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MessagePosté: 14 Sep 2005, 21:41 
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UNE PRINCESSE HUMILIEE (1780-1785)


L'année 1780 marque un tournant dans la vie de Marie-Joséphine. Inspiratrice de décisions qui ne manquent pas de surprendre son entourage, elle révèle subitement l'indépendance de son caractère et le ton péremptoire de ses choix. Malheureusement, ce revirement de conduite la plonge dans un isolement de plus en plus prononcé. Seule et abandonnée, elle sombre dans une noire mélancolie et noue une dangereuse liaison avec la boisson. :x

Au milieu des années 1770, Madame s'est prise de sentiment pour une séduisante jeune femme, Anne de Caumont La Force. De noblesse immémoriale, son père était attaché dans la maison de Monsieur comme Premier Gentilhomme de la Chambre tandis que sa mère détenait la charge de Gouvernante des enfants du comte d'Artois.
Sans être régulierement belle ou jolie, mademoiselle de Caumont possède une belle chevelure sombre, un nez mutin et des yeux malicieux. Elle est surtout fort intelligente et intéressée et fait fond d'un esprit d'intrigue à peine dissimulé. 8)
Le magnétisme un peu trouble d'Anne fait vite perdre la tête à la comtesse de Provence sevrée d'amitié et d'amour depuis longtemps. Marie-Joséphine va user de toute son influence pour maintenir sa protégée à la cour. :wink:

Or en 1771, Anne perd on père. Le coup est rude car sa famille n'est pas très fortunée. De plus, elle est chargée d'enfants, cinq garçons et six filles. :( Madame vole à son secours, sollicite les conseils de Monsieur et finit par lui faire accorder par le roi une pension de 5000 livres.
Ce n'est qu'un début car Marie-Joséphine est très généreuse. La fine Anne s'en est bien vite aperçue et c'est aux dépens de la princesse qu'elle va faire sa fortune. :( :evil:

A l'époque bien que sans fonctions particulières dans la maison de Madame, mademoiselle de Caumont passe beaucoup de temps auprès de la comtesse de Provence subjuguée par le charme de son amie.
Aussi Monsieur dont l'appartement est attenant à celui de sa femme, a-t-il rapidement fait connaissance avec la troublante Anne de Caumont. :P
Certes le caractère prudent de Louis-Stanislas ne permet pas les franches confidences. Mais le frère du roi, en mal de sexualité, est à la fois charmé et intimidé, cette femme trouble ses sens endormis. :roll: Il est également séduit par son esprit qui alterne sans transition des épanchements un peu mièvres au clabaudage le plus mordant. Elle excelle dans toutes les tonalités du langage de cour. 8)

En grande faveur auprès de Monsieur et de Madame, rien n'est trop beau pour elle . On lui cherche un mari bien né et fortuné. Il n'y a que l'embarras du choix lorsqu'on est issue d'une maison telle que la sienne. L'élu a pour nom François-Marie, comte de Balbi, comte et marquis du Saint-Empire, colonel en second au régiment de Bourbon-Infanterie. La famille d'origine italienne a obtenu la naturalisation française en 1750. Le grand-père du comte de Balbi était un doge de Venise.
Le mariage est célébré le 28 avil 1776, à Versailles. La famille royale signe le contrat de mariage, c'est un honneur. :D
Louis-Stanislas et Marie-Joséphine s'énamourent-ils de l'union de leurs protégés ? Transfèrent-ils par procuration le bonheur de la nouvelle comtesse de Balbi face à leurs cuisantes déconvenues conjugales ? :?:

Toujours est-il que si le comte de Balbi tombe amoureux fou de son épouse, cette dernière ne fit pas montre de ses sentiments. En 1778, un garçon, Jean-Luc, leur naît tandis que l'ascension d'Anne continue. Un an plus tôt, elle a obtenu la charge de dame pour accompagner dans la maison de la comtesse de Provence. Cette fois, la comtesse de Balbi dont l 'ambition , la soif de luxe et de volupté sont à fleur de peau est certaine de parvenir. 8) Depuis longtemps déjà, elle a remarqué à la dérobée les regards lourds de désir du comte de Provence. Elle a compris qu'il la veut. Mais elle est bien trop fine pour ne pas être informée sur les rumeurs persistantes qui touchent à l'impuissance de Monsieur.
Bien sûr, Marie-Joséphine ne lui a pas fait de confidences sur les malheurs de son ménage. La princesse est trop prude et sensée pour se laisser aller à ce genre de bavardages. Le sujet, il est vrai, est d'une extrême délicatesse ! :shock:
Pourtant la comtesse de Provence ferait bien de se dessiller les yeux car elle ne semble pas avoir encore remarqué le manège compliqué de son époux auprès de madame de Balbi. Le réveil de Marie-Joséphine sera brutal. :(


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MessagePosté: 18 Sep 2005, 15:43 
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En 1780, tombe le dernier acte de cette comédie. Marie-Joséphine toujours follement entichée de sa chère Anne, se met en tête de la nommer survivancière dans la charge de dame d'atours :D . Une fonction supérieure à celle de dame pour accompagner dans laquelle la comtesse de Balbi ne saurait se contenter.

Madame provoque un tollé général à Versailles. :( En effet, depuis fort longtemps, il appartenait aux détenteurs d'offices de cour hommes ou femmes de désigner leurs successeurs dans leurs fonctions sous le nom de survivanciers. Dans la plupart des cas les détenteurs d'offices accordaient la survivance de leurs charges à leurs enfants, petits-enfants ou à défaut des parents plus éloignés.
La décision de Madame fit perdre son sang-froid à la dame d'atours en titre, la duchesse de Lesparre de la puissante maison de Noailles. La cour de France n'a jamais connu un tel manquement de la part d'une princesse, c'est le scandale. :( :evil:
Mais, Marie-Joséphine n'en a cure, elle se moque de la duchesse de Lesparre, elle n'a d'yeux que pour la comtesse de Balbi. :P Outrée, la dame d'atours en titre démissionne avec fracas. :evil: Il ne reste plus à la comtesse de Provence que de parer sa favorite de la fonction tant convoitée.

Cet épisode n'est pas sans dangers pour Marie-Joséphine car elle s'attire non seulement le ressentiment de la cour, mais le roi et la reine sont scandalisés. :( :(
Mercy-Argenteau rapporte le lourd climat qui s'instaure autour de la comtesse de Provence dans sa lettre du 18 novembre 1780 :

"Madame n'a pu encore se relever du tort que lui ont fait les dernières circonstances dont j'ai rendu compte. Il perce toujours dans le caractère de cette princesse des traits qui lui deviennent de plus en plus défavorables, et qui donnent lieu à la reine d'être assez froidement avec ses belles-soeurs, puisque auprès de l'une elle n'y voit que des inconvénients et qu'elle ne trouve auprès de l'autre que de l'ennui."

La consternation du couple royal est telle que Marie-joséphine renonce à présenter sa nouvelle d'ame d'atours dans l'exercice de sa charge. Mais Madame de Balbi ne peut éviter les Grandes Entrées auprès de Louis XVI et de Marie-Antoinette qui l'accueillent avec un froid polaire. :shock:

Image

Louis XVI, par Joseph-Siffred Duplessis (1725-1802).
(C) Photo RMN - ©Bulloz


Il convient aussi d'ajouter que la réputation de la favorite de Marie-Joséphine est des plus sulfureuses :shock: :oops:... Si Anne n'est pas une femme fidèle -l à-dessus rien d'original en ce temps et ce milieu -, ses frasques ont été écornées par un autre scandale.
Un jour, Madame de Balbi s'est fait prendre en flagrant délit d'adultère par son époux. Ce dernier dégainant son épée a failli tuer femme et amant. :twisted: Les choses en restèrent là, le comte de Balbi bafoué partant en voyage. Anne infiniment plus rouée décide de se séparer de ce mari encombrant. :evil:
Lorsque le comte rentre en France, elle profite des extravagances de son époux pour le faire passer pour fou. Arrêté à Paris sur le Pont-Royal, il sera interné à Senlis sur l'injonction d'une lettre de cachet. Dans cette affaire, Anne a bénéficié de l'appui de Monsieur mais on ignore le rôle précis de Madame. :shock:
Et la comtesse de Provence, déja persévérante pour conforter la position de son ambitieuse protégée, continue les éclats... :( Elle ne trouve rien de mieux que de nommer la comtesse du Cayla comme dame pour accompagner dans sa maison. Or, cette femme est la soeur du comte de Jaucourt, considéré comme un des amants de Madame de Balbi.

