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 Sujet du message: Menuisiers, ébénistes et bois
MessagePosté: 06 Avr 2008, 15:47 
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Bonjour,

Je vous propose aujourd'hui un petit voyage dans le monde du bois, celui des artisans menuisiers et ébénistes.

Avant de débuter, un petit rappel de définitions ne me paraît pas inutile. Quelle est donc la différence entre un menuisier et un ébéniste ? :?:

:arrow: Définitions trouvées sur le site : http://www.ebenistes.fr/

"Ebénisterie ou menuiserie ?

Aujourd'hui, la différence entre menuiserie et ébénisterie tient surtout à la destination de l'ouvrage réalisé par l'artisan. On parlera de menuiserie lorsque l'ouvrage est destiné au bâtiment (escaliers, fenêtres, portes, placards, parquets...) et d'ébénisterie lorsqu'il s'agit de mobilier, qu'il soit massif ou plaqué.

Par le passé, cette distinction était plus tranchée.
Les meubles que l'on appelait de menuiserie étaient exécutés en bois massif, avec un bâti qui restait apparent. Ils pouvaient inclure un décor sculpté, en principe réalisé par un sculpteur.
Par opposition, le bâti des meubles d'ébénisterie était plaqué : l'ébéniste fabriquait des meubles et panneaux, en bois, composés d'un bâti en menuiserie sur lequel étaient appliquées des feuilles de bois précieux appelées placages ou de toute autre matière qui dissimulaient entièrement ou partiellement le bâti.

Le menuisier

Le Nicot, Thrésor de la langue françoyse, publié en 1606, en donne cette définition :
Le menuisier est l'artisan qui besogne en bois, de petits ouvrages, comme huis, fenestres, caisses, clostures de choeur d'église couches, chaires, et autres telles besognes, et en iceux fait les fringoteries qu'on y veut mettre, et à tel nom particulier à la différence du charpentier, et du charron, parce que ceux ci besognent en grosses pièces de bois et lourde besogne qu'on appelle charpenterie et charronnerie, tout ainsi que celle du Menuisier.

Le Dictionnaire de L'Académie française, dans son édition de 1694 nous apporte une définition dans un français plus moderne : le menuisier est l'Artisan qui travaille en bois avec le rabot et la varlope.

Dans les éditions suivantes (1762, 1798 et 1832), le menuisier devient l'Artisan qui travaille en bois, pour des ouvrages qui servent au-dedans des maisons, comme portes, parquets, armoires, tables, lambris, etc.
En 1932, il devient celui qui travaille les menues pièces de bois, par opposition au charpentier, et qui fait des ouvrages nécessaires à l'installation extérieure ou intérieure des maisons, tels que portes, croisées, parquets, meubles d'appartement ou de magasin, lambris, etc.

De nos jours, pour le Petit Larousse Illustré, le menuisier est l'Artisan qui réalise des ouvrages en bois pour le bâtiment, constitués de pièces relativement petites (par opposition au charpentier) ou des meubles sans placage ni ornement (par opposition à l'ébéniste).

Rappelons que pour le même Petit Larousse Illustré, l'ébéniste est un menuisier qui fabrique des meubles de luxe en utilisant notamment la technique du placage.

L'ébéniste

Dans la quatrième édition du dictionnaire de L'Académie française (1762), l'ébéniste est un Ouvrier qui travaille en ébène et autres bois précieux, ou qui fait des ouvrages de marqueterie. Dans les éditions suivantes (cinquième en 1798 et sixième en 1832), la définition reste la même, mot pour mot.

C'est dans l'édition de 1932 que la définition évolue : l'ébéniste devient un Ouvrier qui travaille en ébène et autres bois précieux, ou qui fait des ouvrages de marqueterie, mais se dit plus ordinairement de celui qui fabrique ou qui répare toutes sortes de meubles.

De nos jours, pour le Petit Larousse Illustré, l'ébéniste est un menuisier qui fabrique des meubles de luxe en utilisant notamment la technique du placage."


