Jean Le Rond d’Alembert – petite biographie.
Jean Le Rond d'Alembert, pastel de Quentin de La Tour
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(C) RMN / Jean-Gilles Berizzi Vie en bref.Ce grand mathématicien et philosophe est le fruit des amours illégitimes de la marquise de Tencin et du chevalier Destouches, commissaire d’artillerie. Rappelons que madame de Tencin était chanoinesse !
Jean naît le 16 novembre 1717 et Claudine-Alexandrine l’expose sur les marches de la chapelle Saint Jean Le Rond, attenante à la tour nord de Notre-Dame. Conformément à la coutume, il prend le nom du saint protecteur, voici donc Jean Le Rond. Envoyé à l’hospice des Enfants-Trouvés, une famille d’adoption est vite trouvée. La femme d’un artisan-vitrier le recueille en effet. Il vivra avec elle jusqu’à sa mort, soit 48 ans. Il est à noter que le chevalier Destouches surveille son éducation et lui verse une petite pension. Néanmoins, il ne reconnaîtra jamais officiellement sa paternité.
Il entre à 12 ans au Collège janséniste des Quatre Nations (ou Mazarin), où il se montre brillant pour les mathématiques (quelle surprise !!!).
Il est bachelier es arts à 18 ans. Il étudie avec succès le droit (avocat en 1738) et s’intéresse beaucoup à la médecine également.
Il s’inscrit à l’université sous le nom de Daremberg, qu’il transformera en d’Alembert et qu’il gardera toute sa vie.
Il publie son premier travail de mathématiques en 1739, où il corrige des erreurs de l’analyse démontrée de Charles René Reynaud, son maître de mathématiques. Il entre à l’Académie des sciences à 23 ans.
Son travail sur le calcul intégral lui permet d’entrer au collège des sciences en 1741.
En 1745, âgé de 28, il est accueilli à l’Académie de Berlin. L’année suivante, il rencontre Diderot, qui le recrute pour son projet d’
Encyclopédie. En 1747, ils sont à la tête de ce gigantesque projet. En 1751, paraît le premier tome de l’
Encyclopédie. Plus de 200 contributeurs ont participé ! D’Alembert a rédigé le
discours préliminaire.
1754, il fait son entrée sous la coupole à la place n°25 (prédécesseur : Jean-Baptiste Surian).
Diderot et d’Alembert se fâchent en 1757. D’Alembert quitte alors « l’entreprise »
Encyclopédie.
Dès 1765, il vit avec Julie de Lespinasse un amour platonique sous le même toit. Cela durera 20 ans.
Julie de Lespinasse, par Carmontelle (1760)
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(C) RMN (Domaine de Chantilly) / René-Gabriel OjédaIl devient secrétaire perpétuelle de l’Académie en avril 1772.
Il continue ses travaux scientifiques et disparaît au faîte de sa célébrité, prenant ainsi une revanche éclatante sur sa naissance misérable. Il décède des suites de maladies à Paris âgé de 66 ans le 29 octobre 1783.
D’Alembert et les académies.Il entre à l’Académie des sciences comme «associé astronome adjoint». Il sera le grand compétiteur de Clairaut. En 1746, il gagne le concours de l’Académie de Berlin avec ses
Réflexions sur la cause générale des vents, qui seront reprises par Euler.
Battu une première fois à l'Académie par Vauréal, d’Alembert se retire devant Piron, protégé de Madame de Pompadour, pour le fauteuil de Languet de Gergy. Il est élu le 28 novembre 1754 à celui de Jean-Baptiste Surian, avec l'appui de Madame du Deffant, de la duchesse d'Aiguillon et de Montesquieu, par 14 voix contre 9 à l'abbé de Boismont et 3 à Trublet ; il a eu six boules noires au deuxième scrutin et est reçu le 19 décembre suivant par Jean-Baptiste-Louis Gresset. Aidé de son amie, Mademoiselle de Lespinasse, d'Alembert exerce à l'Académie une grande influence, despotique même, surtout du jour où le 9 avril 1772, il devient secrétaire perpétuel en remplacement de Duclos. Le maréchal de Richelieu s'oppose à ce que cette fonction soit donnée à d'Alembert, il déclare même qu'il la fera annuler par le Roi. D'Alembert est élu par 17 voix contre 10 données à l'abbé Batteux, et, contrairement aux précédents, il en demande la confirmation au Roi. Il soutient faiblement la candidature de Diderot, qui d'ailleurs ne désire pas très vivement faire partie de l'Académie, mais il met toute son ardeur à faire élire Marmontel, La Harpe et Condorcet. Il veut que ce dernier remplace Voltaire, le Roi s'y oppose, poussé par son frère le comte de Provence. Pour calmer l'animosité de ce dernier contre l'Académie, d'Alembert doit se rabattre sur le secrétaire de ce prince, Ducis, qu'il fit nommer.
