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 Sujet du message: Les fauteuils de Madame Infante
MessagePosté: 15 Juil 2008, 16:31 
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:arrow: Texte intégral de l'article de Bill G. B. Pallot, paru dans le magazine L'Estampille / L'Objet d'Art (n° 291, mai 1995 - éditions Faton)

Cliquez sur les vignettes pour agrandir les images :wink:


"Le duché de Parme fut au XVIIIème siècle un centre artistique important. Madame Infante, fille préférée de Louis XV, entreprit d'y faire souffler l'esprit de Versailles. Le goût de la Cour de France est présent dans un grand nombre d'objets d'art exécutés pour ce duché. Parmi eux se trouvent trois exceptionnels fauteuils d'une suite de quatre dont Bill G. Pallot nous retrace ici l'historique."

Image

Madame Infante (1727-1759)
Parma, Galleria Nazionale


Sur les traces du quatrième fauteuil de la duchesse de Parme

"C'est en 1727 que naquirent les deux filles aînées de Marie Leszczynska et de Louis XV : Louise-Elisabeth (appelée Madame Première) et Anne-Henriette (Madame Seconde).
Louise-Elisabeth était à peine âgée de douze ans qu'on organisait son mariage, sur fond de réconciliation diplomatique, avec son cousin, l'infant don Philippe (1720-1765) âgé quant à lui de dix-neuf ans. Il était le second fils de Philippe V, roi d'Espagne et fondateur de la dynastie des Bourbon-Espagne, et d'Elisabeth Farnèse.


La dynastie des Bourbon-Parme

En mars 1739 l'ambassadeur d'Espagne porta à Louise-Elisabeth le portrait de don Philippe, qui fit le tour de la cour tout émoustillée par les préparatifs du mariage. Le 23 août 1739 l'ambassadeur extraordinaire de Philippe V, le marquis de la Mina, vint en grande pompe demander successivement au Roi, à la Reine et au Dauphin la main de celle qu'on appela désormais "Madame Infante". Les fiançailles se déroulèrent le 25 août au château de Versailles, le duc d'Orléans, premier prince du sang, ayant procuration pour épouser Louise-Elisabeth au nom de l'Infant.


Image

"Décoration élevée sur la terrasse du château de Versailles pour l'illumination et le feu d'artifice tiré à l'occasion du mariage de madame Louise-Elizabeth de France avec Don Philippe, second infant d'Espagne, le 26 Août 1739."
par Charles-Nicolas Cochin le Jeune (1715-1790)

(C) RMN / Gérard Blot
Paris, musée du Louvre, chalcographie
Tirage moderne



Enfin, le 29, ce fut au tour de la ville de Paris d'offrir au peuple un grand spectacle nautique sur la Seine, suivi d'un bal à l'Hôtel de Ville où furent conviés plus de 14 000 invités masqués !
Le 31 août, la fille préférée de Louis XV, celle qu'il surnommait Babet, quitta Versailles pour la cour d'Espagne qu'elle atteignit le 25 octobre.


Image

"Plan de la maison" où doit se faire "la remise de Madame Louise-Elizabeth de France, fille aînée de Louis XV, mariée à Don Philippe, second infant d’Espagne".
Bayonne, septembre 1739.
© Archives diplomatiques



Le mariage immédiatement célébré, Louise-Elisabeth vécut là pendant près de dix années une existence assez morne animée par une seule préoccupation : quitter l'Espagne et édifier par elle-même pour son époux un trône digne de ce nom.
En 1741, don Philippe partit pour l'Italie participer à la guerre de Succession d'Autriche, dans laquelle, soit dit en passant, il brilla surtout par sa mollesse, et ne revit sa femme qu'en 1749.

A la suite du traité d'Aix-la-Chapelle (1748), concluant cette guerre, on attribua à don Philippe les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla.


Image

Don Philippe, infant d'Espagne, duc de Parme, de Plaisance et de Guastalla (1720-1765)
Ecole italienne
(C) RMN / Gérard Blot
Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon


La dynastie des Bourbon-Parme prenait alors naissance et Madame Infante, plus princesse que femme, allait enfin devenir une souveraine régnante.
Mais elle recevait ce petit duché dans un piètre état, en partie à cause de son beau-frère, don Carlos, qui avait littéralement pillé le Palais ducal de Parme (avec sa fameuse collection Farnèse) lors de son départ pour Naples quinze ans plus tôt.


