Bonjour, Claudine:
Mais, non! Je ne croyais pas que vous n'aviez plus d'interêt sur le sujet qu'n est en train de discuter. Je supposais que vous étiez plutôt en vacances. Les forums de l'hemisphére nord sons presque morts depuis le debut de l'été. Voilà tout...
En retournant à nos moutons , je ne sais pas si Hanriot etait conscient lui même de la différence entre la théorie Jacobine et la pratique. Il était issu d'un milieu assez populaire - j'écris bien "assez" puisqu'il était propiétaire de deux maisons, l'une dans la rue de la Clef, et l'autre dans la rue Battoir - et avait des amis dans sa section (section "Jardin-des-Plantes", après, "des Sans-Culottes"), comme Voisin , ouvrier métallurgiste qui l'informaient de tout ce qui se passait au faubourg, donc, il ne pouvait ignorer la réalité.
Mais analyser les ordres du jour d'Hanriot est un bon exercice pour trouver la liason entre théorie et pratique dans la politique de l'An II. Je voudrais aussi savoir, si le feu qui avait pris les Petits-Augustin a pu être etteint aussi facilement que le Commandant Général le décrit, ou si ce n'est qu'une de ses petites fantaisies. Si le fait a eu lieu de la façon dont Hanriot nous le faît connaître, il serait incontestable qu'au moins une partie de la popullation partageait la conception Républicaine "in extremis" de Jacobins et voulait faire d'elle une réalité quotidienne par moyen de la pratique. Si les gens ont couru ettenidre le feu sans y être appellés, c'est quelque chose de surprenante et Hanriot aurait eu raison s'il pensait que le genre humain allait être regéneré.
D'autre part, la susdite "réalité" arrivait chez lui sous la forme de lettres pas forcement agréables, qui devaient le faire réfléchir entre ce qu'il voulait et ce qui se passait regulièrement aux quartiers populairs (sans parler de le peu de soutien qu'il avait dans la Garde Nationale, comme vus venez de le rappeler). Voilà cette autre petite perle, écrite par les blanchisseuses de son fauburg (et elles avaient été ses principales partisannes, tout comme les métallurgistes, selon Burstin Haim)
"...F... satellite de Robespierre, il te va bien avec tes belles phrases de nous dire de nous priver de tout en bonnes républicaines. Fais-nous donc accoutumer à ne pas manger, à ne pas blanchir le linge que tu porte, ainsi que tous tes j...-f... de député qui ne manque de rien et qui se dise républicains et sans-culottes. Nous sommes aussi bien mordu d'une chienne que nous l'étions d'un chien, tu nous embête dans tes ordres; nous savons à quoi nous entenire, ne nous fait pas toujours maltraités par tes argousins, car tu pourrai bien la danser avec tous les Robespierre et les f...-j... de sa bande qui nous font tuer tous nos enfants et mourire de faim.
Les citoyennes blanchisseuses du fauburg Saint-Marceau...." -Archives Nationales, AF II 368.
Voilà...Théorie et pratique ne se marient pas, et je suppose qu'Hanriot (je crois qu'il était assez candidement sincère) devait être génuinement surpris d'être ainsi rejetté par ses "petites soeurs Sans-Culottes". Mais comme on le voit très bien, il n'ignorait pas ce qui se passait dans son propre quartier. Il savait même, qu'il commençais à être impopulair. L'opinion d'un homme qu'il devait très bien connaître, si l'on juge la façon familiale dont la lettre est écrite, lui envoye ce gentil avertissement:
"...En bon sans-culotte je te préviens que le bruit qui court sur ton compte s'accrédite. L'opinion publique commence à te démériter. Ainsi, il suffit de te dire ce qui y donne lieu pour y remédier d'une manière à ne pas sortir de ta place, comme tous ceux qui depuis le 14 juillet de 1789, ont occupé des places. On en veut à tes aides de camp à épolette, à leur insolence, à ta nouvelle maison, à ta manière de parler à tous le monde, à l'air que tu donne d'importance lors que tu sort avec ton cortège, enfin, que tu déplai même à ceux qui ont juré au comité de Salut Public de te protéger. Je vois ton temps tirer à sa fin. Sauve ta tête si tu peux.
LEGRAND, ton ancien ami..." -Archives Nationales. AF II, 368.
Dommage que ni la lettre écrite par Lenormand, ni celle des blanchisseuses, ne porte aucune date ...mais ils montrent assez bien le divorce qui existait entre la militance populaire et les autorités Jacobines.
Amicalement
Vanesa.