
Texte extrait du livre
Les plus belles pages manuscrites de l'Histoire de France (BNF / Robert Laffont - 1993)
Présentation par Yann Fauchois"Manon Roland a été exécutée deux fois. Une première fois lorsque le couperet de la guillotine s'est abattu le 8 novembre 1793 après le procès expéditif qui a suivi celui de ses amis girondins. Une seconde fois par l'historiographie, qui, reprenant l'accusation jacobine, l'a longtemps jugée avec le regard que l'on portait sur la politique girondine. Avec cette circonstance aggravante que, femme, elle aurait transgressé la réserve due à son sexe en politique, en étant l'inspiratrice quasi clandestine de ses amis qu'elle aurait largement contribué à perdre par ses préjugés.
Manon est née dans un milieu d'artisans parisiens aisés où elle reçoit l'éducation soignée des bourgeois du siècle des Lumières. Elle découvre Plutarque à huit ans et lit La Nouvelle Héloïse à vingt. L'enfant sera difficile à marier, d'autant que sa culture mondaine la coupe des milieux populaires et que son milieu social lui barre l'accès aux élites nobiliaires. Plus qu'un mari, c'est un complice qu'elle recherche, un égal avec qui prolonger ses spéculations intellectuelles : elle le trouve en la personne de Jean-Marie Roland, un inspecteur des manufactures, de vingt ans son aîné, qu'elle épouse en 1780.
Les époux vivent dans le Beaujolais lorsque la Révolution les saisit. C'est en 1791 qu'ils se rendent à Paris où ils rencontrent Brissot qui était déjà leur correspondant. Madame Roland tient un salon que fréquentent, dans une ambiance studieuse, les futures gloires girondines. Surtout elle aide son mari dans sa nouvelle activité politique : aux Jacobins, quand il s'occupe de la correspondance, puis lors de ses passages au ministère de l'Intérieur - c'est elle qui rédige la lettre à Louis XVI qui provoque le renvoi des ministres patriotes et qui, après la chute du trône, aurait été la réelle instigatrice du bureau de l'Esprit public au ministère de l'Intérieur. Aussi est-elle arrêtée au 31 mai 1793, lorsque les sections parisiennes envahissent la Convention pour obtenir la tête des députés girondins. C'est de sa prison qu'elle rédige ses Mémoires, sur ces cahiers qu'elle transmettait clandestinement aux amis qui la visitaient encore. Là elle revit sa vie à l'envers, comme une destinée l'acheminant vers la mort politique. Elle s'y présente avec une cohérence qui ne dément pas le rôle dans lequel on l'a enfermée : la femme d'une coterie.
C'est qu'elle possède une fougue et une radicalité qui nous valent parmi ses extraordinaires portraits celui de Danton qu'elle détestait particulièrement et qui le lui rendait bien. Elle a saisi que le collègue de son mari était une nature, un homme d'instinct, un orateur-né, à la fois terrible et jovial, capable de prêter sa voix à la patrie en danger mais aussi de laisser s'accomplir, sans férocité, les plus abominables massacres.
Yann Fauchois."
Madame Roland (1756-1793), par Heinsius, en 1792
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Cliquez sur l'image pour l'agrandir. Portrait de Danton par Madame Roland :"[...]
L'activité de l'imagination me porte à me représenter les personnes dans le costume et l'action qui me paraissent convenir à leur caractère. Je n'ai pas vu deux ou trois fois une figure un peu signifiante que je ne l'habille dramatiquement. Cela se fait de soi-même pour ainsi dire, sans projet de ma part; c'est le sentiment de la chose principale qui appelle naturellement les accessoires. Aussi le monde est-il pour moi une étrange mascarade, j'y remarque souvent une double scène ou des personnages à plusieurs rôles et je fais des tableaux tous les jours.
Voyez-vous ce demi-Hercule dont les formes grossières sont plus rudes que prononcées : son amplitude annonce sa voracité; l'audace sur le front, le rire de la débauche sur les lèvres, il adoucit vainement son oeil hardi cavé sous des sourcils mobiles. La férocité de son visage dénonce celle de son coeur; il emprunte inutilement de Bacchus une apparente bonhomie et la jovialité des festins; l'emportement de ses discours, la violence de ses gestes, la brutalité de ses jurements le trahissent.
Donnez-lui un poignard; qu'il marche à la tête d'une horde d'assassins moins cruels que lui, auxquels il désigne ses victimes et dont il encourage les forfaits; ou bien, gorgé d'or et de vin, laissez-lui faire le geste de Sardanapale : voilà Danton. Je défie l'artiste exercé qui voudrait peindre un homme dans ces deux situations de trouver un meilleur modèle.
à gauche, Danton par David - à droite, Danton (anonyme, Musée Carnavalet)
Cliquez sur les images pour les agrandir.Quant à Fabre d'Eglantine, vêtu en tartufe, le stylet à la main, calomniant d'un côté, dérobant de l'autre, intriguant toujours, qu'il joue Basile si vous voulez, il ne sera jamais lui-même qu'en ne cessant pas de mentir. [...]"
Quelqu'un pourrait-il me conseiller un livre sur Madame Roland, svp ?
Merci d'avance.
