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 Sujet du message: Botanistes des Lumières
MessagePosté: 04 Fév 2006, 11:45 
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Bonjour à tous,

ce fil se propose de présenter une série de petits portraits des principaux botanistes du XVIIIème siècle. Ces portraits ne seront pas classés, du moins pas dans un premier temps : je les proposerai au fil de mes envies ou des mes lectures du moment. :wink:

Je commence donc, de façon tout à fait arbitraire, par un homme particulièrement cher à mon coeur : pas le plus grand scientifique du siècle, mais certainement l'un des plus originaux et des plus attachants...


Michel Adanson (1727-1806)


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Le premier botaniste de l’histoire à avoir proposé un système de classification naturelle fondé sur des bases rationnelles naquit à Aix-en-Provence au début du XVIIIème siècle, dans une famille d’origine écossaise. Il monta à Paris encore enfant, et devint l’élève de Jussieu au jardin des Plantes.

Employé comme commis dans la compagnie des Indes, il partit en 1748 pour le Sénégal, où il amassa une énorme documentation sur tous les phénomènes « naturels » possibles : géographie, géologie, zoologie, et surtout botanique. Le clou en était un herbier de trente mille spécimens végétaux :shock: aujourd’hui conservé au Museum d’Histoire Naturelle. La découverte de la flore tropicale, qui comprenait des centaines d’espèces inconnues et impossibles à classer dans les catégories forgées jusqu’alors par les savants européens, conduisit Adanson à comprendre la nécessité de repenser entièrement la classification des plantes.

De retour en France au bout de six ans, en 1754, Adanson publia une Histoire naturelle du Sénégal, avec la relation abrégée d'un voyage fait en ce pays pendant les années 1749-1753, puis s’associa à Jussieu pour mener à bien une entreprise extraordinaire de « refondation » des bases intellectuelles de la botanique. Séduit par la « classification naturelle » inventée par le directeur du Jardin du Roi, il essaya de lui donner, à partir de ses propres observations, une structure théorique solide. Dix années durant, installé chez Jussieu lui-même, il travailla à un ouvrage intitulé Familles Naturelles des Plantes où devaient se trouver exposés ses principes et leur justification.

Le livre parut en 1763 et constitua un tournant dans l’histoire des sciences. :D En effet, Adanson y prenait hautement parti pour une méthode de recherche entièrement expérimentale, et surtout matérialiste et détachée de tout à priori idéaliste à la Tournefort ou à la Linné... Il prenait en compte le végétal dans son intégralité, et dénonçait la fausseté de la notion d’organes « essentiels » en soutenant que le concept philosophique d’essence, trop rigide, n’était pas applicable à la diversité des phénomènes constatés par l’expérience. En ce sens, il est un précurseur des travaux modernes qui ont établi la diversité du vivant et son irréductibilité à toute essentialisation. :bravo:

La division proposée par Adanson comprenait 58 familles, 52 d’angiospermes (plantes à fleurs) et six mêlant gymnospermes et cryptogames. Chaque famille, décrite avec une grande précision, était replacée dans une continuité globale, de même que les genres à l’intérieur des familles. Les espèces, finement décrites, étaient, suite aux travaux de Jean Marchant et de John Ray, reconnues comme variables, et Adanson employait pour la première fois le concept de mutation pour décrire leur évolution.

Adanson participa au Supplément de l’Encyclopédie de Diderot, dont il rédigea les articles sur les plantes exotiques. Sa description du Baobab, qu’il fut le premier à faire connaître en Europe, lui valut de donner son nom au genre Adansonia.

Il conçut, à la suite de sa première tentative botanique, l’idée d’une Encyclopédie des sciences où seraient pris en compte tous les règnes et classées selon la méthode naturelle toutes les espèces vivantes connues : mais quand son projet (qui devait comprendre vingt-sept volumes :shock: ) fut présenté à l’Académie en 1775, il y fut mal reçu. :( Adanson ne parvint jamais à le réaliser...

Sa fin fut assez triste : la Révolution aggrava sa situation financière déjà rendue fragile par les énormes dépenses qu’il avait engagées pour ses recherches et il mourut en 1806 à peu près oublié. :(

De nos jours, on relit Adanson avec admiration et profit, ce qui n'est que justice car c'était véritablement un grand bonhomme et un précurseur sur bien des points. A noter, pour les amateurs, :wink: que ses deux principaux ouvrages ont été récemment réédités. :bravo3:

M.ADANSON, Familles des plantes, Stuttgart, J.Cramer, 1966.
M.ADANSON, Voyage au Sénégal, présenté par D.Reynaud et J.Schmidt, Saint-Étienne, publ. de l'université, 1996, coll.: " Lire le dix-huitième siècle ".


