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 Sujet du message: Les chasses exotiques de Louis XV
MessagePosté: 17 Sep 2005, 09:23 
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Les chasses exotiques de Louis XV

Les chasses exotiques ou Chasses en pays étrangers de Louis XV constituent un ensemble unique qui fit l'objet d'une belle exposition, d'octobre 1995 à janvier 1996 à Amiens (lieu actuel de leur conservation) et à Versailles (lieu originel de leur exposition) de janvier à mai 1996. 8)

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Catalogue de l'exposition.

Cette série de 9 tableaux réalisée pour la Petite Galerie du Roi - dans ses petits appartements des combles en mansarde, donnant sur la Cour de Marbre (dans lesquels n'avaient accès que de rares privilégiés) - demeura en place de 1737 à 1767.

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Coupe axionométrique du corps central du château de Versailles en 1737 - montrant la Petite Galerie des chasses exotiques de Louis XV au second étage dans son état en 1737. Dessin par Jean-Claude Le Guillou (1995).
(C) Photo RMN - ©Gérard Blot


Cette longévité assez exceptionnelle lorsque l'on connaît les changements incessants de décor qui affectaient ces espaces privés, peut raisonnablement s'expliquer par la passion de Louis XV pour la chasse et son grand intérêt pour les animaux exotiques de ses ménageries.

Il y eut, en fait, 2 commandes successives. La première en 1735, de six tableaux; la seconde lorsque la disposition architecturale définitive du décor fut trouvée, de trois tableaux.

Pour cette réalisation, on ne fit pas appel aux peintres animaliers déjà célèbres tels que François Desportes (1661-1743) ou Jean-Baptiste Oudry (1686-1755) mais à des peintres d'histoire (de Troy, Van Loo, Boucher), de fêtes galantes (Pater, Lancret) et de batailles (Parrocel) car, selon Pierre Rosenberg :

"[...]C'est ici qu'intervient la hiérarchie des genres. Les critères essentiels de cette doctrine étaient l'homme et l'imagination.
Il ne s'agissait pas simplement de représenter des bêtes sauvages, ce que Desportes et Oudry eussent pu parfaitement réussir.
Il convenait, à Versailles, d'agrémenter chaque composition de figures humaines en butte à de féroces animaux et d'inventer des scènes situées dans des terres lointaines qu'aucun de ces artistes ne connaissait.
Plus de vulgaires sangliers, de cerfs bien communs comme le roi en tuait par centaines, mais des ours et des crocodiles; les forêts de Meudon et de Compiègne se verraient remplacées par la jungle ou le pôle dont il s'agissait d'imaginer les moiteurs ou la glace."
(catalogue de l'exposition)

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Coupe axionométrique du corps central du château de Versailles en 1750 - montrant la Petite Galerie des chasses exotiques de Louis XV au second étage dans son état en 1750. Dessin par Jean-Claude Le Guillou (1995).
(C) Photo RMN - ©Gérard Blot


Seuls huit tableaux furent exposés dans la Petite Galerie, La Chasse Chinoise de Pater étant rapidement remplacée par La chasse du crocodile de Boucher.

Pater mourut en 1736, son tableau à peine achevé. Son oeuvre ne plut pas et ses héritiers ne reçurent que 2000 livres au lieu des 2400 habituelles. François de Troy partit pour Rome el Nicolas Lancret ne séduisit pas suffisamment, bien que l'auteur du Déjeuner de jambon,

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Le Déjeuner de Jambon, par Nicolas Lancret (1690-1743), en 1735. (Musée Condé, Chantilly)
(C) Photo RMN - ©René-Gabriel Ojéda


placé en prolongement de la petite Galerie, dans la salle à manger d'hiver, avec le Déjeuner d'huîtres de Troy. :wink:

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Le Déjeuner d'Huîtres, par Jean-François de Troy (1679-1752), en 1735. (Musée Condé, Chantilly)
(C) Photo RMN - ©Harry Bréjat


Parrocel, Boucher et Vanloo reçurent quant à eux commande d'un second tableau. 8)

Louis XV réunissait les joueurs de ses amis dans la Petite Galerie. En 1765, on y trouve 3 tables de brelan, 4 tables de quadrille, 4 tables de tri et 2 autres de piquet.

A la mort du Dauphin, le Roi laissa l'essentiel de ses petits cabinets à l'usage de la Dauphine (qui avait dû quitter son appartement du rez-de-chaussée) qui en prit possession en septembre 1766, n'y effectua que peu de modifications, la Petite Galerie lui servant de grand cabinet de compagnie.
Après le décès de la Dauphine, le 13 mars 1767, le décor de la Petite Galerie fut déposé et les Chasses rejoignirent les magasins de la Surintendance à Versailles, sans doute courant mai 1767.

Ce n'est qu'à partir de décembre 1770 que Mme du Barry vint occuper ces espaces.