:arrow: Texte extrait de Meuble et artisanat. Du XIIIe au XVIIIe siècle (éditions de l'Amateur, 2003 - 50 €)

Image

Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Rappelons aussi que c'est en 1744 que menuisiers et ébénistes furent réunis dans une même corporation.

"Le texte des statuts fut publié par la corporation, et le titre "Statuts, privilèges, ordonnances et réglemens de la Communauté des maîtres menuisiers et ébénistes de la ville, fauxbourgs et banlieues de Paris est une équivoque.
Par ces statuts, les menuisiers acceptent de s'unir, en une seule communauté, aux ébénistes. Ce n'est pas sans amertume que les menuisiers, dont les premiers statuts remontent à l'année 1371, s'associent à ces menuisiers de placage - les ébénistes avaient été désignés jusque-là sous le nom de "menuisiers de placage ou de marqueterie" pour les distinguer des "menuisiers d'assemblage" -, nouveaux venus dans l'art du meuble.

Savary des Brûlons, dans son Dictionnaire universel du commerce (1723), explique cette distinction :

"Les ébénistes sont appelés menuisiers de placage parce qu'outre qu'ils assemblent les gros bois, comme les menuisiers d'assemblage, ils les couvrent par-dessus de feuilles très minces de divers bois, qu'ils appliquent et placent les unes contre les autres avec de la colle forte, après les avoir contournés avec la scie, suivant les compartiments de dessein qu'ils veulent imiter."

Ces nouveaux statuts se justifient par le fait, dit le texte, que "partie de ces maîtres s'étant depuis plusieurs années uniquement attachés à cette sorte de ménuiserie, en ont pris le titre de ménuisiers-ébénistes, ou simplement ébénistes, sans cependant faire un Corps de communauté séparé, les outils, établis, façon de travailler, joints et assemblages des uns et des autres étans les mêmes, en sorte qu'en qualité de maître en la dite communauté, chacun d'eux est libre d'embrasser toutes les parties de ladite profession, ou de s'attacher à une d'elles."

Ces statuts comprennent 106 articles et ne laissent rien au hasard quant à l'organisation et à l'administration du métier ainsi qu'aux règles techniques que chaque atelier doit appliquer et respecter. [...]"

Ces rapides rappels faits, nous nous intéresserons bientôt aux différentes essences de bois utilisées par les menuisiers et ébénistes au XVIIIème siècle. :wink:

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"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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MessagePosté: 06 Avr 2008, 16:04 
Passionnant sujet...
Je suivrai avec grand intérêt.


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MessagePosté: 07 Avr 2008, 18:41 
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"Le matériau de base : le bois

C'est la matière la plus utilisée dans la fabrication des meubles, de la haute Antiquité jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. On l'emploie pour les bâtis, la constitution du ou des corps (panneaux, tablettes, portes, plateaux, tiroirs...etc) et aussi pour leur décoration.

C'est le matériau de base par excellence, et son choix s'explique aisément pour les raisons suivantes : son abondance, ses nombreuses variétés, son façonnage aisé, son toucher agréable, la sensation de chaleur qui s'en dégage et la beauté de sa veinure.


Les bois d'ameublement qui provenaient initialement des grandes forêts de France et d'Europe, furent appelés pour cette raison "bois indigènes".
Mais à partir du XVI ème siècle, les Compagnies des Indes introduisirent en Europe de nombreuses variétés qui furent nommées, de par leur provenance, "bois des Iles" ou "bois des Indes" : elles sont actuellement classées dans la catégorie des bois exotiques.

Les variétés de bois, que les botanistes appellent "essences", présentent toutes des caractéristiques différentes qui sont relatives à leur dureté, leur résistance, leur souplesse, leur élasticité, leur veinure. Certains défauts comme les ronces et les loupes sont exploités pour la beauté de leur placage.

