Bonjour Claudine;
Très agréable de vous lire
Oui, sans doute Grimm n'agit-il pas malignement face à Diderot.
Avant de développer quelque peu la temporalité chez notre auteur, je tiens à vous répondre à la question: Pourquoi Grimme a-t-il manipulé les écrits de son ami ?
Je ne ferai que reprendre ce que j'ai effleuré comme idées : le souci du journaliste est triple; à savoir stylistique, de décence et de clarté.
Quant à ce qu'en a pensé Diderot, nous pouvons croire qu'il n'en a jamais eu vent... avant la parution définitive dans
La Correspondance Littéraire.
Pour preuve, certaines modifications sur les temps nous donnent raison de considérer que l'auteur n'a pu relire cette mouture, parfois, si éloignée de la sienne; que seul nous livre l'autographe originel. Ceci est le cas de "devrait" , classique au sens conditionnel de "aurait dû" n'a pas été compris et est corrigé en "devrait".
Il n'y a cependant pas à s'étonner de ce "désintéressement". Diderot s'explique clairement là-dessus dans sa lettre du salon de 1761: "Voilà bien du bavardage. Tirez de là ce qui vous conviendra. Si vous m'eussiez accordé un peu plus de temps, j'aurais été meilleur et plus court". Diderot s'en remet donc à Grimm du soin d'aménager son texte et ne manifeste aucune intention d'y revenir; se sachant à l'abri des orages de
L'Encyclopédie et des persécutions que lui ont valu
La lettre Sur les Aveugles.
Grimm reste le journaliste devant satisfaire la curiosité de quelques nantis qui n'auront pas l'opportunité de visiter l'exposition. Parmi eux, Catherine II, impératrice de Russie; le duc de Saxe; Louise-Ulrike; le fils de celle-ci (futur Gustave III de Suède).
Mais peut-être avez-vous d'autres précisions ?
J'en viens, à présent, à ce que vous me proposez: une approche littéraire ou philosophique de la notion de temps dans Les Salons. Quoiqu'il me paraisse un peu difficile de dissocier les deux , je doute avoir les compétences requises pour développer le second aspect ...
Je tiens, par ailleurs, à vous remercier de m'avoir reprise sur le terme de "durée": il est clair que le moment de la représentation ne vient pas conférer à la peinture une durée mais une temporalité.
Aussi vais-je poursuivre sur la notion de "moment" chez Diderot.
Mettant en question l'aphorisme:
Ut pictura, poesis; notre critique d'art , dès
La lettre des sourds-muets , constate que le "beau moment du poète n'est pas toujours celui du peintre".
Dans ses
Essais sur la peinture, Diderot approfondit son idée: "les peintre n'a qu'un instant et il ne lui est pas plus permis d'embrasser deux instants que deux actions". Le peintre ne peut rendre l'action dans le moment; action, qui est, multiplie les instants différents.
S'autorisant "poète, Diderot va juger les tableaux à partir de ce "moment", choisi par le peintre. Le terme devient un leitmotiv sous sa plume:
Le jugement de Paris de Pierre est "mauvais" car "le moment est mal choisi". C'est également le cas du
Saint Vincent de Paul prêchant de Hallé: "Je voudrais lire que Mr le professeur me dît quel est le moment qu'il a choisi. Ce bonnet carré m'apprend que le sermon commence ou qu'il finit". Ou encore la
Cléopâtre de Challe: "Le choix du moment où elle expire ne donne point une Cléopâtre, il ne donne qu'une femme expirable de la morsure d'un serpent".
Le moment, chez Diderot, semble être celui de la pensée, antérieur à la représentation à la fois le laps de temps que le spectateur a consacré à l'observation de l'oeuvre et le temps de l'activité créatrice. Le moment est donc atemporel.
Pour qu'un tableau ait un quelconque intérêt, il faut qu'il apparaisse tel un hiéroglyphe et comme comme un objet immuable uniquement fait pour une exposition.
Néanmoins, le moment peut se développer plus longuement et comme vous le rappeler, Claudine,le forum n'est pas une dissertation. J'ai donc tenté de faire court...
Le traitement du temps chez Diderot reste ouvert...