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MessagePosté: 04 Fév 2006, 19:19 
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J'avoue ne rien connaître des botanistes ou de la botanique au XVIIIème. :oops: J'apprécie donc toujours, chère Claudine, vos sujets sur ce thème et vous encourage bien vivement à les poursuivre. :P :bravo:

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"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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MessagePosté: 07 Fév 2006, 21:10 
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Merci Claudine de cette brillante contribution. :bravo:

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MessagePosté: 11 Fév 2006, 19:25 
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Merci, Louis-Auguste et Pierre-Augustin, pour les encouragements! :D

Allez, en voici un deuxième!


Albert de Haller (1707-1778)


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Albert de Haller naquit dans une famille noble de Berne. De brillantes études le conduisirent à faire, entre seize et vingt ans, le tour des capitales intellectuelles d’Europe, de Tübingen à Paris en passant par Londres, Leyde et Bâle. Bien que de formation scientifique, élève de Bernoulli et ami de Jean Gessner, il se signala d’abord au public par son oeuvre poétique. Celle-ci, qui connut un immense succès en son temps, lui valut également des déboires, car il y critiquait un peu trop vivement les tares de la société bernoise : injustices sociales, corruption du pouvoir oligarchique, étroitesse d’une religion devenue un carcan idéologique...
Il se fixa finalement à Göttingen en 1735, comme enseignant à l’Université de médecine. Durant dix-sept ans, il s’adonna à l’enseignement et à la recherche, organisant notamment le jardin botanique de la ville. Ses activités en botanique, toujours poursuivies de pair avec ses recherches médicales, le conduisirent à la publication, en 1768, de la première flore systématique de la Suisse, l’ Historia stirpium indigenarum Helvetiae inchoata.

Haller s’y affichait comme un adversaire du système linnéen, alors que celui-ci, paru en 1753, était déjà largement diffusé en Europe. Il recourait à une nomenclature polynominale, fondée sur des termes morphologiques mais aussi géographiques : il était en effet persuadé que le milieu de croissance d’une plante était un élément essentiel à sa détermination (ce qui en fait un précurseur de l’écologie moderne :wink: :D ) et s’opposait à la simplification linnéenne qui réduisait les caractères essentiels d’une plante à ses organes sexuels.


En dehors de sa flore, Haller poursuivit la controverse avec Linné tout au long d’une vaste correspondance : il n’accepta jamais la classification du suédois, ni sa description de la sexualité végétale qu’il jugeait trop artificielle. Ce refus obstiné, à rebours de l’évolution de son temps, l’a parfois fait taxer avec mépris de « conservatisme » et a contribué à le disqualifier aux yeux de certains historiens de la botanique. C’est une injustice à plusieurs égards : certes, la nomenclature de Haller était trop compliquée pour pouvoir servir de référence, mais elle avait sur celle de Linné l’avantage d’intégrer un bien plus grand nombre de caractères à ses descriptions et de prendre en compte le milieu d’une espèce pour la définir. Par ailleurs, Haller, grand observateur de terrain, a été plus sensible que Linné à la variabilité des spécimens, ce qui l’a conduit à remettre en cause la fixité des espèces : à ce titre, il est un précurseur de l’évolutionnisme, et il avait bien saisi la principale faiblesse du système linéen, son statisme. :bravo2:

En 1763, Haller se réconcilia avec sa ville natale : il y rentra pour y occuper les fonctions de chancelier de la République. Entre autres multiples activités, il dirigea les salines de Bex, assura la diffusion du vaccin antivariolique, réorganisa l’Académie, mena des opérations diplomatiques auprès de la France, non sans continuer ses recherches scientifiques jusqu’à sa mort : il fut l’un des plus grands anatomistes de son temps, et écrivit de nombreux ouvrages zoologiques.

