Je fais remonter cette discussion, parce que j'ai essayé de me renseigner un peu plus exactement sur l'aspect concret du pouvoir de Robespierre sous le régime de salut public de la Révolution.
Et c'est vraiment difficile de juger.
Pour l'Assemblée, j'ai toujours le même sentiment qu'il n'a pas joué un rôle aussi grand qu'on le dit, sauf pour l'application (mais pas vraiment l'organisation) de la Terreur politique, et le culte de l'Être Suprême, qui a mes yeux, fait partie de la Terreur (mais j'ai peut-être tort).
Pour le Comité de Salut Public, j'ai lu ce qu'en disaient Gérard Walter et Albert Mathiez, et tous deux pensent qu'il a vraiment pris une part très concrète, et prépondérante, dans l'action de cet organe. Je les crois, surtout parce que le carnet publié dans Mathiez prouve bien que Robespierre s'est occupé de beaucoup de choses, vraiment plus que je ne croyais.

Le compte des arrêtés qu'il a rédigés, qui est chez Walter, est aussi très utile pour mieux comprendre qu'il a vraiment été un membre actif du Comité. Mais peut-être, pas forcément le plus important tout de même, ni son directeur ; en fait, c'est assez semblable à l'Assemblée, je crois : il y a beaucoup de domaines très importants dont Robespierre paraît ne pas s'être occupé du tout. Mais c'est vrai aussi qu'il a rédigé le règlement interne du Comité, qui était très précis et autoritaire, donc qu'on peut penser qu'il faisait une fonction d'encadrement au moins, sinon de direction...
A la Commune, je n'arrive pas à savoir s'il agissait lui-même ou seulement s'il avait confiance dans les hommes qu'il avait placés pour mener une politique conforme à ce qu'il voulait. J'ai l'idée que c'est plutôt la seconde hypothèse qui est bonne.

Et c'est la même chose pour le tribunal révolutionnaire...
Il reste le club des Jacobins, qui était, me semble-t-il, le lieu où il avait vraiment le pouvoir. Et là, c'est très dur pour moi de me faire une idée : j'ai l'impression qu'il a complètement écrasé le club et l'a dominé, que s'il a été un dictateur, c'était à cet endroit-là. Mais je ne mesure pas très bien l'influence que ce club aux ordres de Robespierre avait sur la politique du pays : est-ce qu'il l'impulsait, ou l'encadrait, je ne sais pas.

Je sais qu'il était organisé, et qu'il avait une influence grâce à ses filiales et à sa correspondance, mais le résultat réel, je ne le connais pas assez bien pour acquérir une opinion solide.
Donc pour moi il y a encore beaucoup de lacunes dans la question de l'omnipotence de Robespierre. Il avait plus de pouvoir que je ne croyais apparemment, mais je n'arrive toujours pas à bien cerner les lieux et les limites de ce pouvoir.
Je suis donc ouvert à tous les avis sur cette question : sur ce que j'ai écrit, si c'est faux,

et sur ce qu'on peut dire pour éclaircir les points obscurs.