André-J. Roubo ne mentionne que huit bois de menuiserie, tous indigènes : le chêne dur et le chêne tendre, le châtaignier, le noyer, l'orme, le hêtre, le sapin, le tilleul et le peuplier.
D'après lui, sulement deux bois servent à faire des meubles : le noyer et le hêtre, auxquels il aurait pu ajouter le chêne.
Par contre, dans la partie de son ouvrage consacrée à l'ébénisterie (1774), il répertorie 23 bois indigènes et 48 exotiques (pages 56-57). [...]

Henri Havard, dans son Dictionnaire de l'ameublement et de la décoration (1887-1890), répertorie 40 essences de bois indigènes et 57 essences de bois exotiques. [...]

Dans le cadre de notre étude, nous avons sélectionné les bois les plus utilisés par les menuisiers et les ébénistes jusqu'à la fin de l'Ancien Régime; les autres bois cités par Roubo et Havard ont des noms empiriques. Ils étaient inconnus de la plupart des ébénistes, car seuls les marqueteurs en avaient l'usage afin de réaliser leurs "peintures en bois".
En outre, certains bois étaient teints par toutes sortes de procédés gardés secrets, afin d'obtenir les couleurs réelles des modèles peints sur carton ou sur toile. On ignorait bien souvent le pays d'origine et le nom scientifique de la plupart de ces bois des Indes qui se sont décolorés avec le temps et les quelques rares restaurateurs contemporains connaissent bien des problèmes quand ils doivent remplacer une pièce manquante sur une marqueterie ancienne.

Notre sélection donne le classement suivant :

A. Bois indigènes : buis, chêne, hêtre, houx, merisier, noyer, poirier, sapin, érable-sycomore, tilleul;

B. Bois exotiques : acajou, amarante, bois de rose, bois de violette, citronnier, ébène, palissandre, satiné. [...]


Les bois indigènes

le buis

"Bois de couleur jaune pâle à jaune verdâtre, très dur, à grain très fin. Dans ses régions d'origine, la Corse et la Sardaigne et en Espagne, cet arbre peut atteindre une hauteur de trente mètres.

Image

Cliquez sur les images pour les agrandir.

Ses fibres, très serrées, étant cassantes, c'est un bois très difficile à sculpter. On l'a cependant employé dans ce but dès le début du XVI ème siècle. Au XVII ème siècle, André Brustolon, élève de Parodi, témoigna de son art en sculptant le buis.

En revanche, le buis se prête très bien au tournage. Au XVIII ème siècle, il est utilisé en filets, en incrustations, en placage pour la marqueterie et en tabletterie.

Ses racines et ses ronces étaient recherchées pour leurs splendides veines aux dessins capricieux et aux couleurs chatoyantes.
Le buis était déjà utilisé dans l'Antiquité. 3000 ans avant J-C, les Egyptiens l'employaient pour les incrustations. Les Romains se servirent de ce bois pour le même usage mais aussi pour le placage.


Le chêne

Arbre croissant dans nos forêts d'Europe, dont on distingue deux espèces : le Quercus robur (chêne pédonculé) et le Quercus sessiliflora (chêne sessile).
Le chêne a une couleur brun-jaune. Sa dureté, sa durabilité, sa résistance aux agents atmosphériques sont exceptionnelles. Ce sont probablement ces qualités et sa profusion qui expliquent qu'il ait été le bois le plus utilisé jusqu'au XVI ème siècle.

Image

Au Moyen-Age, le chêne d'Irlande, nommé "bos d'Illande", était le plus apprécié pour les ouvrages de fine menuiserie.
En menuiserie courante, les artisans utilisaient deux sortes de chênes : le dur et le tendre, appelés "chênes du pays" parce qu'ils provenaient de France. Les chênes durs du Bourbonnais et de la Champagne approvisionnaient Paris où ils arrivaient en grumes par flottage.
Le Bourbonnais n'était guère apprécié car il était sujet à se tourmenter et les panneaux qu'on en tirait avaient tendance à se coffiner et à se fendre.
On employait le Champagne, moins dur et moins noueux, pour la menuiserie du bâtiment.
Les chênes tendres, provenant de Lorraine et des Vosges, se distinguaient par une belle couleur jaune clair et se travaillaient facilement car ils ne présentaient presque pas de noeuds ni de gales. Le bois de ces deux régions convenait bien pour la sculpture et la menuiserie de meuble en général. Il faut aussi mentionner le chêne de Fontainebleau, remarquable par sa couleur mordorée.

