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 Sujet du message: L'Abbaye Cistercienne de Valloires
MessagePosté: 18 Nov 2005, 01:37 
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Cousin du Roi

Inscription: 06 Mar 2005, 15:20
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Mesdames et messieurs, bienvenue à Valloires...

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L'abbaye de Valloires est une abbaye cistercienne qui a été fondée au XIIe siècle au coeur de la vallée de l'Authie, non loin de Crécy-en-Ponthieu.
L'abbaye médiévale fut complètement détruite par les guerres de 100 ans, plus tard par la guerre de 30 ans et fut entièrement rebâtie aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Cette abbaye est la seule abbaye du XVIIIe siècle encore complète en France.
En effet, contrairement aux nombreux édifices religieux, et notamment les abbayes, celle-ci fut épargnée par les pillages et les vandalismes révolutionnaires.
Ainsi, à l'intérieur on y trouve toujours aujourd'hui chacun des éléments de sa décoration d'origine : boiseries, peintures et ferroneries d'art.
Si l'abbaye est toujours complète aujourd'hui, nous le devons en partie à Melle Thérèze Papillon, infirmière de la Croix Rouge qui a racheté l'abbaye en 1922 pour en faire un préventorium pour jeunes enfants tuberculeux.
L'édifice fut donc utilisé comme tel jusqu'en 1976.
L'abbaye est aujourd'hui propriété de l'Association de Valloires, créée par Melle Papillon, et répond à de nombreux buts,

-Celle d'être une maison d'enfants à caractère social. C'est donc près d'une centaine d'enfants qui vivent ici, placés par la justice.
-Etre une maison de retraite, avec une quinzaine de résidents.
-Etre une hôtellerie de 17 chambres, dont la moitié sont d'anciennes cellules de moines reconverties
-Et enfin garder en l'état ce magnifique patrimoine et le faire découvrir par le biais de visites guidées, d'expositions et de concerts classiques.

Mais commençons dès maintenant notre visite guidée.

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Tout d'abord un petit rappel à propos de l'ordre cistercien.
L'ordre cistercien fut fondé en 1098 par l'abbé Robert de Molesme, près de Dijon, dans un endroit appelé Citeaux. Le mot cistercien vient du mot cistel qui est une feuille d'eau que l'on trouvait en très grand nombre dans les marais aux alentours. Le cistel est d'ailleurs un des symboles des moines cisterciens.

Fondée en réaction contre l'ordre clunisien, Citeaux est donc la première abbaye cistercienne. S'en suivra un essaimage, avec notamment Bernard de Fontaines, qui en 1112 intégrera Citeaux et sera envoyé avec 12 autres moines (tels les apôtres) pour fonder l'abbaye de Clairvaux, il en sera abbé jusqu'à sa mort en 1153.
Citeaux compte alors 343 monastères dont 66 ont été fondés par Clairvaux. Bernard que l'on appelle désormais Bernard de Clairvaux reste l'un des grands fondateurs de l'ordre cistercien.
Ainsi Citeaux est appelée l'abbaye-Mère, tout comme les autres abbayes sont ses filles.
Nous sommes donc à Valloires, 11e fille de Citeaux.
L'ordre cistercien se caractérise par une grande sobriété concernant l'architecture, mais aussi la vie même de ses moines.
N'oubliez pas que nous sommes ici au XVIIIe siècle...on est donc désormais bien loin de toute austérité...la vie de ces moines se déroulent même dans un certain confort.

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Nous sommes dans la cour d'honneur, qui est une cour en hémicycle, ou en fer à cheval...
Les bâtiments que nous avons ici sont les communs de l'abbaye, et sont agencés selon une architecture française classique, avec un toit dit à la Mansart, très pentu et retombant verticalement... à l'intérieur on y trouvait la boulangerie, la blanchisserie et une partie des écuries.