Cette fois, la coupe est pleine. Son manque de mesure la déconsidère totalement auprès des souverains qui affichent publiquement leur mécontentement auprès de leur belle-soeur qui visiblement perd le sens commun. :roll: :roll: Marie-Antoinette fait savoir à Monsieur qu'elle n'ira plus souper chez lui lorsqu'il ne sera pas présent. Elle ne veut plus se retrouver seule à seule avec Marie-Joséphine. Déja réservées l'une envers l'autre, les deux femmes se regardent désormais avec la plus grande circonspection. :shock: :cry: :evil:


A la fin de 1780 et en peu de semaines, Marie-Joséphine émerge d'un gracieux rêve. Hélas, - et pour cause - ce rêve se termine en cauchemar. :cry: Elle comprend tardivement les motifs de l'assiduité de Louis-Stanislas auprès de sa dame d'atours.
Cette curieuse situation la laisse ébahie de surprise. :shock:
Car elle est fort bien placée pour savoir que son époux ne brille pas dans les fonctions d'amant... Et puis si elle est laide, un peu velue et peu portée au raffinement de la parure, il est d'autres princes qui savent se comporter en mâles auprès de leurs épouses disgrâciées. Cela s'est vu, elle le sait. Et elle en veut bien davantage à cette catin de comtesse de Balbi :twisted: :twisted: !
Car Anne lui doit tout. Elle lui a successivement fait accorder une pension de 5000 livres lorqu'elle était dans la gêne, elle a appuyé son mari auprès d'un riche gentilhomme, elle l'a hissée au rang de dame pour accompagner puis de dame d'atours dans sa maison. Tout cela pour constater amèrement que sa chère favorite ne recherchait pas ses grâces mais celles de Monsieur :evil: !
Elle se sent trahie, humiliée, ridiculisée :oops: :oops:
D'autant plus que dans son entêtement à favoriser Madame de Balbi, elle s'est aliénée l'estime du roi et de la reine qui depuis lui parlent à peine. Elle entre en quarantaine. :(

Dans ce méli-mélo à trois, le rôle du comte de Provence ne peut être ignoré. Avec Anne de Balbi, il se tient sur le terrain de l'expectative pendant plusieurs années. :shock:
Pourtant, il est troublé par ses charmes et le ton spirituel de sa conversation, elle l'émoustille. :P Louis-Stanislas ne peut cependant se vanter d'aucune conquête féminine à la cour ou dans la capitale. Pour lui les femmes sont une énigme, même la sienne. Ses dires érotiques n'y changent rien. Ses infirmités physiques et organiques l'empêchent d'être un homme comme les autres. Il ne sera jamais un vrai mâle, c'est le drame de sa vie, son corps lui refuse la sexualité. :( :shock:

Image

Le comte de Provence, par Duplessis (vers 1778)
(C) Photo RMN - ©René-Gabriel Ojéda


Avec la dame d'atours de Marie-Joséphine, il est séduit par les grâces et le ton brillant et cultivé d'Anne. Les défauts de Madame de Balbi sont aussi fait pour le retenir. Car elle est moqueuse jusqu'à la méchanceté, dépensière jusqu'à la prodigalité, intrigante jusqu'aux plus basses maneuvres.
Non, d'ores et déjà, Louis-Stanislas sait qu'il ne fera jamais d'Anne sa maitresse. Madame de Balbi est habituée à des hommes bien plus vigoureux pour se contenter des sens muets du frère du roi :P ! Mais pour le monde, pour le public elle sera sa favorite officielle, une doublure pour cacher l'impuissance du comte de Provence. 8) Pas de complicité charnelle. :( En retour, Monsieur couvrira son égérie de faveurs et de bienfaits. Appartements somptueux à Versailles et au Luxembourg, hôtel particulier, dons de grosses sommes d'argent et de cadeaux somptueux. Anne n'aura pas à se plaindre, elle sera traitée comme une favorite royale. :D


