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 Sujet du message: La dernière lettre...
MessagePosté: 16 Oct 2005, 21:53 
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Seize Octobre oblige, je vous livre ce soir le texte de la dernière lettre de Marie-Antoinette, adressée à Madame Elisabeth, le 16 octobre au matin et qui ne parvint jamais à sa destinataire.

L'authenticité de cette lettre a été contestée par certains historiens mais n'a jamais été mise en doute par les archivistes. Elle porte la signature de Fouquier-Tinville et celles des commissaires ayant procédé à l'inventaire des effets de la souveraine.

Fouquier-Tinville la remit à Robespierre. Le conventionnel Courtois, chargé de trier les papiers de l'Incorruptible après Thermidor, la conserva, tentant de la négocier à la Restauration, en échange de son pardon.

" Ce 16 octobre, à 4h. 1/2 du matin.

C'est à vous, ma soeur, que j'écris pour la dernière fois; je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère; comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments.

Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien; j'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants; vous savez que je n'existais que pour eux et vous, ma bonne et tendre soeur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse ! J'ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille était séparée de vous. * Hélas ! La pauvre enfant, je n'ose pas lui écrire; elle ne recevrait pas ma lettre. Je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra. Recevez pour eux ma bénédiction; j'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur; que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère par des conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer.
Que mon fils, à son tour, rende à sa soeur tous les soins, tous les services que l'amitié peut inspirer; qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se trouver, ils ne seront jamais vraiment heureux que par leur union. Qu'ils prennent exemple de nous. Combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolations !
Et dans le bonheur, on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami; et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille ? Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père : qu'il ne cherche jamais à venger notre mort.


Image

Lettre de Marie-Antoinette à Madame Elisabeth.
© Centre historique des Archives Nationales.


J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon coeur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine. Pardonnez-lui, ma chère soeur : pensez à l'âge qu'il a, combien il est facile de faire dire à un enfant ce que l'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas.
Un jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de votre tendresse pour tous deux.

Il me reste encore à vous confier mes dernières pensées. J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès; mais outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide, que je n'en aurais pas eu le temps.

Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée et que j'ai toujours professée. N'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s'ils y entraient une fois, je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que dans sa bonté, Il voudra bien recevoir mes derniers voeux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'Il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté.

Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous, ma soeur en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis adieu ici à mes tantes et à tous mes frères et soeurs. J'avais des amis : l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant; qu'ils sachent, du moins, que jusqu'à mon dernier moment, j'ai pensé à eux.

Adieu, ma bonne et tendre soeur, puisse cette lettre vous arriver ! Pensez toujours à moi; je vous embrasse de tout coeur ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu, qu'il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu ! Adieu ! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre; mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un seul mot et que je le traiterai comme un être absolument étranger."


* :arrow: C'est une erreur due au fait que les deux femmes ont été interrogées séparément.

La Reine tracera encore ces quelques mots sur son livre d'heures, aujourd'hui conservé à la bibliothèque de Châlons-en-Champagne :

"Ce 16 8bre à 4h 1/2 du matin

mon dieu ! ayez pitié de moi !
mes yeux n'ont plus de larmes pour pleurer pour vous, mes pauvres enfants; adieu, adieu !

Marie Antoinette"


Image

puis, plus tard, elle prendra le chemin de l'échafaud et sera admirablement croquée par David :


Image

Pour dépasser le cas de la Reine, je crois qu'un livre avait paru, il y a quelques années, qui recueillait un ensemble de "dernières lettres" de condamnés à l'échafaud particulièrement émouvantes ou intéressantes. Si quelqu'un pouvait m'en donner les références exactes, je lui en serais reconnaissant. :wink:

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"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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MessagePosté: 17 Oct 2005, 00:37 
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Comme vous pouvez le deviner, j'ai moi-même songé à ce triste anniversaire de la mort de notre reine préférée ce 16 octobre...
Aussi, si vous avez illustré le célèbre dessin de David, vous savez qu'il en existe un autre du même auteur avec la tête coupée de Marie-Antoinette. Je sais que ce dessin conservé au palais du Luxembourg se trouve aussi dans un autre forum que nous connaissons fort bien. A l'époque, il y a deux ans, ce fut Claudine Cavalier qui prit l'initiative de l'illustrer sur PH... Peut-on faire de même sur la Folie ? Ce dessin est très peu connu au détriment du premier. IL est même par ailleurs étonnant, car le visage de Marie-Antoinette paraît beaucoup plus jeune et en contradiction avec les commentaires contemporains qui la présentent comme une femme prématurément vieillie par les chagrins et les rigueurs de la prison...


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MessagePosté: 17 Oct 2005, 07:30 
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Voici le dessin, Dominique : :wink:

Image

" La décollation de Marie-Antoinette par David.

Ce dessin à la plume attribué au peintre Jacques-Louis David, constitue l’une des seules représentations connues de la décollation de Marie-Antoinette. Les traits du visage et la technique employée présentent de nombreuses similitudes avec ceux du dessin de David conservé au Louvre, " Marie-Antoinette conduite à l’échafaud ". David fut personnellement témoin de l’exécution. L’auteur des commentaires accompagnant le dessin serait peut-être Gracchus Babeuf."