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Derrière nous se trouve la façade Nord de l'abbaye; ordonnancée en brique et pierre.
Comme vous pouvez le constater l'architecture est très sobre, conformément à la Règle cistercienne, sans opulence...
Cette façade est rythmée par 2 avant-corps très légèrement en saillie, avec deux pilastres colossaux (qui montent du sol pour atteindre le fronton triangulaire)
Les frontons sont simples, et le milieu composé de pierre en ressaut... en fait l'architecte a laissé ses emplacements pour que le sculpteur vienne y travailler, ce qui n'a jamais été réalisé... :wink:
La partie blanche que vous voyez à droite est le logis abbatial, réservé à l'abbé commenditaire de l'Abbaye.
Encore une fois l'architecture y est très sobre.

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Nous voici maintenant devant la façade Est qui vous le voyez est beaucoup moins sévère que la façade Nord, nous avons 2 avants-corps de logis saillants ainsi qu'une toiture à la française, à forte inclinaison, et des fenêtres surbaissées au rez-de-chaussée et à l'étage.
Au rez-de-chaussée ces fenêtres sont encastrées dans un ouverture avec voûte en plein cintre... A l'étage se trouvait auparavant le dortoir des moines, et c'est aujourd'hui les chambres d'hôtes de l'abbaye.

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Face à vous, le chevet de l'église, étonnamment en saillie pour une abbaye cistercienne. L'arbre magnifique que vous voyez à droite est un poirier, il faut savoir que la poire est un des symbole des moines cisterciens, qui en cultivaient pour leur consommation personnelle mais qui réalisaient surtout une liqueur de poire qui était vendue jusque dans la cour du roi d'Angleterre. Ce poirier est magnifique car il a plus de 230 ans, il aurait été planté ici peu après la fin des travaux...soit 1775, il est toujours bien vivant...même s'il peine à laisser mûrir ses fruits.

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Vous avez devant vous 2 plans, le premier est celui de l'abbaye, et le second celui d'une abbaye cistercienne, que l'on appelle aussi plan Bernardin, relatif à St Bernard de Clairvaux.
Citeaux a donc réalisé un plan défini de l'organisation des pièces que vont respecter les futures abbayes.
Ainsi à Valloires, nous retrouvons une église abbatiale occidentée, un cloitre accollé à la nef, une sacristie, une salle capitulaire, des cuisines, des refectoires..et à l'étages les dortoirs...
Ce qu'il faut remarquer ici c'est que l'église est toujours construite en priorité sur un domaine, et sur le point le plus haut.
De plus, vous pouvez constater que l'église est beaucoup plus petite ici que sur le plan traditionnel...
On l'explique par le fait qu'à la reconstruction de l'église au XVIIIe siècle, les moines étaient beaucoup moins nombreux qu'ils ne l'étaient au XIIe...on passe d'une centaine d'hommes à une trentaine...le transept est donc beaucoup moins saillant, et le chevet n'est plus à fond plat...

Autre fait remarquable...on retrouve sur les deux plans une séparation dans la nef de l'église...
Dans une abbaye cistercienne cohabitaient deux types de moines :
Vous aviez les Profès, ou moines blancs, qui étaient des notables qui donnaient tout leurs biens à l'Eglise et venaient vivre la vie monastique en faisant voeu de pauvreté, de chasteté, d'obeïssance à la Règle, et de stabilité...
D'un autre côté se trouvaient les frères Convers, qui sont de pauvres gens qui viennent suivre la vie religieuse en faisant de voeu de chasteté et d'obeïssance... mais qui étaient surtout présents ici pour les travaux manuels : en ateliers, et pour l'exploitation des terres...ils étaient revêtus d'un vêtement brun.
Les séparations à l'intérieur de l'église répondent donc à la séparation des deux rangs :les moines blancs ou frères de choeur..se rendaient à l'église en passant par une porte, et les convers en empruntaient une autre pour s'y rendre... ils avaient leur refectoire chacun, et leurs dortoirs aussi bien sûr...

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Nous sommes ici dans le cloître de l'abbaye, ce promenoir est le coeur-même de l'abbaye, là où gravitent toutes les pièces importantes...

