Le Repos (1759), par Jean-François Gilles, dit Colson (Dijon, 1733 - Paris, 1803)Cette oeuvre est un peu plus longuement commentée dans le catalogue de l'exposition
La volupté du goût. La peinture française au temps de Madame de Pompadour que sur le site du musée des Beaux-Arts de Dijon :

"Jean-François Gilles, dit Colson, est surtout connu pour ses nombreux portraits et son activité de
directeur et ordonnateur des bâtiments des ducs de Bouillon dans leur résidence du château de Navarre près d'Evreux. Il a pourtant abordé la scène de genre avec un rare bonheur dans ce tableau de jeunesse, qui a pour pendant
L'Action, figurée sous les traits d'un jeune garçon mettant le feu à un canon en modèle réduit (Etats-Unis, collection particulière).
Ces deux sujets furent gravés par Nicolas-Gabriel Dupuis, oncle de Colson, indice de leur succès public. Et, de fait,
Le Repos est typique de l'évolution de la peinture au milieu du XVIII
ème siècle, avec la représentation toute intimiste d'un intérieur, renforcée par le cadrage en plan rapproché, coupant les éléments sur tous les côtés (la cheminée et la théière, la robe, le coussin, le miroir et le rideau), ainsi que par la scène de sommeil.
Le chat guettant le serin, pour anecdotique qu'il puisse paraître au premier abord, rappelle, toutes proportions gardées,
La Raie de Chardin, avec une moindre intensité dramatique.
Cependant, comme nombre de sujets de genre à la même époque, celui-ci peut et doit également se lire au second degré : il semble que le moment imminent où le chat va ne faire qu'une bouchée du petit serin retenu prisonnier puisse symboliser la perte de la virginité de la jeune fille. Le chat tourne d'ailleurs son regard courroucé d'avoir été dérangé vers le spectateur, ainsi transformé, d'une certaine manière, en voyeur.
Le sujet du pendant, avec son canon actionné par le jeune garçon, ne peut que renforcer cette lecture, tout à fait dans le goût de l'époque, et que l'on peut retrouver, par exemple, sous la plume de Diderot dans son commentaire de
La jeune fille qui pleure son oiseau mort, présenté par Greuze au Salon de 1765.
Matthieu Gilles."