Nous sommes le 22 Mai 2012, 19:40

Heures au format UTC + 1 heure [ Heure d’été ]




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  Page 1 sur 1
 [ 6 messages ] 
Auteur Message
 Sujet du message: Les notes de Robespierre
MessagePosté: 08 Mar 2005, 01:00 
Hors ligne
Administrateur
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 14 Fév 2005, 23:47
Messages: 4249
Localisation: Dans son monde...
:arrow: Texte extrait du livre Les plus belles pages manuscrites de l'Histoire de France (Bibliothèque Nationale - éditions Robert Laffont; 1993)


Présentation des notes par Yann Fauchois

"Robespierre occupe une place unique dans la Révolution française, tellement singulière que sa mort se confond dans nombre de récits avec celle de la Révolution elle-même : pour l'Histoire, l'esprit de la Révolution s'est incarné dans cet avocat artésien.

Deux coups de maître permettent à ce député sans lustre d'asseoir son emprise sur le Paris révolutionnaire : la non-rééligibilité des constituants qu'il obtient en mai 1791 et qui lui ouvre l'avenir; la mainmise sur le Club des Jacobins, après la fuite du roi à Varennes et la scission feuillante, qui lui permet de conférer un sens unitaire au mouvement révolutionnaire.
C'est que cet homme de cabinet est aussi un grand stratège politique qui se révèle habile tacticien parlementaire, sachant apprécier avec réalisme une situation politique dont il épouse la conjoncture.

Son arme est le discours : il n'a pas son pareil pour abolir la parole adverse en utilisant l'obsession commune du complot et distiller les insinuations qui lui permettent d'affaiblir l'adversaire avant de le détruire, pour dénoncer derrière les mots la réalité des périls.
C'est ce magistère qui lui permet d'exercer sur la Convention le pouvoir bien avant d'y accéder officiellement en entrant au Comité de salut public le 27 juillet 1793, un an avant le coup d'Etat du 9 thermidor qui scelle sa fin.

Le texte reproduit ici date vraisemblablement du dernier trimestre 1793.
On y voit les notes que Robespierre jetait hâtivement avant de circonscrire la Convention.
Saisi par les thermidoriens avec ses papiers après son exécution, c'est Courtois qui baptise le texte dans son rapport du 5 janvier 1795 en citant à plusieurs reprises
"les pages sanglantes" de cet "infernal catéchisme."
On y retrouve les thèmes de la terreur robespierriste, c'est-à-dire d'un régime qui a renoncé à la loi comme garantie des droits des citoyens et dont la seule limite réside dans la vertu de ceux qui ont charge de l'exécuter.
Sa légitimité est dans sa conformité révolutionnaire, son fondement dans la morale indispensable, quand a disparu tout critère juridique dans la sélection des bons et des méchants, pour opérer la régénération formatrice du peuple.
Pour Robespierre, plus encore qu'en Vendée ou que dans les armées des princes, la menace contre-révolutionnaire réside principalement au coeur des nouvelles institutions, dans la mentalité de ceux qui les animent. L'aboutissement sera le culte de l'Etre suprême accompagné de la loi de prairial qui inaugure la "Grande Terreur" (juin 1794) : ceux dont on n'aura pas pu convaincre l'âme n'auront qu'à trembler pour leur tête.

Yann Fauchois"


Robespierre a écrit:

[...]

Quel est le but ? L'exécution de la Constitution en faveur du peuple.
Quels seront nos ennemis ? Les hommes vicieux et les riches.
Quels moyens emploieront-ils ? La calomnie et l'hypocrisie.
Quelles causes peuvent favoriser l'emploi de ces moyens ? L'ignorance des sans-culottes.
Il faut donc éclairer le peuple. Mais quels sont les obstacles à l'instruction du peuple ?
Les écrivains mercenaires, qui l'égarent par des impostures journalières et impudentes.

Que conclure de là ?

