Bonjour,
Résumer Thermidor en un nombre raisonnable de lignes est un exercice très difficile... Je le tente malgré tout, à mes risques et périls.
En deux mots d’abord : Thermidor est la « journée » de la Révolution qui voit la chute brutale de Robespierre et du groupe de révolutionnaires qu’on appelle, assez arbitrairement d’ailleurs, les « robespierristes » : avec l’Incorruptible « tombent » deux membres du CSP, Saint-Just et Couthon, deux membres du CSG, David et Lebas, l’essentiel du personnel de la Commune de Paris (dont le maire, Lescot-Fleuriot, et le général de la garde nationale, Hanriot), plusieurs membres des Commissions exécutives, et enfin une partie du Tribunal Révolutionnaire. Les événements qui ont conduit Robespierre du gouvernement à l’échafaud se sont enchaînés en quarante-huit heures, de la façon suivante :
- Le mouvement « anti-Robespierre » part de la Convention : l’Incorruptible, mis en difficulté dès le 8 thermidor suite à un violent discours de sa part où il dénonce les tares du gouvernement révolutionnaire, est finalement, le lendemain, empêché de parler, mis en accusation et arrêté en compagnie de Saint-Just, Couthon, Lebas et son frère Augustin Robespierre.
- Son arrestation provoque une tentative d’insurrection lancée par la Commune, qui après un démarrage assez réussi, échoue rapidement faute de cohérence de la part de ses promoteurs et sans doute d’enthousiasme de celle des sections parisiennes : un petit nombre de militants seulement répondent à l’appel aux armes, et la garde nationale, bien mobilisée au départ par Hanriot, son commandant "robespierriste", recule inexplicablement au lieu de prendre d’assaut la Convention.
- Cette insurrection avortée, après lui avoir fait très peur, fournit à la Convention une raison imparable de mettre « hors la loi » non seulement toute la Commune insurgée, mais aussi l’Incorruptible lui-même et ses amis qui, mal et tardivement solidarisés avec les sections révoltées, se sont réfugiés à l’Hôtel de Ville. Sous le commandement de Barras, les sections modérées de Paris, restées fidèles à l’Assemblée, assiègent le bâtiment et le prennent sans difficulté. Elles y trouvent les deux Robespierre et Couthon gravement blessés, Lebas mort, Saint-Just enfermé dans un silence dont il ne sortira plus : on ne saura jamais avec certitude ce qui s’est passé entre les cinq députés...
- Le 10 thermidor, un TR hâtivement remanié condamne à mort, sur simple reconnaissance d’identité, Robespierre, son frère et ses amis, ainsi qu’une quinzaine de leurs partisans. Ils sont exécutés dans la soirée : les jours suivants, c’est tout le personnel de la Commune et une partie de celui du TR qui les suit, en trois fournées qui aboutissent à un peu plus de cent morts sans jugement.
Voilà pour les événements « bruts ». Leurs causes demeurent extrêmement problématiques et divisent les historiens. Thermidor est-il le fruit d’un complot contre Robespierre ? On peut répondre oui et non : il est hors de doute qu’il y a eu un complot, qui a regroupé contre l’Incorruptible des hommes de trois tendances : des ultra-terroristes corrompus (comme Fouché, Barras ou Fréron) qui craignaient son jugement ; des révolutionnaires « de gauche », terroristes mais honnêtes, type Billaud et Collot d’Herbois, qui semblent avoir sincèrement redouté de sa part une tentative, sinon de s’emparer seul du pouvoir, du moins de liquider à son propre profit le gouvernement révolutionnaire ; enfin des députés de la Plaine, qui suite aux victoires des armées révolutionnaires, estimaient nécessaire d’en finir avec le gouvernement d’exception, sa violence et surtout ses lois sociales. Le premier groupe a, semble-t-il, servi d’intermédiaire entre le deuxième et le troisième : Fouché a plus tard raconté comment il avait négocié avec Boissy d’Anglas, chef de la Plaine, la fin de l’Incorruptible et de son système « populaire » contre l’impunité pour les crimes des ultra-terroristes pourris.
Mais par ailleurs, la fin de Robespierre est en partie conjoncturelle : il est certain qu’il est mort à un moment où le gouvernement révolutionnaire tel qu’il le concevait ne pouvait plus subsister et où les événements dévoilaient cruellement la part d’utopie contenue dans son rêve de démocratie sociale. Les Comités de gouvernement, pourris de l'intérieur, se déchiraient entre eux, la Montagne, profondément divisée, était en voie d’implosion, le mouvement populaire, étranglé au printemps avec la chute des hébertistes, ne pouvait plus servir de base au régime, l’amélioration de la situation militaire rendait insupportable aux classes dirigeantes, déjà profondément hostiles à la notion même de démocratie, les mesures sociales et économiques mises en place en faveur des plus pauvres... Enfin le pays, épuisé par la guerre et la dictature, aspirait à la fin de la Terreur. Si Thermidor ne s’était pas produit, il y a fort à parier que Robespierre et ses partisans auraient été assez rapidement, d’une façon ou d’une autre, éjectés de la scène politique.
Voilà, en quelques mots : j’ignore si je réponds un peu à vos questions...

Il existe de bons livres sur ces journées plus fameuses que réellement connues : le meilleur est probablement celui de F. Brunel,
Thermidor, 1794, Editions Complexe, 1989.
Cordialement,
CC.