Je crois que je ne suis pas d’accord avec cette comparaison entre Plotin et la pensée du bouddhisme chinois sur l’expansion de la vie. Mais ce n’est pas un sujet convenable pour le forum.
Sur votre question : non, Kangxi ne devait pas être gêné d’employer ce concept pour en faire un motif symbolique, car il est plus ancien que toutes les écoles bouddhistes de Chine vivantes de son temps, donc excellent pour lui. C’est un thème créé par l’école
Hua Yan, dite « de l’Ornementation des Fleurs » : une branche spéculative de l’époque des Tang, qui tirait son système de réflexion du
Sutra de l’Ornementation des Fleurs comme son nom l’indique, et qui périt au IXème siècle dans la persécution confucéenne. Cette école a transmis beaucoup de son contenu au Chan, c’est pour cela que vous pensez à des textes Chan sur les dix mille fleurs : en gros, on trouve le thème dans tout le Chan subitiste. Quoiqu’éteinte au XVIIIème siècle, l’école
Hua Yan était très respectée en Chine et Kangxi lui-même l’appréciait beaucoup. J’ajoute, que son Sutra d’origine avait été traduit du sanscrit aussi bien en tibétain qu’en chinois, et l’empereur avait les deux versions dans sa bibliothèque. Et il n’avait pas besoin de se cacher pour les étudier.
Je reviens maintenant au sujet du thé.

Je continue à présenter quelques pièces des services impériaux. Après les théières de Kangxi, en voici trois de Yongzheng, et trois de Qianlong.


On voit bien, je pense, la différence de goût entre ces empereurs. Yongzheng préférait les formes pures et les couleurs sobres, Qianlong aimait surtout les motifs, qu’il voulait complexes et colorés, et il prisait particulièrement les thèmes composés dans les « couleurs de l’Ouest » : ce qu’on appelle en Occident la « Famille Rose ».
Je n’entre pas dans les détails

, mais peut-être j’ajoute un mot sur une couleur : le bleu. Dans la théière de Kangxi, montrée plus haut, on voit un bleu particulièrement profond et intense. C’est le fameux « bleu saphir » qui fut crée sous cet empereur, grâce à un procédé de raffinement extrême du cobalt. Dans la théière de Yongzheng, qui est de « bleu et blanc », au contraire le bleu est plus sombre et opaque. C’est fait exprès, parce que l’empereur voulait qu’on revînt au bleu des Ming, jugé plus parfait, et qui était fait de cobalt persan, plus foncé que le cobalt chinois. Aussi y mêlait-on du noir pour obtenir cet effet d’archaïsme. Personnellement, je préfère le bleu de Kangxi mais on peut juger autrement.