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 Sujet du message: Louis Mandrin
MessagePosté: 02 Sep 2005, 00:42 
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Je vous livre juste une petite notice biographique de Mandrin, extraite du Mourre. :wink: Libre à vous de la compléter, de nous donner ensuite votre avis sur le personnage ou d'initier un nouveau sujet sur les grands bandits du XVIIIème siècle.

"Louis Mandrin (St-Etienne-de-Saint-Geoirs, près de Romans, Drôme, vers 1725-Valence, 26 mai 1755) :

Brigand français. Fils d'un maréchal-ferrant, il servit d'abord dans l'armée puis déserta et se fit le chef d'une troupe de contrebandiers, auxquels il sut imposer une discipline remarquable.
Respectant les biens privés, il mit au pillage les caisses des fermiers des impôts, s'attaqua bientôt à des villes importantes telles que Beaune et Autun, et mit en déroute plusieurs détachements envoyés contre lui.

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Trahi par une femme, il fut surpris au château de Rochefort, en territoire savoyard, ramené en France et roué vif. :(

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A la suite de Voltaire, qui voyait en lui "le plus magnanime des contrebandiers", la légende fit de Mandrin un défenseur des pauvres contre l'oppression de la Ferme Générale. Entraîneur d'hommes, capable de gestes généreux, animé d'une audace et d'un courage incontestables, Mandrin semble bien, en fait, avoir obéi avant tout à l'appétit du profit, et il a souillé sa carrière par des crimes gratuits, tels que le meurtre d'une fillette de deux ans."


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Assiette à décor peint : portait de Mandrin- faïence d'Angoulême.
Crédit photographique : (C) Photo RMN - ©Gérard Blot

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"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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 Sujet du message: Re: Louis Mandrin
MessagePosté: 08 Déc 2008, 13:41 
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Louis-Auguste a écrit:
Mandrin semble bien, en fait, avoir obéi avant tout à l'appétit du profit, et il a souillé sa carrière par des crimes gratuits, tels que le meurtre d'une fillette de deux ans."

1 an et demi en fait. Meurtre oui, pas assassinat en ce qui concerne la petite fille de 18 mois et pas vraiment "gratuit" non plus. C'est au tout début de sa carrière de contrebandier (qui n'a duré qu'un an en tout et pour tout... mais quelle année !) : il voulait se venger d'un employé de la ferme générale qui avait envoyé son jeune frère à la potence en le dénonçant pour faux monnayage. L'employé des fermes aurait tenté de se protéger de Mandrin en se mettant derrière sa propre fillette. Cet épisode est généralement considéré comme véridique bien que de nombreux points sombres subsistent.

Ce qui est certain, c'est que dans sa jeunesse, Mandrin est vengeur, impulsif, parfois violent et qu'il déteste par dessus tout la Ferme générale et tous ses employés.

Mais l'assassinat de cet employé des Fermes était prémédité : au retour de sa 1e campagne, la troupe de contrebandiers se disperse pour retourner en Savoie, Mandrin fait un crochet par son village natal (Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs) apparemment dans le but de se venger. Il agissait de sang froid, pas sous le coup d'une crise de violence. Il est donc plus que probable que tuer la petite fille n'était pas son intention. Aucun de ses crimes n'a plus jamais ressemblé à celui-là.

Ce double meurtre ternira à jamais l'image de Mandrin et que ses détracteurs de l'époque (Les Fermiers généraux qui feront rédiger ses premières biographie dès son exécution) ne se priveront pas de jouer cette carte.


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MessagePosté: 08 Déc 2008, 18:12 
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Merci pour les précisions, Niconemo. :P

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MessagePosté: 13 Déc 2008, 23:58 
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Sur le site des archives départementales du Puy-de-Dôme, plusieurs documents sont consultables en ligne sur Mandrin et ses incursions en Auvergne en 1754.

Voir ici. :P

ps : à voir aussi sur le même site les documents sur la bête du Gébaudan.