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Coupe axionométrique du corps central du château de Versailles en 1774 - montrant la Petite Galerie des chasses exotiques de Louis XV au second étage après les transformations effectuées pour l'aménagement de l'appartement de Madame Du Barry, par Jean-Claude Le Guillou (1995).
(C) Photo RMN - ©Gérard Blot


Elle fit alors sa chambre de l'arrière-cabinet créé dans la portion Ouest de la Petite Galerie tandis que le grand cabinet de compagnie, créé dans la portion Est conservait sa fonction.

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Le grand cabinet de compagnie de Mme du Barry et la porte donnant accès à sa chambre.
(C) Photo RMN - ©Droits réservés


Mais admirons maintenant les Chasses en pays étrangers tant appréciées du Bien-Aimé. :P
Le texte est extrait du catalogue d'exposition.

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"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)

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MessagePosté: 17 Sep 2005, 20:02 
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La chasse du lion (1735)

:arrow: Peint en 1735 par Jean-François de Troy (1679-1752).

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Jean-François de Troy, en 1734. Portrait par Jacques-André-Joseph Aved (1702-1766).

:arrow: Huile sur toile.
:arrow: H. 183,5 ; L. 128,5
:arrow: Signé et daté sur le tapis de selle au centre de la toile : DE TROY. 1735
:arrow: Réglé 2400 livres par paiement du 4 janvier 1737 et parfait paiement du 12 mars 1737.
:arrow: Amiens, Musée de Picardie.


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"[...] De Troy se révèle en fait peu à l'aise dans la description des fauves. Ils manquent de cette sauvagerie agressive qui donne toute leur force aux compositions de Rubens et le combat semble déjà gagné sur le felin apeuré.
Le recours aux détails pittoresques du lion prenant au cou l'un des dogues, du cheval mordant la crinière léonine et des Turcs aux expressions patibulaires, ne contribue pas à renforcer la rension de l'action. L'oeuvre offre peut-être trop d'harmonie, à l'image des queues félines ondulant sur un rythme plus ornemental que zoologique.

On ne saurait pour autant nier le côté brillant de la composition. Jean-François de Troy y privilégie l'organisation dynamique des formes, regroupant tous les acteurs de la scène en volutes successives autour de la figure principale du lion, point de convergence des trois lignes maîtresses que constituent les lances.
Comme souvent dans ses oeuvres, il se plaît à renforcer le contraste existant entre la dominante verte et brune des frondaisons et des sols et la gamme chromatique plus chaude dont il use pour les vêtements. [...]"


La chasse de l'éléphant (1736)

:arrow: Peint en 1736 par Charles Parrocel (1688-1752).

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Charles Parrocel en 1743, par Maurice-Quentin de La Tour.

:arrow: Huile sur toile.
:arrow: H. 183 ; L. 128,5
:arrow: Réglé 2400 livres par paiement du 4 janvier 1737 et parfait paiement du 13 mars 1737.
:arrow: Amiens, Musée de Picardie.


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"[...] En 1731, Louis Desplaces mettait en vente la chasse au tigre et la chasse au lion d'après les tableaux peints par Parrocel pour le duc de Mortemart. [...] Tout, en fait, désignait l'artiste comme étant l'un de ceux à qui l'on devait demander une chasse exotique pour Versailles.
Mais contrairement à ce que l'on aurait pu penser, ce n'est pas une chasse au lion qui lui fut commandée. Le sujet avait inspiré Jean-François de Troy dès 1735. Aussi, Charles Parrocel fut-il chargé de peindre "la chasse de l'éléphant".

Relativement peu représenté, l'animal bénéficiait d'une méconnaissance certaine de la part des contemporains de l'artiste. Le Livre d'animaux (Quadrupedum Icones Vince), publié à Paris chez Jollain, rue Saint-Jacques à la ville de Cologne, contribuait encore par les légendes de ses planches gravées d'après Tempesta, à en renforcer tout le caractère mystérieux et extraordinaire. L'éléphant vivait 300 ans, il était très chaste et très raisonnable, il buvait du vin [sic], il mangeait de la terre et des pierres, il avait toutes ses parties très grosses hormis les yeux et la langue.
Or, n'est-ce pas ainsi que le représente Parrocel ? Masse énorme accentuée par l'audacieux raccourci perspectif, l'animal est doté d'une tête ponctuée par deux yeux minuscules rougis par la fièvre du combat, et il dévoile une langue écumante de colère.

Il ne s'agit point là de l'éléphant au caparaçon fleudelysé de la galerie bellifontaine de François Ier, symbole de sagesse et de royauté, ni même de celui figuré en compagnie d'un cheval isabelle sur la troisième pièce de la tenture des Anciennes Indes, beaucoup plus fidèle à la réalité mais [...] de celui que Philipp Galle (1537-1612) avait gravé et édité en 1578 d'après un dessin de Jan van der Straet.

Harcelé par 5 cavaliers armés de lances, l'éléphant est représenté sur l'estampe selon une échelle miniaturisée et paraît soulever son poids sans difficulté en adoptant une position équine.
Parrocel agrandit l'animal et le place au centre d'une composition au rythme curviligne. Les assaillants se massent en un étagement belliqueux, à droite de la composition, tandis qu'au premier plan, d'autres ont été renversés avec leur monture et subissent la menace un peu maladroite des lourdes pattes du pachyderme.
La tension dramatique culmine avec le détail du chasseur arraché du sol par la trompe de l'animal. [...]"