1/ Qu'il faut proscrire les écrivains comme les plus dangereux ennemis de la patrie.
2/ Qu'il faut répandre de bons écrits avec profusion.
Quels sont les autres obstacles à l'établissement de la liberté ?
La guerre étrangère et la guerre civile.
Quels sont les moyens de terminer la guerre étrangère ?
De mettre des généraux républicains à la tête de nos armées, et de punir ceux qui nous ont trahis.
Quels sont les moyens de terminer la guerre civile ?
De punir les traîtres et les conspirateurs, surtout les députés et les administrateurs coupables; d'envoyer des troupes patriotes sous des chefs patriotes, pour réduire les aristocrates de Lyon, de Marseille, de Toulon, de la Vendée, du Jura et de toutes les autres contrées où l'étendard de la rébellion et du royalisme a été arboré, et de faire des exemples terribles de tous les scélérats qui ont outragé la liberté et versé le sang des patriotes.

1/ Proscription des écrivains perfides et contre-révolutionnaires; propagation de bons écrits.
2/ Punition des traîtres et des conspirateurs, surtout des députés et administrateurs coupables
3/ Nomination de généraux patriotes; destitution et punition des autres.
4/ Subsistances et lois populaires

[...]

_________________
"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: 08 Mar 2005, 09:32 
Hors ligne
Régicide
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 20 Fév 2005, 18:49
Messages: 1172
Localisation: Paris
Bonjour Louis-Auguste,

la présentation de Yann Fauchois n'est pas complètement fausse, mais elle l'est en partie ; en plus, elle me gêne un peu sur certains points :wink: . Bon, c'est la "vulgate" conservatrice actuelle sur la Terreur, mais c'est un peu juste... Et comme toujours le rôle de Robespierre y est assez bêtement surdimensionné. C'est lui qui fait tout tout seul, quoi (et à la main encore! Il actionnait le couperet de la guillotine lui-même, le saviez-vous? :wink: :lol: ). Quel homme, à bien y penser! :shock: :lol:

Pouvez-vous nous préciser les choses? Je pense par exemple que quelques mots sur les circonstances de la rédaction de ces notes ne seraient pas sans intérêt, ne serait-ce que pour questionner l'affirmation de Fauchois selon laquelle elles procèdent d'une pure logique de pouvoir fondée sur une idéologie rigide.
Peut-être serait-il également intéressant de donner ces notes in-extenso (y compris les parties barrées), elles ne sont pas longues... Cela contribuerait à "éclairer le peuple", :wink: car Fauchois triche et dit des mensonges... Les notes ne sont pas de la fin 93 mais de l'été, probablement de juin, et un passage non cité permet de l'affirmer sans le moindre doute. Cette "erreur" de date est embêtante car elle permet d'associer le texte à la Terreur, alors qu'il n'en relève pas à proprement parler. On possède également des notes de Robespierre de la fin de l'année et elles sont assez différentes...

Merci d'avance! :D

Amicalement,
CC


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: 08 Mar 2005, 21:48 
Hors ligne
Administrateur
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 14 Fév 2005, 23:47
Messages: 4249
Localisation: Dans son monde...
Bonjour Claudine,

Si j'ai mis cet extrait des notes de Robespierre, c'était bien pour vous faire réagir - je constate avec plaisir que cela n'a guère tardé :lol: - et afin que vous nous en disiez davantage sur ces notes dont j'ignorais l'existence.

Je ne sais pas si Yann Cauchois exprime "la vulgate conservatrice sur la Terreur" :roll: , je trouvais, moi, sa présentation plutôt modérée et équilibrée mais je suis sans doute un horrible conservateur, bien peu robespierriste au fond... :lol:
Libre à vous de rétablir la "vulgate robespierriste". :wink:

Comme je l'ai indiqué, cet extrait est tiré d'un recueil de textes autographes qui couvre toute l'Histoire de France. La sélection de textes et le choix des parties de textes citées ont été opérés par un collectif d'universitaires et je n'en suis évidemment pas responsable.
J'ai cité l'extrait dans son intégralité, tel qu'il est présenté dans le livre, sans faire de commentaires, tout comme je l'avais fait pour le sujet sur le Rien du Roi.

