J’ai écouté cette émission en début de mois.
Un peu pointue, mais assez intéressante, elle est encore disponible à l’écoute ici :
http://www.radiofrance.fr/chaines/franc ... n_id=48261
La référence de cette émission est :
La plume et le plomb : Espace de l'imprimé et du manuscrit au siècle des Lumières.
De François Moureau, Robert Darnton (Préface)
Editeur : Pu Paris-Sorbonne
Présentation de l'éditeur
L'invention de l'imprimé au XVe siècle - le plomb typographique - n'a pas totalement supprimé la diffusion manuscrite de certains textes - la plume du copiste. Le manuscrit de copie subsiste en France jusqu'à la Révolution comme un procédé de publication réservé, discret, parfois nécessaire, de toute manière échappant aux règles du marché du livre définies dans le règlement de 1723 compilé par le Code de la librairie (1744). Le livre parisien domine en apparence le marché français : il bénéficie de la plupart des privilèges, de solides appuis auprès de la direction du Livre et des censeurs, surtout parisiens, rattachés à la Chancellerie. Cette belle organisation, où le pouvoir politique et la Communauté des Libraires trouvent un intérêt commun, dissimule à peine des pratiques délictueuses aux yeux de la loi, mais explicables au nom de l'économie et d'une chalandise qui ne se satisfait pas des livres à privilèges. Contrefaçons provinciales ou étrangères de production parisienne, " permissions tacites " pour des livres vendus ouvertement mais qui n'existent pas en droit, fausses adresses typographiques, auteurs feints et vrais-faux anonymes : le livre échappe au carcan de la légalité, sinon de l'économie de marché. La censure a beaucoup à faire pour enrayer certains débordements, tout en sachant que le manuscrit interdit à Paris sera publié à Amsterdam ou à Genève pour entrer en fraude à Paris, au seul bénéfice de la librairie étrangère. Les ventes sur catalogue du XVIIIe siècle prouvent que le livre interdit prospère dans les bibliothèques les plus convenables au regard de la loi. Le manuscrit de copie, petite monnaie en apparence de la diffusion littéraire et philosophique, poursuit sa route sans trop se préoccuper de ces mouvements qui le concernent pourtant. Les nouvelles à la main et les correspondances littéraires secondent ou nourrissent les gazettes et les journaux savants imprimés ; les manuscrits philosophiques modernes se flattent d'une diffusion limitée qui les met à l'abri d'une censure d'ailleurs très peu active dans ce domaine tant que le texte ne passe pas au plomb. L'univers du livre imprimé ou manuscrit propose une galerie de portraits sans égale, où se rencontrent magistrats austères, libraires avisés, académiciens prudents, petits et grands délinquants du livre, bibliomanes et copistes à la feuille : un monde dont la Révolution signera la disparition.
J’en profite pour citer cet autre livre que j’avais lu il y a bien des années à l’université.
Pas facile, facile, mais très instructif.
Gens de lettres, gens du livre
De Robert Darnton.
Editeur : Point Seuil
Présentation de l'éditeur
La littérature se réduit-elle aux grandes oeuvres ? A coup sûr, la vie littéraire, et au premier chef celle qui a sécrété les ferments de la Révolution française de 1789, ne se limite pas aux désincarnés issus de quelques génies isolés. C'est précisément à une véritable sociologie de la culture au XVIIIe siècle, dans sa production comme dans sa diffusion, que nous convie Robert Darnton.
Mais les hommes et les femmes qui ont écrit, fabriqué et vendu des livres sont des créatures de chair et de sang. Pour donner vie aux idées, ils ont marchandé, bluffé, espionné, menti ; ils ont été ruinés et ils ont fait fortune. En cherchant à les connaître, on peut apprécier l'intensité de la passion investie dans les objets familiers que nous admirons sur les rayons de nos bibliothèques. Derrière les ouvrages de l'Ancien Régime, se dissimule une vaste comédie humaine dont Robert Darnton met ici en scène les éléments les plus pittoresques.
Vous trouverez, sur Gallica, ce court texte qui annonce les quelques illustrations qui suivent, témoignages d’un art de la reliure remarquable.
Au XVIIIe siècle le livre imprimé devient un vecteur de la philosophie des Lumières. La production du livre imprimé est en forte progression, en France à l'époque de la Révolution 2000 titres sont imprimés chaque année.
On se trouve face à l‘émergence de nouvelles catégories de livres : livres de science rendus plus accessibles au public et plus illustrés comme l'Histoire naturelle de Buffon, 38 volumes imprimés par l'Imprimerie Royale en 1749 ; le livre de voyage progresse rapidement, on assiste à un réel attrait pour les terres lointaines.
Le grand ouvrage du XVIIIe siècle reste l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert qui a recours à de nouvelles méthodes de commercialisation : affiches publicitaires, souscriptions, prospectus.
Le XVIIIe siècle voit aussi l'apparition de la bibliophilie et de grandes collections avec un art de la reliure qui brille particulièrement. L'apparence du livre se modifie : apparition des petits-formats, du format in-Octavo avec des notes en bas de page, le titre évolue également dans sa présentation et sa longueur.
L'illustration est représentée par le burin ou l'eau-forte avec l'apparition de la couleur à la fin du siècle.
Des dynasties d'imprimeurs, libraires, relieurs, papetiers se créent comme celle des Didot qui marquent le monde de l'édition avec les éditions de classiques, Virgile, Racine et la Bible ainsi qu'avec un nouveau caractère, utilisant également la stéréotypie pour ses publications. Charles-Joseph Panckoucke fonde également un empire éditorial, s'alliant avec des libraires et éditeurs étrangers.
C'est l'époque où des nouveaux lieux de lecture se développent avec des bibliothèques, 18 à Paris à la veille de la Révolution, et surtout les cabinets de lecture.