La chasse du tigre (1736)

:arrow: Peint en 1736 par Nicolas Lancret (1690-1743).
:arrow: Huile sur toile.
:arrow: Signé et daté en bas à gauche : Lancret 1736.
:arrow: Réglé par paiement du 7 janvier 1737 et parfait paiement du 13 mars 1737.
:arrow: Amiens, Musée de Picardie.

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"[...] Jusqu'en 1792, toutes les sources anciennes désignèrent le tableau de Langret comme une "Chasse au Léopard", sujet du tableau peint en 1736 par François Boucher, et l'oeuvre de ce dernier était désignée sous le titre de "Chasse au Tigre".
L'hypothèse avancée en 1986 par Alaistair Laing afin d'expliquer cette inversion des sujets entre les 2 peintres nous semble la plus appropriée. Le mot "tigre" paraît avoir désigné en effet au XVIIIème siècle tous les fauves striés et tachetés.
Sa définition donnée par le dictionnaire universel de Furetière (1727), "animal féroce et cruel qui a des griffes, et la figure d'un chat mais qui est plus grand et a la peau tachetée", manquant singulièrement de précision, s'applique aussi, sans grandes modifications, au léopard. Notons cependant que ces animaux n'étaient pas totalement inconnus en France et que les artistes pouvaient en avoir vu à la ménagerie de Versailles. [...]
Les efforts déployés par Lancret pour décrire avec précision les deux carnassiers de sa composition sont pourtant indéniables et ne laissent pas de doute quant à leur race. Le peintre alla certainement voir un specimen vivant qu'il observa à l'éveil comme au repos.

Répondant à la tradition selon laquelle le tigre haïssait tant l'homme qu'il en déchirait même jusqu'à la simple image, il campe son grand félin au centre de la composition.
L'animal feule comme en réponse aux blessures que les chasseurs lui infligent et il adopte une position de défense dont le réalisme est encore accentué par l'extrême précision de la touche qui confère au pelage un aspect tactile. [...]
Lancret paraît avoir eu quelque difficulté à mettre en place sa composition. La radiographie du tableau définitif indique même qu'il continua à modifier les positions des acteurs de la chasse. Le personnage au turban qui se détachait sur le rocher au centre de la composition fut finalement dissimulé. Le cheval blanc situé à droite se trouvait à l'origine décalé vers la gauche, tandis que son cavalier offrait un visage différemment orienté.
Ces multiples modifications témoignent des hésitations de Lancret. Peu accoutumé à ce type de sujet, il lui fallut y réfléchir davantage. Le détail de la plante figurée en bas à gauche, dont les feuilles évoquent par leur forme celle du cyclamen, indique aussi que dans un souci de plus grande crédibilité exotique, il se documenta. En janvier 1736, Huquier vendait chez lui une suite d'estampes figurant des insectes et des plantes des Indes comprenant 72 feuilles au format grand in-folio. Pourquoi ne pas imaginer qu'il les consulta ?"

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Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)

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MessagePosté: 25 Sep 2005, 20:48 
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La chasse chinoise (1736)

:arrow: Peint en 1736 par Jean-Baptiste Pater (1695-1736).

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Jean-Baptiste Pater, autoportrait présumé
(C) RMN / Michel Urtado


:arrow: Huile sur toile
:arrow: H. 172 ; L. 127
:arrow: Signé en bas à gauche : Pater pinccit.
:arrow: Réglé 2000 livres aux héritiers de Pater, mort le 25 juillet 1736, par paiement du 7 janvier 1737 et parfait paiement du 13 mars 1737.
:arrow: Amiens, Musée de Picardie.

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" La chasse chinoise fut peinte par Jean-Baptiste Pater dans les tout premiers mois de l'année 1736, assurément avant le 28 juin, date à laquelle il léguait par testament à sa servante, Catherine-Pierrette Castel, "la somme de 500 livres à prendre et recevoir sur le premier payement qui sera fait du tableau que j'ai eu l'honneur de faire pour le Roy."
Il s'agissait de sa première commande officielle et l'oeuvre devait constituer son tableau le plus ambitieux.
Pourtant, rien ne désignait Jean-Baptiste Pater comme l'un de ceux à qui l'on ferait appel pour le chantier de la Petite Galerie.
Contrairement à ses collègues, il avait négligé sa carrière académique, n'assistant à aucune des séances de la puissante institution après sa réception le 31 décembre 1728. Il s'était ainsi interdit un éventuel accès aux commandes de la direction des Bâtiments du Roi.
Bénéficiant par ses talents de peintre de fêtes galantes d'une estimable réputation auprès d'amateurs aussi choisis et partisans que Jean de Julienne, ses goûts l'avaient peu porté aux sujets exotiques. [...] Peintre animalier, il l'était encore moins car seuls semblent pouvoir aujourd'hui lui être donnés les Perroquets de la vente après décès de la comtesse de Verrue à Paris, le 27 mars 1737.
Mais ces quelques tableaux avaient peut-être suffi à convaincre les Bâtiments du Roi. [...]

