VAILLANT Sébastien (1669-1722)
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Fils d’un fermier pauvre du Val d’Oise, Sébastien Vaillant étudia d’abord auprès du curé de son village (Vigny), et c’est en sa compagnie qu’il fit ses premières recherches botaniques. Il étudia ensuite la chirurgie à Pontoise, et pratiqua la médecine dans plusieurs villes, avant d’aller étudier la botanique à Paris, au Jardin du roi, auprès du grandTourneforten personne. A la mort de ce dernier, son successeur, Fagon, lui fit obtenir un poste de professeur et de sous-démonstrateur, engageant définitivement sa carrière dans le domaine de la botanique.
A plusieurs égards, Vaillant est un botaniste du XVIIème siècle et appartient à l’âge classique plutôt qu’aux Lumières. Toutefois, il est impossible de le passer sous silence dans ma série, car les travaux qu’on lui doit dans les dernières années de sa vie constituent un tournant majeur dans l’histoire de la botanique moderne.
C’est en 1717, lors de l’inauguration d’une nouvelle partie du jardin du roi, qu’il écrivit et prononça un discours qui allait faire sensation et même scandale dans le monde scientifique.
Le
Discours sur la structure des fleurs, leurs différences et l’usage de leurs parties (
Sermo de structura florum) traitait comme son titre l’indique de la disposition des organes floraux, mais son thème précis était celui... de la sexualité végétale.
On ne savait pas bien alors comment les plantes se reproduisaient. On était en train de le découvrir peu à peu, grâce entre autres aux travaux de Camerarius (Rudolph Jacob Camerer) à Tübingen, qui le premier avait établi l’existence de sexes chez les plantes (mettant au passage en lumière l’existence chez les végétaux de trois sexes, et non de deux comme chez les animaux, mais c’est une autre histoire...

) et bien sûr à ceux de Boerhaave, le grand médecin de Leyde, sur qui je reviendrai une autre fois.
Dans son discours, Vaillant reprenait les découvertes de ses prédécesseurs en matière d’anatomie florale, mais il allait plus loin qu’eux, expliquant que les plantes avaient une activité sexuelle très comparable à celle des animaux, tant au niveau des organes en cause qu’à celui de l’usage de ces organes. Il comparait les étamines à des pénis et des testicules, décrivait les ovaires et leur fonctionnement en termes empruntés à la physiologie animale, et allait (avec une certaine malice) jusqu’à parler de plaisir sexuel chez les fleurs.
Inutile de dire qu’un tel texte fit grand bruit : mais malgré sa forme volontairement provocatrice, son contenu était parfaitement sérieux et la terminologie qu’il proposait (ovaires, ovules, placentation, étamines, etc.) devait être régulièrement adoptée par la suite dans la botanique française.
Quant à la reconnaissance de l’analogie entre sexualité végétale et sexualité animale, elle constituait un pas considérable dans la connaissance de mécanismes du vivant.
Malheureusement, Vaillant tomba malade quelques temps après, sans compter que comme bien d’autres savants de son temps, il se ruina pour mener ses recherches et les faire publier. Devenu trop pauvre et trop faible pour achever et faire paraître ce qui devait être l’ouvrage de toute sa vie, le traité
Botanicon Parisiense (
Dénombrement par ordre alphabétique des plantes qui se développent aux environs de Paris), illustré par Claude Aubriet, il n’eut d’autre ressource que de léguer tous ses travaux à Boerhaave...

C’est ce dernier qui fit graver les planches et se chargea de publier le livre, qui se révéla être un des chef d’oeuvres de la botanique du XVIIIème siècle, la première flore systématique moderne. Vaillant ne le vit jamais : il était mort depuis cinq ans lorsqu’il parut, en 1727.
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Pour les amateurs de souvenirs parisiens, on peut encore voir, au fond du Jardin Alpin du Museum de Paris, le pistachier grâce auquel Vaillant aboutit à son célèbre discours sur la sexualité des plantes.
L’anecdote à son sujet est très connue, mais amusante à rappeler : ce pistachier, jeune encore à l’époque, poussait bien mais demeurait stérile.

Vaillant s’en étonna, examina ses fleurs mais sans rien y comprendre... jusqu’à ce qu’il découvre un autre pistachier, également stérile, dans un jardin voisin (disparu aujourd’hui). Après examen, les fleurs de ce second pistachier se révélèrent très différentes de celles du premier... Celui-ci portait des étamines, mais pas de pistils : c’était en réalité un pistachier mâle (pas étonnant qu’il ne produise pas de fruits !

) Vaillant eut l’idée de prélever du pollen dans ses étamines, et de le déposer sur les pistils du pistachier voisin, qui était une femelle. Miracle ! Des bébés pistaches apparurent (enfin presque, disons que l’arbre porta des fruits).
C’était la première fécondation artificielle, et Vaillant n’eut pas besoin de raisonner longtemps pour en tirer les importantes et provocantes conclusions dont j’ai parlé plus haut.
Planté en 1700 (par Tournefort en personne) le pistachier mâle a toujours bon pied bon oeil aujourd’hui, même s’il est un peu courbé par le temps : c’est peut-être le plus émouvant des arbres célèbres du Jardin des plantes. Avis aux amateurs donc...