J'ignore si Yann Fauchois a commis des coupes de façon tendancieuse dans le texte de votre héros et si c'est un menteur. Je vous laisse la responsabilité de cette affirmation.
Quant au problème de date que vous soulignez, il est important du point de vue de la méthode historique et de l'honnêteté intellectuelle mais il me semble que ce texte - qu'il soit de la fin 1793 ou de l'été 1793 - reflète assez bien ce que fut le programme de la Terreur.
S'il est de l'été, il n'est que l'ébauche de ce qui sera réalisé, crescendo et progressivement de septembre 1793 à juillet 1794, non ?
Vous dites que les notes de Robespierre de la fin 1793 sont assez différentes. Dans quel sens ? Plus terribles encore ? Plus modérées ? Dans ce dernier cas, comment expliquer les lois de prairial ?

Je vous laisse nous instruire sur ces notes puisque vous en savez plus long que nous sur ce sujet. Le message initial était fait pour cela. :wink:

_________________
"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: 08 Mar 2005, 22:30 
Hors ligne
Régicide
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 20 Fév 2005, 18:49
Messages: 1172
Localisation: Paris
Bonsoir Louis-Auguste,

ah, vous le savez bien, pour moi défendre Maximilien est à la fois un plaisir et un honneur, donc dès que l'occasion m'en est donnée, hop! je bondis! :wink: :lol: Comme vous pour Marie-Antoinette, quoi... :wink:

Bon, je sens que c'est une question qui mérite quelque développement, donc je vais prendre un peu de temps, et essayer de m'expliquer clairement ; je vois bien que dans votre esprit, la chronologie des années 93-94 et de la "montée vers la Terreur" n'est pas forcément très claire. Quant à la "loi de prairial", c'est encore autre chose et son rapport avec la Terreur est un sujet de débats intenses entre historiens : notez au passage qu'il n'y a qu'une seule "loi de prairial", et croyez-moi c'est bien suffisant... Pas la peine d'aller en inventer plusieurs :wink:

Je donnerai aussi les deux séries de notes de Robespierre en entier, c'est entendu : vous verrez ainsi ce qu'il en est.

Vous pourrez lire ça d'ici un jour ou deux. Mais d'ici là, je tiens à préciser que je ne vous soupçonne pas une seconde d'être un "horrible conservateur", Dieu me garde de jamais porter sur vous un jugement aussi sommaire! :lol: :lol: Quant à mes affirmations sur Fauchois, j'en assume la responsabilité sans le moindre scrupule :lol: . Mais j'y reviendrai...

Amicalement,
CC


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: 08 Mar 2005, 23:17 
Hors ligne
Administrateur
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 14 Fév 2005, 23:47
Messages: 4249
Localisation: Dans son monde...
Nous attendrons donc votre développement. :wink:

_________________
"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: 10 Mar 2005, 15:33 
Hors ligne
Régicide
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 20 Fév 2005, 18:49
Messages: 1172
Localisation: Paris
Bonjour Louis-Auguste,

Bien, me revoici avec une réponse un peu détaillée sur les fameuses notes de Robespierre.

Je donne d’abord leur texte complet.

Citation:
Il faut une volonté une.
Il faut qu'elle soit républicaine ou royaliste.
Pour qu'elle soit républicaine, il faut des ministres républicains, des papiers républicains, des députés républicains, un gouvernement républicain.

La guerre étrangère est une maladie mortelle (fléau mortel), tandis que le corps politique est malade de la révolution et de la division des volontés.

Les dangers intérieurs viennent des bourgeois ; pour vaincre les bourgeois il faut rallier le peuple. Tout était disposé pour mettre le peuple sous le joug des bourgeois, et faire périr les défenseurs de la République sur l’échafaud. Ils ont triomphé à Marseille, à Bordeaux, à Lyon ; ils auraient triomphé à Paris, sans l'insurrection actuelle. Il faut que l’insurrection actuelle continue, jusqu'à ce que les mesures nécessaires pour sauver la République aient été prises. II faut que le peuple s'allie à la Convention, et que la Convention se serve du peuple.

Il faut que l'insurrection s’étende de proche en proche sur le même plan.
Que les sans-culottes soient payés, et restent dans les villes.
Il faut leur procurer des armes, les colérer, les éclairer.
Il faut exalter l’enthousiasme républicain par tous les moyens possibles.
Si les députés sont renvoyés, la République est perdue ; ils continueront d’égarer les départements, tandis que leurs suppléants ne vaudront pas mieux.

Custine à surveiller par des commissaires nouveaux bien sûrs.