Un convoi de "34 chariots" pour Parme

C'est forte de ce compte-rendu que Madame Infante décida de s'arrêter à Versailles avant de se rendre à Parme. Elle resta à Versailles du 31 décembre 1748 au 6 octobre 1749 afin de persuader son père Louis XV, à la place d'un mari dont l'insignifiance devenait proverbiale, de contribuer à restaurer la fortune et la puissance perdues du duché de Parme.

Image

Madame Infante, par Louis-Michel van Loo et Pietro Melchiorre Ferrari

En bon diplomate, elle obtint ainsi une subvention annuelle de 200 000 livres. Elle passa aussi une grande partie de son temps, comme nous le précise d'Argenson, à commander et acheter des meubles pour le palais ducal.
Elle allait, selon la rumeur, jusqu'à jouer de l'argent aux cartes afin de pouvoir payer tous ses fournisseurs. Lorsqu'elle quitta Paris en octobre 1749, elle était accompagnée d'un convoi de près de "34 chariots" chargés de meubles et autres ustensiles.

C'est peut-être dans ce convoi que se trouvait une suite de fauteuils dont trois exemplaires seulement sont aujourd'hui connus.
Le premier est conservé au musée de l'Ermitage (Saint-Pétersbourg),

Image Image

L'exemplaire de l'Ermitage
Copyright ©2003 et 2006 State Hermitage Museum.
All rights reserved

Fauteuil à la Reine, à châssis attribué à Nicolas-Quinibert Foliot.
Peut-être exécuté d'après un dessin de Contant d'Ivry.
Paris, vers 1749.
Bois de chêne doré


le second au Metropolitan Museum (Met, New York) et enfin le troisième dans une collection particulière (Londres).

De formes identiques, ils portent aussi chacun la marque au feu CR, entrecoupée par une couronne royale, et suivie d'un numéro d'inventaire : CR 4865 sur celui du Met., CR 4864-2 sur celui de l'Ermitage et CR 4864-1 sur celui de Londres.
Ce CR pour Casa Reale (Maison Royale), fut très certainement apposé vers 1855-1856 à la demande de la duchesse de Parme, fille du duc de Berry, sur tous les meubles et objets d'art (profanes et sacrés) provenant des résidences officielles de Louise-Elisabeth et de ses descendants.

Ces marques prouvent que nos sièges étaient bien dans les collections ducales parmesanes au XVIIIème siècle. Preuve qui peut être plus précisément corroborée par leur garniture très particulière. Nos trois fauteuils étaient en effet garnis à l'origine d'un velours de soie cramoisi sur lequel était appliqué, en décor, un large galon brodé de fils d'or (aujourd'hui oxydés).

Le fauteuil de l'Ermitage a conservé le tout intact,

le fauteuil de Londres a perdu son dossier et ses manchettes qu'il possédait encore à la vente Camille Lelong (1903).
On retrouve l'un de ces fauteuils avec la même garniture sur un portrait de Marie-Louise (fille de Louise Elisabeth) peint par Laurent Pécheux en 1765 (Met., New York), ainsi que sur un autre portrait identique (réplique par Pécheux ?) conservé au château d'Ansouis (Provence).

Image

Marie-Louise de Bourbon-Parme (1751-1819), future épouse de Charles IV d'Espagne,
par Laurent Pécheux (1729-1821), 1765
Copyright © 2000–2008 The Metropolitan Museum of Art.


Le fauteuil du Met, quant à lui, se démarque des deux autres par un galon de fils d'or beaucoup plus simple. Cette garniture est pourtant bien celle d'origine puisqu'on distingue un galon identique sur un coussin, ou "carreau", peint par Pécheux sur deux portraits de Marie-Louise : sur celui du Met, précité, et sur celui du palais Pitti (Florence, Inv. Oda 1911), daté 1765, où le fauteuil est par contre absent.

