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 Sujet du message: Le jeu de colin-maillard, par Noël Hallé
MessagePosté: 31 Oct 2009, 20:13 
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:arrow: Notice extraite du catalogue Peintures françaises des XVIIème et XVIIIème siècles des musées d'Amiens, par Matthieu Pinette (Somogy, éditions d'art, 2006)


"La scène se déroule dans les jardins d'une villa italienne, devant la large porte d'une grange débordant de foin, installée dans un bâtiment formant terrasse, auprès duquel s'élève la gracile silhouette d'un pin parasol. A l'arrière-plan un casino en rotonde et deux colonnes antiques ajoutent à l'atmosphère méridionale.
Après une collation, dont on voit encore les reliefs au premier plan, étalés sur l'herbe en une jolie nature morte de carafes, bouteilles, corbeille et verres, une assemblée d'hommes et de femmes joue à colin-maillard. Au centre, un homme, les yeux bandés, tente de repérer ses compagnons. Devant lui, deux d'entre eux l'appellent et l'un lui tend une baguette, tandis que derrière lui une femme s'est emparée de sa perruque et la fait tourner sur une canne. Plus loin trois élégantes à hautes coiffures, fébriles, s'élancent vers leur "victime" ou se récrient joyeusement.
De part et d'autre, assise ou debout, l'assistance contemple la partie, nonchalante et amusée (on notera la présence d'un abbé causant avec une jeune dame). Un jardinier, pelle sur l'épaule, ferme la composition à droite. Au premier plan un petit chien traînant un ruban s'élance tandis qu'un dogue s'apprête à le suivre. Sur la terrasse se penchent trois curieux accoudés à la balustrade.

Le jeu de colin-maillard, apparu dès le XVIème siècle, a connu une grande popularité en France au XVIIIème siècle. La règle consiste à bander les yeux de l'un des participants qui doit, à tâtons, se saisir d'un autre joueur, puis le reconnaître au simple toucher. Celui-ci prendra alors sa place et devra faire de même, ainsi de suite...

Image

(C) RMN / Agence Bulloz
Le jeu de colin-maillard
par Noël Hallé (1711-1781)
huile sur toile, 1770-1775
1,740 x 1,215 m
Amiens, musée de Picardie

Cliquez sur les images pour les agrandir


Les scènes de colin-maillard sont nombreuses dans la peinture et dans la tapisserie en France au XVIIIème siècle ce qui semble témoigner du succès d'un divertissement dont le caractère galant ne pouvait que plaire : la métaphore entre le jeu de l'amour et celui du colin-maillard est d'ailleurs exploitée de façon plaisante et éloquente par le poète Dancourt (1661-1725) en 1701 : Au jeu de l'amour, comme à colin-maillard, tout dépend du hasard.

Jadis attribuée à Hubert Robert, parfois rapprochée de Fragonard, mais justement restituée à Hallé par Pierre Rosenberg (communication écrite, 1971), la toile devait à l'origine appartenir à un ensemble décoratif et se trouvait peut-être intégrée à un lambris, où elle voisinait avec d'autres oeuvres de l'artiste. Un paysage pittoresque dans le goût italien avec un pont à l'antique, conservé au musée du Louvre, provient sans doute d'un ensemble analogue.

Image

(C) RMN / Hervé Lewandowski
Paysage avec architecture et figures, par Noël Hallé, vers 1770-1775
huile sur toile - 1,73 x 1,24 m
Paris, musée du Louvre


Nicole Willk-Brocard (1995) place la peinture d'Amiens à l'époque de la pleine maturité de l'artiste.

Issu d'une dynastie de peintres, Noël Hallé, formé dans l'atelier de son beau-frère Restout, est lauréat du Prix de Rome en 1736. Après un séjour en Italie, de 1737 à 1744, il revient à Paris, est reçu à l'Académie en 1748 puis ne cesse d'obtenir des marques d'estime et d'honneur jusqu'à sa mort. Auteur à l'oeuvre diversifié, il est avant tout peintre d'histoire et sa production, largement exposée au Salon, témoigne de cette notoriété : il travaille aussi bien pour le château de Choisy que pour celui de Trianon, exécute des cartons de tapisserie pour les Gobelins, ou même réalise portraits et tableaux de genre pour les particuliers.

Traitée avec une touche libre et animée, dans des couleurs claires et pâles, proches de l'aquarelle (Willk-Brocard, 1995), cette toile surprenante est emblématique de l'esprit d'une époque et met en image, de façon ambigüe et presque caricaturale, les moeurs d'une société mondaine frivole et perverse, si brillamment explorée par l'écrivain d'origine amiénoise Pierre Choderlos de Laclos (Amiens, 1741-Tarente, 1803)."

_________________
"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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