Les affaires étrangères. Alliance avec les petites puissances ; mais impossible aussi longtemps que nous n'aurons pas une volonté nationale.

Quel est le but ? - L'exécution de la Constitution en faveur du peuple.
Quels seront nos ennemis ? - Les hommes vicieux et les riches.
Quels moyens emploieront-ils ? - La calomnie et l'hypocrisie.
Quelles causes peuvent favoriser l'emploi de ces moyens ? - L'ignorance des sans-culottes.

[strike]Quel autre obstacle y a-t-il à l'instruction du peuple ? - La misère.
Quand le peuple sera-t-il donc éclairé ? - Quand il aura du pain, et que les riches et le gouvernement cesseront de soudoyer des plumes et des langues perfides pour le tromper ; lorsque leur intérêt sera confondu avec celui du peuple.
Quand leur intérêt sera-t-il confondu avec celui du peuple ? - Jamais.[/strike]

Il faut donc éclairer le peuple. Mais quels sont les obstacles à l'instruction du peuple? - Les écrivains mercenaires qui l'égarent par des impostures journalières et impudentes.

Que conclure de là ?

1° Qu'il faut proscrire les écrivains comme les plus dangereux ennemis de la patrie ;
2° qu'il faut répandre de bons écrits avec profusion.
Quels sont les autres obstacles à l'établissement de la liberté ? - La guerre étrangère et la guerre civile.
Quels sont les moyens de terminer la guerre étrangère ? - De mettre les généraux républicains à la tête de nos braves, et de punir ceux qui nous ont trahis.
Quels sont les moyens de terminer la guerre civile ? - De punir les traîtres et les conspirateurs, surtout les députés et les administrateurs coupables ; d'envoyer des troupes patriotes, sous des chefs patriotes, pour réduire les aristocrates de Lyon, de Marseille, de Toulon, de la Vendée, du Jura, et de toutes les autres contrées où l'étendard de la rébellion et du royalisme a été arboré, et de faire des exemples terribles de tous les scélérats qui ont outragé la liberté, et versé le sang des patriotes.

1° Proscription des écrivains perfides et contre-révolutionnaires ; propagation des bons écrits ;
2° Punition des traîtres et des conspirateurs, surtout des députés et des administrateurs coupables ;
3° Nomination de généraux patriotes ; destitution et punition des autres ;
4° Subsistances et lois populaires.



La première partie est importante à plusieurs titres : d’abord, c’est elle qui permet de dater les fragments. Les phrases suivantes ne laissent pas de doute : Tout était disposé pour mettre le peuple sous le joug des bourgeois, et faire périr les défenseurs de la République sur l’échafaud. Ils ont triomphé à Marseille, à Bordeaux, à Lyon ; ils auraient triomphé à Paris, sans l'insurrection actuelle. Les mentions de Marseille, Bordeaux et Lyon, passées, chacune dans des circonstances différentes, à la Gironde alliée au royalisme, et surtout de l’ "insurrection actuelle" renvoient au mois de juin 93, peut-être à juillet (dans la mesure où Robespierre semble considérer la Constitution comme achevée et soumise au référendum). La mention de Toulon parmi les villes tombées aux mains des "bourgeois" uniquement dans la seconde partie pose problème : soit elle est omise dans la première, et alors l’ensemble du texte est postérieur à la mi-juillet, puisque la ville passe aux Girondins le 17 juillet avec le sac du club des Jacobins locaux et leur emprisonnement massif (elle sera livrée aux Anglais par les royalistes le 29 août), soit c’est un signe que les fragments ont été composés à des dates différentes. Cette dernière hypothèse est la plus vraisemblable, et la mention de "Custine à surveiller" en est un indice fort ; mais de toute façon Robespierre écrit forcément avant le 27 juillet, date de son entrée au CSP, puisqu’il signale encore "le gouvernement" parmi ceux qui trompent le peuple : il a sans doute en tête le CSP avant son remaniement de la fin juillet, qui reste selon lui (et pas seulement lui :wink: ) une institution mal lavée des influences girondines. A cette date, il n’est pas question de la Terreur, le gouvernement est encore plutôt hostile aux mouvements populaires, et peu favorable à des mesures d’exception en dehors des zones de guerre ouverte. La Terreur sera imposée par les sections à la Convention en septembre, suite à d’autres circonstances s’ajoutant à celles du début de l’été. Le CSP, alors rallié par Robespierre depuis la fin juillet, essaiera de tergiverser mais finira par accepter le voeu populaire : les institutions "terroristes", ainsi que toute une série de lois d’exception, seront alors mises en place.

