Bpnjour Vanesa,
ah ah, bonne question!

C'est toujours un gros problème qui se pose aux auteurs de synthèses sur la période. Comment traiter "du" jacobinisme alors qu'on ne sait même pas ce que c'est?
En réalité, le livre de Dupuy est plus subtil que le laisse penser son titre : il faut d'abord savoir que c'est une formule arbitraire, admise dans l'historiographie française, que celle de "République jacobine" pour désigner la première République jusqu'à la chute de Robespierre, alors que le rôle des Jacobins est loin d'y être toujours prédominant.
Compte tenu de ce que l'ouvrage est une courte synthèse prioritairement destinée aux étudiants, il ne peut pas fournir une étude détaillée de la question ; mais il a le grand mérite de poser d'emblée le problème du "jacobinisme" sous l'angle de la complexité, de dénier toute interprétation globalisante du rôle du célèbre club, et de récuser celles de Furet ou Gueniffey par exemple

.
Il propose une lecture assez fine, qui présente le club de la Rue Saint-Honoré comme le lieu de la permanente élaboration de compromis successifs entre les Montagnards et leur base populaire. C'est une idée très juste, me semble-t-il, et Dupuy en tire beaucoup de considérations très intéressantes, en particulier sur l"échec du régime montagnard. Le principal mérite de cette théorie est de rendre compte de l'absence totale de cohérence idéologique de la "pensée jacobine", ou plus exactement des différentes pensées des différents Jacobins

, ainsi que de montrer le club comme un lieu proprement politique et, même si c'est incomplètement, comme un véritable "laboratoire" de démocratie. Que ledit laboratoire ait fini par tourner à vide et par exploser ne retire pas l'intérêt des recherches qui y ont été menées, et cela aussi Dupuy l'expose très bien.
Malheureusement, le livre a le défaut, comme sans doute l'ouvrage dont vous disposez et comme, il faut bien le dire, à peu près tous ceux qui ont été écrits sur la question, d'être un peu trop centré sur Robespierre. C'est quelque chose qui me dérange toujours, et d'autant plus qu'au fond, Robespierre est certes, "le" Jacobin par excellence dans l'imaginaire collectif, mais qu'il est en réalité un Jacobin assez atypique.
Il faudrait qu'un jour un historien parvienne à se dégager de la fascination pour l'Incorruptible, et regarde un peu plus ce qu'il y avait autour de lui...

Mais il faut tenir compte en ce qui concerne le Dupuy qu'il est très court et très synthétique : donc évidemment c'était difficile à son auteur de faire autrement...
Amicalement,
CC