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Inscription: 14 Fév 2005, 23:47 Messages: 4249 Localisation: Dans son monde...
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Seize Octobre oblige, je vous livre ce soir le texte de la dernière lettre de Marie-Antoinette, adressée à Madame Elisabeth, le 16 octobre au matin et qui ne parvint jamais à sa destinataire. L'authenticité de cette lettre a été contestée par certains historiens mais n'a jamais été mise en doute par les archivistes. Elle porte la signature de Fouquier-Tinville et celles des commissaires ayant procédé à l'inventaire des effets de la souveraine. Fouquier-Tinville la remit à Robespierre. Le conventionnel Courtois, chargé de trier les papiers de l'Incorruptible après Thermidor, la conserva, tentant de la négocier à la Restauration, en échange de son pardon. " Ce 16 octobre, à 4h. 1/2 du matin.
C'est à vous, ma soeur, que j'écris pour la dernière fois; je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère; comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments.
Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien; j'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants; vous savez que je n'existais que pour eux et vous, ma bonne et tendre soeur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse ! J'ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille était séparée de vous. * Hélas ! La pauvre enfant, je n'ose pas lui écrire; elle ne recevrait pas ma lettre. Je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra. Recevez pour eux ma bénédiction; j'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur; que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère par des conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer. Que mon fils, à son tour, rende à sa soeur tous les soins, tous les services que l'amitié peut inspirer; qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se trouver, ils ne seront jamais vraiment heureux que par leur union. Qu'ils prennent exemple de nous. Combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolations ! Et dans le bonheur, on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami; et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille ? Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père : qu'il ne cherche jamais à venger notre mort. Lettre de Marie-Antoinette à Madame Elisabeth. © Centre historique des Archives Nationales.J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon coeur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine. Pardonnez-lui, ma chère soeur : pensez à l'âge qu'il a, combien il est facile de faire dire à un enfant ce que l'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas. Un jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de votre tendresse pour tous deux.
Il me reste encore à vous confier mes dernières pensées. J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès; mais outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide, que je n'en aurais pas eu le temps.
Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée et que j'ai toujours professée. N'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s'ils y entraient une fois, je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que dans sa bonté, Il voudra bien recevoir mes derniers voeux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'Il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté.
Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous, ma soeur en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis adieu ici à mes tantes et à tous mes frères et soeurs. J'avais des amis : l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant; qu'ils sachent, du moins, que jusqu'à mon dernier moment, j'ai pensé à eux.
Adieu, ma bonne et tendre soeur, puisse cette lettre vous arriver ! Pensez toujours à moi; je vous embrasse de tout coeur ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu, qu'il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu ! Adieu ! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre; mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un seul mot et que je le traiterai comme un être absolument étranger."*  C'est une erreur due au fait que les deux femmes ont été interrogées séparément. La Reine tracera encore ces quelques mots sur son livre d'heures, aujourd'hui conservé à la bibliothèque de Châlons-en-Champagne : "Ce 16 8bre à 4h 1/2 du matin
mon dieu ! ayez pitié de moi ! mes yeux n'ont plus de larmes pour pleurer pour vous, mes pauvres enfants; adieu, adieu !
Marie Antoinette" puis, plus tard, elle prendra le chemin de l'échafaud et sera admirablement croquée par David :  Pour dépasser le cas de la Reine, je crois qu'un livre avait paru, il y a quelques années, qui recueillait un ensemble de "dernières lettres" de condamnés à l'échafaud particulièrement émouvantes ou intéressantes. Si quelqu'un pouvait m'en donner les références exactes, je lui en serais reconnaissant. 
_________________ "Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."
Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)
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