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 Sujet du message: L'art du Tibet au XVIIIème siècle
MessagePosté: 30 Avr 2008, 14:34 
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Je commence donc aujourd’hui, comme je l’ai proposé, un sujet autour de l’art du Tibet au XVIIIème siècle.

A la différence des sujets sur l’art déjà ouverts dans la section Asie, celui-ci sera court et très résumé : je l’écris en complément de la présentation d’histoire du Tibet commencée par Claudine, pour lui ajouter un petit cadre visuel. :oops:

J’ai donc sélectionné une quinzaine d’œuvres, que j’espère être représentatives des principales formes artistiques, qu’on pouvait trouver au Tibet au cours du XVIIIème siècle. :oops: Par clarté de propos, je vais les rassembler en cinq groupes selon leurs techniques ou leurs sujets.

Avant tout, il faut savoir que l’art au Tibet, au XVIIIème siècle, était un art intégralement religieux : il n’existait aucun art profane d’aucune sorte, donc le répertoire des sujets possibles est assez limité.

Les groupes seront les suivants :

-Les Tangkas noirs de déités courroucées,
-Les Tangkas colorés, de déités diverses,
- Les sculptures de déités,
-Les œuvres « politiques », portraits de religieux en tangkas et en sculptures,
- l’architecture et la peinture en fresque.

Pour l’ordre des techniques, je commencerai par les Tangkas noirs parce que ce sont des œuvres vraiment totalement caractéristiques du XVIIIème siècle : ce que ce siècle a produit de plus spécial. J’attendrai un peu, pour les portraits « politiques » de religieux, que je mettrai donc en quatrième partie seulement, pour que Claudine puisse finir son sujet sur les rapports entre les dirigeants bouddhistes et la Chine : comme ces peintures l’illustrent entièrement, elles doivent logiquement venir ensuite, pour être bien comprises. :oops:

I. Les Tangkas noirs

Nommés Nagtangs (Rouleaux noirs), ce sont des formes de Tangkas (donc de gouaches sur toile) exécutées à l’or sur des fonds de teintes sombres, dits « noirs » mais en fait plutôt bleu nuit ou vert profond.
Ils sont apparus à la fin du XVIIème siècle, et ont connu leur apogée pendant tout le XVIIIème : on dispute beaucoup de leur origine exacte :oops: . Deux sources sont en général acceptées : les fresques murales des « chapelles redoutables » où sont célébrées, dans les monastères, les grandes divinités courroucées dites « protectrices du Dharma ». Ces fresques sont peintes sur fonds sombres, et sauf qu’elles sont monumentales, elles obéissent aux mêmes conventions picturales. Ou bien, les peintures chinoises bouddhiques sur soie noire, qui sont caractéristiques de la fin du XVIIème siècle en Chine également et ont pu influencer l’art tibétain à la faveur de l’intervention de la Chine dans le pays. Dans ce sens, vont les nombreux traits clairement chinois qu’on trouve dans la plupart des Nagtangs.

Je montre six exemples de cette sorte d’œuvres, en les commentant très brièvement. Elles représentent toujours des déités courroucées, et sont strictement ésotériques, c’est-à-dire que leur sens est entièrement symbolique, et doit être lu en fonction d’un système de signes très compliqué, toujours spécifique d’un courant ou d’une école.

Elles sont clairement reliées, par leurs thèmes et la façon de les traiter, aux visions des mystiques tibétains, qu’elles essaient de reproduire : ce qui explique leur côté onirique extrême. Leur usage était (ou est encore) secret, à des fins rituelles ou méditatives.
Je m’excuse de la mauvaise qualité des images :oops: . Toutes les photographies sont © RMN, parfois recadrées par moi :oops: . Mais ces pièces sont presque impossibles à photographier malheureusement.

Pour commencer, voici Bkrashistsheringma (avec ses quatre sœurs) : c’est une déesse protectrice assurant longue vie et richesse. Elle chevauche un lion et tient le vajra, le « foudre-diamant » dans sa main. L’esthétique de la représentation est clairement d’influence chinoise, en réalité on ne sent presque rien de proprement tibétain dans une telle œuvre, qui a peut-être été créée pour un monastère par un artiste chinois.