De plus, on connaît un portrait exécuté vers 1850 par Prosper Raffi montrant la duchesse de Parme assise dans un fauteuil dont les bois et la garniture sont identiques à celui du Met.

:arrow: La duchesse de Parme et ses enfants, par Prosper Raffi (vers 1850)

Louise-Marie-Thérèse de Bourbon (1819-1864), duchesse de Parme, était la fille du duc de Berry (1778-1820) et la soeur unique du comte de Chambord (1820-1883).
Elle eut de l'infant Charles III quatre enfants dont trois seulement sont représentés ici.

Le fauteuil peint correspond en tout point à celui du Met., on retrouve ce galon de fils d'or beaucoup plus simple que sur les autres sièges : il devait correspondre à la garniture "courante".


De ces recoupements il semble donc bien que nos sièges à châssis (amovibles) aient eu au moins deux garnitures : une garniture qu'on pourrait appeler "d'apparat", réservée pour les grandes occasions car fragile d'utilisation (fauteuils Ermitage et Londres), et une garniture plus "courante" réservée pour des hôtes moins importants (fauteuil Met.). Il est probable aussi que d'autres garnitures existèrent, beaucoup moins précieuses, réservées pour l'usage de tous les jours ou adaptées aux saisons, à savoir une "garniture d'hiver" (type velours) et une "garniture d'été" (type soierie)...


Un ensemble de sièges énigmatique

On s'est beaucoup et longtemps interrogé sur la destination de cet ensemble de sièges. La réponse fut apportée par le portrait de Marie-Louise peint par Pécheux. Daté de janvier 1765, ce tableau (et donc le fauteuil) n'a pu être peint ni à la villa Golorno, résidence d'été, ni au Palazzo del Giardino, alors inhabité.
Seule possibilité : le Palais ducal situé à Palerme même.

Construit au pied du Palazzo della Pilotta, le Palais ducal fut remodelé en 1750 à la demande de don Philippe par l'architecte français Antoine Carlier qui modifia la décoration intérieure en stuc italien. Il devint ainsi le siège du duché de Parme jusqu'à sa destruction en 1766, l'année même qui suivit la mort de don Philippe.
Mais à quelle pièce étaient destinés nos sièges ainsi garnis ? Dans son Journal de voyage en Italie (1766), l'abbé Richard dit des appartements de don Philippe que "le mobilier et les murs étaient couverts d'un velours cramoisi brodé en or".
Par ailleurs, un portrait de Philippe dans ses appartements (1765), peint par Pécheux (Pinacothèque, Parme, Inv. 1028) montre bien visible un canapé différent de nos fauteuils, mais garni de la même façon.

Image

Philippe Ier, duc de Parme
par Laurent Pécheux (1729-1821)


Les deux témoignages le confirment : ce "grand décor" était bien celui des appartements réservés au duc. De plus, la complémentarité des numéros d'inventaire des sièges de l'Ermitage (4864-2) et de Londres (4864-1) laisse à penser qu'ils étaient tous deux placés dans la même pièce. On notera aussi, curieusement, que les châssis des fonds (assises) portent ces mêmes marques mais qu'elles sont différentes de leur fauteuil respectif. Ainsi le siège de l'Ermitage a-t-il le châssis, et donc la garniture, de celui de Londres et inversement.

Ces trois fauteuils, depuis longtemps connus, faisaient partie d'un ensemble beaucoup plus important. Nous pouvons ajouter qu'il comportait au moins un canapé et un tabouret aujourd'hui conservés respectivement au palais du Quirinal (Rome, Inv. 1662) et au Palais royal de Turin. Ces deux pièces ont hélas perdu leur garniture d'origine à broderie.


Les achats parisiens de la duchesse

Afin de promouvoir son duché et de remeubler ses palais, Louise-Elisabeth entreprit trois longs voyages à Paris, le premier nous l'avons vu, en 1748-1749, le second en 1753 et le dernier en 1759 qui lui fut fatal puisqu'elle y mourut de la variole.


