai lu il y a quelques années. :wink: :oops:

Image

Il n'existe malheureusement à l'heure actuelle qu'en anglais, mais peut-être quelqu'un ici l'a-t-il lu, et souhaite-t-il donner ses impressions? :D

Amicalement,
CC


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MessagePosté: 20 Avr 2005, 21:24 
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Bonjour Claudine,

Je ne le connaissais pas et ne l'ai donc pas lu, désolé. :oops: :(

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"La vie est comme une bicyclette. Tant que vous continuez de pédaler, vous avancez."
Otto de Habsbourg-Lorraine (20 novembre 1912 - 4 juillet 2011)


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MessagePosté: 21 Avr 2005, 03:02 
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Bonjour, Claudine:

Je connais le livre et je l'ai lu plus d'une fois. Mais je ne l'ai pas lu en Anglais. Heureusement, à Buenos Aires, où je suis née et j'habite, je l'ai trouvé en Espagnol. C'est étrange qu'on n'a pas traduit cette excellente oeuvre en Francais, puisqu'elle parle d'un sujet tout à fait Francais. :shock:

Hilary Mantel est une romancière vraiment excellente. Elle décrit les situations d'une facon extraordinnaire et a une connaissance merveilleuse de la société du XVIII siècle.Quand vous lissez le livre vous voyez les ambiences dont elle vous parle comme si vous étiez-là. Elle a aussi une empathie manifeste pour le sujet dont elle s'occupe...

Mais comme presque tous les romanciers Anglais, elle nous présente une Révolution Francaise "noire", cynique et vraiment tragique. Qu'elle a été tragique...Oui; pour les uns et pour les autres (tous les partis ont eu ses morts et ses héros)..Mais Mantel essaie de nous faire croire que, sauf pour Robespierre, qui était sincère (elle de se déclare Robespierriste! Oh, là là! :shock: ) pour tous les autres protagonistes de son livre sont entrés à la Révolution parce qu'ils n'avaient d'autre chose à faire... :angryfire: Comme le monde brûlait, il fallait bruler avec le monde. Je suis assez d'accord sur le plan de sa présentation de Danton. Je trouve le vrai Danton assez cynique. Mais , au contraire, je juge d'un très mauvais goût son portrait de Camille et Lucile Desmoulins (lui, une espèce de jeune dégenéré morbide qui ne veut la Révolution qui our notorieté personnel; elle une belle volage egoïste, trop fière de sa beauté, excentrique) et surtout, de la famille Duplay. La pauvre Eléonore nous est montré comme une jeune fille sèche, pleine de ressentiment, laide qui ne pense qu'à coucher avec Robespierre (ici on l'appelle "Max") et le marier aussitôt que possible...Babette n'est qu'une niaise nymphomane, et Victoire (comme d'habitude), n' y existe pas... :mrgreen:

En revanche, j'aime assez bien son portrait du couple Roland. Manon y est superbe! Et j'adore aussi son Fabre d'Eglantine, l'aristocratique Hérault-de-Séchelles et Théorigne de Méricourt. Trop triste sa facon de décrire Saint-Just (toujours le jeune poète manqué qui fait guillotiner Camille par jalousie) Collot (l'acteur hysthèrique...là, vous savez. C'est Carlyle... :ptdr: ) et Fouquier (l'assasin de sa femme). Trop mauvaise aussi quelques absences remarquables (nôtre cher Couthon, pour n'en citer qu'une) et l'insistence sur un Marat sinistre et sauvage, une espèce de "Quasimodo vengeur des déclassés".