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Plus marquée, ici Ekajati, déesse suivante de Tara. Sa représentation est nettement reliée au bouddhisme Nyingmapa dont il a été question dans le sujet historique : c’est sa forme vénéré dans cette lignée. Elle a un seul œil au milieu du front, qui voit le passé, le présent et l’avenir, une seule dent gigantesque dont elle poignarde ses ennemis : elle mange un cœur humain et tient dans sa main un chien, l’animal des charniers qui lui est normalement attaché. Elle piétine un corps humain.

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Voici Rahûla, qui est une divinité indienne brahmanique des astres, absorbée par le bouddhisme tibétain. Lui aussi est relié au courant Nyingmapa, et on voit la figure principale de ce courant, Padmasambhava, dans un coin de la toile. Le dieu possède dix têtes, neuf démoniaques et grimaçantes, la dixième est une tête de corbeau (animal nécrophage comme le chien). Son ventre porte un visage à la gueule ouverte, le bas de son corps est fait de reptiles qui jaillissent de nuages de style « chinois » comme les montagnes qu’on voit à l’arrière-plan et les flammes qui l’entourent (mais la forme du dieu lui-même, est nettement tibétaine).

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Un autre « incontournable » des Rouleaux noirs :lol: : Yama, dieu de la Mort. Il est ici sous son aspect le plus fréquent : à tête de taureau, enlacé de sa sœur-prajna Yami, mais pas en union. Le dieu est ithiphallique (merci à Claudine qui m’a indiqué le mot français exact :shock: :oops: ). Cela est presque toujours le cas dans ses représentations tibétaines. Couronné de crânes, il brandit son sceptre à tête de mort, et sa compagne tient un demi-crâne rempli de chair humaine. Le couple est monté sur un taureau.

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Voici une déité en union complète cette fois-ci : c’est Mahavajrabhairava, uni à sa prajna Vetali. C’est un protecteur, forme secondaire de Yamantaka, le dieu qui protège de la mort et qui est l’aspect courroucé du bodhisattva Manjushri. Il a neuf têtes (la principale de taureau) et trente-quatre bras. Il est entouré de nombreux autres protecteurs (dont les plus importants sont Mahakâla, Yama, Jambhala). Il s’agit d’une œuvre reliée aux Gelugpas, car on reconnaît en haut à droite leur fondateur Tsongkhapa (le seul qui a un bonnet de lama).

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Pour finir, un démon des montagnes, Bragbtsan : c’est une divinité du chamanisme tibétain Bön, soumise au Dharma et devenue un « bras armé » pour les Bouddhas du panthéon vajrayana. Il est reconnaissable par son aspect guerrier « humain » : il porte casque, armure et drapeau comme un bon combattant tibétain :lol: ; et en bas à gauche de la peinture, on voit un lama au bonnet rouge, chevauchant et entouré de ses fidèles.

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MessagePosté: 30 Avr 2008, 15:56 
Citation:
Elle chevauche un lion et tient le vajra, le « foudre-diamant » dans sa main

Un tout petit éclaircissement, Sam, s'il vous plaît, sur ce qu'est le "foudre-diamant" ? :D
J'adore ce terme :love:
Merci beaucoup pour ce superbe sujet.


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MessagePosté: 05 Mai 2008, 19:44 
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Le "foudre-diamant" est le vajra, ou le dorje en tibétain. C'est un objet rituel, qui est à la fois une arme divine à l'origine et un symbole.

Il est emprunté au brahmanisme indien, où il est l'arme de Indra, le roi des dieux, constituée de vertèbres humaines et qui lui sert à lancer la foudre. :shock: :oops:

Dans le bouddhisme, il symbolise la force agissante de la sagesse, qui est elle signifiée par la cloche gantha qui lui est presque toujours associée. Il représente des vertèbres qui se prolongent sur des fleurs de lotus ouvertes, d'où sort de la foudre.

Vajra signifie "foudre" en sanscrit, mais peut aussi signifier "diamant" (littéralement "reine des pierres"), et en tibétain, ou en chinois, c'est ce sens qui a prévalu, donc on appelle l'objet en traduction "foudre-diamant". Ce n'est pas très bon, :oops: mais c'est le terme admis.

Voici un beau vajra tibétain du XVIIIème siècle, avec sa cloche associée.

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Et puis pour mieux comprendre la formation de cet objet, car dans l'art tibétain il est tellement stylisé, qu'il est presque abstrait, voici un vajra hindouiste, plus ancien, originaire du Cambodge. On distingue mieux les lotus ouverts. :oops:

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(C) RMN - ©Michel Urtado

Les déités du bouddhisme tibétain tiennent souvent le vajra comme marque de leur puissance active, surtout bien sûr les formes courroucées, qui sont très violentes dans leur représentation.