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MessagePosté: 14 Déc 2008, 12:34 
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Puisqu'on est dans les documents accessibles en ligne, en voici quelques uns :

autour de l’exposition de 2005 Mandrin (pour les 250 ans de son exécutions),
Malfaiteur ou bandit au grand cœur,
bulletin du musée Dauphinois téléchargeable ici :
http://www.musee-dauphinois.fr/md/index/num/95/lan/1
Toujours autour de cette expo,
le dossier pédagogique du service éducatif du Musée dauphinois
(téléchargement direct) :
http://www.musee-dauphinois.fr/Commun/docs/1/Doc113.PDF

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Et deux documents exceptionnels que vous trouverez sur Gallica :

Testament politique de Louis Mandrin, généralissime des troupes de contrebandiers, écrit par lui-même dans sa prison.
Publié juste après la mort de Mandrin (et soit disant de sa main, mais en fait l'œuvre de Ange Goudard) c'est un réquisitoire virulent et souvent amusant contre le système de la Ferme générale qui démontre (et démonte) en très peu de page les faiblesses de cette institution qu'on disait la plus puissante de France.
http://gallica2.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5440093q

Titre : Analyse du Testament politique de Mandrin, ouvrage dans lequel cet homme extraordinaire a prédit et prouvé que le système de la ferme-générale finiroit par appauvrir et ruiner l'État et le souverain.
Publié en 1789 (tiens tiens...) par un certain Ange Goudard (tiens tiens…) enfin libéré de son anonymat.
http://gallica2.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5446294p

Et aussi...

http://gallica2.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5425077m
Une curiosité : le sujet très peu abordé de la succession immédiate de Mandrin, après sa mort, non pas sur le plan politique cette fois mais sur la plan de la contrebande : une conférence d'un érudit savoisien de 1891 se basant sur des archives.


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 Sujet du message: Louis Mandrin
MessagePosté: 14 Juil 2011, 13:26 
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Trouver sur http://www.mandrin.org/



Louis Mandrin, une sorte de robin des bois pour les uns, un bandit pour les autres qui, à la fin du XVIIIe siècle, organisait un réseau de contrebande au nez et à la barbe de la Ferme générale (collecteurs d'impôts indirects), l'institution la plus puissante et la plus impopulaire de l'Ancien régime. Véritable héros aux yeux du peuple, il lui permettait d'acquérir à bas prix des produits coûteux comme le sel ou le tabac, des marchandises rares ou prohibées. Pour les autorités, il était l'homme à abattre. Mais l'histoire de Mandrin est hautement plus passionnante encore...

Nous sommes en 1754. Louis Mandrin a 27 ans. Mandrin veut se venger des fermiers généraux qu'il tient pour responsables de sa ruine et de la pendaison de son frère Pierre. C'est à lui en tant que chef de famille, de laver ces affronts...
Mandrin identifie à ses propres intérêts les intérêts de ceux dont il est responsable. De même que sa faillite affecte tout le clan, la pendaison de Pierre, en jetant l'opprobe sur sa famille, l'atteint personnelement dans son honneur. Suivant cette logique, les "fautes" commises par quelques employés de la Ferme doivent être expiées par la compagnie toute entière. Au début de l'année 1754, Mandrin déclare la guerre à la puissante Ferme générale. La légende de Mandrin est en marche...

Plusieurs régiments royaux dont ceux de Fischer et de La Morlière furent mobilisés pour barrer la route à Mandrin, fin stratège et homme rusé qui échappa systématiquement à ses poursuivants.

Il est vrai que Louis Mandrin "capitaine général des contrebandiers" se déplaçait avec une rapidité étonnante à travers le Dauphiné, la Provence, le Vivarais, le Forez, l'Auvergne, le Lyonnais, la Bourgogne et la Franche-Comté.

5 janvier 1754, la carrière de Louis Mandrin débute véritablement. Il effectuera 6 campagnes éclairs jusqu'à la chute, le 11 mai 1755. Ses apparitions sont rapides et déterminées et ses premières campagnes (janvier-avril 1754 et juin-juillet 1754) sont facilitées par l'assentiment des populations. Les Mandrins vendaient leur tabac, indienne et autre mousseline de Suisse et de Savoie à des prix défiants la concurrence des fermiers généraux (le tabac de bonne qualité était vendu cinquante sous par les contrebandiers contre cinq francs par les buralistes des Fermes.) ce qui les rendit véritablement populaires. Ils étaient de plus hommes rapides à la boisson et savaient faire la fête quand il le fallait, c'est à dire assez souvent, ce qui était très agréable pour les aubergistes des tavernes et autres auberges qui affichaient souvent complet lorsque les contrebandiers venaient à s'y arrêter.