Pater eut à coeur de bien faire et il multiplia les travaux préparatoires avant de peindre sa grande toile. Cependant, l'oeuvre ne plut pas. [...] Elle ne fut présentée dans la Petite Galerie que de 1736 à 1739.
Lorsqu'en 1739, la Chasse du crocodile de Boucher fut achevée, la Chasse chinoise fut envoyée à la Surintendance.

A notre sens, cette décision avait été légitimée par le fait que l'artiste avait représenté plusieurs animaux de races distinctes.
Visiblement peu documenté, il inscrit en effet au centre de la composition le tigre à rayures d'Asie et le lion et le léopard moucheté d'Afrique, tandis qu'au premier plan expire une hyène africaine et qu'à l'arrière-plan un sanglier européen tente vainement d'échapper à ses poursuivants.

La description de ces bêtes fauves prête parfois à sourire et ne répond nullement au souci de réalisme zoologique voulu par Boucher ou, de façon plus surprenante, par Lancret, l'autre peintre de fêtes galantes. [...]

Cependant, la composition ne manque pas de brillant. Elle nous révèle une Chine faite d'inventions et d'emprunts à des sources européennes et orientales.
A l'horizon se profilent les étages d'une pagode et les toits incurvés d'une cité.. Le motif est imité des nombreux objets manufacturés importés d'Extrême-Orient dont l'Europe est alors friande. Mais il devient synonyme d'exotisme avant d'être strictement chinois. [...] Les quelques accessoires que Pater introduit au premier plan de sa chasse, casques couverts de fourrure et cor aux allures d'alambic, donnent aussi au novice le sentiment de la Chine. [...]
Plus étonnant est sans conteste le palanquin à ombrelle du roi. Avec ses coloris délicats, il rehausse l'aspect précieux du métier porcelainé du peintre. La palette chromatique, par son caractère irréel, contribuait aussi à l'exotisme de l'oeuvre.
Particulièrement poétiques, les lointains vaporeux du paysage accidenté se teintent en dégradé de bleu, couleur dominante dont la douceur et la valeur atmosphérique sont soulignées par les quelques taches de rose, de rouge, de vert et de jaune que constituent les costumes des chasseurs du premier plan.
Jamais peut-être, dans le cycle des Chasses en pays étrangers, la couleur ne joua un rôle aussi important. Jean-Baptiste Pater suppléait ainsi à son manque d'expérience dans le domaine exotique et animalier. [...]"

La chasse du léopard (1736)

:arrow: Peint en 1736 par François Boucher (1703-1770).

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François Boucher, par Gustaf Lundberg (1695-1786).
(C) Photo RMN - ©Droits réservés


:arrow: Huile sur toile.
:arrow: H. 183 ; L. 128,5
:arrow: Signé en bas à droite : f. Boucher f. 1736
:arrow: Réglé 2400 livres par paiement du 7 janvier 1737 et parfait paiement du 13 mars 1737.
:arrow: Amiens, Musée de Picardie.

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"[...] Le paysage de gorge accidentée où se déroule la chasse est construit en plans successifs, dont les diagonales accentuent l'effet de profondeur, et donne à l'action un aspect plus dynamique. Comme ss'il s'agissait de coulisses théâtrales, les chasseurs apparaissent et disparaissent derrière les irrégularités rocheuses du terrain qui ne révèlent parfois que la tête du fauve poursuivi.
Suivant un modèle propre à l'ensemble des chasses de la Petite Galerie et qui doit répondre aux exigences de la commande, la scène principale s'inscrit au premier plan de la composition.
Contrairement à ses collègues, Boucher n'a pas souhaité un déséquilibre numérique entre les fauves et leurs chasseurs. Les trois Turcs livrent un dramatique combat qu'ils ne sont pas sûrs d'emporter bien qu'il y ait un notable contraste entre leurs expressions de détermination ou de terreur et la "relative" docilité des animaux.
Laing soulignait la merveilleuse vitalité de la matière picturale. Par sa fluidité, elle permet à l'artiste de faire de son paysage un riche "fouillis" exotique dont la dominante de verts et la lumière dorée renforcent l'éclat des rouges, des roses, des bleus et des blancs du premier plan.