Image

Louise Elisabeth de France (1727-1759), fille de Louis XV, dite "Madame Infante", représentée assise en habit de chasse.
Portrait posthume (1760), atelier de Jean-Marc Nattier.
(C) RMN / Gérard Blot


Parallèlement, dès 1749, s'organisa un véritable "pont terrien" entre Paris et Parme, dont les instigateurs furent Dutillot et Bonnet.
Guillaume Dutillot, homme de confiance de Madame Infante puis premier ministre du duché, commandait de Parme des meubles et objets d'art au banquier Bonnet résidant à Paris.
Celui-ci était chargé de visiter les artisans, discuter les prix, soumettre des dessins à Dutillot... et enfin d'organiser le transit :

"J'irai chez Oudry, écrit-il à Dutillot, j'irai aux Gobelins, je prendrai de l'un et de l'autre car, en vérité, on y travaille aussi dans le gracieux", et "j'ay épargné sur les ouvrages dont j'ay été chargé plus de trois mille francs à l'Infant par les soins immenses que je me suis donné pour faire chercher et aller chercher moi-même dans les faubourgs éloignés les ouvriers les plus parfaits, parce que ces gens là, charmé d'être paiés comptant contre la coutume des marchands qui leur font supporter de très longs crédits, me donnaient à grand marché ce que javais souvent achetté le double chez ceux de cette ville qui ont la grande vogue comme Lebrun, Migeon, Hébert et des autres."

De la correspondance de Bonnet et Dutillot, nous apprenons ainsi que les meubles pouvaient emprunter deux routes.
Soit la route du Havre (par Seine) - Marseille (par mer en contournant l'Espagne) - Gênes (par Turin ou par mer) - Parme

ou

solution "la plus prompte et la plus certaine mais la plus dispendieuse", la route d'Auxerre (par Seine) - Châlon (par route) - Lyon (par Saône) - Avignon (par Rhône) - Marseille - Gênes (par mer) - Parme.

Etant donné la précocité stylistique de nos fauteuils nous avons tout lieu de penser qu'ils firent partie des tout premiers envois de meubles organisés dès 1749 par Louise-Elisabeth ou Bonnet.
La procédure d'acheminement pour les sièges était presque toujours la même : ils étaient envoyés de Paris en bois naturel, démontés et rangés dans des caisses, pour être dorés (ou peints) et garnis sur place à Parme. Ainsi Bonnet dans une lettre du 18 janvier 1852 adressé à Dutillot précise-t-il :

"nous avons ici 4 bois avec ce luy du sopha que nous vous enverrons incessament pour faire dorer; les garnitures galonné et brodées en sont faittes, elles partiront peu après il n'y aura plus qu'à les appliquer sur vos bois quand vous les aurez fait dorer"

Qu'en est-il plus précisément pour nos sièges ?
Ils furent exécutés sans aucun doute à Paris vers 1749 et, bien que non estampillés, on peut les attribuer en toute certitude au menuisier en sièges Nicolas-Quinibert Foliot. Son choix ne fut pas le fruit du hasard puisqu'en 1749 il "livrait" déjà pour la Couronne de France comme Menuisier de Garde-Meuble du Roi.
Mais sur des sièges d'une telle nouveauté et d'une telle invention, N.-Q. Foliot ne fut qu'un simple exécutant obéissant aux ordres et aux dessins d'un donneur de modèles. Nous avions émis l'hypothèse que cet homme pouvait être l'architecte Contant d'Ivry, présenté à la cour de Parme par Bonnet dès 1749. Des rapports peuvent être établis entre l'oeuvre de Contant au Palais -Royal (Paris, vers 1753-1755) et nos fauteuils. En effet, sous une apparente profusion de sculptures, qui les a trop souvent et hâtivement fait classer dans le style rocaille-rococo, nos sièges n'en restent pas moins tempérés et caractéristiques de ce que nous avions appelé le "rocaille symétrisé" ou rocaille à tendance classicisante. Style dont Contant fut le principal initiateur et propagateur à Paris.
Menuisés par N.-Q. Foliot et sculptés par un sculpteur comme toujours hélas inconnu, nos sièges furent envoyés en bois naturel et démontés, à Parme. Une étude de visu des trois fauteuils, qui ont conservé leur dorure d'origine, confirme que celle-ci est bien piémontaise avec notamment ce décor caractéristique de criblés ou "bouterolles" sur l'arrière du dossier.
Le galon de fils d'or appliqué sur velours de soie rouge fut fabriqué aussi à Paris, peut-être par le marchand tapissier Mellin dont une note de Bonnet nous précise ses habitudes avec la cour de Parme :