Mais la Ferme va réagir en interdisant l'achât des produits de contrebande et en punissant sévèrement les contrevenants. Mandrin changera de méthode en vendant ses marchandises aux directeurs des Fermes sous la contrainte et au prix fort (juillet-août 1754). La Ferme, en grand danger, mènera une véritable chasse à l'homme en payant ses propres troupes régulières et en s'alliant avec le ministre de la guerre, le comte d'Argenson (août-septembre 1754).

Mandrin peut dès lors montrer ses qualités de stratège et prendra sans beaucoup de difficultés des villes comme Bourg, Le Puy et Montbrison (octobre 1754). Il subira les assauts conjoints de trois régiments sous les ordres du colonel de la Morlière, de Fisher et de Fumel. Cette campagne les mènera dans le Jura, la Provence et l'Italie et sera ponctuée par la prise de Beaune, d'Autun et par le très difficile combat de Gueunand (décembre 1754). Louis Mandrin sera capturé le 11 mai 1755 dans le château de Rochefort en Novalaise, en Savoie, ce qui ne manquera pas de créer un incident diplomatique très grave entre la cour de Turin et celle du roi de France.

La première campagne de Mandrin
Début : 5 Janvier 1754
Fin : 8 avril 1754

A l’époque, la Savoie ne fait pas encore partie du Royaume de France. Mandrin est jusqu'alors réfugié en Savoie. Le 5 Janvier 1754, à la tête d'une douzaine d'hommes, il pénêtre en France par la Chartreuse.

Pour cette première campagne Louis Mandrin ne sait pas encore quelle sera la résistance rencontrée, aussi décide-t-il de ne pas trop s'éloigner de son village natal, Saint Etienne de Saint Geoirs, sachant par avance qu'en cas de coup dur il pourrait trouver là-bas chez qui se réfugier.

Le 5 janvier 1754 donc, Mandrin, à la tête d'une troupe de contrebandiers au nombre d'une douzaine (si l'on en croît ce qu'a retenu le jugement de condamnation) entre en France par le massif de Chartreuse. Deux jours auparavant, le 2 janvier, quelques avant-gardes avaient pris la peine d'attaquer la frontière de Savoie pour s'assurer que la voix était libre, pour ensuite rejoindre le reste de la troupe.

Le 7 janvier, à Curzon près de Romans, sur le pont de l'Herbasse, Mandrin et ses hommes mettent en fuite des employés de la brigade des fermes de Romans. Le jugement de Valence préçise que les contrebandiers "...en tuèrent deux, en blessant deux autres...volèrent les armes..., le cheval du brigadier...son manteau et son chapeau bordé d'or." C'est le premier trophée pris à l'ennemi. Geste symbolique qui montre à quel point Louis Mandrin s'engage dans une lutte impitoyable contre les Fermes Générales. Ce chapeau en feutre noir galonné d'or avec festons, il ne le quittera plus, il fait corps avec l'image même que l'on se représente de cet homme

Ce combat va renforcer Mandrin dans ses choix tactiques. Il n'est pas encore le chef incontestable et incontesté qu'il sera bientôt et cette échauffourée montre bien à ses hommes qu'il faut continuer dans la voie tracée par Louis, qu'il vaut mieux attaquer le premier plutôt que de défendre.

Le 8 janvier, le brigadier des Fermes Dutruet résidant au Grand Lemps, à une trentaine de kilomètres de Saint Etienne de Saint Geoirs, fait savoir son grand regret de n'avoir eu à se battre contre le contrebandier Mandrin, sous-entendant que ce dernier n'aurait eu aucune chance d'en sortir vainqueur. Il reçut la leçon dans la nuit du 8 au 9 janvier : porte enfoncée, le brigadier et sa femme en chemise trainés dans la rue, grelottants de froid. Les villageois réveillés par le bruit accourent de toutes parts à la lueur des lanternes et découvrent la scène, Mandrin jouissant pleinement de la situation, son adversaire tremblant de peur. Ce qu'il avait réussi à faire sur le pont de l'Herbasse par la force, il le réussissait encore et sans violence, tout en ridiculisant Dutruet et avec lui la Ferme. Cela lui suffit, tout au plus prit-il la peine de confisquer le cheval et les armes du brigadier et il prit le chemin de son village natal.