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MessagePosté: 05 Mai 2008, 20:12 
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Oui bon, la fin du sujet sur les relations du Tibet avec la Chine est prévue pour très bientôt, avant la fin de la semaine j'espère. :oops:

Donc vous pourrez rapidement continuer votre présentation du musée des horreurs... euh, des chef-d'oeuvres de l'art tibétain. :neuneu: :mrgreen:

Et j'ai une question sur le vajra : est-ce qu'il ne symbolise pas aussi la puissance masculine en tant qu'elle est active, la virilité? Si oui, son association avec la cloche de la Prajna serait alors l'équivalent symbolique du Yab-Yum, cette représentation qui montre les dieux et les bouddhas en union sexuelle avec leur prajna?
Dans ce cas, je ne suis pas certaine de comprendre pourquoi des déesses le portent... :oops:

Enfin, voici une modeste contribution picturale :lol: : un vajra d'or chinois, qui doit dater de la fin du XVIIème siècle plutôt que du XVIIIème, mais tant pis : il est trop ravissant pour que je renonce à le montrer. :oops:

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Il est exquis, non? C'est le plus beau que j'aie jamais vu, je pense -quoique le musée Guimet en expose un magnifique, en cristal ; il est du XVIIIème siècle celui-là, mais impossible de mettre la main sur une reproduction. :oops:


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MessagePosté: 05 Mai 2008, 20:30 
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Oui, c'est vrai : j'aurais dû le mentionner. :oops:

Vajra en sanscrit signifie aussi possiblement "sexe masculin", et l'objet lui-même est un symbole phallique. Que des déités féminines le portent n'est pas toutefois contradictoire pour l'imaginaire bouddhiste où les êtres vénérés sont androgynes. C'est davantage vrai, néanmoins, dans le bouddhisme chinois ou japonais que dans le tibétain. Et bien entendu, ce n'est pas un hasard, si l'image présentée ici où la déesse tient le vajra est plus chinoise que tibétaine de conception.

Vous avez raison aussi, pour la signification de l'association entre le vajra et la cloche : c'est celle entre la force active "masculine" et la sagesse réceptrice "féminine, qui est également symbolisée par le Yab-Yum.

Mais vous être trop cruelle pour l'art tibétain. Vous le détestez, soit, mais tout le monde n'est pas obligé d'être d'accord avec vous tout de même, non? :lol:

Et je pense que j'ai une image, moi, de votre beau petit vajra de cristal qui est népalais, pas tibétain. Mais je dois la chercher et donc je la mettrai un peu plus tard. :oops:


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MessagePosté: 05 Mai 2008, 23:03 
D'infinis remerciements à tous deux, pour toutes les précisions apportées et pour les superbes représentations. :love:


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MessagePosté: 07 Mai 2008, 19:44 
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Voici une image (en noir et blanc, désolé :oops: ) du vajra de cristal dont parlait Claudine.

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Il date probablement de la fin du XVIIIème siècle, et sa matière est exceptionnelle. Il provient du Népal, qui est un pays où l'usage des pierres semi-précieuses s'est beaucoup développé dans l'art religieux à cette époque. Sa forme, avec les pétales des lotus très finement ciselés et un aspect un peu "renflé" marque nettement une influence chinoise.

Et puis en complément des tangkas noirs, une image d'une autre forme d'art tibétain qui est d'origine chinoise là encore et les a possiblement inspirés : la broderie sacrée.

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Sur cette pièce, brodée en fils d'or et d'argent sur soie, on voit Mahakala, qui est le dieu indien Shiva, converti au bouddhisme et devenu protecteur du Dharma.

C'est un dieu de destruction, comme en Inde, et il est ici sous sa forme la plus "classique" au Tibet : il tient dans ses mains une coupe cranienne remplie de sang où il plonge un couperet rituel. Il possède six bras et trois yeux : sa couronne est de cinq têtes de morts et son collier de cinquante têtes coupées. Au-dessus de lui se trouve le Jina de l'Est Askobhya, qui est son "chef de lignée" (les déités tibétaines sont regroupées en lignées, comme les ordres monastiques).