"Du 24/12/1753. J'ai ordonné au Sr Mellin, tapissier de la Reine, [de livrer] les 12 tabourets et les galons d'or dont il a fallu faire les dessins et monter des métiers exprès"

Le fauteuil de Londres porte, manuscrite à l'intérieur du châssis, l'inscription à l'encre gallique : Petrus.
Cette mention fait référence à Jean-Baptiste Petrus, tapissier attaché au service du duché de Parme. Petrus fut-il le responsable de la façon de nos fauteuils sur laquelle il appliqua le velours brodé en provenance de Paris, ou bien fit-il simplement office de "valet de chambre tapissier" responsable de l'entretien et du changement de garniture (?).

Image

Don Philippe de Bourbon et sa famille, par Giuseppe Baldrighi (1723-1803)
Parma, Galleria Nazionale


:arrow: Candélabres Louis XV provenant de Madame Infante

Sous les photos, vous pouvez lire l'historique des candélabres, extrait du catalogue de vente (voir au n°187)

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Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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MessagePosté: 15 Juil 2008, 16:32 
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Le faubourg Saint-Antoine à Parme

Fait intéressant, il appartenait à cette colonie d'artisans français que Louise-Elisabeth fit venir à Parme et qui créèrent à l'image de Paris un véritable "faubourg Saint-Antoine" où se cotoyèrent menuisiers français et italiens au service de la cour de Parme. De ce mixage il ressortit très rapidement un style particulier, parisien mais teinté du goût piémontais. Un inventaire de 1756 du palais de Colorno montre bien qu'on mélangeait dans une même pièce les sièges parisiens et les sièges parmesans à l'imitation :

Image

palais de Colorno

"8 fauteuils faits à Parme... 4 fauteuils faits à Paris... un canapé fait à Paris... un canapé fait à Parme..."

Nul doute que nos fauteuils fabriqués à Paris durent avoir une grande influence sur les menuisiers en sièges de Parme. On connaît ainsi une paire de fauteuils (collection particulière), version simplifiée de nos sièges, qui porte les marques "CR", "C(olorno)" et "M(arie)-L(ouise)", et qui furent fabriqués à Parme par cette colonie d'artisans franco-italiens.

Une fois assemblés nos trois fauteuils intégrèrent, comme nous l'avons vu plus haut, les appartements de don Philippe au Palais ducal. Ils quittèrent ce palais lors de sa destruction en 1766 pour une autre résidence officielle. Ils étaient toujours dans les collections du duché de Parme en 1861.
En effet, le fauteuil du Met. porte le numéro à l'encre 9969 faisant référence à un inventaire de 1861 effectué au Palazzo della Pilotta à Parme : "N° 9969- un seggiolone a bracciuoli uguale ai due precedenti tranne que questo guarnito di alto gallone in oro fino festonato".
Sous le numéro 9968 sont décrits deux autres fauteuils identiques qui correspondent certainement à ceux de l'Ermitage et de Londres. Ils portent d'ailleurs chacun à l'encre le numéro 99(..), et allaient en paire comme le prouvent leurs CR complémentaires (4864-2 / 4864-1)

La dispersion du mobilier de Parme

Cet inventaire fut dressé, probablement à la demande du roi Victor-Emmanuel II, au lendemain de l'unification du duché de Parme avec le nouveau Royaume d'Italie (1860).

Il semble qu'il fut suivi d'une période d'instabilité administrative, voire de concussion, pendant laquelle plusieurs meubles furent liquidés. Ainsi les lustres de la Wallace Collection (Londres, Inv F 83) provenant de la cour de Parme, furent-ils selon toute vraisemblance achetés au plus tard en 1865-1870 par le baron Davillier, marchand d'art à ses heures, à "un fonctionnaire du palais royal de Parme".
En 1870, une grande partie des meubles et objets d'art de la cour de Parme fut abritée au palais du Quirinal à Rome, nouvelle demeure des rois d'Italie.