Dès le XVII ème siècle, le chêne du pays vint à manquer et on dut employer le chêne provenant du Nord, principalement de Hongrie, connu sous le nom de bois de Hollande parce qu'il était expédié dans ce pays où il était préalablement débité en planches et en plateaux selon le procédé nommé "débit hollandais", méthode qui donnait les meilleurs bois pour la fabrication des meubles.

Au début du XVI ème siècle, le chêne fut supplanté par le noyer, aux fibres plus serrées, qui se polissait bien et convenait mieux pour la sculpture en ronde bosse et en haut relief.
Aux XVII ème et XVIII ème siècles, le chêne est toujours utilisé pour la fabrication des bâtis des meubles luxueux et le façonnage des parties non apparentes des beaux meubles.
Il sert aussi à la fabrication des grands meubles solides et robustes destinés aux locaux de service (garde-robes, offices, cuisines, écuries...etc). Certains menuisiers parisiens du XVIII ème siècle comme Duval, Boulogne, Chaumont se spécialisent dans la fabrication des meubles en chêne : armoires, buffets, coffres. Nous en concluons que le règne du chêne fut le plus long de toute l'histoire du bois puisqu'il dura plus de huit siècles.


Le houx

C'est un bois excessivement dur, à grain fin. Il est susceptible d'être parfaitement poli. Il est du plus beau blanc possible, à tel point qu'il est possible de le confondre, quand il est poli, avec l'ivoire. Il jaunit un peu en vieillissant.

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Les tabletiers l'utilisaient pour réaliser les cases blanches des damiers et des échiquiers de valeur. Son coeur, un peu noirâtre, prend la couleur noire plus parfaitement que tout autre bois; on pourrait donc le substituer à l'ébène.
C'est un bois difficile à travailler, mais il fut employé dans l'ébénisterie en massif et en placage, en incrustation par les marqueteurs et pour de menus travaux par les tourneurs.


Le hêtre

Bois dur et résistant, de couleur blanchâtre à rougeâtre, à grain fin et peu homogène, incapable de recevoir un beau poli.
Il n'a point d'aubier et est sujet à s'échauffer et à être piqué. Même très sec, il se tourmente toujours, est cassant et se fend facilement.

Image

Malgré ses défauts, ce bois est un des plus utilisés. Son emploi est indiqué pour tous les objets destinés à exercer ou à supporter de grands efforts; il supporte bien le fort assemblage, se laisse couper dans tous les sens et est très utile pour la fabrication des carcasses de sièges et de banquettes.

A Paris, on en a fait des commodes auxquelles on donnait la couleur du noyer en les frottant avec du brou de noix. Aux XVII ème et XVIII ème siècles, il figure dans certains riches inventaires, mais seulement dans des emplois secondaires.


Le merisier

Le merisier est en fait un cerisier sauvage. C'est un bois tendre, de couleur gris rougeâtre, à grain très fin. Facile à travailler, il accepte bien le poli et le vernis. Laissé au naturel, il prend très vite un beau brillant doré; teint en rouge, il simule l'acajou.

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Au XVIII ème siècle, il fut très utilisé en menuiserie et en ébénisterie. André-J. Roubo le désigne comme pouvant aussi être employé en grands placages.
On en faisait surtout des armoires et des bureaux, mais aussi de petites tables à écrire, des tables de nuit, des toilettes, des écrans. Dans les inventaires du château de Versailles et des Meubles de la Couronne, on relève régulièrement des meubles en merisier.
En 1733, Gaudreaux livra à la reine Marie Leszczynska un secrétaire de "bois de merisier à placages en mosaïques de même bois"

Image Image

:arrow: Secrétaire en pente provenant du cabinet de retraite de Marie Leszczynska à Marly
:arrow: Paris, 1733
:arrow: par Robert-Antoine Gaudreaux (vers 1682-1746)
:arrow: merisier, bronze argenté
:arrow: H. : 1,000 m.
:arrow: L. : 0,680 m.
:arrow: p. : 0,470 m.
:arrow: Paris, musée du Louvre
:arrow: (C) RMN - ©Jean-Gilles Berizzi


Image Image

Voici donc un bois indigène qui eut les honneurs de Versailles et des châteaux royaux.