La prochaine victime n'est autre que son oncle maternel Louis Veyron Churlet entreposeur des tabacs à Saint Etienne de Saint Geoirs. Mandrin n'a pas oublié ce parrain qui lui avait souvent reproché de choisir un mauvais chemin. Vers 21 heures, les contrebandiers investirent la maison forte qui gardait la porte Varanin sur la route de Grenoble, mais Veyron avait eu le temps de s'enfuir. Maison Forte à Saint Etienne de St Geoirs, entrée Mandrin trouva là sa cousine et lui réclama la somme de 8000 livres. Jamais les caisses n'avaient contenu pareille somme ! La jeune fille croyant à une plaisanterie au début, comprit très vite, à la vue des hommes en armes que son cousin n'était pas d'humeur à plaisanter.

Mais elle ne pu trouver l'argent réclamé. Finalement Louis Mandrin dépêcha un voisin auprès de son oncle, lui demandant de signer un billet de 400 livres payable à bref délai, ce que fit Veyron Churlet en quelques jours, ne doutant pas des intentions malveillantes de son neveu. Suite à ces évènements, le procureur général Moidieu demanda à la Savoie l'extradition de Louis Mandrin et, dans le même temps, il fit part de ses inquiétudes au ministre de la guerre, le comte d'Argenson, lui réclamant l'envoi de nouvelles troupes pour que pareils faits ne se reproduisent plus.

Cela ne gênera en rien les contrebandiers qui vont continuer leur périple en Dauphiné pendant encore deux mois, faisant marché ici ou là pour vendre leurs marchandises et vider les caisses des entreposeurs de tabac. La troupe rejoint ainsi Rouergue et se présente au chateau de Bournazel, près de Rodez, le 25 mars. Ce premier contact avec des gens argentés est une réussite, Mandrin et le châtelain établissent de très bons rapports, ce qui montre bien que l'action entreprise contre les Fermes Générales était plutôt bien acceptée par une bonne partie de la population, riche ou pauvre.

Sur le chemin du retour vers la Savoie, les margandiers passent à Châtillon de Michaille, près de Genève et sont accueillis, par crainte ou sympathie, par Jeanne-Anthelmette Michard, épouse du châtelain, le docteur Cl.-Fr. Passerat seigneur de Seyssel, en voyage ce jour-là. A l'heure du départ, tôt le lendemain, Mandrin tenant à remercier son hôtesse pour son hospitalité, insiste auprès de la dame pour qu'elle accepte les pièces de mousseline et de toiles des Indes qu'il lui offre. L'affaire fit grand bruit, mais les trois compagnies dépêchées sur place arrivèrent trop tard.

Cette première campagne fut une véritable réussite pour le jeune chef. Louis Mandrin renforçait sa position et son statut de commandeur au sein de la troupe, en saisissant parfaitement à quel point la contrebande pouvait être bénéfique pour lui et ses hommes, tout en poursuivant sa croisade contre les fermiers généraux. Qu'il puisse y avoir mort d'homme, ma foi, comme l'écrit René Fontvielle, Mandrin pensait sans doute "qu'il fallait tuer pour ne pas être tuer", on verra lors de la seconde campagne que le crime gratuit ne l'empêchera pas d'atteindre les buts qu'il se fixe, trait de caractère que l'on retrouve chez sa mère Marguerite.
Mandrin regagnera la suisse par la route de Genève.

La seconde campagne de Mandrin
Début : 6 juin 1754
Fin : 9 Juillet 1754

Au début du mois de juin 1754, la bande de Mandrin rentre à nouveau en France par le Massif de la Chartreuse en Dauphiné et traverse le Guiers vif à la tête d'une trentaine d'hommes.