Image

"Ce magnifique lustre à douze bras de lumière, tout comme un autre plus petit à neuf bras de lumière également à la Wallace Collection (F84) [voir ci-dessous], fut réalisé par Caffieri, probablement assisté de son fils aîné Philippe Caffiéri (1714-1774).
Louis XV l'offrit très certainement à sa fille aînée, Louise-Elisabeth, duchesse de Parme, à l'occasion d'une de ses visites à Paris dans les années 1750. En 1803, il était suspendu dans le Gran Salone de la Reggia de Colorno, l'ancienne résidence de la duchesse.
Avec ses branches en S fluides, le lustre est un excellent exemple du style rocaille en bronze doré. La plateforme au fond de la cage porte la marque de Caffieri et la date 1751.

Fer et bronze doré
h 179 cm, l 190 cm
Acquis par sir Richard Wallace en 1871.
F 83
Notice extraite de La Wallace Collection (éditions Scala, 2006)


Image

F 84


A l'exemple des lustres, nos fauteuils suivrirent le même cheminement : celui de l'Ermitage était dès 1865 dans une collection particulière à Francfort, puis fut acquis à Vienne par Stieglitz qui l'offrit au musée en 1886; celui de Londres était dans la collection Camille Lelong, lorsque celle-ci fut vendue à Paris en 1903, puis passa chez les Talleyrand-Périgord qui le mirent en vente en 1987; celui du Met., enfin, était dans la collection de Georges Hoentschel à Paris qui vendit le tout en 1906 à J. Pierpont Morgan, lequel l'offrit au musée. Ces deux derniers fauteuils, recensés à Paris vers 1900, durent probablement être achetés par leurs propriétaires respectifs dans les années 1870...

On comprend mieux quel fut le périple de ces trois fauteuils depuis 1749, date à laquelle ils furent transbordés de Paris à Parme sur ordre de Louise-Elisabeth. Après avoir été "bradés" sous le manteau en 1865, leur périple s'arrêta définitivement pour deux d'entre-eux qui entrèrent dans une collection publique. Mais le périple n'est pas terminé pour le troisième qui essuya par deux dois le feu des enchères et perdit entre temps une partie de sa garniture.
Il n'est pas non plus terminé pour le quatrième. Car il y eut bien au moins quatre fauteuils comme nous le prouve la présence, sur le siège de l'Ermitage, du chiffre "III" estampillé à froid et cousu dans le tissu par le menuisier et le tapissier. Etant donné le soin apporté aux trois fauteuils connus, nous avons tout lieu de penser que le quatrième existe quelque part dans le monde. Avis aux chasseurs de fauteuils... !"


Image

Louise Elisabeth de France, duchesse de Parme (1727-1759), représentée avec son fils Don Ferdinand (1751-1802), âgé de deux ans, futur duc de Parme (1765-1802)
par Adélaïde Labille-Guiard (1788)

Portrait posthume commandé par Mesdames.
(C) RMN / Daniel Arnaudet

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MessagePosté: 15 Juil 2008, 17:33 
Passionnant historique...
Merci pour ce très bel article, Louis-Auguste.


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MessagePosté: 15 Juil 2008, 19:36 
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Tant mieux si cela vous a plu, Aude... d'autant que ce fut un peu long à taper. :lol: :neuneu: :wink:

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MessagePosté: 15 Juil 2008, 23:22 
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Louis-Auguste a écrit:
d'autant que ce fut un peu long à taper.

Voilà. J'ai enfin pris le temps de vous lire !
Merci Louis-Auguste pour votre patience... :D

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MessagePosté: 16 Juil 2008, 11:33 
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Merci pour cet exposé sur les périgrinations de ces fauteuils ! :P

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MessagePosté: 10 Jan 2010, 00:04 
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Citation:
[...]C'est peut-être dans ce convoi que se trouvait une suite de fauteuils dont trois exemplaires seulement sont aujourd'hui connus.
Le premier est conservé au musée de l'Ermitage (Saint-Pétersbourg), le second au Metropolitan Museum (Met, New York)[...]


En complément, une photo de l'exemplaire détenu par le Met :

Image

(C) Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN / image of the MMA

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