Ainsi que l'a démontré Hazlehurst, il est manifeste que Boucher s'inspira des deux estampes que Louis Desplaces exécuta en 1731 d'après les chasses au lion et au tigre peintes par Charles Parrocel pour le duc de Mortemart.
Offrant des action physiques similaires, instaurant une relation de même esprit entre les figures et le paysage et présentant le même type de traitement de la végétation, elles comprenaient surtout le curieux détail des boules de verre auquel Boucher fit aussi appel.
L'explication en est donnée par la légende en latin et en français de la chasse au tigre : "le chasseur sème ordinairement des boulles de verre pour amuser la tigre dont il emporte les petits; celle-cy croit en s'y mirant reconnaître un des siens; mais dès qu'elle découvre la fraude, elle entre en fureur, poursuit le chasseur et porte le carnage partout où elle peut atteindre."
François Baratte a prouvé que ce curieux mode de chasse n'était pas le fruit d'une imagination fertile. Il est en effet figurè dès l'Antiquité sur les mosaïques de Piazza Armerina en Sicile et sur plusieurs sarcophages. Pline, Claudien, saint Ambroise et surtout Timothée de Gaza, dans son Histoire des animaux de l'Inde, s'en font l'écho. Mais la source de Charles Parrocel avait été autre. Ainsi que l'indique la signature portée à la fin de la légende en latin de la gravure de Desplaces, il s'était inspiré du Traité sur les animaux d'Albert le Grand qui comprenait dans la notice consacrée au tigre un passage dédié à ce type de chasse.
On doit aussi noter la saississante opposition entre entre le naturalisme du léopard blessé couché à droite et l'humanisation de celui qui se rue à gauche sur le chasseur renversé. Le premier semble témoigner d'une connaissance de l'animal tandis que le second l'interdit.
Pontus Grate a expliqué en 1987 cette apparente contradiction. Boucher utilisa en effet un dessin de Jean-Baptiste Oudry dont il obtint peut-être le prêt lorsque les deux artistes travaillaient ensemble à la Manufacture royale de tapisserie de Beauvais.
Il n'en fut probablement pas propriétaire puisque Oudry utilisa son dessin lorsqu'il peignit en 1739 le léopard en cage excité par deux molosses aujourd'hui conservé au Nationalmuseum de Stockholm. [...] Afin de tracer son étude préparatoire, le peintre animalier s'était déplacé à la ménagerie de Versailles. [...] C'est l'une de ces études d'après nature, peut-être celle à l'huile et à la gouache que conserve aujourd'hui le musée de Schwerin que Boucher utilisa sans faire l'effort d'aller jusqu'à la ménagerie. [...]"

La chasse de l'ours (1736)

:arrow: Peint en 1736 par Carle Vanloo (1705-1765).

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Carle Van Loo en 1764, par Louis-Michel Van Loo (1707-1771)
(C) Photo RMN - ©Gérard Blot


:arrow: Huile sur toile.
:arrow: H. 183,5 ; L. 128,5.
:arrow: Signé et daté en bas à droite : Carle Vanloo / mars / 1736.
:arrow: Réglé 2400 livres par paiement du 4 janvier 1737 et parfait paiement du 13 mars 1737.
:arrow: Amiens, Musée de Picardie.

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"C'est à un artiste dont les talents venaient tout juste d'être reconnus que l'on confie l'exécution de la Chasse de l'ours car seuls huit petits mois séparaient sa réception à l'Académie royale de peinture et de sculpture (30 juillet 1735) de l'achèvement du tableau (mars 1736), sa première commande officielle. [...] Peintre d'histoire, il s'était principalement illustré par ses compositions religieuses et mythologiques où les paysages et les animaux n'avaient eu qu'une place bien discrète.
La réussite est pourtant complète.

Dans un complexe et parfait enchaînement de formes, Vanloo décrit les ultimes instants de la chasse. La part des chiens, trapus mastiffs aux mâchoires puissantes, y est presque plus importante que celle des hommes relégués dans les parties latérales de la composition. Surexcités par l'issue du combat, ils acculent les deux ours bruns et les mordent de toutes parts dans une imbrication dont le réalisme incite à croire que l'artiste devait être accoutumés aux hallalis des chasses à courre ou qu'il souhaitait répondre aux goûts prononcés du roi pour cette activité.
Renforcé par un métier assez graphique qui permet au peintre de décrire le pelage des chiens à l'aide de fines touches effilées, cette volonté de calquer la nature désavouait la tradition selon laquelle l'ours tuait les chiens simplement de son haleine.

Contrairement à la plupart des autres chasses de la commande de 1735-1736, Vanloo ne fait pas usage du motif du chasseur jeté à terre se défendant contre le fauve ou contre le pachyderme. Il le transpose à une échelle canine suivant le modèle flamand (Paul de Vos, Frans Snyders).
Par volonté de crédibilité et en raison de la nature des deux carnassiers, la scène se déroule dans un pays au climat froid. Le vaste paysage à l'aspect essentiellement minéral, indice de son caractère sauvage, se couvre de givre. Les arbres privés de leur feuilles, comme les épais vêtements doublés de fourrure des chasseurs indiquent la saison hivernale. Cette donnée climatique contrastant avec tous les autres tableaux du cycle est encore renforcée par l'usage dominant de tons froids. [...]"