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MessagePosté: 11 Mai 2008, 10:28 
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En deuxième partie, donc, je parlerai des tangkas de couleur, qui sont l'élément le plus connu et souvent montré de l'art du Tibet. :D

Au XVIIIème siècle, on en a produit beaucoup : bien que cette époque marque celle d'un art assez proprement "tibétain", il est toujours possible d'y percevoir diverses influences.

En effet, le Tibet est un lieu de confluences culturelles multiples, à cause de sa position géographique.
Il y a eu, on peut dire, trois grandes zones qui ont rayonné sur lui, et dont l'apport s'est ajouté à son fond particulier : l'Inde, le Népal et la Chine. Selon les périodes, c'est telle ou telle influence qui a prévalu : essentiellement, L'Inde (du Nord-Est, l'équivalent de l'ancien Magadha, gouvernée par les dynasties Pâla et Sena) du XIème au XIIIème siècle ; le Népal, avec l'art des Newars, à partir du XIVème siècle (époque à laquelle les royaumes bouddhistes de l'Inde du Nord ont été détruits par l'Islam) ; enfin la Chine à partir du XVIème et du XVIIème siècle, qui est la période où le pays a commencé de passer sous influence politique et culturelle de l'Empire du Milieu, d'abord à travers l'influence mongole, puis directement.

Au XVIIIème siècle, donc naturellement, les oeuvres tibétaines sont marquées d'une forte coloration chinoise : on l'a déjà vu, dans les tangkas noirs, et en réalité ce sont les pièces les plus complètement "tibétaines" de l'époque ; c'est donc encore bien plus visible dans les pièces colorées.
Mais la marque de l'influence népalaise est encore assez forte à cette période, surtout dans les oeuvres ésotériques.
Toutefois, comme l'introduction au Tibet de la gravure chinoise a surtout répandu les modèles chinois, c'est clairement cet art qui a prévalu, et la plupart des tangkas du XVIIIème siècle sont si "sinisés" que les historiens sont incapables de leur donner une origine certaine :shock: :oops: : on parle donc d'art "sino-tibétain". Il en va de même pour la sculpture, que je présenterai ensuite.

Les tangkas colorés, à la différence des tangkas noirs qui ne figurent que des déités courroucées, prises dans des contextes de visions mystiques, peuvent représenter de nombreux sujets, mais toujours religieux : j'en sélectionne ici quelques-uns, en laissant de côté, comme j'ai dit, les peintures politiques, qui sont à relier à l'histoire du pays au XVIIIème siècle, et que je prendrai à part. :oops:

Les influences se répartissent ainsi, dans l'ensemble :

Sont des traits chinois nets, les couleurs (les pigments employés, notemment ceux pour les bleus, les verts, les roses, les rouges et les blancs sont des pigments chinois), les motifs géographiques, nuages, montagnes, plantes, les visages et les mains des personnages d'apparence "humaine", leurs costumes et certains thèmes propres, notamment dans le choix de plusieurs déités.

Sont des traits surtout népalais, le choix de certains sujets, les visages et les corps nus des déités "ésotériques" (non humaines), leur position, et en partie l'organisation géographique des oeuvres : à savoir, un espace divisé géométriquement, avec au centre la déité principale figurée dans un de ses aspects, et tout autour, répartis dans un ordre complexe mais toujours strict selon le sujet, les autres manifestations de la même déité, ses assistants, et enfin ses dévots terrestres, les religieux qui la vénèrent (ou qui l'ont subjuguée s'il s'agit d'un protecteur courroucé).
C'est le principe aussi, qui est d'origine tantrique himalayenne, du "mandala", centré sur la divinité vénérée, dont j'ai déjà parlé dans un autre sujet :oops: ; mais celui-ci a la spécificité d'être un objet de méditation spécial, à signification ésotérique et où le regard doit aller de l'extérieur vers l'intérieur, du monde terrestre vers le monde divin, alors que dans les peintures plus figuratives, c'est l'inverse.

Il y a aussi toutefois, dans l'organisation de l'espace, une influence en partie chinoise, qui provient des images paradisiaques des "terres pures", des champs d'être Vénérés, dont il a aussi déjà été question.

Quant aux éléments proprement tibétains, ils apparaissent surtout dans la représentation des dévots humains, qui sont des lamas appartenant aux différentes écoles du pays avec leurs attributs propres. On les trouve dans l'usage, aussi, d'un symbolisme ésotérique liée à des visions mystiques, qui est le même que celui présent dans les tangkas noirs.