Le cloitre reste très sobre, avec des pilastres doriques qui est le style architectural on ne peut plus sobre, au XVII-XVIIIe on reprend les canons architecturaux de l'antiquité, vous pouvez voir sur l'entablement du cloitre une frise à trigliphes telle qu'on en voit sur les temples grecs ou romains...
A l'étage se trouvent les dortoirs avec des fenêtres en arcatures en plein-cintre... au XVIIIe, les dortoirs sont transformés en chambres individuelles, qui sont pour certaines, selon le rang du profès, de véritables suites, il arrive même que certains moines aient des domestiques...on assiste alors à un assouplissement de la Règle...comme le veut le XVIIIe siècle.

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Vous pouvez apercevoir maintenant le clocher de l'église abbatiale, qui est ici un véritable campanile, c'est une particularité. De plus il n'est pas au croisement du transept et de la nef, mais décalé sur le coté de l'église...il reste sobre, tout de bois et recouvert d'ardoises...

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Cette salle est très importante, c'est la salle du chapitre ou salle capitulaire, elle date du XVIIe, après l'office des primes, vers 7h du matin, les Profès s'y réunissaient pour que soit lu par le Prieur, un chapitre de la Règle de St Benoit, avec ses commentaires (il existe 74 chapitres de cette règle)...
On y prend les grandes décisions, comme le choix d'un nouveau prieur, ou bien on y entend le repentir d'un moine ayant fauté. Il doit alors battre sa coulpe c'est à dire avouer sa faute devant les autres. C'est ici le seul moment ou un profès peut être autorisé à parler, autrement, les moines conversent avec une gestuelle comme les malentendants aujourd'hui.
Rester dans le silence et ne pas manger de viande étaient les 2 principaux interdits de la vie religieuse d'un profès.
Ici les frères convers étaient interdit, seuls les profès avaient droit d'y entrer...
Encore une fois l'architecture est sobre, sans décor, avec voutes d'arêtes...retombant sur une serie de colonnes rondes...

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Ici se trouve le refectoire, qui était l'ancien chauffoir, une des seules pièces chauffées de l'abbaye (avec l'infirmerie et les cuisines)..les décors datent de la fin du XVIIIe siècle, avec des boiseries de style Louis XV (reconnaissable à ses feuilles de lauriers croisées par exemple)

Partons maintenant pour un bref historique de l'abbaye de Valloires...

En 1137, Guy II de Ponthieu signe la charte de fondation de l'abbaye de Valloires sur ses terres sur lesquelles vont vivre la communauté de moines cisterciens pendant près de 6 siècles et demie...
Malgrès tout, la quiètude est souvent troublée par les guerres, notamment la guerre de Cent Ans, et la bataille de Crécy, (non loin d'ici) qui vit la victoire des Anglais en 1346...
S'en suit l'arrivée des calvinistes et leurs ravages, en 1567...
Et enfin la guerre de Trente Ans 1618-1648 : ou la rivière l'Authie, à quelques mètres d'ici était la frontière entre la France, de notre coté, et les Flandres espagnoles de l'autre.
Tout ceci a bien malmené l'abbaye, les frères se réfugièrent plus en retrait vers Abbeville par exemple. L'abbaye de Valloires est donc abandonnée et les batiments s'effondrent...
Viennent alors 2 phases de reconstructions, une première au XVIIe siècle, et une seconde qui achèvera les bâtiments au XVIIIe siècle sous l'impulsion de l'abbé commenditaire, et évèque d'Amiens : Mrg d' Orléans de La Motte et de l'abbé prieur Dom Comeau.
Ces deux hommes font appel à un autrichien, Simon Von Pfaffenhoffen, dit Simon Pfaff, qui était officier à Vienne et qui s'est réfugié à St Riquier après avoir tué un de ses compagnons en duel (pour affaire de coeur parait-il :roll: ), ce qui était passible de la peine de mort...il perd donc tous ses biens et arrive à St Riquier sans le sou.

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Et c'est ici qu'il va se reconvertir sculpteur : à la fois sur bois, sur pierre et sur métal.