Il écrit une histoire de l'Académie sous le titre
Éloges des académiciens morts de 1700 à 1770, lus dans les séances publiques de l'Académie. En 1775, à la réception de Malesherbes, il lit l'éloge de l'abbé de Saint-Pierre que son successeur Maupertuis a été empêché de faire. Lors de la visite de Voltaire à l'Académie, en 1778, il lit l’Éloge de Boileau. Il propose celui de Voltaire pour le concours de 1779 et, pour protester contre les agissements du clergé à la mort du grand ironiste, il ajoute six cents livres aux cinq cents ordinairement affectée à ce prix.
Il donne à l'Académie du buste de Molière par Houdon.
D’Alembert répond au discours de réception de l'abbé Millot, prépare avec Marmontel la cinquième édition du Dictionnaire. Buffon essaie de réagir contre l'influence toute-puissante de d'Alembert, mais il échoue dans cette lutte, quoique le caractère autoritaire de d'Alembert lui aliène bien des sympathies. Il est peu regretté à l'Académie, lorsqu'il meure : il a été un « écrivain froid et sans idées nouvelles », dit Villemain.
D’Alembert, mondain et ami.D’Alembert refuse à Frédéric II d'aller habiter Berlin, mais il entretient avec le souverain une importante correspondance. Il refuse aussi à Catherine de Russie de se charger de diriger l'éducation de son fils, malgré le traitement annuel de cent mille livres qu'elle lui offre. Il recevra Paul I, chez lui, lors de son voyage à Paris. Membre de toutes les académies d'Europe, ami de tous les philosophes, familier de tous les salons, il y rencontre Diderot. Il est pensionné par Madame Geoffrin, qui lui lègue une rente viagère de 1275 francs et fait la connaissance chez Madame du Deffant Mademoiselle de Lespinasse.
Il est aussi, depuis l'année 1745, l'ami fidèle de Voltaire. Leur amitié et leur correspondance dureront trente-trois ans.
L’EncyclopédieL’abbé Gua de Malves, académicien des sciences et compilateur, entraîne Diderot et d’Alembert en 1746 dans l’aventure de l’
Encyclopédie. Un an plus tard, après le départ de Gua de Malves, ils deviennent codirecteurs. Ils réorientent alors le projet initial de simple traduction de la
Cyclopedia de Chambers vers une totale réécriture, et s’assurent la collaboration de cent soixante-douze rédacteurs. Leur but est d’intégrer les sciences dans un système philosophique cohérent (
Dictionnaire raisonné des sciences est le sous-titre de leur ouvrage).
Dans le
Discours préliminaire de l'Encyclopédie, publié en tête du premier volume (1751), d’Alembert affirme l’existence d’un lien direct entre le progrès des connaissances et le progrès social. Ce texte apparaît comme un véritable manifeste des Lumières. Leur ambition proclamée à travers l’article
Encyclopédie est bien de « changer la façon commune de penser ».
En 1759, après les condamnations répétées de l’Église, le roi révoque le privilège accordé aux Libraires-Associés, décrète la destruction des exemplaires imprimés et interdit la poursuite de la publication. D’Alembert avait déjà, depuis peu, abandonné l’
Encyclopédie, à la suite de divergences avec Diderot.
D’Alembert écrit le discours préliminaire ainsi que bon nombre d’articles mathématiques et scientifiques.
Physique et astronomieSon premier mémoire porte sur la mécanique des fluides.
En 1743 dans le Traité de dynamique dans lequel il énonce le principe de la quantité de mouvement, qui est parfois appelé principe de d'Alembert :
« Si l'on considère un système de points matériels liés entre eux de manière que leurs masses acquièrent des vitesses respectives différentes selon qu'elles se meuvent librement ou solidairement, les quantités de mouvements gagnées ou perdues dans le système sont égales. »
Ce traité ouvre la voie de la mécanique rationnelle et vaut à d’Alembert une réputation européenne. En 1747, il écrit un article sur les cordes vibrantes, où, pour la première fois, il donne et résout l'équation aux dérivées partielles qui régit la propagation des ondes sonores. On doit aussi à d'Alembert des
Réflexions sur la cause générale des vents (reprises et généralisées par Euler), et un traité sur la précession des équinoxes, où il donne une solution partielle au problème des 3 corps.
