Louis XVI
par Louis-Simon Boizot (1743-1809)
buste
marbre
H. : 0,78 m (piédouche compris)
L. : 0,52 m
pr. : 0,36 m
signé au dos : par Boizot 1777
Musée national du château de Versailles; M.V. 5789
Historique : Antichambre du Petit Trianon avant la Révolution. Porté au château de Saint-Cloud le 23 mai 1827. Entré au musée national du château de Versailles en avril 1831 (Archives des musées nationaux, Z. 12 1831, "Etat des objets d'art. Rentrés au dépôt de Versailles. Et sortant de diverses réisdences royales, depuis le 1er août 1830.")
Quitte les réserves du musée du Louvre pour retourner au château de Versailles le 20 novembre 1920. Restauré par A. Clerget en 1923."Le roi, coiffé d'une perruque à catogan, le visage tourné de trois quarts vers la gauche, est en habit de cour : veste richement brodée, jabot de dentelle et grand manteau enveloppant les épaules.
Il porte l'ordre de la Toison d'Or en pendanr, tandis que la plaque de l'ordre du Saint-Esprit est fixée sur le côté gauche de sa veste et que le grand cordon barre le côté droit du buste.
Ce buste fut commandé par la reine en 1777, pour faire pendant, au Petit Trianon, à celui de son frère Joseph II, dont le sculpteur avait eu l'occasion de modeler les traits d'après nature lors du voyage de l'Empereur en France au printemps 1777.
Joseph II (1741-1790), empereur germanique, par Boizot (1777)
(C) Photo RMN - ©Gérard BlotLes deux bustes furent exposés au Salon de 1777 mais celui de Louis XVI (n°257) remporta moins de succès que celui de Joseph II. Les
Mémoires secrets (1780, p. 277), si louangeurs pour ce dernier, déclarent à propos du premier :
J'envisage deux bustes de Louis XVI : l'un traité par M. Pajou [il s'agit du marbre de 1775, dont le plâtre avait été exposé au Salon précédent]
sans avoir une exacte ressemblance est plus dans le caractère de Sa Majesté, dont elle exprime la popularité, mais si bénigne, qu'elle en deviendrait niaise.
L'autre de M. Boizot, a plus de noblesse, mais on y critique une certaine finesse qui, au gré des courtisans ayant l'honneur d'approcher du Monarque, n'est pas l'attribut distinctif de sa tête.La correspondance échangée au mois d'avril 1778 entre le comte d'Angiviller et Pierre, premier peintre du roi, nous apporte des précisions intéressantes sur le paiement de ce buste et sur son emplacement :
"Le Roy m'a donné ses ordres, Monsieur, pour acquitter sur les fonds de mon département, le buste de Sa Majesté et celui de l'Empereur que la Reine a fait exécuter en marbre par le Sr Boizot et est placé au Petit Trianon sur deux colonnes en bois peint en marbre sculpté et doré, tel est l'énoncé du mémoire donné à la Reine par le Sr Boizot qui le termine en disant qu'il se réduit à 4000 liv. pour chaque buste.
Pour juger du mérite de cette réduction, il faut voir les bustes et c'est ce que je vous prie de faire..."En post-scriptum de cette lettre, d'Angiviller ajoute :
"Songés, je vous prie combien nous avons besoin d'être économes, il me semble que 3000 liv. seraient suffisans..."La réponse de Pierre, postérieure de quelques jours, nous apprend que Boizot refuse de baisser son mémoire étant donné qu'il a fourni les marbres, avancé le prix des gaines et les frais de transport, si bien que le directeur des Bâtiments du roi accepte finalement les conditions du sculpteur (N.A.A.F., 3
ème série, t. XXI, 1905, p. 196-197, n°203 : lettre du 13 avril 1778, n°204 : lettre du 16 avril 1778; p. 202, n°209 : lettre du 30 avril 1778).