Le noyer

C'est un bois dur, homogène, à grain serré, de couleur jaune fauve, veiné de brun ou de noirâtre. En le tenant immergé dans l'eau pendant plusieurs mois, on renforçait sa couleur et ses larges veines noires sur fond brun étaient beaucoup plus prononcées.

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En France, on trouve des noyers blancs (Normandie), des noyers gris (Bourgogne), des noyers colorés (Savoie et Auvergne).
C'est l'Auvergne qui donne les plus beaux noyers. On les scie en épais plateaux que l'on envoie à Paris. Ce sont les veines noires qui les sillonnent qui permettent de les distinguer des autres espèces.

Le noyer se travaille facilement, se coupe aisément dans tous les sens et est susceptible d'un beau poli.
Dès le XVI ème siècle, il détrôna le chêne et fut considéré comme le meilleur des bois français. Ses nombreuses qualités font de ce bois la matière idéale pour la sculpture, qui est à l'époque le seul moyen de décoration en relief que pratiquent avec aisance les artisans français. Le noyer convient aussi pour le tournage, qui deviendra la technique la plus courante sous Louis XIII.

C'est le bois le plus utilisé en menuiserie et en ébénisterie. On s'en sert souvent comme bois de placage. C'est aussi le plus usité dans la fabrication des meubles à panneaux, comme plus tard l'acajou, avec lequel il présente d'ailleurs quelques similitudes : le noyer d'Auvergne, dit noyer noir, est tantôt veiné, tantôt loupeux, flambé, moiré, etc. Il convient également pour la menuiserie de sièges.

Supplanté au XVII ème et surtout au XVIII ème siècle par les nombreux "bois des Indes" utilisés par les marqueteurs, on l'emploie encore pour des ouvrages véritablement artistiques. Lazare Duvaux fournit en 1754 deux commodes en noyer à Madame de Pompadour, alors que tables de nuit, bordures de miroir, secrétaires en noyer sont toujours fabriqués à Paris, ce qui prouve que ce beau bois jouissait encore d'une certaine faveur quoique la marqueterie faisait fureur.

Les racines et les loupes étaient très recherchées pour leur riche veinage et leurs dessins ondoyants de couleurs variées.


Le poirier

Bois demi-dur, de couleur rougeâtre, sans noeuds, susceptible d'un beau poli. De tous les arbres fruitiers, c'est le plus facile à travailler : il se laisse couper et tailler en tous sens sans la moindre difficulté.

Image

Le poirier cultivé est recherché pour l'ébénisterie de luxe car il se prête bien à la mouluration et à la sculpture fine. On donne cependant la préférence au poirier sauvage, plus dur, qui peut recevoir un plus beau poli et dont la couleur jaune est veinée de filets d'un noir d'ébène brillant et d'un rouge brun très vif. Il adopte parfaitement les moulures dont on veut l'orner, prend très bien la teinture noire et sert à imiter l'ébène, ce qui se fit très tôt, étant donné le prix élevé de ce bois exotique.


Le sapin

C'est un bois léger, tendre et de fil, mais de dureté inégale, de couleur blanche avec de petites raies vertes, lesquelles deviennent jaunes quand il est sec.

Image

Il se travaille difficilement. Il n'a point d'aubier mais beaucoup de noeuds, surtout celui d'Auvergne; celui de Lorraine en a moins et est plus uni. En général, ce bois est sujet à s'échauffer et à être attaqué par les vers.