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MessagePosté: 18 Sep 2005, 17:09 
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Marie-Joséphine tombe de haut. :( Louis-Stanislas prend naturellement ses distances. Auparavant, il lui consacrait du temps, ce privilège se réduit comme peau de chagrin. Et dans son malheur, elle est obligée d'endurer le service de Madame de Balbi dans sa fonction de dame d'atours. Elle la prend en haine, ne lui adresse mot, lui fait subir quelques vexations à l'occasion et ne l'appelle plus que "le crapaud" sous l'éventail afin de se soulager. :twisted: :twisted:

A travers sa disgrâce maintenant évidente, on peut aussi s'interroger sur les sentiments de Madame envers on ex-protégée. :shock:
Depuis son mariage, Marie-Joséphine s'ennuie au sein d'une cour où elle ne s'épanouit pas et d'une famille où elle est largement éclipsée par Marie-Antoinette. D'étranges rumeurs ont commencé à se propager dans le public. :shock: :shock: La comtesse de Provence aimerait-elle les femmes ?
La baronne d'Oberkirch présente une prudente version dans ses Mémoires :

"Madame de Balbi était en grande faveur auprés de Monsieur, et Madame partagea je ne sais jusqu'à quel point les préférences de son illustre époux."

La comtesse de Provence a fermé les yeux sur les aventures galantes d'Anne qui s'en est défendue sous toutes les variantes de la vertu outragée. Et surtout elle a favorisé son amie en prenant des risques certains. Pour combler Madame de Balbi, elle a enfreint les usages de son milieu. Elle le sait, mais elle aime et pour elle, rien d'autre ne compte. :P :wink:
Mais de quelle façon la princesse aime-t-elle ? :roll: Elle ne sait probablement que peu de choses sur les plaisirs de l'amour. Et la comtesse de Balbi n'a pas laissé une réputation de lesbienne.
Si Marie-Joséphine penche pour les personnes de son sexe, son ignorance et sa pruderie ne la disposent pas pour franchir le pas. Elle aime avec son coeur, rien de plus. :wink: Pour l'instant du moins.


Pour fuir Versailles où elle suscite une curiosité de plus en plus malveillante mais aussi pour céder à la mode, Marie-Joséphine fait l'acquisition d'un domaine champêtre à Montreuil le 11 mars 1781. :D

Une fois de plus, elle fait montre d'indépendance en achetant de ses propres deniers la propriété au prince de Montbarrey par l'intermédiaire d'Imbert de Lattes, son fondé de pouvoir. Madame prévoyait un prix maximum de 45 000 livres mais Imbert de Lattes, habile négociateur, acheta le tout au nom de la princesse pour 30 000 livres. 8)
Ulcérée dans sa vie privée, Marie-Joséphine va tenter de se consoler en se prenant de passion pour Montreuil. En quelques années, le domaine passe de cinq hectares à quinze hectares grâce à des achats de terres. Louis XVI cédera aussi des parcelles détachées du domaine royal.

La princesse fit appel à un architecte en vogue, Jean Chalgrin. C'est lui qui dessina le pavillon et les jardins de Madame. A l'origine, la propriété comportait déja un édifice, mais Marie-Joséphine voulut le transformer selon ses goûts.
Le pavillon formant avant-corps fut embelli de deux ailes adjacentes. Se composant de huit pièces au rez-de-chaussée et de six au premier étage, les peintures et les tentures furent renouvelées dès 1781. Deux ans plus tard, des achats importants de mobilier confirment l'attachement de la comtesse de Provence pour sa Folie. :) C'est le nom que l'on donnait à ce type de demeure.