Je ne sais pas si ce résumé est staisfaisant, instructif et clair :oops: : c'est un sujet terrible de complexité, pour lequel il faudrait écrire des pages et je veux faire court, alors c'est bien difficile.

Voici des exemples d'oeuvres en illustration. Je les présente des plus imprégnées d'influence chinoise aux plus népalaises, puis "tibétaines", même si c'est un peu artificiel. :oops:

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Ici on voit une très belle peinture d'influence nettement taoïsante, à peine marquée bouddhiste et tibétaine. C'est une divinité tutélaire de montagne (on dirait une "nymphe" dans la religion greco-romaine) entourée de ses déesses assistantes. C'est pourtant bien une déité tibétaine, Hela bar'ma, littéralement "Blanche-Neige" :lol: : elle est vêtue de plumes de paon, animal guérisseur, et porte une flèche divinatoire. Le style et la facture sont intégralement chinois, comme toute la symbolique, et l'origine de l'oeuvre est discutée : sans doute l'Amdo, qui fait aujourd'hui partie de la Mongolie.

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Ensuite une peinture qui représente l'ascète Milarepa, un maître fameux du XIème siècle dont aujourd'hui, on connaît même en dehors du bouddhisme (je pense :oops: ) les chants mystiques, qui sont des chefs-d'oeuvre de la poésie tibétaine. Le tangka présente une illustration de sa vie, avec au centre sa figure principale, entourée de ses disciples (on reconnaît à sa droite le Sharmapa à la coiffe écarlate, signe que c'est une oeuvre Kagyugpa, Milarepa étant l'un des fondateurs de cette lignée). Tout autour, des épisodes de sa vie sont disposés en carré, en ordre chronologique. Cette disposition est purement chinoise, elle est celle employée dans toutes les "vies de Bouddha" chinoises de même époque, ou aussi plus anciennes. L'ascète est un Saint, ce n'est pas un Bouddha, même si des côtés de l'iconographie l'y assimilent : l'auréole, les lobes d'oreilles déformés, tandis que la position "de délassement royal" le rapproche d'un bodhisattva. Ses cheveux dénoués, et son absence de parure font la différence et signalent clairement un Vénéré purement humain. Son image est conforme, en revanche, à des standarts tibétains précis : la main autour de l'oreille signale son inspiration poétique, et son vêtement de coton (son nom veut dire en tibétain, "Mila au vêtement de coton" :lol: ) est le signe de son ascèse, par sa forme et sa matière.


Voici ensuite un personnage qu'on doit commencer à (trop :oops: )connaître ici... Et je laisse aux lecteurs deviner de qui il s'agit, avant de présenter des tangkas moins marqués "chinois" (celui-ci l'est à peu près totalement).

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Qui est ce "Bouddha" tout rouge? :lol:


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MessagePosté: 11 Mai 2008, 11:02 
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Régicide
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Vous allez encore dire que je suis partiale, mais cette forme très sinisée de l'art tibétain me plaît beaucoup plus que la forme plus "nationale". :oops:

Mais je vois que vous avez recours (sous ma mauvaise influence, j'imagine :mrgreen: ) aux méthodes "terroristes" de l'enseignant, pour vérifier que les élèves suivent...

Votre question est facile, 8) mais peut-être faut-il préciser que c'est un bodhissatva qui est représenté, pas un bouddha à proprement parler. On le voit notamment au fait qu'il est paré, ce que n'est en principe jamais un bouddha.

Vous avez vu comme je suis savante? :neuneu:


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MessagePosté: 11 Mai 2008, 14:42 
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C'est une bonne remarque, Claudine, mais elle ne convient pas pour cette peinture : je regrette de vous contredire. Vous savez des choses, mais pas tout sur le bouddhisme. :lol:
Moi non plus bien sûr, mais juste un peu plus peut-être tout de même. :oops:

Il s'agit bien d'un Bouddha, pas d'un bodhisattva, même si je comprends que vous fassiez la confusion. Il est "paré" certes, mais au Tibet, et en Chine et au Japon également, certains Bouddhas peuvent l'être : les Bouddhas cosmiques, qu'on dit aussi "transcendentaux" (je crois, en vocabulaire philosophique français que c'est le terme exact).

Ils portent les parures qui symbolisent cela, qu'on appelle le sambhogakaya : la principale est la couronne à cinq pointes et la tunique princière, que les bodhisattvas ne portent jamais. C'est le cas ici... :lol:


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