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Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)

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 Sujet du message: Re: Les chasses exotiques de Louis XV
MessagePosté: 18 Déc 2009, 21:12 
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Plus de quatre ans après l'avoir commencé, je prends, ce soir, enfin le temps d'achever ce sujet. :oops:


La chasse du taureau sauvage (1738)

:arrow: Peint en 1738 par Charles Parrocel (1688-1752)
:arrow: Huile sur toile
:arrow: H. 183 ; L. 129
:arrow: Réglé 2400 livres par paiement du 5 novembre 1738 et parfait paiement du 17 décembre 1738.
:arrow: Amiens, musée de Picardie

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"L'agrandissement de la Petite Galerie aux dépens de la salle à manger d'hiver à l'est, suscita la commande en 1738 de deux nouvelles chasses et d'une troisième en 1739.
Pater décédé, de Troy se trouvant à Rome, Lancret n'ayant probablement pas obtenu tous les suffrages avec sa Chasse du Tigre ou ne désirant pas traiter à nouveau un sujet pour lequel il ne s'estimait pas compétent, c'est à Charles Parrocel, Carle Vanloo et François Boucher que l'on fit appel.

La faveur des trois peintres auprès du souverain et de son administration des Bâtiments ne s'était pas démentie. En 1737, ils avaient déjà été sollicités afin de peindre plusieurs toiles pour les deux salles à manger du nouvel appartement du roi à Fontainebleau. Il semble que Parrocel ait tenté de ravir en 1738 la commande de deux nouvelles chasses en proposant deux sujets : la chasse du taureau sauvage et la chasse de l'autruche. Mais la seconde échut finalement à Carle Vanloo.

La composition de la Chasse du taureau sauvage diffère peu de celle de la Chasse de l'éléphant, Parrocel répondant probablement aux consignes qui avaient été données afin de conserver son unité au cycle peint de la Petite Galerie.
Ainsi que l'a si justement analysé Dominique Viéville en 1988 lorsqu'il avait étudié le dessin préparatoire appartenant aujourd'hui au musée d'Amiens, l'artiste accorda progressivement plus de place au paysage, diminuant l'effet pyramidant créé par l'animal et les chasseurs l'encerclant, qui prédominait sur le dessin comme sur l'esquisse peinte, au profit d'une plus grande ouverture sur l'horizon embrasé. Dans une démarche similaire à celle qu'avait adoptée Pater pour sa Chasse chinoise, la suppression des personnages superflus permettait à Parrocel une plus grande individualisation des groupes qui, par leurs mouvements, donnaient à l'oeuvre un rythme plus décoratif.
Cette épuration conduisait à un éclaircissement général du tableau renforcé par l'usage d'une palette chromatique très lumineuse identique à celle de la Chasse de l'éléphant.[...]
Ses sources furent également les mêmes qu'en 1736. Aux deux chasses au taureau gravées par Antonio Tempesta, il empruntait l'idée pittoresque de l'usage du lacet dont le noeud coulant enserrait les cornes du bovidé, la cape du chasseur gonflée par le vent, son chapeau à plume, la figure de l'homme retenant les chiens et surtout la curieuse arme constituée de dagues montées sur roues que pousse le chasseur à gauche de la composition.

L'attrait de Parrocel pour les grandes chasses flamandes, déjà perceptible par l'emploi de ces diagonales servant à marquer le mouvement du combat, était aussi souligné par la présence du chien encorné et projeté dans les airs. Ce motif cher à Frans Snyders (1579-1657) et à son beau-frère Paul de Vos (1595-1678), car portant à son acmé la violence de la lutte, semble avoir connu une grande fortune auprès des artistes du XVIIIème siècle. Ainsi, dans un esprit proche de la commande versaillaise, comment ne pas évoquer le cycle de chasses peint au début des années 1710 par Johann Georg de Hamilton (1672 ? - 1737) pour orner le grand salon du château de Frauenberg à Ohrad. Commandées par le prince Adam Franz von Schwarzenberg, les dix grandes toiles, aujourd'hui conservées au château d'Eggenberg, près de Graz en Autriche, mettaient en scène le cerf, le daim, le chevreuil, le sanglier, le renard, le lynx, le loup, l'ours et le taureau, animaux des contrées d'Europe, mais aussi de façon plus exceptionnelle le léopard.
Le taureau, comme tous les autres animaux, y était exclusivement opposé à une meute de dogues et projetait l'un d'entre eux dans les airs.
Entièrement redevable au modèle flamand, le cycle en adoptait également le format en longueur. Il se distinguait cependant des oeuvres d'Amiens par l'absence de chasseurs.
Or seule la présence humaine permet à Charles Parrocel de donner àsa composition un caractère exotique. Mais il ne s'agit pas de l'exotisme dont il avait déjà fait preuve dans la Chasse de l'éléphant.
Contrairement aux autres animaux, sélectionnés pour la Petite Galerie, le taureau sauvage n'évoque en effet ni l'Orient ni l'Afrique. Cependant, l'artiste manifeste toujours le souhait de placer sa chasse dans son véritable contexte géographique : l'Espagne.
Pour ce faire, il subordonne au sujet chaque détail de la composition. Les faciès moustachus, les costumes et le château détachant sa silhouette à l'horizon se veulent emblématiques du sol étranger. Cet exotisme hispanique était alors familier aux artistes et s'exprimait essentiellement par l'illustration du Don Quichotte dont la traduction par Filleau de Saint-Martin (1677-1678) avait été réimprimée en 1730.
Depuis 1714, Charles-Antoine Coypel livrait à la manufacture des Gobelins ses cartons d'après le roman de Cervantes. De mai 1735 à avril 1737, la manufacture de Beauvais avait tissé pour le fermier général Pierre Grimod Dufort les 6 premières pièces de la tenture de Don Quichotte d'après les cartons de Charles Natoire.
A l'occasion de sa nomination comme adjoint à professeur en juillet 1735, le peintre avait exposé à l'Académie Sancho et la marchande de noisettes (château de Compiègne), carton de la troisième pièce. Toutes ces oeuvres s'imposaient par la diversité de leurs costumes de fantaisie "à l'espagnole" au caractère historicisant.
En peignant la Chasse du taureau sauvage, Charles Parrocel sacrifiait aussi à la mode.

