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Aborder l’histoire par le biais de la musique, ça peut surprendre. Mais le fait est que c’est ainsi que je suis venu à m’intéresser à l’histoire: grâce à la musique et à la peinture. Ayant pas mal de liens avec l’Europe “balkanique”, en “mal de pays” certainement, je me suis mis à écouter de la musique dite “byzantine”, grecque, essentiellement religieuse et vocale (les instruments sont interdits dans l’Eglise orthodoxe, encore aujourd’hui), mais aussi profane (là, les instruments sont largement utilisés). Et comme l’écouter seulement ne me suffisait plus, j’ai commencé à l’étudier plus sérieusement, pour apprendre à la chanter. Cela fait maintenant 16 ans que je la pratique de façon plus ou moins constante. Je me suis intéressé plus tard à la musique ottomane, pour découvrir à quel point elle était proche et pourtant si différente de la musique post-byzantine!
A l’écoute de la musique de ces exotiques contrées de l’Europe, on apprend beaucoup sur les rapports des sociétés post-byzantine et ottomane. La musique est un terrain d’entente, une sorte de territoire de la tolérance où toutes les querelles des deux sociétés majoritaires (post-byzantine/grecque/orthodoxe et ottomane/turque/musulmane) mais aussi les tensions entre ce que l’on appelle aujourd’hui “groupes ethniques” ou “minorités”, s’effacent et laissent place aux talents des musiciens d’origines diverses: grecs, turcs, arméniens, juifs, moldaves, valaques, polonais...
La société de Constantinople est très cosmopolite au 18ème siècle; tous les voyageurs, ambassadeurs ou envoyés en témoignent. Et pas les moindres: Lady Wortley Montagu, Choiseul-Gouffier, Vergennes, le peintre Liotard, pour ne citer qu’eux. En cela Constantinople est une grande capitale européenne avec laquelle peu d’autres villes peuvent rivaliser à l’époque: Paris, certainement, Londres, peut-être, Naples, Venise... Déjà très étendue à l’époque de son “parrain”, le saint empereur Constantin et d’Hélène, sa mère, elle est immense au 18ème siècle, tout comme d’ailleurs Istanbul aujourd’hui. En 1697, le compositeur André Campra avait composé une entrée “Turque” pour son ballet “L’Europe galante”; Rameau aussi dans son ballet “Les Indes galantes”, en 1735. L'éternelle question: à quel continent appartient ce vaste territoire, situé entre-deux?
Le 18ème siècle est une époque caractérisée par un mouvement d’ouverture de la musique de la Cour ottomane sur l'extérieur. Ce mouvement n'est naturellement pas étranger aux changements politiques et sociaux qui marquent alors l'empire ottoman. La période 1700-1780 constitue «la première période classique de la musique ottomane... où, pour la première fois, des compositeurs chrétiens et juifs sont parvenus au sommet de la hiérarchie musicale de la cour. Parmi eux figurent les Grecs, qui ont exercé la plus grande influence sur l'orientation de la musique ottomane au 18ème (Feldman2005). Cette supériorité des Grecs reflète la puissance et l'influence croissante de l’élite grecque locale, laquelle est constituée d’une population hétéroclite de négociants, d’instituteurs et de moines, de membres du bas et du haut clergé, de notables, d’artisans et de clercs, avec à leur tête les Phanariotes érudits et amis des arts, à qui l’empire confia la responsabilité de sa politique étrangère pendant deux siècles environ. “Ils étaient entourés de la puissance, de l’influence et des avantages matériels qu’assure l’accès au pouvoir, mais... Ils étaient aussi les premiers visés, chaque fois que l’autorité supérieure, l’environnement du sultan, cherchait des victimes expiatoires” (Spathis, 1995)
Plusieurs ensembles font découvrir aujourd’hui, à travers la musique, les splendeurs oubliées de la cour ottomane et de la société post byzantine du 18ème siècle. A l’instar de leurs homologues d’Europe occidentale, ils font des recherches historiques et jouent cette musique avec des instruments anciens ou des copies. Certains ensembles turques s’allient avec des musiciens ouest-européens pour créer des programmes “mixtes” de musiques ottomane et occidentale où l’on remarque bien les influences des musiques les unes sur les autres.
Parmi des nombreux anonymes, plusieurs compositeurs se démarquent, tous d’origines ethniques et sociales diverses, mais arrivant malgré tout à intégrer la cour, comme s’était aussi très souvent le cas en Europe occidentale, où les mérites artistiques donnaient des lettres de noblesse à des artistes talentueux issus de milieux sociaux variés. Bien sûr, ce n’était pas le cas des tous, et il fallait aussi intriguer un peu pour y arriver, bref, un peu comme de nos jours, rien de nouveau sous le soleil!
Dragos Moldoveanu aka Faublas
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Armide, Acte II
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