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Haller collabora un temps à l’Encyclopédie de Diderot, mais des querelles personnelles le détachèrent de l’entreprise :( , et ce fut finalement à l’Encyclopédie rivale d’Yverdon qu’il donna des articles de médecine. Très attaché à la diffusion des connaissance et aux échanges entre savants, il créa et anima sa vie durant un réseau de correspondants qui comptait plus de mille membres à travers toute l’Europe. :P

Quand il mourut, Joseph II acheta sa bibliothèque, qui comprenait 20 000 volumes. :shock: :bravo2:


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MessagePosté: 11 Mar 2006, 19:07 
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Chère Madame,
Auriez-vous quelques lumières sur un certain François-Nicolas Regnault (1746-1810); je connais quelques oeuvres de lui dans le goût de Fragonard mais j'ai vu qu'il aurait aussi, avec sa femme, Geneviève, peint (gravé?) en tant que botaniste.
Voici ce qu'Hélène, du forum PH, avait trouvé:
"Le dictionnaire Theme (en allemand) parle aussi de deux ouvrages de botanique gravés avec sa femme. Voilà les notices de la BNF:

Titre(s) : La Botanique mise à la portée de tout le monde, ou Collection des plantes d'usage dans la médecine, dans les alimens et dans les arts, avec des notices... Précédé d'une introduction à la botanique, ou dictionnaire abrégé des principaux termes employés dans cette science... Exécuté et publié par les Sr et Dr Regnault... [Texte imprimé]
Publication : Paris : chez l'auteur, 1774

Titre(s) : Les Écarts de la nature, ou Recueil des principales monstruosités que la nature produit dans le genre animal, peintes d'après nature, gravées et mises au jour par les Sr et Dr Regnault... [Texte imprimé]
Publication : Paris : l'auteur, 1775
Description matérielle : In-fol., 4 p., pl. coloriées "

Est-ce la même personne ou un homonyme, vous pourrez peut-être m'éclairer.

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Rien ne manque à Vénus, ni les lis, ni les roses,
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MessagePosté: 11 Mar 2006, 21:26 
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Bonsoir,

je crains de ne pas avoir grand chose à vous apprendre sur Nicolas-François Regnault... :oops: Ce n'est pas à proprement parler un botaniste, plutôt un naturaliste amateur qui a publié un traité de vulgarisation sur la botanique comme les Lumières en ont beaucoup produit, ainsi qu'un traité sur les monstres. C'est, à ma connaissance, la même personne que l'auteur du portrait d'un joueur de harpe conservé au Louvre, la seule toile que je connaisse de lui... Cela n'a rien d'étonnant.
Son ouvrage sur les plantes est rare, et je n'ai jamais eu l'occasion de le consulter... Voici comment son auteur le présentait : "Notre objet a été de figurer les plantes dont les hommes recherchent le secours dans les maladies qui les affligent, et pour enseigner à bien les connaître. Nous nous sommes servis des écrits des médecins anciens, et des conseils des modernes, pour indiquer les propriétés de chaque plante, leurs préparations et les doses auxquelles on les prescrit le plus communément. (...) L'objet de nos travaux a été dès l'origine de faire une botanique usuelle." C'est donc un ouvrage de compilation, et non le fruit de travaux de recherche personnels.

Le livre semble avoir été fort beau, mais c'est plutôt Geneviève Nangis-Regnault, l'épouse de Nicolas-François, qui en a assuré l'illustration. Elle était connue pour ses talents de peintre et de graveur, et elle a illustré pas mal d'ouvrages naturalistes, surtout dans les domaines de la botanique et de l'entomologie.

Voici quelques planches, à titre d'exemple.

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MessagePosté: 12 Mar 2006, 12:28 
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Merci pour ces renseignements et pour ces planches.

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MessagePosté: 07 Mai 2006, 17:19 
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Stephen Hales
1677-1761


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Cliquez sur le portrait pour l'agrandir.[/align]

Né dans le Kent, Hales fit des études de théologie à Oxford et devint pasteur en 1703. Son importante carrière religieuse (après divers postes prestigieux, il finit aumônier de la princesse de Galles) n’est pas le sujet qui nous intéresse ici :lol: . A côté de ses occupations pastorales, Hales était également un brillant chimiste, un inventeur habile mais aussi un passionné d’histoire naturelle : dans le domaine de la botanique, il fut l’un des premiers à prendre au sérieux l’étude de la physiologie des végétaux. :bravo3:

Son apport à la botanique moderne est assez peu connu mais non négligeable, et son impact en Europe fut considérable, tant sur le plan scientifique que sur le plan méthodologique.

