Commode de la chambre de Louis XVI à Compiègne (1786)

par Stöckel (1743-1802), transformée par Guillaume Benneman sous la direction d'Hauré.

Hauteur : 0,92 m

Longueur : 2,13 m

Profondeur : 0,75 m

Visible au Musée du Louvre.
Texte extrait du livre de Pierre Verlet, Le mobilier royal français, (tome II, pages 100 à 102; éditions Picard)

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"Les deux colombes et les symboles de l'Amour, qui ornent le centre de cette commode fameuse, ont fait supposer qu'elle avait appartenu à Marie-Antoinette.
Il faut renoncer à cette légende et, quelque étonnement qu'on en ait, imaginer le timide Louis XVI paradant ou faisant sa toilette auprès de ce meuble somptueux.
(C) RMN / Jean-Gilles Berizzi, 2006.

© R.M.N.L'inventaire de Compiègne le décrit dans la Chambre du Roi en 1791.
"Chambre du Roy...Une belle commode en bois d'acajou, de 6 pds de large, à trois tiroirs, avec deux petites armoires sur les coins, ornées de cadres, rosaces, trophées, guirlandes de fleurs dans la frise, les pilastres à trophées d'amour, la devanture ornée au milieu de deux tourterelles posées sur un arc avec un flambeau et carquois rempli de flèches et le tout entouré d'une couronne de fleurs. La frise d'en bas ornée de canneaux et de feuilles d'eau, avec quatre griffes de lion pour supports. Le dessus en marbre blanc veiné."Le mobilier de Compiègne et le plan selon lequel on avait distribué l'appartement du Roi offraient plus d'un point commun avec ce que l'on rencontrait à Versailles.
Notons que la commode de la chambre dite de Louis XV à Versailles et celle de la chambre de Compiègne présentaient la même majesté pesante, la même forme demi-circulaire avec armoires latérales.
Actuellement exposée au musée du Louvre auprès du paravent qui provient de la même chambre, cette commode est estampillée de Benneman.
Paravent à 6 feuilles de la chambre de Louis XVI à Compiègne (1786)
(C) RMN / Jean-Gilles Berizzi
Comme d'autres qui portent la marque de cet ébéniste, elle fut seulement adaptée par lui et provient d'un achat de 4 commodes fait en 1786, pour 6000 livres, à un certain Sauvage.
Benneman, sous la direction d'Hauré, se contenta de restaurer celle-ci, qui était en bois de rose, de la replaquer en acajou, de la diminuer légèrement dans sa largeur, de substituer trois tiroirs au vantail et d'apposer son estampille.
"1er février 1786. Devis et apperçu de la dépense à faire pour les ouvrages ci après à établir dans les appartemens du Roi et de la Reine au château de Compiègne. Appartement du Roi. Chambre à coucher. - une grande commode de 7 pi. à diminuer de 5 po. sur la longueur, y faire trois tiroirs en place de la porte, qui sera supprimée.
Dépense de l'ébénisterie : 350 l.
Serrurerie : 96 l.
Dorure en or moulu : 1800 l.
Marbre blanc ou bleu turquin, à 9 l. le pied, de 18 lignes.
Si on désire un marbre plus rare, on en augmentera le prix dans un autre devis : 150 l.
Faux frais si ils ont lieu, sauf à les rejetter : 100 l.
Total : 2496 l.
1er achat (au Sr Sauvage) : 1500 l.
Détail - (C) RMN / Jean-Gilles Berizzi, 2006. Mémoire d'Hauré. 1er semestre 1786....Compiègne...Suitte de la chambre à coucher du Roy. Pour la grande commode. Pour avoir débati et rebati une commode de 6 pds 8 po. de longueur, en bois d'acajou, très orné de bronze en frises, moulures, chapitaux, guirlandes, griffes de lyon, trophés, grande couronne de fleurs avec tourtereaux, doré d'or moulu.
Feuille de Benneman.
Pour achat de bois de chêne et d'acajou : 150 l.
Serrurerie : 100 l.
Laiton et fonte nécessaire pour l'ébénisterie : 33 l.
Pour avoir déplaqué les bois de roses et replaqué en bois d'acajou en journées pour : 394 l.
Monture des bronzes : 162 l.
Feuchère. - dorure d'or moulu : 1750 l.
Duval. - Ciselure faite à 2 chutes : 12 l.
Lanfant. - Le dessus de cette commode de marbre blanc statuaire de 6 pds 8 po. de longueur sur 30 po. de profondeur et 2 po. d'épaisseur, toise 16 pds 3 po. à 15 l. le pied raison de l'épaisseur : 243 l. 15 s."Le luxe étalé et, malgré tout, séduisant de ce meuble, sa lourdeur même, avec ses griffes de lion qui annoncent le XIXème siècle, allaient l'empêcher de déchoir comme tant d'autres meubles.
