Le Conseil d’Etat privé
Ce conseil siège ordinairement le lundi, dans un local, qui lui est réservé : la
« salle du Conseil », aménagée dans les principales résidences royales et située hors de l’appartement du Roi. Ainsi, à Versailles, elle se situe au rez-de-chaussée de la Vieille Aile et ouvre sur la cour royale et la cour des princes.
Ce Conseil bénéficie grosso modo des même congés que les Parlements. En octobre, après quelques réunions, le Conseil vaquait jusqu’à la Saint Martin (le 11 novembre, si j’en crois mon calendrier). Il siégeait donc en moyenne 40 à 45 fois par an.
Ce conseil est donc composé, autour du chancelier, des conseillers d’Etat, des intendants des finances, des maîtres des requêtes et du contrôleur général. Les secrétaires d’Etat en sont membres de droit, mais leur présence est extrêmement rare. Il en est de même pour les ministres d’Etat.
Louis XV laisse travailler ce Conseil en toute liberté. D’ailleurs, il n’y est intervenu qu’à deux reprises en 1762 et 1766, lorsque les circonstances l’exigeaient. Néanmoins, comme il a été dit plus haut, S.M . est toujours supposée présente, c’est pour cela qu’au bout de la table trône son fauteuil vide

, le chancelier a son siège à droite de ce fauteuil et préside de là. MM. Les conseillers d’Etat ont droit à une
« chaise à bras » recouverte de maroquin noir. Les maîtres des requêtes restent debout.
L’effectif moyen de ce Conseil est de 35-45 membres, qui y assistent. On a pu monter jusqu’à 60 personnes. Il est de tradition qu’après la séance le chancelier offre à dîner à Messieurs du Conseil

.
Dans ce Conseil, le Roi exerce son droit de supériorité sur les Cours et tribunaux auxquels il avait délégué le soin de rendre justice en son nom. Il connaît donc les demandes en révision de procès criminels, des règlement de juges et surtout des pourvois en cassation. Il a donc le dernier mot

.Depuis le chancelier Pontchartrain (fin du règle de Louis XIV), on a essayé d’y chasser la chicane afin que le Conseil joue un rôle de Cour suprême et non une voie d’appel déguiser. Ainsi, sous son impulsion, le droit s’affinait et se perfectionnait grâce aux 350-400 arrêts prononcés chaque années. De plus, ce Conseil travaillait avec beaucoup de régularité et de rigueur. Avant le jugement de chaque affaire, un groupe de conseillers d’Etat l’étudie à l’aide du rapport d’un maître des requêtes. On voit ainsi l’émergence de
« bureaux »spécialisés : bureau des affaires ecclésiastiques, bureau des cassations… Il est à noter que cette étude commence par la demande au procureur général de la cour les motifs de l’arrêt soumis à la cassation. Ainsi, ces éclaircissements permettent d’accepter ou de refuser la cassation. De plus, cet acte est un acte de supériorité que le Roi exerce sur ses juges en leur demandant raison de leurs décisions, ce que ne peuvent pas faire ses sujets (les arrêts ne sont pas motivés).