Image

Mobilier du pavillon de la comtesse de Provence à Montreuil construit par Chalgrin : 1 banquette et 2 tabourets (d'une série de 8 ) estampillé portant l'étiquette "Maison de Madame à Montreuil pour l'antichambre du valet de chambre", par Georges Jacob (1739-1814).
(C) Photo RMN - ©Gérard Blot



Elle en est fière et son architecte pas moins. En pleine Révolution, Chalgrin écrira au Directeur de la Régie des Domaines : "Vous savez que j'ai fait les jardins de Madame à Montreuil".
De ces fameux jardins, Madame avait demandé les dessins originaux à son architecte car elle "désirait en envoyer copie à son pays".

Le parc à l'anglaise est embelli d'une profusion de fleurs dont la comtesse de Provence raffole : lilas, aubépines, primevères, violettes, roses... :D Les eaux de Montreuil permettent la création d'un petit lac qui se jette dans une rivière artificielle. Cà et là, des récifs et des ponts invitent à la promenade.
Pour se déclarer pleinement satisfaite, Marie-Joséphine se lance dans de multiples innovations. :D Elle fait surgir de terre une salle de spectacle, un pavillon de musique et un hameau de douze maisons.

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Le pavillon de musique de la comtesse de Provence, seul vestige de son domaine de Montreuil (Versailles). A l'origine de forme octogonale, il a été défiguré par l'ajout de 2 ailes au XIXème siècle. Au fronton de l'entrée, on remarque le " M " de Madame.

Le hameau, construit en 1783, comprendra une laiterie en marbre blanc, une vacherie, un pressoir et un colombier. Le parc, source de rêverie et de poésie, ne saurait se concevoir sans quelques ornements. C'est pourquoi Chalgrin érige pour sa princière cliente deux temples consacrés à l'Amour et à l'Amitié, un ermitage puis un belvédère.

Consolation des déboires de la comtesse de Provence, Montreuil cicatrisera un peu les blessures de Marie-Joséphine. :wink:

"Après avoir visité sa petite ferme, ses animaux, son jardin, elle revenait à Versailles avec d'énormes bouquets de fleurs.", écrit le comte d'Hezecques.

N'imaginons pas toutefois Madame traire ses vaches ou tondre ses moutons ! :shock: Le retour à la nature et l'engouement pour les jardins anglais n'incitent pas pour autant les grandes dames à imiter le labeur des paysans.
C'est avant tout un mouvement de mode. Marie-Antoinette et ses belles-soeurs ne cherchent en fait qu'à fuir les servitudes de leurs rangs pour mener une vie intime. Elles s'illusionnent toutefois beaucoup dans les charmes de la vie rustique :roll: .

Mais Montreuil saurait-il faire le bonheur de Marie-Joséphine ? :roll: :roll:

Image

La comtesse de Provence dans les années 80.

Peu à peu la mélancolie latente de la princesse tourne à la neurasthénie :( . Marie-Joséphine n'entretient plus que des relations formelles avec Monsieur. Ils ne se retrouvent plus que lors des soupers de la famille royale qui se prennent généralement chez la comtesse de Provence, et dans les cérémonies officielles.
Toujours tolérée par Marie-Antoinette, les deux femmes ne se font pas de confidences et restent sur leurs quant-à-soi (:8:) . Louis XVI est plus spontané avec sa belle-soeur, il lui a pardonné les éclats de 1780. :D
Le roi en a sans doute un peu pitié car il ne connait que trop l'égoïsme de Louis-Stanislas. Le souverain fait ce qu'il peut pour chasser la morosité de Marie-Joséphine ce qui déplaît à Marie-Antoinette.
Lescure, dans sa Correspondance Secrète, rapporte une altercation entre Leurs Majestés au sujet de Madame dans le carosse qui les conduit à Fontainebleau en novembre 1785 :evil: .

