
Notice extraite du catalogue
Peintures françaises des XVIIème et XVIIIème siècles des musées d'Amiens, par Matthieu Pinette (Somogy, éditions d'art, 2006)
Cortège de noce passant sur la place Périgord à Amiens
attribué à Jean-François Donvé (1736-1799)
huile sur bois, vers 1785
H. : 0,550 m
L. : 0,660 m
Amiens, Musée de Picardie
(C) RMN / Michèle Bellot"Autrefois donné à Gabriel de Saint-Aubin (Paris, 1724 - Paris, 1780), le tableau
1 doit, conformément à l'avis d'Emile Dacier, être rejeté de l'oeuvre de cet artiste. Cet auteur a cru pouvoir citer à son sujet le nom d'un contemporain de Louis Joseph Watteau (Valenciennes, 1731 - Lille, 1798), dit Watteau de Lille : Jean-François Donvé (Saint-Amand, 1736 - Lille, 1799), élève de Greuze, mais aucune de ces attributions ne peut être envisagée sans réserve
2.
Nous empruntons au catalogue de la vente Delbergue-Cormont (qui suggérait déjà une attribution à Donvé) la description de la scène illustrée sur le panneau :
"Le cortège débouche de la grande rue et traverse la place de Périgord, à Amiens. Les parents et les invités suivent les mariés que précèdent les musiciens, les pâtissiers, les cuisiniers, portant des viandes suspendues à un bâton, un enfant conduisant un petit chariot bondé de volatiles et traîné par un chien. Des seigneurs, des dames en toilettes élégantes circulent autour d'une fontaine surmontée du groupe des Trois Grâces."
La place sur laquelle entre le cortège nuptial est la place Périgord à Amiens
[actuelle place Gambetta pour celles et ceux qui connaîtraient Amiens], ainsi nommée en l'honneur du gouverneur de la province, Gabriel de Talleyrand-Périgord. Ce lieu a hélas totalement disparu aujourd'hui après les destructions de la Première Guerre Mondiale, mais il nous est connu par des dessins (musée de Picardie, fonds Duthoit) ou des photographies anciennes
3.
Amiens : la place Périgord (1850)
par Aimé (1803-1869) ou Louis (1807-1874) Duthoit
© Teissedre ; © Comdesimages
Base Joconde - cliquez sur l'image pour l'agrandir.Oeuvre de Jacques Pierre Rousseau (1731-1801), architecte de la ville d'Amiens à partir de 1771, la place Périgord aurait dû se composer, selon le projet élaboré en 1780, de six immeubles identiques à celui visible sur le tableau, répartis autour d'une place ovale, mais un seul fut finalement érigé. De même, aucune trace ne semble témoigner de la fontaine ornée du groupe sculpté des Trois Grâces au centre de cet espace, bien que Rousseau ait effectivement prévu en 1782 d'y ériger un obélisque monumental sur le socle duquel devaient s'adosser des fontaines.
Cette oeuvre livre donc une vision idéalisée d'une place qui n'a jamais été achevée. Le tableau n'en constitue pas moins un exceptionnel témoignage sur les projets urbanistiques d'Amiens au XVIII
ème siècle et sur certaines traditions locales (la charrette à chien est un moyen de transport volontiers utilisé en Picardie sous l'Ancien Régime). Il propose en outre une belle évocation d'une cité provinciale française à la veille de la Révolution de 1789."
1. Le tableau a été peint sur un panneau dont la radiographie a révélé qu'il comportait une composition sous-jacente figurant un monogramme, composé des lettres C et M entrelacées et fleuries, couronné et encadré d'une bordure, se détachant sur fond rouge.
2. Sur Louis Désiré Joseph Donvé voir en particulier son Autoportrait, conservé au musée des Beaux-Arts de Lille; Brejon de Lavergnée et Scottez-De Wambrechies, 2001, p. 91; voir aussi Maës, 1998, pp. 93, 100, 164, 259.
3. Sur la place Périgord, voir Le nouvel Amiens, 1989, pp. 87, 92, 353-356.