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 Sujet du message: Un bureau à cylindre pour la Comtesse de Provence
MessagePosté: 26 Fév 2005, 23:24 
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Texte extrait de l'ouvrage Chefs-d'oeuvre du Musée Gulbenkian : meubles et objets royaux du XVIIIème siècle français.

Image

Une coédition de la RMN et de la Fondation Calouste Gulbenkian, en association avec le domaine national de Versailles (2000).
Cliquez sur les images pour les agrandir.


Marie-Joséphine de Savoie (1753-1810), Comtesse de Provence, dite Madame était l'épouse de Louis-Stanislas-Xavier (1755-1824), Comte de Provence, dit Monsieur, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII. :wink:

:arrow: Secrétaire à cylindre.
:arrow: Paris, 1773.
:arrow: Estampille : J.H. RIESENER
:arrow: Marques (peintes): de Versailles : W entouré de 4 cercles - et numéro d'inventaire du Garde-Meuble : 2729.
:arrow: Bâti de chêne; marqueterie de sycomore amarante, ébène, ronce de citronnier et autres bois exotiques; bronzes ciselés et dorés; velours.
:arrow: H.1,127 ; L. 1,25 ; pr. 0,64 m.

Image

© 2002 Fundação Calouste Gulbenkian

"Ce secrétaire à cylindre s'inscrit dans une série de meubles de ce type exécutés par Riesener à la suite du succès obtenu par le fameux Bureau du Roy.

Il fut exécuté en 1773 pour les appartements versaillais de la comtesse de Provence, dont le mari, frère de Louis XVI, serait plus tard Louis XVIII.
Plus petit et plus léger que le Bureau du Roy, avec une touche féminine quasi imperceptible, le modèle est nettement le même.

Le meuble est orné de bronzes magnifiquement ciselés qui en soulignent la forme : de part et d'autre du cylindre, de grandes feuilles d'acanthe se terminent en bras de lumière à deux branches, d'une grande élégance et du style rocaille le plus pur.

Image

© 2002 Fundação Calouste Gulbenkian

A partir des pieds, terminés par des griffes de lion, se développent des ornements; ceux du devant soulignent les cambrures, jusqu'à la ceinture où, d'un subit enroulement, naissent, sous la forme d'une contrecourbe accompagnant la ceinture, des feuilles et des baies de laurier qui finissent sous la tirette constituant la table à écrire.

De l'arrière des sabots s'élève un filet strié, à enroulement de feuilles d'acanthe, qui contourne tout le bord inférieur de la ceinture. Deux de ces feuilles soulignent le tiroir central et partagent la face antérieure en trois espaces, un dessin propre au style de Riesener.
De chaque côté, deux tiroirs superposés, sans traverse.

Image

© 2002 Fundação Calouste Gulbenkian

Ces ornements de bronze se répètent à l'arrière de la ceinture ainsi que sur les côtés où ils forment au milieu un motif stylisé.
Le tiroir central en façade, tout comme l'espace qui lui correspond au dos, est orné d'une frise d'enroulements plus légers et symétriques qui annoncent déjà le style Louis XVI.
Il en est de même pour la décoration de la galerie, surmontée de quatre éléments en forme de pomme de pin, qui protège l'arrière et les parties latérales du dessus du secrétaire ainsi que pour la frise aux éléments simples et répétés où est encastré le plateau.
C'est au milieu de cette dernière frise que se trouve l'entrée de la serrure qui, avec une seule clef, commande tout le mécanisme du meuble, de l'ouverture du cylindre à celle de tous les tiroirs.

Image

Jean-Henri Riesener (1734-1806), par Antoine Vestier (1740-1824)
(C) RMN / Gérard Blot


L'ouverture du cylindre montre un intérieur composé d'un plateau garni de velours noir et encadré de bois de rose qui coulisse en avant.
Au fond, deux étagères centrales, mobiles, sont flanquées de part et d'autre d'un ensemble de deux tiroirs superposés. Cet intérieur est marqueté de motifs simples et géométriques constituant des encadrements soulignés de filets d'essences de tons contrastés.

A l'extérieur, la marqueterie de bois exotiques très rares et très variés constitue peut-être la partie la plus intéressante et celle qui révèle le mieux l'habileté et le talent du maître : le cylindre proprement dit, constitué de lamelles articulées qui permettent son enroulement pour l'ouverture, est une véritable composition de type pictural, où se détachent des éléments iconographiques en rapport avec la musique et la poésie, comme jetés, dans un désordre apparent, sur des fleurs et des branches de laurier.
Parmi ceux-ci, on remarque une lyre, un cahier de musique encore vierge, trois livres superposés et un encrier avec deux plumes. A la base de la composition, deux couronnes de laurier soulignent le symbolisme des autres éléments.

Toute la surface du meuble est décorée de compositions florales d'une grande variété, aussi bien au dos du cylindre qu'à la ceinture; seuls les côtés présentent un médaillon central occupé par des feuillages et des baies disposés en rosace et flanqué de deux compartiments ornés de fruits variés : raisins, grenades, pêches, poires, avec des fleurettes et des feuilles de vigne.
Cette décoration est d'un réalisme remarquable et Riesener parvient, grâce à sa maîtrise consommée de cet art difficile, à nous faire sentir de façon admirable les diverses textures, tantôt veloutées, tantôt satinées, moins lisses, voire rugueuses, des différents éléments : fruits, fleurs, papier ou rubans.