Hales est en effet le premier à avoir appliqué à la difficile question de la croissance et de la nutrition des plantes des méthodes expérimentales strictes (directement inspirées de celles élaborées pour l’étude des animaux) appuyées sur des techniques chimiques bien au point et sur des calculs rigoureux. Dès 1717, il avait proposé à la Société royale de Londres des travaux sur la corrélation entre le degré d’ensoleillement et la montée de la sève dans les plantes, mais il lui fallut dix années supplémentaires pour mener à bien un vaste ensemble raisonné d’expériences et publier ses conclusions. Avant lui, la physiologie végétale était toujours plus ou moins restée dans une zone intellectuelle vague, entre observations conduites au hasard et spéculation philosophique : à partir de la publication de son traité Statical Essays. Vegetable Staticks, or the account of some statical experiments on the sap in vegetables, paru en 1727, il n’en alla plus de même. Pour étudier les besoins en eau des plantes, Hales examinait les pertes par évaporation et les flux internes de nombreux spécimens dans des conditions variées, et mesurait la pression des racines et la succion des feuilles à l’aide d’un manomètre à mercure : il parvenait de la sorte à démontrer le principe de la transpiration végétale et à établir le sens de la circulation de la sève. Etudiant les rejets d’eau des plantes sur des cycles de 24 heures, il montrait que ceux-ci diminuaient pendant la nuit alors que s’accroissait l’absorption d’air, ébauchant l’idée d’un cycle vital des végétaux liés à l’évolution de la lumière. Ce n'était pas encore la découverte de la photosynthèse, mais c'était un pas en avant! :bravo2:

Traduit par Buffon en 1735, sous le titre de La Statique des végétaux et l’analyse de l’air, l’ouvrage acquit rapidement une grande notoriété en Europe.

En 1733, Hales publia le second volume de son ouvrage, Haemastaticks, qui portait cette fois-ci sur la circulation du sang chez les animaux. Il était moins novateur que son ouvrage de botanique, mais remporta également du succès. Hales reçut en 1739 la médaille Copley de la Royal Society, et en 1753, à la mort de Hans Sloane, il remplaça le grand naturaliste à l’académie des Sciences de Londres.


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MessagePosté: 07 Mai 2006, 17:35 
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Johann Jakob Scheuchzer
(1672-1733)


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Cliquez sur les images pour les agrandir.[/align]


Ce savant suisse, né à Zurich où il fut toute sa vie médecin et professeur de mathématiques, est surtout connu dans le domaine de la botanique comme le pionnier de l’étude de la végétation fossile.

Son principal ouvrage en la matière, Herbarium diluvianum, paru en 1709, offre une tentative de présentation raisonnée des spécimens fossiles connus à son époque : c’est à la fois une curiosité scientifique et une première dans l’histoire des sciences de la nature. Scheuchzer croyait que les végétaux conservés dans la roche étaient des témoins de la flore terrestre à l’époque du déluge, :shock: ce qui rend évidemment ses interprétations caduques sur le plan scientifique, mais son ouvrage contient de nombreuses planches où apparaissent, très précisément dessinées, des espèces différentes de toutes les formes vivantes modernes. A ce titre il constitue un jalon important dans l’élaboration de la notion d’évolution des espèces, quoique ce concept ait été profondément étranger à la pensée de son auteur...

Le but de ce post est simplement de signaler l’existence et l’intérêt du livre de Scheuchzer :oops: :wink: : à titre d'exemples, voici quelques images qui donneront une idée de la beauté et de la précision des planches. :wink:

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MessagePosté: 25 Mai 2006, 11:31 
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VAILLANT Sébastien (1669-1722)

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Cliquez sur les images pour les agrandir.


Fils d’un fermier pauvre du Val d’Oise, Sébastien Vaillant étudia d’abord auprès du curé de son village (Vigny), et c’est en sa compagnie qu’il fit ses premières recherches botaniques. Il étudia ensuite la chirurgie à Pontoise, et pratiqua la médecine dans plusieurs villes, avant d’aller étudier la botanique à Paris, au Jardin du roi, auprès du grandTourneforten personne. A la mort de ce dernier, son successeur, Fagon, lui fit obtenir un poste de professeur et de sous-démonstrateur, engageant définitivement sa carrière dans le domaine de la botanique.