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Voici la sacristie.

On observe donc sur les boiseries de cette sacristie la main de Pfaff et son style rocaille, mais à la française, avec utilisation de motifs tels que le coquillage.
Dans cette salle se trouve également 4 tableaux du peintre dit Le Parrocel : Jésus devant les docteurs, une Adoration des Bergers, la Fuite en Egypte et Jésus au mont des Olivers (sur la photo se trouve l'Adoration).
Au sol, se trouve un magnifique parquet de style Versailles...

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L'Eglise Abbatiale est le joyau de cette abbaye...L'architecture est de Raoul Coignart, elle a été construite entre 1741 et 1750, et l'ornementation date de 1750-1756 par le baron Pfaff.

Les moines cisterciens se refusaient d'avoir des vitraux historiés, les vitraux sont donc en grisailles, et laissent entrer intensément la lumière dans l'édifice,
C'est donc un contraste qui se marie admirablement, avec d'un coté une architecture très sobre, conforfément à la Règle de Citeaux, et de l'autre une ornementation riche qu'est celle du style rocaille du XVIIIe siècle.

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Le buffet d'orgues en chêne, magnifique oeuvre de Pfaff, part du sol pour atteindre la voute de l'église. Vous pouvez voir au centre deux lions s'affrontant autour du blason de Mrg d'Orléans de la Motte. C'est de style rocaille française typique, avec notamment les trophées que sont ces guirlandes de végétations et d'instruments de musiques profanes...c'est à dire qu'en aucun cas ces instruments n'étaient acceptés ici...le sculpteur joue ici sans cesse entre ce qui est sacré et ce qui est profane, et s'accorde quelques libertés ici.
Sur les côtés, se trouvent 2 ensembles statuaires en ronde bosse , (dont on peut faire le tour), celui de l'amour charnel d'un coté et celui de l'amour divin de l'autre :

L'amour charnel se compose d'un cupidon, yeux bandés, (l'amour dans l'ignorance), avec une Chasteté à ses côtés : avec sur la ceinture on peut lire : "chatie ton corps" en latin, elle tient un crible dans sa main droite pour séparer le bon grain de l'ivraie...et un fouet de l'autre...pour remettre l'amour dans le droit chemin.

Face à eux se trouvent un angelot clairvoyant cette fois, tenant le flambeau du savoir, à ses côtés, une Humilité, beaucoup plus maternelle, tenant la palme de l'espérance...

Sur la balustrade on aperçoit de nombreux putti (angelots) également plus haut, avec le travail manuel d'un côté (putti forgerons) et intellectuel de l'autre (putti musiciens)

Des atlantes supportent la partie supérieure de l'instrument, les atlantes sont ces hommes drapés et musculeux, ils sont dits ici en gaine, car leur corps se termine au niveau des hanches pour partir en biseau...

Et pour finir tout en haut se trouve le Roi David avec sa lyre, et des anges musiciens...

C'est une oeuvre vraiment travaillée, une pièce somptueuse de sculpture sur bois...

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La grille du choeur est de l'artiste appellé Le Vivarais, qui est son nom de compagnonnage, son vrai nom est De Veyren, il a notamment réalisé les grilles de la cathédrale d'Amiens.
Très travaillée également, toute en courbes et en arabesques, on y aperçoit au centre le blason de l'abbaye en forme de poire, représentant un champ d'or, traversées par les quatres rivières que sont la Somme, la Canche, l'Authie et la Bresle.
La grille est une ode à l'eucharistie, on y voit l'ostensoir avec les symboles du vin et du pain, (blé et raisin), et la patène et le calice.

Le transept incurvé, peu profond, est sculpté aux écoiçons des 4 évangélistes en gypserie (équivalent du stuc)..avec Luc et le taureau, l'ange de Matthieu, le lion de Marc et l'aigle de Jean.

On aperçoit également 2 autels latéraux, avec Saint Martin, sous les traits de Monseigneur d'Orléans de La Motte, et de l'autre St Bernard sous ceux de Don Comeau, ils sont de marbres et du baron Pfaff une fois encore.