Comme lors de sa première expédition, Louis Mandrin pénètre en Dauphiné par la Chartreuse. Auparavant et pendant six semaines, il a pris le temps de préparer cette nouvelle campagne.

La troupe de contrebandiers s'est enrichie de nouveaux membres qu'il a fallu préparer et entraîner. Mandrin s'est aussi approvisionné en tabac, mousseline et toiles des Indes qu'il sait pouvoir vendre à bas prix. Il a également utiliser ses moyens de renseignements pour définir l'itinéraire de son périple estival. Fontvieille nous dit que " lui et ses hommes descendirent dans la vallée du Grésivaudan après Chapareillan, où était installé le poste frontière entre la Savoie et la France. Cette fois la bande comptait une trentaine d'hommes."

Le 7 juin 1754, la troupe arrive au Pont de Claix sur le Drac, un affluent de l'Isère. A cet endroit, au début du XVII ème siècle, le maréchal Lesdiguières, lieutenant général du Dauphiné, avait fait construire un pont à une seule arche. Sur la rive du village, à l'entrée du pont, s'élevait une haute tour carrée à toiture pointue. C'est depuis cette tour que les employés des Fermes surveillaient le passage des biens et des personnes.

L'attaque eut lieu dans la matinée. Les Mandrins, aidée par une autre troupe de margandiers rencontrés en chemin, ne fit qu'une bouchée des quelques gapians qui gardaient l'accès au pont en tuant un et en blessant plusieurs autres. On prit l'argent et les armes, on déchira papiers et registres des Fermes et on dépouilla les employés de leurs uniformes, très utiles par la suite pour tromper la vigilance des ennemis. Mandrin confisqua son cheval et ses biens au commis du péage du pont qu'il soupçonna de vouloir aller prévenir les soldats de Grenoble.
Mandrin prend la route de Grenoble, pénètre en Savoie par les montagnes de la Chartreuse et regagne la Suisse...

La troisième campagne de Mandrin
Début :28 ou 29 juillet 1754
Fin : Août 1754

Après deux semaines de repos et de préparatifs en Suisse, Mandrin revient en France fin juillet à la tête de ses margandiers en passant par la Franche Comté.
Aprés Saint Chamond la bande de Mandrin regagne la savoie.

La quatrième campagne de Mandrin
Début : 20 Août 1754
Fin : 5 Septembre 1754

Mandrin ressort de la savoie le 20 Aôut.
Alors que Mandrin est vainement attendu en Dauphiné par les troupes du marquis de Rochebaron, commandant en Lyonnais, il achève cette quatrième campagne et se refugie en Suisse.

La cinquième campagne de Mandrin
Début : 4 Octobre 1754
Fin : 29 Octobre 1754

Les troupes royales et les employés de la Ferme qui ne parviennent pas à vérouiller toutes les frontières laissent les contrebandiers de Mandrin entrer à nouveau en France. Ainsi, dans la nuit du 3 au 4 Octobre 1754, ils traversent le Rhône à Pont de Grézin dans l'Ain ...


Le 28 Octobre, les mandrins pénêtrent en Suisse en passant par Les Rousses et le col de la Faucille.

La sixième campagne de Mandrin
Début : 15 Décembre 1754
Fin : Début Janvier 1755
Les contrebandiers regagnent le Dauphiné, traversent le Rhône, passent en Provence puis franchissent le col de Tende. Il se rendent en Piémont d'où, par la route de Savoie, ils arrivent à Carouge le 24 Janvier 1755.

La sixième et dernière campagne de Mandrin s'est soldée par un échec militaire. Le chef contrebandier, après s'être fait soigner, prend quelque repos au pays de Savoie. Echec militaire mais pas populaire, la renommée de Louis Mandrin est faite. Le peuple ne retient de cette campagne que les performances extraordinaires qui lui avaient permis de parcourir de grandes distances au cours d'un hiver exceptionnellement rigoureux et de faire plier pas moins de vingt villes en un temps record. L'échec des nombreuses troupes engagées à sa poursuite ne fit que renforcer l'image de courage qu'il véhicule, il entra ainsi dans la légende.

