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 Sujet du message: Le voyage d'Entrecasteaux
MessagePosté: 14 Mar 2005, 17:28 
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Régicide
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Le voyage d’Entrecasteaux

Pour ouvrir une partie du site qui sera consacrée aux voyages d’exploration, cette dimension si importante des Lumières, je propose un petit coup d’œil sur l’une des dernières grandes expéditions du XVIIIème siècle : le voyage d’Entrecasteaux à la recherche de La Pérouse.

La Pérouse était parti de France en 1785, pour un très long périple d’exploration qui devait lui permettre de reconnaître les côtes d’Alaska et du Kamtchatka et de poser les bases éventuelles d’un nouveau commerce de fourrures avec la Chine, ainsi que de cartographier les îles inconnues du Pacifique. Ses deux vaisseaux, L’Astrolabe et La Boussole, avaient disparu au début de 1788 : les dernières informations sur eux parvenues en France les montraient faisant voile vers les îles Tonga, au large de l’Australie qu’on appelait alors la Nouvelle Hollande. Ensuite, plus rien… Le mystère de cet évanouissement avait inquiété les savants parisiens, mais les événements de la Révolution avaient temporairement empêché la mise en œuvre d’une expédition de secours :wink: . Ce n’est qu’en 1791 que celle-ci fut décidée, à l’initiative de la jeune et révolutionnaire Société d’Histoire Naturelle. Le commandement fut confié à Joseph-Antoine Bruni, chevalier d’Entrecasteaux.

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Illustrations trouvées sur Net-Marine


L’expédition comprenait deux navires aux noms symboliques, La Recherche et L’Espérance. Elle poursuivait deux buts : retrouver La Pérouse et ses équipages, et étudier les plantes d’Australie susceptibles de fournir de nouvelles ressources médicinales et surtout alimentaires, tout spécialement le fameux arbre à pain qu’on espérait pouvoir acclimater aux colonies.

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Trois botanistes faisaient donc partie du voyage : Julien Houton de la Billardière, Claude Riche et Louis Ventenat, ainsi que l‘hydrographe Beautemps-Beaupré. Un jardinier botaniste, Lahaie, et un peintre, Piron, leur étaient adjoints. Le fameux « jardinier jacobin » André Thouin, futur directeur du jardin botanique du Museum et pilier du club révolutionnaire, avait rédigé des instructions détaillées pour Lahaie en vue de la conservation des plantes récoltées. L’expédition, comme celle de La Pérouse, devait également apporter aux habitants des îles explorées les bienfaits de la culture européenne, à savoir dans ce cas « les végétaux d’Europe pouvant leur être utiles. »

Les navires quittèrent Brest le 29 septembre 1791. Outre des savants, des plantes et des livres, ils emportaient les débats politiques qui agitaient la France :wink: . Le roi venait d’être arrêté à Varennes, la jeune monarchie constitutionnelle paraissait devoir sombrer à peine née, les esprits fermentaient et les clans commençaient à se dessiner nettement. Les officiers nobles qui commandaient l’expédition, proches des monarchiens ou des contre-révolutionnaires, se retrouvèrent vite en butte à l’opposition de leurs équipages « patriotes », que soutenaient les savants. Malgré ces tensions qui lui firent prendre du retard, l’expédition parvint finalement au but au printemps 92 ; mais si les travaux botaniques marchèrent à merveille, notamment en Terre de Van Diem (actuelle Tasmanie) les traces de la Pérouse se révélèrent vagues et peu utilisables. Durant l’été, lors de l’exploration des îles de l’Amirauté, le scorbut se déclara et obligea les vaisseaux à se rabattre sur les Moluques. Malgré tout, la récolte des arbres à pain fut excellente : deux cents plants furent embarqués, soigneusement emballés dans les paniers spéciaux conçus par Thouin. Les habitants de Tasmanie et des Moluques étaient accueillants. Mais lorsqu’on aborda les côtes de la Nouvelle Calédonie, les choses changèrent : les autochtones étaient cannibales et peu favorables à l’incursion d’Européens sur leurs territoires. En mai 1793, les vaisseaux croisèrent au large d’un île inconnue, que d’Entrecasteaux baptisa Île de la Recherche, mais sans y aborder par précaution. C’était pourtant, sans qu’il le sût, le but de son voyage : il s’agissait de Vanikoro, où trente ans plus tard Peter Dillon retrouverait les débris des navires de La Pérouse qui s’étaient fracassés sur les écueils. :cry:

Peu après, l’expédition tourna au désastre. Les pluies tropicales causèrent des maladies, et d’Entrecasteaux succomba au scorbut le 20 juillet 1793. Les navires atteignirent Java à l’automne. Des lettres de France y parvinrent peu après, qui annonçaient les événements dramatiques survenus depuis le départ. Louis XVI était mort décapité, la République avait été proclamée, le pays était en guerre à l’intérieur et à l’extérieur, et notamment contre la Hollande dont Java était colonie. Aussitôt le gouverneur fit saisir les navires à titre de prise de guerre, avec la complicité du nouveau commandant de l’expédition, d’Auribeau, qui fit hisser le drapeau blanc fleurdelisé et se déclara rallié à l’armée des Princes. Les équipages, dirigés un peu au hasard par les savants « révolutionnaires », qui firent bloc contre les officiers passés aux Hollandais, résistèrent vaillamment mais ne purent éviter d’être pris. Les collections constituées au cours du voyage furent confisquées, et emportées par Rossel, un officier noble passé aux Hollandais : interceptées par les Anglais, elles aboutirent à Londres :shock: :cry: . Heureusement, La Billardière, avant d’être emprisonné, parvint à en confier clandestinement une partie à Lahaie, dont onze plants des précieux arbres à pain, avec pour mission de les apporter aux colonies coûte que coûte. Après bien des tribulations, ce dernier parvint à l’île de France (Maurice) avec neuf arbustes qui furent aussitôt mis en terre. En 1794, des envoyés de la République française débarquèrent à leur tour à Java et obtinrent la libération de La Billardière qui put rentrer en France : il rapportait trois arbres à pain, à la grande joie de Thouin qui les transplanta immédiatement dans les jardins du Muséum ; dès son arrivée, il se mit en devoir de récupérer les collections volées. Après de longues tractations, l’intervention du grand Joseph Banks, le savant anglais qui avait été le compagnon de Cook lors de la première exploration du Pacifique, permit en 1796 la restitution de ce patrimoine à la France.

Banks avait été outré par le détournement des collections, et il ne ménagea pas ses efforts, poussant la délicatesse jusqu’à ne pas les utiliser tant qu’elles restèrent « prisonnières » en Angleterre, comme il l’écrivit à Jussieu :

Le plaisir que j'éprouvais en voyant encore une fois, après un si long intervalle, votre écriture, a été, je puis vous assurer, le plus sincère. Fasse le ciel que les mouvements qui ont si longtemps agité votre patrie, soient finis une bonne fois pour toutes ! L'amour des sciences qui se développe parmi vous, avec tant d'éclat, m'est un bon augure. Que tout le reste se suive dans son temps et que ce temps soit bien proche, c'est le voeu le plus ardent de mon cœur ! J'ai un plaisir infini à vous annoncer que notre Gouvernement a accordé, sans en avoir hésité seulement que je sache, les passeports demandés par M Baudin et qu'après quelques mois de sollicitations, il y vient enfin de remplir mes souhaits au sujet des collections de M. de Billardière. J'espère remettre sous peu de jours à M. Charrelié tout ce que j'en ai pu ramasser, ce qui fait, je crois, le tout de ce qui est arrivé en Angleterre et qui suffit pour prouver son travail infatigable et pour lui faire un honneur immortel . J 'aurais beaucoup désiré, je l'avoue, d'apprendre par ces échantillons quelques-unes de ces découvertes qu'il doit avoir faites dans l'ordre naturel des plantes, mais une certaine délicatesse me l'ayant fait regarder comme une chose peu honorable que de profiter de l'occasion que j'avais de les examiner, malgré l'envie extrême que j'en avais, je n'en ai pas cru devoir les parcourir seulement ; tout lui sera remis sans que je m'en approprie ni feuille ni fleur, ni même aucune botanique de ses collections, nonobstant que le sort a voulu qu'elles me tombassent toutes entre les mains.

Les arbres à pains « mauriciens » prospérèrent parfaitement, et bientôt on put entreprendre leur acclimatation tant souhaitée en Guyane. Ce fut un succès. La Billardière publia en 1799 une Relation du voyage à la recherche de La Pérouse, qui comprenait la description des îles explorées, celle des collections réunies et les dessins de Piron. C’était la première publication scientifique sur l’Australie et ses îles.

Les illustrations de l'ouvrage sont visibles ici :

http://gallica.bnf.fr/scripts/Consultat ... O=02300146

Les notes d’Entrecasteaux lui-même étaient toutefois restées aux mains des officiers nobles : elles ne furent publiées (ou plutôt récrites) qu’en 1808 par Rossel dans son Voyage d’Entrecasteaux.

Sources

RICHARD Hélène, Le voyage d’Entrecasteaux à la recherche de La Pérouse, une grande expédition scientifique au temps de la Révolution Française, CTHS 1986.
L’Herbier du monde, Cinq siècles d’aventures et de passions botaniques au Museum national d’Histoire Naturelle, Paris 2004.


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MessagePosté: 14 Mar 2005, 18:07 
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Merci Claudine pour ce bel exposé. :P

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"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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MessagePosté: 14 Mar 2005, 20:54 
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Régicide
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De rien, Louis-Auguste. :D

J'ai rajouté le lien d'une page de gallica où l'on peut voir les illustrations du livre de la Billardière. :wink:


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