
texte extrait du catalogue
Semper Polonia. L'art en Pologne des Lumières au romantisme (1764-1849) (Somogy, éditions d'art / Musée des Beaux-Arts de Dijon, 2004)
Stanislas II Auguste Poniatowski (1732-1798) en habit de couronnement
roi de Pologne (1764-1795)
par Marcello Bacciarelli (Rome, 1731 - Varsovie, 1818)
Varsovie, vers 1792
Huile sur toile
283 x 180,5 cm
Musée national de Poznań
Historique : offert par le roi, en 1792, au général Augustyn Gorzeński qui le plaça dans son palais de Dobrzyca.
Passé ensuite dans les collections des Czartoryski à Goluchów et, après 1945, dans celles du Musée national de Poznań, quand la résidence de Goluchów en devint une annexe.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir"Né à Rome, Marcello Bacciarelli fut l'élève de Marco Benefial. A partir de 1750, il travailla pour le roi Auguste III à Dresde, puis s'installa définitivement en Pologne en 1766. Cette même année, il fut nommé peintre à la cour de Stanislas Auguste et, en 1786, directeur général des Bâtiments royaux. Il dirigea l'atelier de peinture du Château royal de Varsovie. Il peignit surtout des portraits du roi, de sa famille et des personnages de son entourage, mais aussi des tableaux historiques, bibliques et allégoriques destinés à la décoration des intérieurs des résidences royales.
Lié d'amitié avec Stanislas Auguste, il fut son principal conseiller dans le domaine artistique et pour ses achats d'oeuvres d'art. En 1768, il se vit attribuer un titre de noblesse polonais. Il se polonisa entièrement et ses descendants vivent toujours en Pologne.
Peint vers 1768-1771, le portrait en pied de Stanislas Auguste en habit de couronnement était destiné à orner la chambre de marbre, l'une des salles d'apparat du Château royal de Varsovie. Cette pièce, aménagée avant le milieu du XVII
ème siècle, faisait alors fonction de panthéon dynastique des Jagellons et des Vasa.
Stanislas Auguste la fit remanier en la dédiant à la mémoire de tous les souverains polonais, dont les portraits forment une frise tout autour de la pièce. Le plus célèbre de ces portraits, représentant Stanislas Auguste, fut placé au-dessus de la cheminée et devint l'oeuvre phare de ce décor intérieur.
Bacciarelli a représenté Stanislas Auguste conformément aux conventions du portrait d'apparat royal formulées au début du XVIII
ème siècle par Largillière et Rigaud. Le roi, représenté sur le fond d'une colonne et d'une tenture, est revêtu du costume d'apparat exécuté pour les cérémonies du sacre, avec, sur le bras, un manteau doublé d'hermine aux aigles brodés d'or. Sur la poitrine, il porte le collier de l'ordre de l'Aigle blanc, dont il a ceint le ruban bleu; sur la manche gauche de son manteau, on voit la plaque brodée de l'ordre. La main droite du roi s'appuie sur le bâton de commandement orné d'aigles; au côté, il a une épée avec un pommeau en forme de tête d'aigle. Sur la table à côté de lui, on reconnaît les insignes du pouvoir royal : la couronne, le sceptre et le globe.
Ce portrait, peint avec élan, caractérisé par un dynamisme baroque de la forme, mais comprenant aussi des éléments de stylisation rococo, est d'un style quelque peu composite.
Stanislas Auguste appréciait énormément ce portrait. De nombreuses copies, la plupart peintes par Bacciarelli, furent envoyées de Varsovie aux cours européennes à des fins de propagande, et offertes aux magnats proches du roi. Ce fut le cas de l'exemplaire présenté ici, comme l'explique l'inscription au verso :
"Le portrait de Stanislas Auguste, roi de Pologne, rayonnant de sciences et de douceur et célèbre par son sort malheureux, offert de sa propre main à J.W. Augustyn Gorzeński [...] en témoignage d'éternelle mémoire et des plus grandes faveurs dont le Monarque Sérénissime honorait particulièrement son serviteur fidelle. (sic)
Lequel fut peint superbement par le sieur Bacciarelli, Conseiller et Directeur de l'Académie de son Altesse royale, en 1792 à Varsovie. Il est peint dans son costume du sacre comme il étoit vêtu lors de son avènement à la couronne."Ce tableau diffère de l'original par l'encadrement de la partie supérieure, droit ici, ce qui explique la disposition des éléments du fond.
Dorota Suchocka, conservateur au Musée national de Poznań."