La vie est différente en Savoie. Louis Mandrin est un homme célèbre, disposant de moyens financiers considérables. Il fréquente la haute noblesse et les meilleures familles de la région. Il est même reçu à la table de deux présidents au Parlement de Grenoble, M. de Saint-Albin de Vaulserre et M. de Polienc de Thoury, ce qui est cocasse, car de l'autre côté de la frontière ces deux magistrats auraient été obligés de le condamner comme l'avait fait le père de ce dernier, le 21 juillet 1753, condamnant Mandrin à la roue par contumace(3).

Les habitants de Savoie n'ont aucune raison de se plaindre des contrebandiers, bien au contraire. Ceux-ci, à leur retour de campagne, assuraient les commerçants de bonnes rentrées d'argent, ne regardant pas à la dépense dans les boutiques et bien sûr les auberges. Ils trinquaient avec les dragons piémontais ! On pouvait ainsi reprendre des forces et du courage pour préparer la prochaine campagne dans les meilleures conditions.

Et l'on prépare la prochaine campagne...

Mandrin et ses proches lieutenants se sont installés au château de Rochefort-en-Novalaise, à une lieue de la frontière française, propriété de M. de Polienc de Thoury. Ici on recrute des hommes, on achète des chevaux, du tabac, mousseline et autres produits de contrebande.



La Mandrinade est une épitaphe populaire chantant les louanges de Mandrin :

« Le Mandrin dont tu vois le déplorable reste,

qui termina ses jours par une mort funeste,
Des gardes redoutés, des villes la terreur,
Par des faits inouïs signala sa valeur,
Déguisant ses desseins sous le nom de vengeance.
Deux ans en plaine paix il ravagea la France,
Dans ses incursions, ami des habitants,
Taxa d'autorité les caisses de traitants.
Lui seul à la justice arrachant ses victimes
Il ouvrit les prisons et décida des crimes.
Quoiqu'en nombre inégal, sans se déconcerter,
Aux troupes de son prince il osa résister (...)
Il fut pris sans pouvoir signaler son courage.
D'un œil sec et tranquille il vit son triste sort.


Fameux par ses forfaits, il fut grand par sa mort. »


La complainte de Mandrin

« Nous étions vingt ou trente,
Brigands dans une bande,
Tous habillés de blanc,
À la mode des...
Vous m'entendez ?
Tous habillés de blanc
À la mode des marchands.

La première volerie
Que je fis dans ma vie
C'est d'avoir goupillé,
La bourse d'un...
Vous m'entendez ?
C'est d'avoir goupillé
La bourse d'un curé.

J'entrai dedans sa chambre
Mon Dieu, qu'elle était grande !
J'y trouvai mille écus,
Je mis la main...
Vous m'entendez ?
J'y trouvai mille écus,
Je mis la main dessus.

J'entrai dedans une autre,
Mon Dieu, qu'elle était haute !
De robes et de manteaux
J'en chargeai trois...
Vous m'entendez ?
De robes et de manteaux,
J'en chargeai trois chariots.

Je les portai pour vendre
À la foire en Hollande.
J' les vendis bon marché,
Ils n' m'avaient rien...
Vous m'entendez ?
J' les vendis bon marché,
Ils n' m'avaient rien coûté.

Ces Messieurs de Grenoble
Avec leurs longues robes,
Et leurs bonnets carrés,
M'eurent bientôt...
Vous m'entendez ?
Et leurs bonnets carrés
M'eurent bientôt jugé.

Ils m'ont jugé à pendre,
Ah ! c'est dur à entendre !
À pendre et étrangler,
Sur la place du...
Vous m'entendez ?
À pendre et étrangler,
Sur la place du Marché.

Monté sur la potence
Je regardai la France,
J'y vis mes compagnons,
À l'ombre d'un...
Vous m'entendez ?
J'y vis mes compagnons,
À l'ombre d'un buisson.

Compagnons de misère,
Allez dire à ma mère,
Qu'elle ne me reverra plus,
Je suis un enfant...
Vous m'entendez ?
Qu'elle ne me reverra plus,
Je suis un enfant perdu ! »

_________________
Pour sauver la France, c'est un chef comme Mandrin qu'il nous faudrait ! (Le maréchal de Saxe)
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