Quant à l'idée centrale du livre, elle y est souvent évoqué sous la forme du titre de la fameuse ouvrage d'Hérault: "Théorie de l'Ambition". Pour Mantel, la Révolution n'a été due qu'à l'ambition de ses protagonistes et les femmes qui les éntouraient. Pour elle , un seul homme croyait à ce qu'il postulait à la Tribune: Robespierre. Mais bien sûr, elle se charge de nous démontrerqu'il est "hors de la réalité", que ses idées reposent sur le vide, qu'elles ne sont solides...Et qu'en raison de la sincerité de Robespierre pour offrir aux hommes un meilleur monde ou vivre tous les jours, justice sociale et démocratie popullaire, il a mené la France à un vrai carnage. Pour elle, comme pour tant d'autres, cet idéal ne peut pas se réaliser, car la justice et l'humanité "ne sont pas dans la nature humaine" où le "normal" est le "sauf qui peut" et l'individuallisme. C'est une pensée très Américain, vous savez...Et je l'ai souvent lue dans le livre "Paris in the Terror" d'après Stanley Loomis. :evil:

Amicalement
Vanesa.

P.S: Oui; vous avez deviné...Je suis desolée de l'absence d'Hanriot dans le livre de Mantel. :D Il aurait été un personnage plutôt comique ...Au fond, c'est moi qui ai envie d'écrire un roman sur lui. Le domestique qui va en prison et devient général...Oh, là, là! On y plonge en plein mélodrame! :wink: Mais vous avouerez aussi, qu'il y a beaucoup là dedans pour créer des situations comiques. Un peu Dickens...Mais bien sur, pas "Tale in Two Cities"... :lol:


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MessagePosté: 21 Avr 2005, 17:39 
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Bonjour Vanesa,


Ah tiens, c’est bon à savoir, pour ceux que ça pourrait intéresser : donc le roman existe en espagnol ! :P
J’espère qu’il sera traduit en français un jour, car c’est vraiment un très beau livre. Personnellement, je l’ai apprécié pour diverses raisons, et notamment, comme vous, pour des raisons purement littéraires avant tout. C’est un ouvrage très élaboré, qui cherche manifestement à renouveler la vieille tradition du roman victorien d’atmosphère et de psychologie et le fait avec un grand bonheur.

Le côté contre-révolutionnaire est une donnée de base, mais ce n’est pas ce que le livre a de plus original, justement : on est en effet dans la grande tradition anglo-saxonne de la Révolution monstrueuse, et Mantel sur ce point ne se démarque guère de Dickens ou de Carlyle.
Là où elle est vraiment personnelle, et où se situe sa grande réussite, c’est dans l’approche des personnages, car il s’agit avant tout d’un roman psychologique. Il y en a énormément, presque toutes les grandes figures de la RF y passent, mais le livre est centré sur trois d’entre eux et leurs relations : Danton, Desmoulins et bien entendu, celui que tout le monde attendait... Robespierre. :bravo3:

Maximilien bénéficie d’un portrait remarquablement fouillé : Mantel se dit robespierriste, et dans un certain sens on comprend pourquoi, même si on a le droit d’en rire :mrgreen: : l’image qu’elle donne de Robespierre est très favorable en effet, sauf qu’elle passe à peu près complètement à côté du personnage historique :shock: . Mais à part cette petite lacune :lol: , on voit un jeune homme extrêmement aimable, qu’on aime et envers lequel on éprouve une tendre pitié –le sentiment probable de Mantel elle-même :? . Il est au fond, en un peu plus torturé peut-être, assez semblable à ce qu’on peut imaginer de Robespierre dans sa vie privée : hanté par les ombres d’une enfance et une adolescence atroces, mais doux, très sensible, tendre, humain, idéaliste, généreux, attentif à ses amis et fidèle à ceux et celles qu’il aime. La bonté même, la vertu en personne. Que demander de mieux ? :wink:
Que Robespierre ait été par ailleurs, en même temps que ce pauvre et charmant garçon, un remarquable politique, un admirable théoricien de la démocratie, un homme d’Etat de haut niveau, et surtout l’un des plus implacables combattants de la Révolution, un grand fauve capable de retourner la salle la plus houleuse en sa faveur, de jouer des coups de poker politiques énormes, et d’anéantir ses adversaires en trois mots... peu importe, rien de tout cela n’apparaît dans le roman et c’est normal : ce n’est pas son sujet. :wink:

Au fond son sujet, il me semble que c’est le malheur, et ses conséquences sur les êtres. La Révolution n’est qu’un Malheur majuscule, qui écrase les individus, mais ne fait que refléter hors de leurs consciences et projeter dans l’Histoire les troubles dont ils sont rongés de l’intérieur. Chacun sera tué par ses propres démons, Danton par son insatiable soif de pouvoir et de jouissance, Desmoulins par son ambiguïté permanente, qui finit par devenir son être même, Robespierre par son incapacité à sortir, pour affronter le réel, du monde idéal qu’il s’est forgé pour survivre à son enfance et à sa jeunesse broyées. Par là encore Mantel se situe dans une solide tradition contre-révolutionnaire (la Révolution comme miroir des passions mauvaises, ce n’est pas tout neuf :lol: ) mais son originalité réside dans le traitement qu’elle lui fait subir, exceptionnellement complexe et profond. Le livre est un magnifique cauchemar, qui culmine avec les dernières scènes autour de Robespierre au bord de la folie, enfermé dans sa chambre chez les Duplay pendant qu’on exécute les dantonistes et revoyant sa mère, enceinte de l’enfant qui va la tuer, faisant de la dentelle...

Vraiment c’est un livre splendide. Ah oui, une question, vous disiez l’avoir trouvé par moments comique... Moi je l’ai trouvé sinistre d’un bout à l’autre, et j’aimerais savoir ce qui vous a fait rire. :?:

Amicalement,
CC

PS Excellente idée, le roman sur Hanriot! Bravo, j'attends de le lire avec impatience! :D


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MessagePosté: 22 Avr 2005, 01:41 
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Bonjour. Claudine:

Nous sommes d'accord . Encore une fois... :D L'oeuvre de Mantel est magnifique dans le sens littéraire. Je crois aussi que le livre fait un grand approche psychologique aux personnages. Ils sont parfaitement décrits.

Hors cela, je ne pense pas que "A Place of Greater Safety", soit "contrerrevolutionnaire". Mantel n'y montre une grande sympathie pour les aristocrates, non plus. C'est qui se passe avec elle c'est qu'au fond, elle ne croit pas aux révolutions, une idée aussi assez "anglo-saxonne". Les Anglais et les Américains croient , en général, à l'évolution et non à la Révolution. C'est plutôt anti-révolutionnaire, ou mieux encore, elle s'en fout des Révolutions :lol: .

Certes, la question sociale y a été laissé de côté. Alors, le portrait de nos bonhommes n'y est pas complet. Robespierre sans sa carrière politique, n'est pas Robespierre. :roll: Et il est de même pour les autres. (Danton, Desmoulins).

Nous sommes aussi d'accord sur le sujet principal du roman: le malheur. C'est vous qui aviez raison là dessus, pas moi. L'ambition y est présent aussi, mais le malheur y est plus fort . Tous les protagonistes de "A Place of Greater Safety" cherchent le bonheur, même les sécondaires, comme la mère de Maximilien, la nonne qui est la soeur de Danton, la mère de Lucile et Gabrielle Charpentier (Zut! Je n'ai cité que des femmes! :wink: ). Aucun des personnages n'y parvient. Et c'est ca qui est triste dans le roman...Après tout, l'ambition n'y appaiat que pour parvenir au bonheur.

Oui; la dernière scene de Robespierre en train de faire dentelle avec sa mère, une future morte est à fondre le coeur. :pleur: Là; je vois une certaine ressemblance avec le film "Danton". Vous vous souvenez de la fin de l'oeuvre d'art de Wajda? Aussi cauchemardesque que la fin du livre de Mantel. Certes, pour Wajda, la partie politique est bien plus importante que la personnelle, mais au fond, tant pour lui que pour Mantel, la Révolution est un cauchemar. Peut-être que je divague... :wink:

Mais vous voulez savoir où j'ai vu le comique dans ce livre... Vous dîtes qu'il est sinistre d'un bout à l'autre. Oui; j'y suis globalement d'accord avec vous. Néanmoins, vous avouerez que certains dialogues entre les personnages sont à rire, comme leurs monologues. Evidemment, les situations où ils sont inserts n'ont rien de comiques...Peut-être c'est que mon sens de l'humour est un peu cynique. Mais je ne le crois pas...Marat y dit bien des phrases comiques, comme Babette Duplay. Quelques scènes sont à rire aussi...Comme celle de Charlotte de Robespierre quand elle arrive chez Duplay et elle regarde Mme. Duplay comme si elle voulait la voire morte... :ptdr:

Et oui; le Robespierre "selon Mantel" est trop aimable...