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On trouve également à l'intérieur d'enfeux; deux gisants du XIVe siècle, ceux des comtes du Ponthieu : Marie de Ponthieu et Simon de Dammartin

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Sur le maître autel se trouvent des anges en plomb doré, réalisés par Pfaff, qui viendra à mourir du saturnisme pour avoir inhalé les vapeurs de plomb...

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La pièce majestueuse de ce maitre autel est ce tronc de palmier du Vivarais, entouré de liseron et d'olivier qui éclate tel une crosse d'abbé. C'est un arbre de vie magnifique, avec son daie et sa colombe eucharistique (qui a été rajoutée au XIXe siècle; avant s'y trouvait un ciboire tout simplement)
Le XVIIIe siècle est la période de théâtralisation de l'eucharistie, et ici un mécanisme dissimulé faisait monter et descendre la suspense, qui semblait être soutenue par ces deux anges virevoltant au dessus de nos têtes et sortant d'une nuée divine.

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Les anges sont du baron Pfaff et sont en papier mâché, voilà pourquoi ils peuvent tenir si légèrement dans les airs...ils étaient polychromes jusqu'au XIXe, date à laquelle on les a badigeonnés...

Les moines vont profiter de cette église jusqu'en 1791, soit une trentaine d'années avant que la Révolution ne les chasse. Les biens sont mis en ventes, rachetés par un notable de la région : Monseigneur Jourdain de l'Eloge qui viendra donc préserver l'abbaye du vandalisme...
Ses descendants la revendent aux Frères Basiliens, un ordre venu de Belgique sous le vocable de Saint Basile, hommes suivant à la fois une vie ouvrière et religieuse.
Ils seront présents ici de 1817 à 1880 date à laquelle ils se lient aux frères de Saint Vincent de Paul qui y établissent un orphelinat.
Ils seront chassés en 1903 après une loi anti-congréganiste.

En 1905 c'est la séparation de l'Eglise et de l'Etat...l'abbaye est mise en vente...les Etats-Unis veulent récupérer l'Eglise, la démonter pierre par pierre et la remonter chez eux...c'était sans compter sur un historien d'art qui va alarmer le gouvernement et ira faire classer les lieux "Monuments Historiques" en 1907.
L'abbaye reste inoccupée jusqu'à la Grande Guerre.

Pendant la guerre de 1914-1918, l'abbaye devient hôpital militaire pour les troupes belges...puis elle est à nouveau abandonnée.

En 1922, Mademoiselle Thérèze Papillon, infirmière de la croix rouge, rachète l'abbaye et y fonde un préventorium pour jeunes enfants tuberculeux, ainsi va naitre l'association de Valloires. L'abbaye essuiera la 2nde Guerre Mondiale sans encombres, sous la poigne de Melle Papillon (membre d'un réseau de résistance tout comme son frère).
Depuis 1922 donc, l'Association de Valloires est en activité dans ce lieu qu'elle met en valeur et sauvegarde.

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Il y a peu de stales dans ce chevet, 28, étant donné le peu de moines restant au milieu du XVIIIe siècle.
Les boiseries sont faites de trophées de roses (symbole de Marie) et d'objets liturgiques.
Deux stales diffèrent par leur ornementation : celle du prieur Dom Comeau et celle de l'évêque et abbé comenditaire Orléans de la Motte.

Dans le chevet, une peinture représentant la Consécration de la Communauté face à la Vierge, avec Mrg d'Orléans de la Motte et Don Comeau encore une fois.

Dans cette chapelle également gît Mademoiselle Papillon, qui vécut presque centenaire et consacra une partie de sa vie aux enfants dans ces lieux.

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On trouve au dessus de cette chapelle, un tableau attribué à Lebrun. C'est une Crucifixion, entourée de sculptures du baron Pfaff : 2 anges en pleurs, tenant un linceul.