Bref, voilà en gros pour la date. Pourquoi cette date est-elle importante ? Parce que les circonstances en juin-juillet 93 ne sont pas les mêmes que celles de la fin de l’année, et que toute lecture des notes les coupant de leur contexte en interdit la compréhension. En juillet, on est en pleine insurrection fédéraliste avec un gouvernement incapable de la maîtriser. Lyon, Marseille, Nimes, Toulon, Caen, Bordeaux, etc. sont en rébellion ouverte contre Paris et le pays risque l’éclatement, ce à quoi s’ajoute la guerre de Vendée et la guerre extérieure qui se déroule plutôt mal. Les « terribles » mesures préconisées par Robespierre ne viennent ni d’un délire idéologique totalisant, ni d’une volonté de captation du pouvoir : elles sont étroitement liées au contexte, spécialement celles à propos de la presse. Une grande partie de la puissance girondine reposait en effet sur une très bonne maîtrise de la propagande, notamment contre Paris en faveur des départements. Il faudrait en parler en détail, ce serait trop long mais Robespierre se souvenait en particulier du Bureau de direction de l’esprit public, patronné par Roland sur les fonds du gouvernement, qui des mois durant (en réalité depuis le printemps 92) avait inondé la France, à grands frais, de journaux et brochures contre les Montagnards supposés être des royalistes déguisés. Et en juillet 93, malgré la chute de la Gironde à Paris, de tels textes étaient encore très courants. Condorcet par exemple publiait des pamphlets incendiaires, appelant la France au soulèvement contre Paris et au rejet de la Constitution... Robespierre, qui était lui-même un partisan très convaincu de la liberté de la presse, tirait simplement, à la lumière de ce qui s’était passé durant l’année précédente, des conclusions radicales mais circonstancielles d’une situation très dangereuse.
Néanmoins, le point essentiel est qu'on n’est pas alors dans le cadre de la Terreur, encore moins dans celui d’une supposée "Terreur robespierriste" qui n’a du reste jamais existé : Robespierre n’est pas membre du CSP, et la Terreur n’est pas instituée lorsqu'il écrit ses notes.

Il existe également un carnet de Robespierre qui date de l’automne 93 et va jusqu’à la fin de l’année. Comme le contenu en est plus long que celui des notes, je ne le donne pas, je vous laisse aller le lire à la page suivante.

http://www.royet.org/nea1789-1794/archi ... pierre.htm


La différence saute aux yeux : dans le second cas, on se trouve face à un homme de gouvernement, qui se préoccupe d’organiser de façon concrète l’action du Comité auquel il appartient (mais qu’il ne dirige en aucune façon). Ce n’est absolument pas le cas dans les notes de juin-juillet, et l’évolution est importante. Je n’entre pas dans les détails, pour vous laisser commenter ma réponse avant qu’elle ne tourne à l’exposé didactique :lol: . J’ajouterai juste que ce que fait Fauchois me laisse perplexe : il triche sur la date (à moins d’être un imbécile, il connaît forcément les parties des notes qui permettent de les dater), et je pense, mais là je peux me tromper, que c’est pour détacher les fragments cités de leur contexte, et justifier sa description de l’action de Robespierre en termes de pure recherche du pouvoir et d’idéologie "totalisante" (pour ne pas dire "totalitaire"). Quoi qu’il en soit, ce n’est pas très respectueux des lecteurs... :shock: :?

Amicalement,
CC


Haut
 Profil  
 
Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  Page 1 sur 1
 [ 6 messages ] 

Heures au format UTC + 1 heure [ Heure d’été ]


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages
Vous ne pouvez pas joindre des fichiers

Rechercher:
Aller à:  
Powered by phpBB © 2000, 2002, 2005, 2007 phpBB Group
Traduction par: phpBB-fr.com & phpBB.biz
phpBB SEO
Chronicles phpBB2 theme by Jakob Persson. Stone textures by Patty Herford.
With special thanks to RuneVillage