Les premières années de la Révolution apportent au livre et à la presse, très développés pendant tout le siècle, une liberté qui sera de courte durée.
Reliure de velours rouge brodée de fils d'or, d'argent et de soie, avec un portrait de Louis XV peint à la gouache sur papier sous verre et dans un encadrement de bois. 1725.
Très en vogue au Moyen Âge et à la Renaissance, puis supplantées au milieu du XVIe siècle par les reliures en cuir, les reliures brodées continuent cependant d’être réalisées dans des cas particuliers. Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, elles recouvrent majoritairement les livres religieux et les exemplaires d’auteurs offerts à de grands personnages. Ainsi cet ouvrage dédié par le juriste italien Agostino Paradisi au roi Louis XV, alors âgé de quinze ans.
L’originalité de cette reliure réside non pas dans les matériaux (velours cramoisi, fils d’or, d’argent et de soie) traditionnellement utilisés pour les exemplaires de dédicace, mais dans la présence en lieu et place des habituelles marques de possession brodées (armes, monogramme), d’une gouache sur papier à l’effigie de Louis XV. Celui-ci est représenté sur fond bleu dans un cadre ovale de papier découpé recouvert d’une glace sans tain. L’ensemble, enchâssé dans une épaisse moulure de bois recouverte d’un ruban de fil d’or et de feuillages brodés en filé d’or couché, est rehaussé par le velours cramoisi qui recouvre le reste des plats.
Reliure brodée en tapisserie au petit point sur canevas.1746.
La Journée du chrétien sanctifié par la prière et la méditation, Paris, Hippolyte Guérin.
Comme bon nombre de reliures brodées anciennes, cette reliure recouvre un livre de dévotion à usage privé. Elle est ornée de motifs floraux stylisés en volutes qui couvrent chacun des plats. La broderie est exécutée au petit point de filé or couvert pour le fond, de soies polychromes pour les fleurs entourées d’un filé argent. Les doublures sont de soie verte. Cette reliure a la particularité insigne d’avoir conservé sa pipe brodée au petit point à laquelle sont attachés six signets de soie verte, rose et blanche resserrés en bas par un filé or, ainsi qu’un long ruban de taffetas moiré rose fixé au bord de chacun des plats. Pour la protéger et la mettre en valeur, le relieur Renaud Vernier a conçu en 1995 une boîte de buffle sable avec, à l’intérieur, un écran de protection en altuglass, et des compensations et réserves pour la pipe, les signets et le ruban.
Reliure aux armes de Marie Leczinska.1750.
Ces superbes reliures mosaïquées, non signées, sont attribuées à Jacques-Antoine Derôme (1698-1760) ou à son fils Nicolas-Denis (1731-1788). Sur veau blanc à fond pointillé d’or, on trouve un décor différent pour les trois volumes. Au centre des plats, les armes de Maria Leczinska, peintes sous mica.
Trois dynasties de relieurs célèbres marquent le XVIIIe siècle français : les Padeloup, les Monnier et les Derôme, celle des Derome couvrant presque tout le siècle. Leurs compositions se caractérisent par l’emploi d’une petite roulette, toujours la même, arrêtée aux angles par un petit fer en forme de trident.
Roulette et fer se voient tous deux ici.
Reliure de Pierre-Paul Dubuisson. 1753.
Maroquin vert, à la plaque, aux armes du marquis de Paulmy. Décor à la dentelle. Les armes du marquis de Paulmy, au centre, sont peintes sous mica.
Almanach royal, Paris, Le Breton.
Pierre-Paul Dubuisson, l'un des plus fameux relieurs de son temps, succède en 1758 à Antoine-Michel Padeloup comme relieur du roi. Dessinateur et peintre, il est l’auteur de plaques qui ont permis d'orner les plats de la volumineuse série de l'Almanach royal. La reliure de cet Almanach de 1753 est en maroquin vert avec un décor à la dentelle, et les armes du marquis de Paulmy, peintes sous mica, fine pellicule transparente. Bibliophile avisé, Antoine René de Voyer d’Argenson, marquis de Paulmy (1722-1787), fut grand maître de l'artillerie et le fondateur de la bibliothèque de l'Arsenal ; il possédait de très belles reliures comme celle-ci. Le chiffre que l'on peut déchiffrer sur le plat inférieur laisserait penser que cette reliure a appartenu auparavant à Marc-Pierre, comte d'Argenson (1696-1764), oncle du marquis de Paulmy, à qui il légua sa propre bibliothèque.
Reliure en porcelaine de Sèvres blanche à décor et inscription dorés. 1785.
" La richesse de l'Etat [gerbe de blé] concilée avec le bonheur et la tranquillité des peuples. ".
Projet nouveau sur la manière de faire utilement en France le commerce des grains. Bruxelles.
Véritable objet de curiosité, cette reliure en porcelaine blanche à décor et inscription dorés est une création de la Manufacture de Sèvres. Elle recouvre un recueil de conseils pour éviter la famine adressés au Roi et à la Nation s’opposant nettement aux idées de Necker. Si les deux plats ont reçu la même bordure imitant une dentelle de petits fers marquée aux angles d’une corne d’abondance, leur thème iconographique central diffère : à l’inscription du plat supérieur, " La Richesse de l’État conciliée avec le bonheur et la tranquillité des Peuples ", entourant une gerbe de blé et illustrant les théories physiocratiques, répondent, au dos, les fleurs de lis, et au plat inférieur les armes du comte de Provence. Le frère de Louis XVI, futur Louis XVIII (1755-1824), était en effet un défenseur de ces nouvelles idées économiques. Cet exemplaire se trouvait dans sa bibliothèque personnelle à Versailles avant d’être confisqué par la Bibliothèque nationale à la Révolution.