On a véritablement une grande cohérence dans l'ornementation de l'église abbatiale, qui contraste avec la sobriété de l'architecture, donnant un somptueux mariage...

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Nous voici maintenant dans le salon d'honneur, ou l'on recevait les hôtes de marques, les boiseries sont de Pfaff, elles ont été restaurées en 1996 après qu'un incendie a ravagé toute l'aile est ( les boiseries avaient été abîmées par l'eau des pompiers)

On retrouve notamment un tableau représentant Dom Comeau, avec le plan de l'abbaye de Valloires à ses pieds et un clin d'oeil au maitre autel derrière avec le palmier.

On y trouve aussi un tableau de Monseigneur d'Orleans de la Motte faisant pendant.

Je parlais d'abbé commenditaire, la commende fut instauré par François 1er au pape Léon X : les abbayes devaient avoir un prieur, ne s'occuppant que de la spiritualité, et un abbé commenditaire, désigné par le Roi.
Il n'était pas obligé de tenir la Règle, de résider à l'abbaye, mais devait récuperer 2/3 des revenus de l'abbaye.
Ce qui, selon les abbés commenditaires, amenait souvent l'abbaye à sa ruine.
A Valloires, le premier abbé commenditaire apparaît en 1550...
Et heureusement pour nous, c'est un abbé consciencieux comme Orléans de La Motte qui va arriver à Valloires, et reverser la commende à l'abbaye pour sa reconstruction complète.

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Le colombier que vous avez ici est un symbole du privilège de l'abbaye, il faut l'accord du roi pour avoir un colombier, le nombre de colombes est réglementé...à l'intérieur se trouvaient les boulains, les niches rondes destinées à abriter les oiseaux, et un échelle tournante en bois permettait d'y acceder pour les nettoyer...

Voilà notre visite se termine ici, n'hésitez pas à me poser des questions si vous en avez, j'espère que la visite vous a plu et était assez claire. Je vous remercie de votre attention. ;o)

P.S : N'oubliez pas que l'Abbaye de Valloires se dote aussi de jardins magnifiques, dont la roseraie est une merveille debut mai.

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Voilà, Cousin, depuis le temps que je vous l'avais promis... :D

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Alea Jacta Est


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MessagePosté: 18 Nov 2005, 09:15 
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Inscription: 20 Fév 2005, 22:39
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Bravo !!! Je vous remercie beaucoup, cher Marquis, pour cette excellente visite guidée :D

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MessagePosté: 18 Nov 2005, 09:43 
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Cousin du Roi

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Localisation: Sur sa Péniche...
Merci :oops: Ravi que ça vous plaise.

Je remarque tout de meme qu'une photo est à l'envers...que celle des 2 plans n'apparait pas...et que le portrait du baron Pfaff est un peu grand...désolé pour ces désagréments... :roll:

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Alea Jacta Est


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MessagePosté: 18 Nov 2005, 23:08 
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Marquis Chaf' a écrit:
Voilà, Cousin, depuis le temps que je vous l'avais promis... :D


Merci, Marquis Chaf' pour ce très beau sujet ! :!: :wink:

N'ayant pu venir vous voir alors que vous y résidiez :oops: , vous me rappellerez d'aller à Valloires avec vous, la belle saison une fois revenue. 8) :P

Marquis Chaf' a écrit:
désolé pour ces désagréments... :roll:


Une partie d'entre eux a été corrigée. :wink:

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"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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MessagePosté: 19 Nov 2005, 09:56 
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Cousin du Roi

Inscription: 06 Mar 2005, 15:20
Messages: 8
Localisation: Sur sa Péniche...
Mon cousin, je vous y accompagnerai sans soucis. Revenir chez cette "Bonne Dame de l'Authie" est toujours pour moi un plaisir ! :D

Grand merci pour les corrections apportées. :wink:

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Alea Jacta Est


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MessagePosté: 19 Nov 2005, 14:08 
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Inscription: 09 Oct 2005, 16:03
Messages: 58
Waouh ! C'est magnifique, Marquis Chaf' ! :D

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