Après la disparition de la monarchie, la commode fut envoyée rue Saint-Florentin, au "dépôt de la Maison de l'Infantado". On eut certainement alors l'intention de la vendre à l'étranger. Le Directoire la sauva en l'envoyant décorer le Luxembourg.
La commode ouverte
© Musée du Louvre/A. Dequier "Le 10 germinal an 4e. Rentré du dépôt de la Maison de l'Infantado...10472- Une commode en bois d'acajou, à un grand et trois petits tiroirs, dont un dans la frise, les deux bouts ouvrant à un vanteaux, les panneaux et cadres de trois rangs de moulures de bronze, dont une brettée, une uni et une à feuilles d'ornements, le panneaux du milieu représentant une couronne de fleurs, un brandon, arc, flèches, carquois, branches de mirthes, de roses, le tout noué de ruban et deux tourtereaux; dans le milieu du panneaux des bouts une grande rosace à feuille d'ornement, la frise ornés de guirlandes de fleurs noué de distance en distance; la dites porté par quatre pieds de lion en bronze, les pilastres ornés de trophées pendantes et attachés à un noeud de ruban, le tout terminé sous le marbre par une forte moulure à ôves et dards, le dessus de marbre blanc veinée, de 6 pds de large.-Nota. Manque la clef.
Du 17 ventose an V. Service du Palais Directorial...10472. - Une commode en bois d'acajou....etc"Elle se trouvait quelques années plus tard aux Tuileries, dans un salon des appartements de l'Empereur.
"Tuileries. 1807...Appt. de l'Empereur...troisième salon...162. - Une belle comode, forme ceintrée, portée par quatre pieds de lion, devanture à un grand tiroir orné d'un médaillon en cuivre représentant attributs d'amour, les côtés à venteaux avec médaillon idem représentant rosaces, tiroirs dans la ceinture recouvert par une guirlande de fleurs et fruits, le dessus en marbre blanc veiné très épais. Tous les ornemens en bronze sont richement ciselés et dorés. Haut.95.-Long.2,15.-Prof.76."La mention qui figure en face de cette description : "mars 1808.162...rendu au Garde Meuble", laisserait supposer que le rôle d'apparat de notre meuble était terminé. Il n'en est rien. Jacob le restaure pour la Chambre de Napoléon aux Tuileries.
"Du 9 juin 1809...40. à Jacob. Appartement de S.M. l'Empereur...Grande Chambre à coucher...pour la restauration d'une grande commode en acajou."Cette indication sommaire serait insuffisante pour identifier l'ancienne commode de Compiègne si les inventaires des Tuileries ne nous la montraient par la suite dans la Grande Chambre, qu'après Napoléon I
er, Louis XVIII et Charles X occupèrent.
"Tuileries. 1816...Appartements du Roi...Chambre à coucher de S.M....1122. - Une commode forme ceintrée en acajou..., etc.
Tuileries. 1826...Appt. du Roi...Chambre à coucher de Sa Majesté...1245. -Une commode en acajou, forme ceintrée...etc"Sous Louis-Philippe, la commode, tout en restant aux Tuileries, décora le salon de famille. Comme on se piquait d'histoire et d'archéologie, on en attribua l'ébénisterie à Riesener et les bronzes à Gouthière.[...]
Elle n'avait pas quitté les Tuileries sous le Second Empire. On ne lui accolait plus les noms de Riesener et de Gouthière, mais on l'estimait encore 3000 francs.
Ce meuble, dont le poids et le marbre épais avaient peut-être contribué à réduire au minimum les déplacements (que nous pouvons suivre presque sans interruption), n'avait en somme connu que 3 palais : Compiègne, le Luxembourg, les Tuileries.
Il allait trouver asile au Louvre après 1870, en attendant de revenir peut-être un jour à son ancienne destination,
Compiègne.Louis-Philippe, en transformant en "Salon de Famille" la grande chambre du Roi, au centre de ce château, a fait couvrir les murs de glaces.
L'ancienne chambre de Louis XVI, à Compiègne, actuel "Salon de Famille"
(C) RMN / Jean-Gilles BerizziSi cette pièce devait retrouver son décor original, la commode s'adapterait exactement à la boiserie, puisqu'elle fut modifiée dans ce but par Benneman, en 1786, et ne reçut aucune transformation par la suite".

Projet pour une bordure de meuble tissé - par Pernon pour la chambre de Louis XVI à Compiègne
(C) RMN / Franck Raux