Et que pensez vous des femmes protagonistes du roman?Mantel s'occupe beaucoup , par example , de Mme. Kéralio, un personnage assez peu étudié...

Amicalement
Vanesa.

P.S: Oui; je vais écrire un roman sur Hanriot, mais je vous promets qu'il n'aura rien de cauchemardesque ni de contrerrévolutionnaire....Mais certainement il aura un côté "obscur". Les idées son bienvenues... :lol:


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MessagePosté: 22 Avr 2005, 18:17 
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Bonjour Vanesa,

hum... je maintiens le terme "contre-révolutionnaire", car il me semble que pour Mantel la Révolution est effrayante et mauvaise en soi . En effet, vous avez raison : les personnages "de droite" ne sont pas plus flattés que ceux de gauche, mais la période dans son ensemble est vue comme une espèce de monstrueux chaos, dont la Terreur fait partie dès l'origine, et qui finira pas dévorer un à un les personnages, en sapant tout ordre politique et privé, et en donnant par là un pouvoir démesuré aux passions et aux fantasmes qui les minent. C'est une conception contre-révolutionnaire très banale, encore une fois, on la trouve aussi bien chez un Carlyle que chez un Taine en France. En tout cas j'ai perçu le roman comme ça, je me trompe peut-être... :wink:

Pour les ressemblances avec le film de Wajda : non, vous ne divaguez pas, elles sont très frappantes mais assez limitées, enfin je crois. La principale est le thème, central dans le roman, du couple amoureux Desmoulins-Robespierre, avec la jalousie de Saint-Just en arrière-plan : mais il est traité de façon très personnelle par Mantel, et on est au fond assez loin de ce qu'en fait Wajda :wink: ; on trouve aussi en commun une Eléonore Duplay terrifiante, un Robespierre souffrant qui finit au bord du suicide, et j'en passe. La grosse différence, c'est d'une part la complexité du propos psychologique chez Mantel, d'autre part le fait qu'elle n'idéalise pas du tout les dantonistes comme le fait Wajda, c'est même le contraire : chez elle c'est une bande d'escrocs et d'ordures sanglantes, et c'est Robespierre qui est idéalisé. :lol:

Merci des précisions sur ce que vous aviez appelé le "comique" du livre. Vous avez raison :oops: . D'un côté, beaucoup de personnages secondaires sont des caricatures ou même carrément des silhouettes grotesques : on est dans la grande tradition du roman anglais sur ce point. Mais je ne sais pas si le but de Mantel en les créant était de faire rire, ou de faire grincer des dents. En ce qui me concerne, elle a obtenu le second résultat, mais c'est personnel. En revanche, j'ai relu quelques passages pour cette discussion, et je vous accorde volontiers que certains dialogues, par exemple entre Robespierre et Desmoulins, sont drôles sans recours au grotesque. Il y a des traits d'esprit assez bons... Il faudrait sans doute que je relise l'ensemble pour mieux juger de la place qu'y tient le comique, elle est sans doute plus importante que je ne l'avais pensé.