Dessin et commentaire sont visibles sur le site du Sénat. :wink:

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MessagePosté: 17 Oct 2005, 18:00 
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Eh oui, terrible lettre...

Louis Auguste, je pense que vous faites allusion au livre d'Olivier Blanc. Je ne sais pas s'il y a plusieurs éditions. Je vous donne les références de mon exemplaire :
Olivier Blanc, "La dernière lettre ; prisons et condamnés de la Révolution", Robert Laffont, Paris 1984.

Amicalement,
Ph. Royet.


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MessagePosté: 17 Oct 2005, 19:28 
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Merci beaucoup, Philippe pour les références ! :P
Je ne me rappelais plus que l'on devait ce livre à Olivier Blanc mais c'est bien cet ouvrage que je cherchais ! Merci !! :D :P

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MessagePosté: 19 Oct 2005, 08:26 
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Je viens d'avoir l'occasion de voir une émission consacrée à Marie-Antoinette. En ces journées difficiles, certains propos m'ont fait du bien. Enfin, on ose dire que son meurtre était inutile, mais qu'il répondait à un besoin politique: il fallait que le peuple se sente uni par "un pacte du sang". Cela fait longtemps que j'en suis venue à cette conclusion, mais l'entendre prononcer m'a fait un bien indicible... Voilà qui rompt enfin avec cette tradition qui pose comme postulat que, dans tous les cas, la révolution avait raison, et qui, par conséquent, passe au crible la vie de la malheureuse souveraine pour traquer l'erreur fatale qui l'a conduite à l'échafaud. Il n'y en avait pas! Enfin, pas plus que chez tout un chacun, because nobody's perfect... Non, juste la nécessité d'un assassinat fondateur pour planter plus profond les racines d'un régime naissant...
Requiescat infelix Antonia in pace!

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MessagePosté: 19 Oct 2005, 19:55 
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pimprenelle a écrit:
Non, juste la nécessité d'un assassinat fondateur pour planter plus profond les racines d'un régime naissant...


M'est avis, chère Pimprenelle, que l' "assassinat fondateur" ou de rupture, s'il faut en trouver un, a eu lieu le 21 janvier précédent avec l'exécution du Roi, et non le 16 octobre.

Le 21 Janvier, on rompt avec huit siècles de dynastie capétienne. On tue le Roi, au nom du peuple souverain, en espérant tuer la Monarchie.

Le 16 Octobre, on ne fait que mener à l'échafaud "la veuve Capet", "l'Autrichienne", "la nouvelle Messaline"...etc. La portée symbolique me semble bien moindre que celle du 21 janvier mais ce n'est que mon avis. :wink:

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MessagePosté: 20 Oct 2005, 09:45 
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Cher Louis-Aguste, ces deux meurtres, à mon avis, sont aussi répugnants l'un que l'autre. Mais, en octobre 1793, quel danger représentait encore Marie-Antoinette? Elle n'avait aucun poids politique. On aurait pu...
Son exécution précipite le basculement dans la terreur, ouvre à cette nouvelle ère sanglante, plus que celle du roi, à mon avis. Marie-Antoinette avait déchaîné, bien malgré elle, les passions les plus effrayantes au sein du peuple. Les chefs de la révolution ne s'y ont pas trompé: à l'heure où le nouveau régime vacillait dangereusement, ils lui ont offert en pâture le "venin de l'hydre". On l'a sacrifiée comme une gorgone, je vous prie de m'excuser de verser dans la mythologie, mais on en est bien là, à mon avis, en plein irrationnel.
L'exécution de Louis XVI présente, je crois, un aspect moins émotionnel, plus "propre". Lui ménageant l'intimité d'un carrosse, ne lui liant point les mains, on lui a permis, en quelque sorte (du moins, je l'espère de tout coeur!) de mourir en roi. Celle de Marie-Antoinette bascule dans la plus âpre cruauté.
De là, peut-être, le fait qu'elle fascine encore à ce point les foules... D'un côté, la marche de l'histoire qui, le 21 janvier, a mis fin, avec la personne du souverain, à des siècles de monarchie absolue... de l'autre, les débordements des plus noirs instincts... De part et d'autre, hélas, les souffrances de deux êtres humains...
Je me calme... avant de sombrer dans la révolte, c'est mauvais pour ma tension... et vous salue bien amicalement, cher Louis-Auguste. Je me plais à vous voir, par vos interventions avisées, temporiser mon lyrisme!
pimprenelle

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MessagePosté: 20 Oct 2005, 13:29 
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pimprenelle a écrit:
[...]ne lui liant point les mains[...]


Le Roi a bien eu les mains liées, chère Pimprenelle, mais seulement au pied de l'échafaud, certes, et non durant tout le trajet qui l'y menait. :wink:

Citation:
Je me plais à vous voir, par vos interventions avisées, temporiser mon lyrisme!


Comptez sur moi, là-dessus, je suis là pour cela. :D

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MessagePosté: 21 Oct 2005, 14:59 
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Citation:
Le Roi a bien eu les mains liées, chère Pimprenelle, mais seulement au pied de l'échafaud, certes, et non durant tout le trajet qui l'y menait.


Merci du renseignement, Louis-Auguste. Je l'ignorais. De plus, les prisonniers étaient liés à la planche, n'est-ce pas? Quelle horreur...

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