Avec cette manière fière et décidée, large dans la touche et ressentie dans les formes que lui reconnaissait Charles-Nicolas Cochin, Parrocel réunit dans un schéma pyramidant les principaux acteurs de la chasse.
Le cavalier au lacet domine le taureau sauvage et s'efforce de le capturer. L'animal lutte contre la meute et a projeté au-dessus de lui l'un des chiens. A droite, un chasseur retient son dogue qui se cambre, tandis qu'à gauche un autre brandit son épée et pousse devant lui la curieuse arme empruntée à l'estampe d'Antonio Tempesta. Au-dessus apparaît une jeune cavalière que l'artiste ne retiendra pas. Figurant aussi sur le dessin préparatoira à la plume, elle contribuait avec sa fraise de dentelles tuyautées et son avantageux décolleté à atténuer la violence du combat et évoquait par sa silhouette d'une autre époque les élégantes d'Alexis Grimou. [...]"



La chasse de l'autruche (1738)

:arrow: Peint en 1738 par Carle Vanloo (1705-1765)
:arrow: Huile sur toile
:arrow: H. 183,3; L. 128
:arrow: Signé en bas à droite : Carle Van[loo]
:arrow: Livré le 21 novembre 1738 et réglé 2400 livres par paiement du 5 novembre 1738 et parfait paiement du 17 décembre 1738.
:arrow: Amiens, musée de Picardie

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"C'est à Carle Vanloo que l'on demanda finalement de peindre en 1738 la Chasse de l'autruche. Sans que l'on puisse expliquer pourquoi, le dessin proposé par Charles Parrocel n'avait pas été retenu. Les deux peintres bénéficiant de la même faveur et ayant été tous deux appelés à collaborer au chantier de Fontainebleau en 1737, les Bâtiments du roi ne souhaitaient peut-être pas avantager l'un ou l'autre et se voulaient simplement égalitaires dans la répartition des commandes.

Vanloo s'appliqua à respecter les règles qui avaient probablement été édictées pour le cycle. Comme sur les autres chasses, l'animal exotique et les hommes et les chiens qui l'entourent, occupent le premier plan de la composition. Les principales diagonales convergent toutes vers l'oiseau. Entre ses puissantes pattes s'inscrit le motif si souvent répété du chasseur renversé se défendant avec son arme. Tout autour se cabrent les chevaux dans des positions dynamiques.
A l'arrière-plan, une autre scène opposant l'homme à l'animal se détache sur un horizon montagneux placé très bas afin de mettre en valeur la scène du premier plan. Attentif à l'origine des animaux représentés, le peintre intègre la chasse dans un lieu dont l'exotisme est souligné par les costumes évoquant les pays du Levant, par les deux palmiers, et par une gamme de couleurs claires ponctuées de tonalités chaudes. Comme à l'accoutumée, un vaste ciel de fin de journée confère à l'ensemble une grande luminosité.

Si, en 1736, la description de l'ours qu'avait faite Vanloo témoignait d'un réel souci de naturalisme, celle de l'autruche nous semble plus étonnante. Comment expliquer en effet l'immaculée blancheur du plumage de l'imposant oiseau ? Certes il devait être moins familier à l'artiste que les ours exhibés dans les foires mais il ne pouvait lui être totalement inconnu. De 1687 à 1694, Mosnier Gassion avait acheté à la demande de Colbert pour le roi cent trois autruches, et, en 1705, il en avait encore amené d'Orient dix nouvelles. Hébergées à la Ménagerie de Versailles, dans un enclos auquel on donna leur nom, elles suscitèrent dès lors la curiosité des artistes. Leur image fut surtout diffusée par l'intermédiaire de la tapisserie. Plusieurs tentures tissées avant 1735 comprennent ainsi le motif de l'autruche. [...]

La Chasse de l'autruche est l'unique tableau pour lequel nous ne possédons aucune oeuvre préparatoire. Celles-ci durent pourtant bien exister car la radiographie n'a révélé que de très légers repentirs affectant les ailes de l'oiseau et le visage du chasseur pédestre situé à gauche. Une telle sûreté ainsi que la méthode de travail consistant à laisser en réserve sur le ciel les formes détourées des deux palmiers témoignent de l'existence certaine d'étapes préparatoires."