S'abîmant dans la solitude, la comtesse de Provence broie du noir. Elle trouve refuge dans la boisson. :oops: :shock:
Cette habitude est peut-être déjà ancienne car on note qu'elle réclame du vin de son pays dès 1771. 8) Le vice de Madame passe d'abord inaperçu mais la vérité ne tarde pas à se faire jour au sein de la famille. Hélas son tempérament impérieux lorsqu'il est excité par les liqueurs la pousse à des comportements tranchants, voire violents. :shock: :evil: Ses nerfs et sa santé se détraquent. :( C'est le personnel de la maison de Marie-Joséphine qui en fait les frais. Elle n'est pas dupe cependant de ses troubles de l'humeur lorsqu'elle écrit à ses parents : "Je me sens quelquefois un fond de paresse que je combats le plus qu'il m'est possible, mais avec cela j'ai le don de m'inquiéter de la moindre chose et de me mettre en colère. Je ne sais pas arranger la paresse et la vivacité ensemble."

Malheureuse, blessée dans son corps et dans son esprit, les années de jeunesse s'écoulent comme les feuilles d'automne. A trente ans passés, Marie-Joséphine s'en remet au hasard.

Prochain chapitre : "Une Lectrice pas comme les autres 1785-1791"dans quelques temps. :wink:


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MessagePosté: 27 Sep 2005, 21:57 
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UNE LECTRICE PAS COMME LES AUTRES 1785-1791

En 1785, Marie-Joséphine a 32 ans. A l'époque ce n'était pas un âge canonique, mais Madame déja dépourvue des grâces de la beauté n'a pas embelli avec les ans.
Trop mince selon les canons de l'époque vers 1770, elle a beaucoup engraissé. Ses cheveux bruns se couvrent précocement de fils blancs comme en témoigne le pastel de Boze peint en 1786.

Image

La comtesse de Provence en 1786, par Joseph Boze (1744/45-1826)
(C) Photo RMN - ©Jean-Gilles Berizzi


Gageons que ces changements physiologiques ne l'ont pas affectée, elle n'a jamais aimé perdre son temps devant le miroir !

Le dépérissement moral de la princesse paraît bien plus évident. Son humeur s'est beaucoup dégradée. Vraisemblablement toujours vierge, délaissée par son mari, traitée avec condescendance au sein de la famille royale et de la cour, elle a peu de motifs de se réjouir.
Dépressive, elle se claquemure dans ses cabinets. Pour oublier son infortune, c'est là qu'elle se livre à son péché mignon, la boisson. Déjà de tempérament autoritaire et peu aimable, l'intempérance accroît l'instabilité de son caractère. Ordres et contre-ordres déroutent les officiers de sa Maison. Madame a visiblement une humeur de chien...

Le comte d'Espinchal affirme "qu'elle était détestée causant tracasserie sur tracasserie".
L'abus de vin n'est pas contestable "au point que le public pouvait s'en apercevoir" selon la comtesse de Boigne. Mercy-Argenteau toujours peu amène pour les princesses de Savoie écrit "qu'il en ait résulté quelques scènes dégoûtantes". Marie-Joséphine est tombée sous l'empire de l'alcool.

C'est dans ces conditions qu'elle signe le 10 avril 1785 un brevet accordant à Marguerite de Gourbillon l'office de Lectrice de son Cabinet.

On dispose de peu de renseignements antérieurs sur cette dame de Gourbillon. Née en 1737 à Gray, elle est issue d'une famille bourgeoise du nom de Gallois. En 1763, elle s'est mariée avec le directeur des postes de Lille. Et comme tant de gens disposant d'un peu de considération, le couple ne manque pas d'ajouter un "de" à leur nom. En effet leur noblesse paraît assez contestable.

La fonction de lectrice peut paraître négligeable. Auprès d'une princesse, il n'en est rien. Son exigence essentielle réside dans le divertissement à donner aux altesses royales. De plus, c'est un office permettant d'entrer dans l'intimité de la maitresse de maison.
Toutefois, si la comtesse de Provence n'a pas laissé une réputation d'intellectuelle, elle disposait comme toutes les princesses d'un bibliothécaire chargé de la conseiller et d'enrichir ses collections.

Toujours est-il que Marie-Joséphine se prend bien vite de passion pour sa lectrice. Sa flamme paraît bien peu de choses vis-à-vis des sentiments qu'elle a prodigués à la comtesse de Balbi quelques années plus tôt. Cette fois Madame se pame pour de bon. N'écrit-elle pas le 12 avril 1789 :

"Je vous vois partout, je ne pense qu'à vous, je ne rêve qu'à vous."

