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 Sujet du message: La leçon de lecture, par Louis Aubert
MessagePosté: 18 Oct 2008, 08:43 
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Notice extraite du catalogue Peintures françaises des XVIIème et XVIIIème siècles des musées d'Amiens, par Matthieu Pinette (Somogy, éditions d'art, 2006)

Image

(C) RMN / Agence Bulloz
Cliquez sur l'image pour l'agrandir.


:arrow: La leçon de lecture
:arrow: par Louis Aubert (Paris, 1720 - Paris ? vers 1798), actif de 1740 à 1780
:arrow: huile sur bois, 1740
:arrow: H. : 0,323 m
:arrow: L. : 0,227 m
:arrow: signé et daté en bas à droite : L. Aubert f 1740.
:arrow: Amiens, musée de Picardie


"Dans un intérieur bourgeois, sans doute parisien, devant une cheminée surmontée d'une glace à trumeau, une femme assise a laissé son ouvrage pour répondre à la sollicitation d'un jeune garçon qui s'est approché d'elle, livret en main, et qui écoute attentivement la leçon.
Le peintre a rendu avec une attention scrupuleuse les détails de cette scène quotidienne. Il s'intéresse au rendu de la robe de la mère, protégée par un tablier, et à l'habit du garçonnet. Le mobilier est soigneusement dépeint avec la table au pied galbé et le fauteuil bas au dossier duquel pend un tambour d'enfant dont les baguettes ont chu à terre, comme quelques cartes à jouer tombées du siège de paille.
Sur la cheminée s'alignent les restes d'une collation : une tasse en porcelaine, une chocolatière en argent et un sucrier dont le couvercle repose à côté. Sur la table enfin une boîte de bouleau ouverte laisse deviner un nécessaire de couture destiné à une pièce de tissu blanc qui repose sur le plateau. Détail piquant, une petite pelote de fil (?) a roulé au sol, au-dessus de la signature.

Fils de Jacques Aubert, musicien du prince de Condé et premier violon de l'orchestre de l'Opéra, Louis Aubert a lui-même suivi une précoce vocation musicale et il devient à son tour premier violon de cette prestigieuse institution parisienne en 1755 (ou 1775). On connaît de lui symphonies et sonates, comme on lui sait une activité de professeur.
La carrière picturale d'Aubert, autre facette de ses talents, demeure trop ignorée et son oeuvre peint et dessiné est mal connu. Il a pourtant joui d'une certaine notoriété et participé à des commandes prestigieuses : on lui doit des tableaux décoratifs (souvent des paysages pour des dessus-de-portes) pour les appartements du Dauphin aux châteaux de Fontainebleau et de Versailles, pour le château de Choisy et pour les appartements de Madame de Pompadour ainsi que du Dauphin à Compiègne.

On connaît peu de peintures certaines de l'artiste. Son répertoire graphique, fait de dessins souvent colorés, exécutés aux trois crayons, ou rehaussés au pastel, se compose de scènes d'intérieurs. On lui attribue aussi des figures enfantines. Certaines de ses compositions, comme c'est le cas ici, ont été diffusées par la gravure.

L'art d'Aubert est marqué tout entier par son intérêt pour une peinture intimiste mais sa recherche va au-delà d'un regard ethnographique sur la société qui l'entoure. Sa volonté manifeste est de tenter, en posant les yeux sur les activités journalières de ses semblables, de toucher à la poésie de la vie domestique.

Tout comme Chardin, avec qui on l'a parfois confondu (certains dessins d'Aubert ont pu se cacher sous cette flatteuse attribution,, tel le dessin préparatoire de notre panneau au musée de Chantilly), c'est la simplicité des gestes ordinaires qui compose son univers pictural. Ces instants anodins de l'existence sont pour lui de véritables sujets et les accessoires du quotidien deviennent les attributs de ses protagonistes.

Ce lyrisme de la vie ordinaire, ce charme simple de l'existence courante ont tenté plus d'un peintre à cette période. On peut rapprocher notre tableau de telle création de Chardin, dont il s'est peut-être inspiré, comme La Mère laborieuse ou Le Bénédicité (Paris, musée du Louvre), exposés au Salon de 1740, et surtout La Gouvernante (Ottawa, musée des Beaux-Arts du Canada - cliquez sur le lien pour voir le tableau) présentée l'année précédente.
Cependant ce panneau d'Aubert dénote un faire moins vaporeux, plus précis, plus "hollandisant" que celui de son aîné. De même, une analogie peut être faite avec le fameux Déjeuner (Paris, musée du Louvre) de François Boucher (Salon de 1739), ou encore L'Accouchée (1744; Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage) d'Etienne Jeaurat (Paris, 1699 - Versailles, 1789), toutes peintures qui offrent, en de petits formats, le précieux sentiment de retrouver la réalité d'une société, celle de la France vers le milieu du XVIIIème siècle, à travers une intimité familiale."

_________________
"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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