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 Sujet du message: Les Noirs libres
MessagePosté: 18 Oct 2009, 09:40 
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Localisation: Dans son monde...
:arrow: Notice extraite du livre Louis-Simon Boizot (1743-1809), sculpteur du roi et directeur de l'atelier de sculpture à la Manufacture de Sèvres (Somogy, éditions d'art)


Image

© Musée du Nouveau Monde, La Rochelle
Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

:arrow: n°81
:arrow: date du 1er tirage : 1794
:arrow: H. 0,220 m - L. 0,155 m - pr. 0,137 m
:arrow: Musée du Nouveau Monde (La Rochelle); inv 83.4-2
:arrow: Acquis en 1983



"La manufacture de porcelaine de Sèvres était toujours à l'affût de la nouveauté, et prête à s'adapter aux revirements de l'actualité. De même, elle était aussi attentive aux productions de ses homologues français ou étrangers. Ainsi, en 1789, elle se proposa, peut-être à l'instigation d'un "Ami des Noirs", d'offrir à sa clientèle la reproduction d'un médaillon au sujet abolitionniste (un Noir à genoux entravé par des chaînes, avec l'inscription "Ne suis-je pas un homme ? un frère ?"), sorti de la manufacture de Josiah Wedgwood (Exposition, Paris, 1989, t.III, p. 671).

Mais si les autorités anglaises ne se manifestèrent pas auprès de Wedgwood, le comte d'Angiviller en France fut au contraire très ferme sur la position que la Manufacture devait tenir :

"M. le comte d'Angiviller, Monsieur, me charge de vous écrire avec la plus grande diligence sur l'objet que voici. On lui a appris que quelqu'un fait exécuter à la Manufacture des médaillons fond blanc représentant un nègre à genoux et enchaîné avec cette légende : "Ne suis-je pas un homme, ne suis-je pas votre frère ?"
Sans doute le motif est bon, il est dicté par l'humanité, mais de pareilles médailles portées dans les colonies pourraient, vues par des nègres, y exciter du mouvement.
M. le Comte me charge enfin de vous marquer qu'il défend absolument d'aller plus en avant pour cet objet et si la médaille est faite de n'en délivrer absolument aucune."
(8 avril 1789) (archives M.N.S. H4, liasse III).

Avant que n'arrive cette directive, la Manufacture avait déjà fabriqué plusieurs médaillons, comme en témoignent les registres d'enfournements qui signalent la cuisson de "3 médaillons d'esclaves", le 10 février 1789, suivie de celle de quatre autres, le 7 mars 1789 (archives M.N.S. Vc'4).

Une fois le décret sur l'abolition de l'esclavage voté par la Convention en 1794, rien ne pouvait plus empêcher Sèvres de produire un groupe sur le sujet, d'autant que les estampes le célébrant étaient particulièrement nombreuses, donc significatives d'une demande forte de la part du public (Honour H., 1989, t. I, p. 83).
Boizot lui même n'hésita pas à donner une paire de dessins au graveur au pointillé Louis Darcis, sous la forme de deux profils de Noirs anonymes, un homme et une femme, tous deux arborant des attributs symboliques de la Liberté, le bonnet pour lui, le niveau en sautoir pour elle. Il est probable que ces deux illustrations servirent de source d'inspiration au biscuit édité au cours de l'année 1794.

:arrow: gravures de Darcis, d'après Boizot

De fait, les deux Noirs figurés dans la porcelaine sont les mêmes que ceux des gravures. Présentés de face, ils montrent chacun du doigt l'attribut symbolique qu'ils portent, et qui sont identiques à ceux proposés dans les estampes de Boizot. Lui porte sur la tête le bonnet phrygien (signe de l'affranchissement des esclaves romains qui le portaient une fois libérés). Elle arbore autour du cou, pendant à une longue chaîne, le niveau, ancien symbole de la franc-maçonnerie, et premier emblème de l'Egalité.
L'ensemble est une image simple, sans accessoire secondaire pour distraire du motif principal, qui véhicule des notions élémentaires et une symbolique directe.

:arrow: le biscuit, en zoom

Les archives de la Manufacture conservent le témoignage de plusieurs enfournements d'exemplaires des Noirs libres, aussi nommés La Liberté des nègres, le 21 fructidor an II (7 septembre 1794), le 11 frimaire an III (1er décembre 1794), le 17 floréal an III (6 mai 1795), ainsi que la trace du biscuit dans les "groupes appréciés commencement de prairial an III, paragraphe ajouté au registre des nouveaux prix de 1787, qui nous indique le prix de vente fixé à 110 livres (archives M.N.S. Vc'4 et Y 19).
On sait enfin que le Directoire exécutif se porta acquéreur, les 4 et 5 ventôse an IV (23 et 24 février 1796), de sept surtouts de sculptures, parmi lesquels on voit deux exemplaires de ce groupe (deuxième et troisième surtout) à 110 francs germinal (archives M.N.S. Vy 12, f°94 v°, f°95)."

_________________
"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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