Ah, les femmes... pour moi c'est un peu le point noir du bouquin. Elles sont très présentes, probablement plus que dans tout autre roman sur la RF. Malheureusement, sauf peut-être Théroigne qui reste marginale et disparaît tout de même assez vite, et un tout petit peu Manon Roland, elles n'existent que par rapport aux hommes :? . On le sait que la Révolution, c'était une histoire de mecs entre eux, d'accord... :mrgreen: mais Mantel en rajoute. :lol: Du coup, les femmes sont globalement caricaturées, et à mon avis, certaines le sont un peu trop :wink: et sur la base de poncifs à la limite de la misogynie . Madame Danton par exemple, ou Elizabeth Duplay, fichtre, mieux vaut ne pas être féministe pour lire les scènes où elles interviennent! :lol: Par ailleurs, tout le livre est gorgé de sexe ; c'est très bien, mais cela conduit tout de même Mantel, qui donne un peu dans le puritanisme, à beaucoup de notations pas très malines sur les femmes, et même aux scènes les plus faibles du livre. Je pense notamment à "la" scène de lit entre Robespierre et Eléonore, d'autant plus inutile que Mantel a choisi de faire de Maximilien un homosexuel, et pourquoi pas? Mais le faire coucher avec Eléonore, à mon avis, sert juste à montrer celle-ci comme à la fois manipulatrice et frigide... Bof... Si on ajoute qu' en plus on a droit à tous les détails du fiasco, c'est un peu lourd. :lol:
J'avoue ne pas avoir gardé un souvenir très net du personnage de Louise de Keralio :oops: . Pouvez-vous me rappeler à quel moment elle intervient dans le livre? J'irai relire les passages, faute de temps pour tout reprendre (750 pages, quand même, et en anglais :mrgreen: ) maintenant...

Amicalement,
CC


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MessagePosté: 23 Avr 2005, 02:25 
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Bonjour, Claudine:

Non, non. Vous ne vous trompez pas. C'est peut-être un choix de mots. Je vois le roman sous la même lumiere que vous. En tout cas, je ne vois pas une grande différence entre "contre-révolutionnaire" et "anti-révolutionnaire". D'autre part, pas seulement les romanciers anglo-saxons pensent que la Révolution est un chaos horrible. Une conception pareille peut-être trouvée chez Burke. Quand on lit ce genre de livres, on comprend le sentiment qui est derrière les idées de ces écrivains, romanciers ou non: la peur. Comme chez Taine, ils ont peur et imaginent la révolution comme une noire orgie de sang, sexe et eau-de-vie... :cry:

Oui; Wajda est assez simple dans sa facon de nous présenter les personnages et les drames psychologiques du film. Mais on sait bien que dans un film ce n'est pas facile de montrer les nuances psychologiques , politiques, humaines d'un personnage historique. La littérature est bien plus riche que le cinéma, ou peut-être il vaut mieux dire, qu'elle parle un langage différente. Et oui...Wajda penche par danton, tandis que Mantel préfère Robespierre.

Evidemment, Mantel ne veut pas nous faire rire, mais grincer les dents...C'est l'humour anglo-saxon, quoi! :lol: Le mot "drôle" pour décrire les dialogues Maximilien-Camille me parait juste. Vous devez penser que le Francais est ma deuxième langue et comme je pense en Espagnol, je fais souvent un mauvais choix des mots. Vous êtes plus habile que moi pour exprimer les nuances des expressions et des mots en Francais. Oui: drôle convient bien plus que comique aux dialogues du livre de Mantel. :D

Quant aux femmes du livre: oui, vous avez raison. Elles n'y existent que par rapport aux hommes. Même cette Caro qui est la maîtresse de Hérault-de-Séchélles et qui est supposée d'être une femme "libre". J'aime mieux Théroigne, mais elle est décrite comme une femme souvent stupide et bien sur, dès le debut du roman on trouve la folle qu'elle allait être, ce qui me paraît excessif. Qu'elle a toujours été drôle? Peut-être...Mais ce n'était pas une anormale dès 1789. Bien sûr, je déteste la facon dont Mantel portraye nôtre chère petite Elizabeth Duplay, mais je ne sais pas ce qui peut vous deplaire de la Mme. Danton du livre. (Je suppose que vous parlez de Gabrielle Charpentier et non de Louison Gelly). J'imagine cette hônete dame, assez semblable au portrait de "A Place of Greater Safety". Elle n'était pas ni très intelligente, ni très jolie, ni très spirituelle...Du moins d'après le peu qu'on connait d'elle. :roll: Vous avez même son portrait, où l'on ne voit pas quelqu'un de très remarquable. . En revanche, je n'aime pas la Lucile Desmoulins qui apparait dans le roman. Rien à voir avec la douce petite Lucile que j'ai construit dans mon imagination. (Et oui; je vous le repets: Je suis une romantique... :love: ) La scène "du lit" entre Robespierre et Eléonore est horrible. la seule chose que j'y ai aimé est la pensée de Eléonore à propos de "Brount", supposant que le chien allait entrer dans la chambre pour lui passer la langue sur tout le corps... :lol: Drôle de pensée, mon Dieu! Mais je ne pense pas que Robespierre y apparait comme un homosexuel. Je le vois plutôt avec une sexualité enfantine, et surtout qu'il ne tire aucun plaisir du sexe (evidemment, je parle toujours du Robespierre de Mantel, pas du véritable Maximilien... :wink: ) Ce que je ne comprends pas est pourquoi Mantel a choisi de nous peindre son héros comme ca...C'est idiot. :x