Sur le dessus du bureau, on peut voir dans le panneau central, outre des livres et des fleurs, une partie d'un instrument de musique à vent et, plus en évidence, un caducée et un heaume ailé, symboles habituels de Mercure, ainsi qu'une couronne de laurier.
De chaque côté de ce panneau central, deux compartiments présentent des branches de fleurs.

Ajoutons encore que la provenance de ce meuble précieux a été identifiée par Pierre Verlet, non seulement grâce à la marque de Versailles, mais aussi au numéro d'inventaire du Garde-Meuble qui, dans le Journal le décrit avec précision et fait également référence à sa livraison par Joubert, le 30 décembre 1773, "pour servir à Madame la Comtesse de Provence à Versailles."

En mai 1789, il fut rendu au Garde-Meuble et, peu après, transféré à Marly, où il resta peu de temps car, en octobre de la même année, il fut cédé au palais des Tuileries pour être mis à la disposition de Madame Elisabeth, soeur de Louis XVI; l'année suivante, il fut envoyé à Compiègne pour meubler les appartements de Madame Royale.

De son histoire plus récente, on sait seulement par une lettre du baron de Rothschild datée du 10 septembre 1931, qu'il avait été acheté par sa grand-mère, environ quarante ans plus tôt, à la famille de Lord Palmer.

Isabel Pereira Coutinho."

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"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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MessagePosté: 03 Fév 2008, 13:16 
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En complément, la notice de Pierre Verlet sur ce meuble (le Mobilier royal français, tome IV (Librairie Picard, 1990 et 1999))

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Pierre Verlet a écrit:
Ce meuble qui fut livré par Joubert, si l'on s'en tient aux mémoires et aux ordres du Garde-Meuble, fut de toute évidence fabriqué par Riesener dont il résume toutes les qualités.

Un article de Feulner en 1929 donnait une bonne reproduction de ce bureau, alors dans la collection Goldschmidt-Rothschild à Vienne, et citait, sans avoir pu en découvrir le sens, un numéro d'inventaire n°2729.
Quelques années plus tard la lecture de cet article me permet de vérifier encore une fois ce que je viens de découvrir et le Journal du Garde-Meuble me livre la provenance :

"Du 30 Xbre 1773. Livré par le Sr Joubert... Pour servir à Madame la Comtesse de Provence à Versailles. N° 2729. - Un secrétaire de marqueterie à cilindre de 3 pieds 8 pouces de long, 2 pieds de profondeur et 3 pieds 4 pouces de haut représentant sur un fond satiné des trophées avec fleurs et fruits et sur le cilindre les attributs de la Musique, ayant en dedans quatre tiroirs dont un à droite garny d'encrier, poudrier et boëte à éponge de cuivre argenté et une tablette à coulisse formant table à écrire couverte de velours noir encadré d'un petit galon d'or et en dedans 5 tiroirs, l'extérieur enrichy de chutes, branches de laurier, griffes de lyons, moulures et quarderons de cuivre, terminé par le haut d'une balustrade à jour et à droite et à gauche de deux grandes consolles et feuilles d'ornemens servans de bras a doubles branches, le tout en bronze doré d'or moulu."

L'inventaire de Versailles de 1787 montre que le bureau était toujours en place :

"Appartement de Madame... Cabinet intérieur... N° 2729. - Secrétaire à cylindre de marqueterie ornée de bronze."

Le 17 mai 1789, le meuble se déplace :

"Envoyé du Garde-meuble de Versailles à M. Bain concierge et Garde-Meuble au château de Marly les objets ci-après : [...] N° 2729. - Un beau secrétaire de marquetterie à cilindre...[...]

Du 19 8bre 1789. Renvoyés du Garde-Meuble du château de Marly au Garde-Meuble de la Couronne les objets portés au présent état savoir. N° 2729. - Chez Made Elisabeth aux Thuilleries. Un beau secrétaire de marqueterie à cilindre de 3 pieds 8 p° de long, 2 pieds de profondeur et 3 pieds 4 p° de haut, représentant sur un fond satiné des trophées avec fleurs et fruits, etc"

En 1790 le meuble fait partie d'un nouveau transport, cette fois-ci vers Compiègne où la famille royale avait pensé un instant s'établir.

"20 mars 1790...Cabinet intérieur de Made Royale. N° 2729. - Un secrétaire à cylindre..."

Ce bureau fut-il vendu à la vente de 1795 à Compiègne, fut-il transporté à Paris pour être vendu à des étrangers ? Peut-être une recherche dans le fonds "Domaines" des Archives de la Seine donnerait-elle une réponse.

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MessagePosté: 03 Fév 2008, 18:31 
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Superbe ! :P
Merci Louis-Auguste.

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 Sujet du message: Re: Un bureau à cylindre pour la Comtesse de Provence
MessagePosté: 26 Mar 2009, 20:32 
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:up: Les liens vers les images - qui n'étaient plus valides :| - ont été actualisés. :P

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