Le mémoire définitif de Boizot montre que le sculpteur a finalement consenti un rabais de 500 livres en se pliant à l'argumentation qu'il a d'abord utilisée pour ne pas baisser ses exigences, c'est-à-dire en transigeant sur le prix des bustes mais en augmentant les frais annexes :
Mémoire des ouvrages de sculpture faits pour le service de la Reine, sous les ordres de M. le Comte d'Angiviller [...] par le Sr Boizot pendant l'année 1777 : un buste du Roi en marbre blanc [...] 3000 liv. Un buste de l'Empereur en marbre blanc [...] 3000 liv. Plus fourni deux piédestaux en forme de colonnes tronquées en bois de chêne et de poirier, cannelées et peintes en marbre blanc veiné, avec leur base sculptée, ainsi que les tigettes remplissant les cannelures, le tout doré en plein; y compris les menus frais de port, transport et voyage. Pour ce [...] 1500 liv. Approuvés et livrés à Paris le 10 août 1778.Le parfait paiement date du 26 janvier 1778 :
Au Sr. Boizot, sculpteur, 3000 liv. pour faire [...] le parfait paiement de 8000 liv.[...] pour les divers ouvrages qu'il a exécutés sous les ordres directs de la Reine..." (Inventaire des sculptures commandées au XVIII
ème siècle..., 1909, p. 12-13)

(C) Photo RMN - ©Gérard Blot pour les cinq photographies

Boizot avait déjà eu l'occasion de modeler les traits du roi, sans doute pour un biscuit que la Manufacture de Sèvres édite en 1774. En effet, le
Mercure de France signale l'apparition de portraits gravés par Voyez l'aîné "d'après les bustes et modèles du Sr. Boizot, qui sont au cabinet du Roi." (novembre 1774, p. 185) ; ainsi que nous l'avons noté à propos du buste en biscuit de Marie-Antoinette qui peut être daté également de 1774, l'emploi des termes "bustes" et surtout "modèles" suggère l'existence de bustes en porcelaine comme source des gravures.
Nous n'avons pas retrouvé d'exemplaires de ce biscuit que Bourgeois a cru reconnaître dans un buste de Louis XVI en biscuit de pâte dure conservé avant 1917 à Saint-Petersbourg, avec un buste de Marie-Antoinette, chez Mme de Rosen née Kourakin, bustes qui auraient été offerts au prince Kourakin lorsqu'il accompagna le tsarévitch Paul de Russie pendant son voyage en France en 1782 (Bourgeois, 1909, t. II, pl. 49; R.A.A.M., 1908, p. 33-34)
Bourgeois n'en a pas publié la photographie et nous ne savons pas ce qu'il est devenu, alors qu'on a retrouvé le buste en biscuit de Marie-Antoinette maintenant au Louvre.
"Buste Kourakin" - © R.M.N.Il semble plus vraisemblable d'ailleurs que le biscuit des Kourakin, s'il était bien d'aptès Boizot, fût plutôt du type du second portrait du roi, exécuté par le sculpteur en 1784.
Le musée de Versailles conserve un buste en biscuit de Louis XVI (MV 2212) marqué "Gross / 1780" qui apparaît comme une médiocre réplique du buste en marbre, dans laquelle le roi porte l'ordre de la Toison d'Or, ce qui permet d'être certain que ce biscuit se réfère au buste de 1777 et n'est pas le reflet d'un buste édité à Sèvres en 1774.
Un portrait de profil de Louis XVI gravé en 1775 par Marie Louise Adélaïde Boizot d'après un dessin de son frère (
"Louis XVI / Roy de France / Dessiné par L. S. Boizot. Gravé par Marie Lse Ade Boizot 1775") devrait nous en apporter un témoignage plus sûr mais cette estampe est si proche du buste en marbre de 1777, à l'exception des décorations,
Louis XVI (en buste de profil gauche) en 1775
gravé par Marie-Louise-Adélaïde Boizot (1744-1800)
(C) Photo RMN - ©Gérard Blot
estampe
H. : 0.255 m.
L. : 0.188 m.
Versailles, châteaux de Versailles et de Trianonque nous avons tendance à penser que Boizot n'a eu, pour l'importante commande qu'il reçoit ensuite de la reine avec les bustes de Joseph II et de Louis XVI, qu'à reprendre le modèle qu'il réalisa au moment de l'avènement.
Il existe plusieurs copies de ce buste, de qualité variable et datant soit de l'extrême fin du XVIII
ème siècle, soit du XIX
ème siècle, dont deux dans les collections du musée du château de Versailles (M.V. 2122, M.V. 483, Hoog, 1993, p. 247, n°1117, 1118)
Louis XVI
(C) Photo RMN - ©Daniel Arnaudet
H. : 0.780 m.
L. : 0.490 m.
pr. : 0.370 m.
Musée national du château de Versailles; M.V. 483Bien que Boizot ait été un portraitiste habile et scrupuleux, il semble bien en effet, lorsque l'on compare son oeuvre au buste exécuté par Pajou en 1775, que notre sculpteur n'ait pas osé reproduire trop fidèlement certains des défauts du visage de son modèle : il en a aminci l'ovale et a donné à la bouche un demi-sourire presque spirituel. Il n'est, en revanche, pas arrivé à composer une attitude qui soit vraiment royale, comme ont su le faire Pajou et Houdon. Ce buste semble un peu étriqué lorsqu'on le compare à son très beau pendant, le buste de l'empereur Joseph II.
Il faut nuancer les propos des
Mémoires secrets : le visage du roi est effectivement idéalisé mais la timidité bonhomme reste apparente dans l'allure générale."