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MessagePosté: 05 Mar 2006, 17:36 
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Inscription: 14 Fév 2005, 23:47
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Localisation: Dans son monde...
Le méridional Pierre Prion passa la plus grande partie de sa vie au service du marquis d'Aubais qui résidait dans le Gard. Il y remplissait les fonctions les plus diverses : copiste, architecte, cuisinier... Il semble que l'érysipèle dont il parle soit en réalité un furoncle.

L'auteur de ces mémoires fut attaqué d'un érysipèle, mal, cependant, qu'il ne connaissait pas et qu'il ne connut que huit jours après. Cet érysipèle se plaça malgré le malade sur sa jambe droite, son genou s'enfla tant soit peu. Ses amis et amis ne manquèrent pas de le visiter dans sa maladie. On sait que le petit peuple a la marotte de vouloir être tous des savants médecins; chaque visiteur disait que c'était un clou, et chacun à sa fantaisie lui préparait un remède différent qu'on lui appliquait sur la partie affligée, et par là on ne faisait qu'augmenter son mal. Tous les maîtres chirurgiens du lieu furent appelés. Les premiers visiteurs ne donnaient qu'un clou, mais les maîtres chirurgiens soutenaient qu'il y en avait trois.

-"J'avais beau prier messieurs les chirurgiens de me saigner, ils n'en voulurent rien faire. Trois ecclésiastiques, grands théologiens, mais très peu savants au fait de la médecine, me firent plusieurs fois l'honneur de me venir voir dans le temps de mon mal; ils soutinrent cependant le même système que messieurs les autres princes de la médecine en assurant aussi que mon genou était attaqué de trois ou quatre fleurons; c'est autant que si l'on disait clous.[furoncles]
Tous ces peuples érigés par eux en médecins, que dis-je, médecins ! Il faut dire docteurs d'Esculape à l'eau froide. Ils tinrent un conseil général touchant mon mal.
Ils ordonnèrent unanimement qu'on m'appliquerait des remèdes extérieurs et caustiques sur la partie affligée deux fois par jour, lesquels remèdes furent composés avec du levain le plus aigre mêlé avec du savon et du lard salé.
Trois femmes moins blâmables que cette troupe innombrable de médecins pour n'avoir point assisté au conseil de ces violents empiriques furent commises pendant dix jours pour m'appliquer ces remèdes extérieurs.
Au lieu de guérir mon mal, [ils] ne faisaient que l'augmenter, il parvint à une violence si grande que les uns se préparaient à faire l'incision croisée, les autres l'amputation.
Je restai douze jours sans fermer la paupière en criant toujours miséricorde.
Si heureusement le dixième jour je n'avais reconnu moi-même que c'était un érysipèle, j'allais sans coup férir porter une lettre de change à l'autre monde. J'avais beau dire la vérité, toute l'école de Saint Cosme et de Saint Damien de ce lieu assemblée
[ces deux saints sont les patrons des chirurgiens] soutenaient le contraire"

Le malade ne pouvant plus résister à tant de conseils si pernicieux, ni à la violence de son mal, il envoya avec toute la diligence possible chercher M. Ducros (de Galargues), lequel est un homme d'une profonde érudition dans les symptômes et crises de toutes les maladies, et encore plus expérimenté dans la chirurgie.

-"Au moment qu'il fut arrivé, je le priai de me saigner; il voulait me le refuser pour être de même sentiment que messieurs ses confrères de ce lieu. Pour le résoudre à cela il fallut que je lui parlasse d'un ton bien haut. Enfin il me fit deux saignées bien amples.
Ces deux opérations effusiantes me guérirent radicalement.
Trois ou quatre jours après mon genou se désenfla. Il n'était pas difficile aux prétendus clous, ni à la loupe de disparaître puisqu'il n'y en eut jamais. Voilà à la vérité une belle troupe de femmes, de médecins, de chirurgiens et d'ecclésiastiques bien éclairés dans l'art de la médecine, que de donner à une personne un mal qu'il n'a pas.
Heureux, mille fois heureux que d'avoir échappé de leurs mains. Je ne leur impute pas, à Dieu ne plaise, leur bon coeur ni l'amitié qu'ils avaient pour moi, mais leur peu d'expérience dans la médecine.
Si au commencement de mon mal, ils eussent été capables de connaître un simple érysipèle, une petite saignée m'aurait immanquablement guéri, au lieu qu'avec leurs remèdes caustiques et brûlants, ils me conduisaient au grand galop, tambour battant, et mèche allumée à l'autre monde..."


:arrow: Cité dans Reportages, les témoins racontent l'Histoire, par John Carey & Florence Maruejol (éditions Carrère, 1988), d'après E. Le Roy Ladurie et O. Ranum, in Pierre Prion scribe, Mémoires d'un écrivain de campagne du XVIIIème siècle (Gallimard/Julliard, 1985)

Un témoignage qui ne nous fera sans doute pas regretter d'être né(e)s au XX ème siècle, non ? :roll: :?: :wink:

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"La vie est comme une bicyclette. Tant que vous continuez de pédaler, vous avancez."
Otto de Habsbourg-Lorraine (20 novembre 1912 - 4 juillet 2011)


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