En principe, on ne peut l'utiliser pour des ouvrages destinés à être plaqués parce que ses veines résineuses prennent mal la colle. Cependant, sous Louis XV et encore plus sous Louis XVI, le sapin fut souvent employé pour réaliser les bâtis de secrétaires et de commodes qui, terminées, témoignaient d'une certaine valeur. Ceci s'explique par le fait que les ébénistes faisaient exécuter les bâtis par des menuisiers peu scrupuleux qui utilisaient les bois les moins chers.


L'érable

L'érable d'Europe comprend deux espèces : l'érable commun et l'érable-sycomore.
L'érable commun, le plus répandu, est un bois dur, souple et d'un grain très fin, employé par les menuisiers. Il prend un beau poli et est très recherché quand il a beaucoup de noeuds. Il est d'une couleur jaune pâle mais d'après M. Nosban - [ auteur du Manuel du menuisier (1835, 2 volumes, tome I; p. 25] -, "l'action de l'eau forte la rend dorée et chatoyante; alors quand on plaque un meuble avec du broussin d'érable, traité de cette manière qu'on l'a poli et verni avec soin, il fait le plus bel effet et peu de bois exotiques lui sont préférables."

L'érable-sycomore a les mêmes qualités que l'érable commun, mais à un degré supérieur : c'est le meilleur et le plus beau de nos bois blancs. On en fait grand usage en menuiserie et en ébénisterie.

Image

érable-sycomore

La loupe d'érable est rare mais donne des effets exceptionnels quand on a la chance d'en trouver.


Le tilleul

Bois blanc, tendre, léger, uni, satiné, très peu attaqué par les vers, il se tourmente peu et est facile à travailler car il se coupe bien dans tous les sens. Il est donc également recherché pour la sculpture. Il se polit bien et convient aussi pour le tournage.

Image

Les meubles et les décorations dans lesquels il entre sont le plus souvent recouverts de dorure ou de peinture. Il se laque à merveille."


:arrow: Les illustrations des bois proviennent de ce site.


Prochainement, les bois des Indes. :wink:

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MessagePosté: 07 Avr 2008, 18:59 
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Merci pour ce petit voyage au coeur de ce beau matériau qu'est le bois ! :P

J'ai moi-même une armoire en noyer ( bois rare aujourd'hui en ameublement ) mais malheureusement elle n'est "que" Louis-Philippe ! :wink:

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MessagePosté: 07 Avr 2008, 19:49 
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J'aime bien le Louis-Philippe aussi. :wink:

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MessagePosté: 07 Avr 2008, 22:46 
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Passionnant !
Merci Louis-Auguste d'avoir pris le temps de nous rédiger cette présentation. :P

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MessagePosté: 08 Avr 2008, 07:31 
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C'est vraiment très intéressant, Louis-Auguste, merci beaucoup pour ce sujet.

Je ne devrais pas vous le dire :oops: , mais Claudine est déçue que vous n'ayez pas ajouté le châtaignier dans votre liste. C'est son bois préféré... :wink: :lol:


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MessagePosté: 08 Avr 2008, 16:07 
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C'est que je suis le texte de mon livre, Sam et non les préférences de Claudine. :wink:

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MessagePosté: 08 Avr 2008, 16:12 
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Avez-vous quelques précisions sur l'utilisation du peuplier que cite Roubo parmi les bois indigènes ?

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MessagePosté: 08 Avr 2008, 17:01 
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Régicide
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Tss tss... Sam, farceur! Ce n'est pas malin. :mrgreen:

Ne l'écoutez pas, Louis-Auguste. :lol:
Il dit ça parce qu'il y a peu de temps, je lui ai fait découvrir l'art de la menuiserie cévenole, qui est toute en châtaignier bien entendu, et qu'il a pu admirer de belles pièces du XVIIIème siècle. Donc c'est lui qui voudrait en savoir davantage à ce sujet... :roll:
Mais il n'a qu'à se renseigner par lui-même. :lol:

Bref, je me joins au choeur des remerciements, Louis-Auguste, car moi aussi je vous lis avec énormément d'intérêt et de profit. :P


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