J’ai parcouru ce soir chez mon libraire ce petit livre :
La théologie portative : Ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne
de Paul-Henri Thiry d' Holbach.
Collection : Coda poche
169 pages, environ 10 euros.
Présentation de l'éditeur
Parue clandestinement en 1768, la Théologie portative est un petit dictionnaire attribué officiellement de façon malicieuse à l'abbé Bernier, dans lequel D'Holbach brocarde avec humour et causticité la religion chrétienne, sorte de " dictionnaire des idées reçues a composé par " le premier philosophe ouvertement athée de l'histoire de la philosophie française ", comme l'écrit Michel Onfray.
D'Holbach, et probablement son secrétaire Naigeon, y manient avec vigueur l'arme voltairienne par excellence : l'ironie.
Feignant de défendre le christianisme, ils le raillent avec mordant et dévoilent avec vigueur et drôlerie les ridicules de la superstition religieuse. Cependant, sous l'aspect frondeur et les brocards, sous l'humour et l'ironie, c'est le bon sens, l'intelligence et la raison qui sont à l'œuvre, revendiquant tolérance, mesure et liberté de penser.
Ce petit ouvrage décapant représente un moment savoureux de la " Révolution avant la Révolution ", annonçant la libération alors prochaine de la dictature religieuse. Est-il besoin d'ajouter que cette libération est toujours à l'ordre du jour ? Amour - Passion maudite que la Nature inspire à un sexe pour l'autre, depuis qu'elle s'est corrompue.
Le dieu des chrétiens n'est point galant, il n'entend point raillerie sur le fait de l'amour. Sans le péché originel les hommes se seraient multipliés sans amour et les femmes seraient accouchées par l'oreille. Carcasse - Voyez Sorbonne. Doctrine - C'est ce que tout bon chrétien doit croire sous peine d'être brûlé, soit dans ce monde soit dans l'autre.
Les dogmes de la religion sont des décrets immuables de Dieu, qui ne peut changer d'avis que quand l'Eglise en change.
Education chrétienne - Elle consiste à faire contracter dès l'enfance aux petits chrétiens l'habitude salutaire de déraisonner, de croire tout ce qu'on leur dit, de haïr tous ceux qui ne croient pas ce qu'ils croient.
Le tout pour former à l'Etat des citoyens biens sensés, bien raisonnables, bien tranquilles et surtout bien soumis au clergé.
Immatériel - C'est ce qui n'est point matériel, ou ce qui est spirituel. Si vous voulez quelque chose de plus, adressez-vous à votre curé, qui vous prouvera que Dieu est immatériel, que votre âme est immatérielle. Si votre esprit trop matériel n'y comprend rien, attendez que la foi vous vienne, ou craignez que votre esprit bouché ne soit un jour matériellement ou spirituellement grillé pour avoir été trop matériel. Vérité - Il y en a de deux espèces : l'une est humaine, et l'autre est théologique ou divine. La première ne convient point au clergé, par conséquent elle est fausse ; la seconde lui est utile, par conséquent elle est vraie. La vérité utile et vraie est toujours celle qui convient à nos prêtres.

Ce site présente un accès à tout ou partie de ce dictionnaire.
Je ne porte aucun jugement, ni ajoute de commentaires.
Il s’agit ici d’une simple et seule présentation.
Pour se faire une idée, c’est donc ici :
http://www.hervebour.eu/holbach.html
J’imagine que cette édition récente fait suite à ces deux précédentes publications (que je n’ai pas davantage lues) :
La contagion sacrée : Ou Histoire naturelle de la superstition
de D'Holbach
Présentation de l'éditeur
" Tout système religieux fondé sur un dieu si jaloux de ses droits qu'il s'offense des actions et des pensées des hommes, un dieu vindicatif qui veut qu'on défende sa cause, une telle religion, dis-je, doit rendre ses sectateurs inquiets, turbulents, inhumains, méchants par principes et implacables par devoir.