La chasse du crocodile (1739)

:arrow: Peint avant avril 1739 par François Boucher (1703-1770)
:arrow: Huile sur toile
:arrow: H. 184; L. 128,5
:arrow: Signé et daté en bas au centre : f.Boucher 1739.
:arrow: Réglé 2400 livres par paiement du 8 avril 1739 et parfait paiement du 20 avril 1739.
:arrow: Amiens, musée de Picardie

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"La date de 1739 apposée sur la toile par François Boucher à la suite de sa signature ne semble avoir suscité l'interrogation d'aucun de ceux qui s'intéressèrent à l'oeuvre ou au contexte de sa création. Or, elle vient quelque peu bousculer la chronologie du cycle des Chasses en pays étrangers et témoigne à nos yeux d'une ultime étape dans l'élaboration du décor de la Petite Galerie à Versailles.
Le caractère autographe de cette date ne pouvant être remis en cause puisque la lettre de l'estampe gravée en 1773 d'après la chasse par l'Espagnol Pascual Pedro Molès confirme bien que le tableau fut "peint par F. Boucher Premier Peintre du Roy en 1739", il est nécessaire d'envisager que le peintre reçut sa commande après Charles Parrocel et Carle Vanloo. [...]

Lorsque les travaux d'agrandissement de la galerie nécessitèrent au début de 1738 la commande de deux nouvelles toiles destinées à être encastrées sur le mur nord et en vis-à-vis sur le trumeau d'entre fenêtres créé par l'adjonction d'une nouvelle croisée à l'est, Charles Parrocel et Carle Vanloo furent sollicités pour peindre la Chasse du taureau sauvage et celle de l'autruche. Le cycle comprenait dès lors huit toiles, quatre au nord et quatre au sud, tandis que l'extrémité ouest de la Petite Galerie était ornée d'une cheminée, et l'extrémité est, d'un panneau de boiserie.
Nous supposons que la Chasse chinoise de Jean-Baptiste Pater dut paraître trop différente des autres épisodes cynégétiques présentant chacun une seule race d'animal. Afin de donner au cycle une parfaite cohésion, François Boucher reçut alors la commande de la Chasse du crocodile, probablement dans les derniers mois de 1738. L'on avait pu mesurer son talent lorsqu'il avait exécuté en 1736 la Chasse du léopard, et il connaissait une grande faveur auprès de la famille royale, ayant été chargé de peindre en 1737 et 1738 plusieurs tableaux pour le nouvel appartement du roi à Fontainebleau et pour le cabinet de la reine à Versailles. En avril 1739, l'achèvement de la Chasse du crocodile scella le sort du tableau de Pater qui fut transféré dans les magasins de la Surintendance.

Boucher s'y imposait à nouveau par sa composition brillante et dense. Les chasseurs aux anatomies vigoureuses s'efforcent avec leurs perches de retourner l'énorme reptile, pendant qu'un des leurs, couché à califourchon sur le dos de l'animal dans une position fort pittoresque, lui interdit toute nouvelle morsure en maintenant ouvertes ses puissantes mâchoires à l'aide d'un long morceau de bois.
Afin d'évoquer le domaine naturel du crocodile, la scène se déroule en milieu aquatique au sein d'un luxuriant paysage agrémenté d'une rotonde antique et surtout d'une pyramide. Cette architecture et le mémoire de l'artiste nous indiquent que Boucher a souhaité placer la scène aux cataractes du Nil. En cela, il pouvait paraître faire acte d'originalité. La tradition iconographique voulait en effet que le crocodile fût l'animal emblématique de l'Amérique et non de l'Afrique. La jeune femme coiffée de plumes symbolisant le continent américain apparaît ainsi en compagnie du reptile sous le ciseau de Gilles Guérin (1675-1678, parterre du Nord, Versailles) comme sous le pinceau de Charles de La Fosse (vers 1678, écoinçon du plafond du salon d'Apollon, Versailles).
En fait, le peintre emprunte la localisation à l'estampe illustrant le même sujet que grava Karel van Mallery en 1578 d'après Jan van der Straet ou à celle que commit Antonio Tempesta. Leurs légendes en latin indiquent en effet que la scène se déroule en Egypte sur les bords du Nil. Les deux gravures lui fournissent aussi le motif si expressif du chasseur assis sur le dos du crocodile, espérant le maîtriser avec son bâton. Par cet emprunt, Boucher contribue à renforcer la fantaisie de son oeuvre. Pour lui, la chasse n'est que prétexte à mêler de façon antinomique conifère et palmier, turban de toile et toque de fourrure, édifice classique et pyramide égyptienne. Et malgré cet enchevêtrement de corps dans l'effort, l'on a du mal à croire que l'animal chassé puisse être si dangereux. Le peintre n'avait certes pas cherché à calquer la nature, il la recomposait avec une indéniable fantaisie imaginative."

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"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

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Regi et regno fidelissima


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 Sujet du message: Re: Les chasses exotiques de Louis XV
MessagePosté: 19 Déc 2009, 15:43 
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J'étais totalement passé à côté de ce sujet. Merci de l'avoir ramené à la surface et éveillé ma curiosité.

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