Mlle. Kéralio apparaît à plusieurs reprises dans le livre: d'abord, à Arras, où elle participe aux rencontres littéraires de Robespierre et ses amis. Nôtre Maximilien reste surpris par le talent de Louise, et écrit, spéciallement pour elle, un discours où il defend le droit des femmes à entrer dans les Académies (Nous connaissons très bien ce document, mais il ne l'a point écrit en pensant à Louise Kéralio). Puis, Mlle. Kéralio abandonne Arras. Pour Mantel, elle était éprise de Robespierre, et elle propose à celui-ci de la suivre. Robespierre dit "non" :lol: (selon l'autheur, en ressentant qu'il venait de comettre un erreur). Elle repparaîtra à Paris, déjà mariée à Robert. On la décrit comme une femme "les doigts toujours tâchés d'encre", bien intellectuelle et qui tient à s'habiller comme les dames de l'Ancien Régime. On la verra aussi en compagnie de Lucile Desmoulins et Mme. Danton, la nuit du 9-10 Août, où elle perd les nerfs quand elle pense que son mari peut {etre en danger de mort. Lucile doit donc, consoler Louise et ranimer Mme. Danton, qui s'evanouit au petit matin...D'après ce que j'ai lu, cela correspond assez exactement à ce qui s'est réellement passé. (Lucile à écrit le tout dans son journal...pas dans le faux journal qui lui invente Mantel mais dans le vrai).

Amicalement
Vanesa.


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MessagePosté: 23 Avr 2005, 21:16 
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Bonsoir Vanesa,

oui oui, je me souviens maintenant des scènes avec Louise de Kéralio. J'avais trouvé que Mantel la "ratait" complètement, et que c'était dommage parce que c'est une des figures féminines les plus intéressantes de la RF. Mais je plaide coupable, j'ai un problème avec les personnages féminins du roman. Ils me paraissent entièrement sacrifiés aux figures masculines. En tout cas merci du rappel! :D

Je pense qu'on est globalement d'accord... Pour ce qui est de la présentation de la vie amoureuse de Robespierre, vous avez raison, elle apparaît comme infantile, mais il me semble que le goût pour les hommes y tient une place importante. Ah, il faudrait que je relise pour être sure. Sa relation avec Camille est de toute façon une relation amoureuse, non?

Quant aux raisons qu'a pu avoir Mantel de choisir cette représentation de Robespierre, j'en vois deux : d'une part, ça correspond bien à l'ensemble de sa personnalité telle qu'elle l'imagine, qui est celle d'un enfant blessé enfermé dans un univers idéal et incapable d'en sortir ; par ailleurs, malgré le "robespierrisme" de Mantel :wink: , je soupçonne là l'influence des vieux clichés royalistes sur le pauvre Incorruptible :oops: :( :wink: : ils sont un peu tardifs, on ne les trouve pas trop de son vivant, mais ensuite, tout y passe, Robespierre impuissant, voyeur, "inverti", etc. L'image de l'homme à la sexualité "froide" et déviante est bien ancrée dans un imaginaire hostile à Robespierre où je crains que Mantel n'ait puisé...
Au passage, je me demande pourquoi Couthon n'apparaît pas auprès de Robespierre :?: : c'est une lacune énorme, car s'il y a eu un homme qui a été proche de Maximilien, en politique comme dans la vie, c'est bien lui. Il est comme "gommé" du roman, bizarre, non? :wink:

Amicalement,
CC


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MessagePosté: 24 Avr 2005, 01:03 
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Bonjour, Claudine:

Oui, j'ai aussi trouvé bizarre que Mantel commence à nous parler de Louise Kéralio rien que pour l'oublier complètement à la moitié du roman. C'est une injustice. A propos de cela, Louise Kéralio est l'une des femmes de la RF la plus delaissée par les historiens...Je ne parviens pas à en savoir le pourquoi? :idea:

Ben...Je suis assez naïve. Pour moi, l'amitié profonde entre Camille et Maximilien qui nous montre le roman de Mantel n'est que cela: une amitié profonde entre deux hommes. Mais oui, vous avez raison. Quand Mantel nous fait savoir que Camille a eu une petite rélation homosexuelle lorsqu'il était jeune, on peut imaginer qu'il pouvait être aussi sexuellement attiré par Robespierre. :? Oui; il se peut bien...

Et les femmes..Oh! Les femmes! Pour Mantel elles sont toutes ou des idiotes ou des manipulatrices, des vraies sorcières...Elle n'a pas eu la moindre pitié, ni même par Louison Danton, qui est une hideuse petite bourgeoise en miniature... :roll: :twisted: Pour ne pas parler de la volage Lucile.

Certes, l'absence de Couthon est étrange. Et il aurait été un personnage magnifique dans le livre. Il était très prochain de Maximilien, encore plus que Saint-Just (du moins, c'est ce que je pense). Et puis, vous savez: le sinistre infirme terroriste et libertin (selon la tradition contre-révolutionnaire) c'était un personnage a ne pas rater! :lol: Même Vadier a eu plus de place dans le roman que nôtre Georges-Aristide , et ca je ne peux vraiment pas me l'expliquer! :angryfire:


Ah! J'oubliais! Que pensez vous de la facon qui a Mantel de portrayer les parents de Maximilien et son milieu familial?

Amicalement
Vanesa.


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MessagePosté: 24 Avr 2005, 21:20 
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Bonsoir Vanesa,

j'ai un très bon souvenir de tout ce qui touche à l'enfance de Robespierre dans le livre. La grande force de ces passages me paraît être qu'ils sont vus "de l'intérieur" et acquièrent de la sorte beaucoup de finesse et de profondeur. Sinon, les représentations des parents et du cercle familial de Maximilien me paraissent conformes au peu qu'on en sait : peut-être Mantel en rajoute-t-elle un peu dans la noirceur? Mais j'ai bien aimé les scènes avec Jaqueline Carraut qui m'ont paru émouvantes.

Quant à l'absence de Couthon, ma foi, je ne sais pas trop à quoi l'attribuer. En tout cas, c'est une constante : du "triumvirat" inventé par les Thermidoriens, la postérité, bonne ou mauvaise, n' a retenu que l'Incorruptible et l'Archange :( . Le troisième est resté en retrait, dans l'ombre, et je crains que le roman, au fond, ne reflète tout bêtement cet oubli... Aucun doute pourtant sur le fait que le plus proche ami de Robespierre, ainsi que son plus fidèle soutien politique, c'était Couthon et pas Saint-Just. Les contemporains l'ont tous noté, et dans l'ensemble n'associent pas beaucoup "Antoine et Maximilien" (au fait, avez-vous lu le roman de Jamet qui porte ce titre? :mrgreen: :oops: ) alors qu'ils ne dissocient plus guère, à partir de 93, "Aristide et Maximilien"... :lol: Remarquez qu'un auteur comme Michelet, champion de la niaiserie dans certains domaines mais fin psychologue dans d'autres, ne s'y est pas trompé : pour lui Couthon était la "seconde âme" de Robespierre, c'est-à-dire son ami cher entre tous. Il faut dire que Michelet était expert en amitié. :D Bref, tout ça pour dire que c'est bien dommage que Couthon soit absent chez Mantel. :lol:

Heureusement, il existe un très beau roman français sur Couthon (où Robespierre est présent, naturellement :wink: ), L'Arbre de Vie, de Bernard Chambaz. Vous connaissez? :?:

Amicalement,
CC


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