Ces travaux de d'Alembert apparaissent comme très solides mathématiquement, mais font parfois appel à des simplifications de problèmes physiques très discutables, voire opposées à la réalité. Cela lui vaudra de vives querelles avec Euler, Clairaut, et D. Bernoulli.
PhilosophieSi les sciences ont un rôle important dans la vie de d’Alembert, elles prennent de moins en moins de place au profit de la philosophie.
D'Alembert découvre la philosophie au collège des Quatre-Nations. En plus de la philosophie, il s'intéresse aux langues anciennes et à la théologie (il écrit sur l'Épître de saint Paul aux Romains). À la sortie du collège, il laisse définitivement de côté la théologie et se lance dans des études de droit, de médecine et de mathématiques. De ses premières années d'études, il conservera une tradition cartésienne qui, intégrée aux conceptions newtoniennes, ouvrira la voie au rationalisme scientifique moderne.
C'est l'
Encyclopédie, qui lui donnera l'occasion de formaliser sa pensée philosophique. Le
Discours préliminaire de l'Encyclopédie, inspiré de la philosophie empiriste de John Locke et publié en tête du premier volume (1751), est souvent considéré comme un véritable manifeste de la philosophie des Lumières. Il y affirme l'existence d'un lien direct entre le progrès des connaissances et le progrès social.
Contemporain du siècle des Lumières, déterministe et athée (tout du moins déiste), D'Alembert fut l'un des protagonistes, ainsi que son ami Voltaire, de la lutte contre l'absolutisme religieux et politique qu'il dénonce dans les nombreux articles philosophiques qu'il écrivit pour l'
Encyclopédie. La compilation de ses analyses spirituelles de chaque domaine de la connaissance humaine traité par l'
Encyclopédie, constituent une véritable philosophie des sciences.
Dans Philosophie expérimentale, d'Alembert définit la philosophie comme : « La philosophie n'est autre chose que l'application de la raison aux différents objets sur lesquels elle peut s'exercer. »
Musique.D'Alembert est considéré comme un théoricien de la musique, en particulier dans
Éléments de musique. Il est l'un des chefs des piccinistes, il entretient à ce sujet une polémique avec J.-J. Rousseau.
Mathématiques.C’est dans ce domaine, qu’il s’est montré le plus brillant. Il a travaillé sur le calcul intégral, s’est intéressé aux équations différentielles.
Plusieurs résultats mathématiques portent son nom :
Le théorème de d'Alembert-GaussDans le
Traité de dynamique, il énonce ce théorème qui dit que tout polynôme de degré n à coefficients complexes possède exactement n racines dans C (non nécessairement distinctes, il faut tenir compte du nombre de fois qu'une racine est répétée).
Le critère de d’Alembert La martingale de d’AlembertÀ un jeu où l'on gagne le double de la mise avec (à peu près) une chance sur 2, par exemple à la roulette, en jouant pair / impair, passe / manque :
· Jouer une unité
· Si l'on gagne, se retirer
· Si l'on perd, miser le double
· etc...
On est sûr de gagner, mais si la mauvaise chance tombe plusieurs fois de suite, il faut « investir » beaucoup pour gagner une unité (par exemple si on perd 10 fois de suite, il faut miser 2^10-1 unités, soit 1024 pour gagner 1 !). Il convient de noter que l'attribution de cette martingale à d'Alembert est sujette à caution.
BibliographieMémoire sur le calcul intégral (1739), première œuvre publiée,
Traité de dynamique (1743),
Traité de l'équilibre et du mouvement des fluides (1744),
Réflexions sur la cause générale des vents (1746),
Recherches sur les cordes vibrantes (1747),
Recherches sur la précession des équinoxes et sur la nutation de l'axe de la terre (1749),
Éléments de musique (1752),
Mélanges de littérature et de philosophie (2 tomes 1753, 5 tomes 1759-1767),
Essai sur les éléments de philosophie (1759)
Eloges lus dans les séances publiques de l'Académie française... (1779)
Opuscules mathématiques (8 tomes 1761-1780).
Je mets également un lien vers le comité d'Alembert :
http://dalembert.univ-lyon1.frPierre-Augustin.