Elle doit porter le trouble sur la Terre, toujours remplie de spéculateurs dont les idées sur la divinité ne s'accorderont jamais, elle doit appeler les peuples au combat toutes les fois qu'on leur dira que l'intérêt du Ciel l'exige. Mais Dieu ne parle jamais aux mortels que par des interprètes, et ceux-ci ne le font parler que suivant leurs propres intérêts ; et ces intérêts sont toujours très opposés à ceux de la société.
Le vulgaire imbécile ne distinguera jamais son prêtre de son dieu. Dupe de sa confiance aveugle, il n'examinera point ses ordres, il marchera tête baissée contre ses ennemis, et sans s'informer jamais du sujet de la querelle (qu'il serait d'ailleurs incapable d'entendre), il égorgera sans scrupule ou s'exposera à mourir pour la défense d'une cause dont il n'est point instruit. Sa fureur se proportionnera néanmoins, à la grandeur du dieu qu'il croit intéressé dans la querelle. Et comme il sait que ce dieu est tout-puissant et que tout lui est permis, il ne mettra point de bornes à sa propre haine, à sa férocité : il les regardera comme des effets légitimes du zèle que son dieu doit exciter dans ses adorateurs.
Voilà pourquoi les guerres de religion sont les plus cruelles de toutes. En un mot, toute âme en qui le fanatisme religieux n'a point éteint les sentiments de l'humanité, est brûlée d'indignation et déchirée de pitié à la vue des barbaries, des perfidies et des tourments recherchés que la fureur religieuse a fait inventer aux hommes.
Ce fut communément au nom de Dieu et pour venger sa gloire que les plus grands forfaits se sont commis sur la Terre. Si je parcours la Terre en demandant à chacun de ses habitants ce qu'il pense de la bonté, de la justice, de la douceur, de la sociabilité, de l'humanité, de la bonne foi, de la sincérité, de la fidélité de ses engagements, de la reconnaissance, de la pitié filiale, etc, sa réponse ne sera point équivoque : chacun approuvera ces qualités, il les jugera nécessaires, il en parlera avec éloge. Mais si je lui demande, ce qu'enseignent les prêtres, ce que disent les lois et ses souverains, ce que ses usages demandent de lui : jamais nous ne pourrons nous entendre, jamais nous ne tomberons d'accord sur rien. " D'Holbach (1723-1789).
Le Christianisme dévoilé : Examen des principes & des effets de la religion chrétienne
De Paul-Henri Thiry d' Holbach.
Présentation de l'éditeur
" Les hommes, pour la plupart, ne tiennent à leur religion que par habitude. Ils n'ont jamais examiné sérieusement les raisons qui les y attachent, les motifs de leur conduite, les fondements de leurs opinions. Ainsi la chose que tous regardent comme la plus importante pour eux fut toujours celle qu'ils craignirent le plus d'approfondir.
Ils suivent les routes que leurs pères leur ont tracées ; ils croient parce qu'on leur a dit dès l'enfance qu'il fallait croire ; ils espèrent parce que leurs ancêtres ont espéré ; ils tremblent parce que leurs devanciers ont tremblé ; presque jamais ils n'ont daigné se rendre compte des motifs de leur croyance. C'est ainsi que les opinions religieuses, une fois admises, se maintiennent pendant une longue suite de siècles.
C'est ainsi que d'âge en âge les nations se transmettent des idées quelles n'ont jamais examinées. Elles croient que leur bonheur est attaché à des institutions dans lesquelles un examen plus mur leur montrerait la source de la plupart de leurs maux.
L'autorité vient encore à l'appui des préjugés des hommes , elle leur défend l'examen, elle les force à l'ignorance, elle se tient toujours prête à punir quiconque tenterait de les désabuser.
Cependant il se trouva dans tous les siècles des hommes qui, détrompes des préjugés de leurs concitoyens, osèrent leur montrer la vérité.
Mais que pouvait leur faible voix contre des erreurs sucées avec le lait, confirmées par l'habitude, autorisées par l'exemple, fortifiées par une politique souvent complice de sa propre ruine ? Les cris imposants de l'imposture réduisirent bientôt au silence ceux qui voulurent réclamer en faveur de la raison. " D’Holbach (1723-1789).
Un petit topo sur le baron d’Holbach ici :
http://perso.orange.fr/sos.philosophie/ ... m#section2