A plusieurs égards, Vaillant est un botaniste du XVIIème siècle et appartient à l’âge classique plutôt qu’aux Lumières. Toutefois, il est impossible de le passer sous silence dans ma série, car les travaux qu’on lui doit dans les dernières années de sa vie constituent un tournant majeur dans l’histoire de la botanique moderne. :D

C’est en 1717, lors de l’inauguration d’une nouvelle partie du jardin du roi, qu’il écrivit et prononça un discours qui allait faire sensation et même scandale dans le monde scientifique. :shock:

Le Discours sur la structure des fleurs, leurs différences et l’usage de leurs parties (Sermo de structura florum) traitait comme son titre l’indique de la disposition des organes floraux, mais son thème précis était celui... de la sexualité végétale. :wink:
On ne savait pas bien alors comment les plantes se reproduisaient. On était en train de le découvrir peu à peu, grâce entre autres aux travaux de Camerarius (Rudolph Jacob Camerer) à Tübingen, qui le premier avait établi l’existence de sexes chez les plantes (mettant au passage en lumière l’existence chez les végétaux de trois sexes, et non de deux comme chez les animaux, mais c’est une autre histoire... :lol: ) et bien sûr à ceux de Boerhaave, le grand médecin de Leyde, sur qui je reviendrai une autre fois. :wink:

Dans son discours, Vaillant reprenait les découvertes de ses prédécesseurs en matière d’anatomie florale, mais il allait plus loin qu’eux, expliquant que les plantes avaient une activité sexuelle très comparable à celle des animaux, tant au niveau des organes en cause qu’à celui de l’usage de ces organes. Il comparait les étamines à des pénis et des testicules, décrivait les ovaires et leur fonctionnement en termes empruntés à la physiologie animale, et allait (avec une certaine malice) jusqu’à parler de plaisir sexuel chez les fleurs. :shock: :bravo3:

Inutile de dire qu’un tel texte fit grand bruit : mais malgré sa forme volontairement provocatrice, son contenu était parfaitement sérieux et la terminologie qu’il proposait (ovaires, ovules, placentation, étamines, etc.) devait être régulièrement adoptée par la suite dans la botanique française.
Quant à la reconnaissance de l’analogie entre sexualité végétale et sexualité animale, elle constituait un pas considérable dans la connaissance de mécanismes du vivant. :bravo2:

Malheureusement, Vaillant tomba malade quelques temps après, sans compter que comme bien d’autres savants de son temps, il se ruina pour mener ses recherches et les faire publier. Devenu trop pauvre et trop faible pour achever et faire paraître ce qui devait être l’ouvrage de toute sa vie, le traité Botanicon Parisiense (Dénombrement par ordre alphabétique des plantes qui se développent aux environs de Paris), illustré par Claude Aubriet, il n’eut d’autre ressource que de léguer tous ses travaux à Boerhaave... :( C’est ce dernier qui fit graver les planches et se chargea de publier le livre, qui se révéla être un des chef d’oeuvres de la botanique du XVIIIème siècle, la première flore systématique moderne. Vaillant ne le vit jamais : il était mort depuis cinq ans lorsqu’il parut, en 1727. :pleur:

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Images trouvées là. :wink:

Pour les amateurs de souvenirs parisiens, on peut encore voir, au fond du Jardin Alpin du Museum de Paris, le pistachier grâce auquel Vaillant aboutit à son célèbre discours sur la sexualité des plantes.
L’anecdote à son sujet est très connue, mais amusante à rappeler : ce pistachier, jeune encore à l’époque, poussait bien mais demeurait stérile. :shock: Vaillant s’en étonna, examina ses fleurs mais sans rien y comprendre... jusqu’à ce qu’il découvre un autre pistachier, également stérile, dans un jardin voisin (disparu aujourd’hui). Après examen, les fleurs de ce second pistachier se révélèrent très différentes de celles du premier... Celui-ci portait des étamines, mais pas de pistils : c’était en réalité un pistachier mâle (pas étonnant qu’il ne produise pas de fruits ! :mrgreen: ) Vaillant eut l’idée de prélever du pollen dans ses étamines, et de le déposer sur les pistils du pistachier voisin, qui était une femelle. Miracle ! Des bébés pistaches apparurent (enfin presque, disons que l’arbre porta des fruits). :bravo3:
C’était la première fécondation artificielle, et Vaillant n’eut pas besoin de raisonner longtemps pour en tirer les importantes et provocantes conclusions dont j’ai parlé plus haut. :lol:
Planté en 1700 (par Tournefort en personne) le pistachier mâle a toujours bon pied bon oeil aujourd’hui, même s’il est un peu courbé par le temps : c’est peut-être le plus émouvant des arbres célèbres du Jardin des plantes. Avis aux amateurs donc... :wink:


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