Rassérénée, elle se découvre "gaie et presque bonne."

Marguerite de Gourbillon si séduisante aux yeux de Marie-Joséphine saisit derechef sa chance.
L'a-t-elle instruite des jouissances qu'une femme puisse éprouver ? A t-elle entretenu une liaison homosexuelle ? car si les missives de la comtesse de Provence ressemblent à des lettres d'amour, nous nous trompons peut-être sur leur interprétation. C'est un temps où les effusions épistolières entre amies sont de mise, le verbiage sentimental y a sa place et peu de gens y trouvait à redire. Mais d'autres détails contribuent à penser le contraire car on sait que la femme de Monsieur retenait sa bien-aimée jusqu'à des heures incongrues. Se livraient-elles aux plaisirs de Lesbos ou entretenaient-elles une innocente amitié ?
De plus, la brusque éviction de la lectrice en février 1789 pose question. Le mystère demeure. Cependant l'ascendant de Margeurite sur sa maitresse paraît certain et la passion de Madame ne s'éteindra qu'avec sa mort.

Image

Mme de Gourbillon, portrait par Mme Vigée-Lebrun.

Bien sûr, les altesses royales ne manquent pas de munificence envers leurs protégés. Les bienfaits et les cadeaux sont proportionnés en fonction de la faveur. Et Marie-Joséphine dispose de toutes les ressources de son rang et de son pouvoir pour remercier sa chère Marguerite. En peu de temps, son humeur atrabilaire s'est adoucie, elle est toute en joie !
Rien ne peut égaler sa lectrice. Mais si Madame de Gourbillon apprécie la comtesse de Provence, elle attend un retour en pièces sonnantes et trébuchantes... Une broutille pour Marie-Joséphine. C'est dans l'ordre. Les rois et leurs satellites donnent largement à ceux qui leurs sont fidèles même le parcimonieux Louis XVI.
L'amie se voit honorée de dons numéraires considérables, son fils est nommé Secrétaire du Cabinet de la princesse. Pour affirmer sa position, Marguerite se mêle de ce qui ne la regarde pas, elle régente la maison de sa maîtresse. Du coup, le service d'honneur de Madame commence à regarder cette parvenue avec un oeil noir.

L'engouement de Marie-Joséphine est tel qu'elle lui confie force détails sur la vie et les dessous de la famille royale. De plus les requêtes des courtisans auprès de la princesse sont soumises au bon vouloir de la lectrice en titre ! En deux ou trois ans, l'amie de la belle-soeur du roi acquiert un pouvoir exorbitant. Elle gouverne une princesse fragilisée par d'anciennes blessures d'amour-propre. Mais dans son influence, la naïveté de sa maitresse ne lui a pas échappé. Marguerite de Gourbillon est une femme d'expérience. Toutefois son ambition et sa cupidité jusqu'aux frontières de la malhonneteté paraissent trop évidentes. On le verra bientot.

A son actif la bien-aimée fait preuve de dévouement mais cette fidélité est payante, il faut bien le dire. Soit, Marguerite sera la confidente de tous les instants mais elle en attend des faveurs lucratives.

Et à la suite d'une indisposition de Marie-Joséphine la clouant au lit, elle apprend que sa protectrice est une alcoolique invétérée. La lectrice tentera de sauver Madame de ce naufrage. Elle n'y parviendra que bien des années plus tard écrivant "que c'était prêcher dans le désert".

Si la comtesse de Provence a trouvé le chemin de l'amitié - ou de l'amour ? - elle n'a pas renoncé pour autant au vin. D'années en années, sa santé se délabre. Les médecins de plus en plus sollicités à son chevet savent de quoi il en retourne. Elle boit trop. Mais pour ne pas déplaire à Marie-Joséphine, ils édulcorent la vérité et ne prennent pas le mal au sérieux. La princesse retourne à ses petits flacons.
Toutefois, si le vice de Madame paraît clandestin, les domestiques ont probablement remarqué l'inquiétante consommation de liqueurs de Tokay et de Malvoisie au constat des bouteilles vides qui s'accumulent... Evidemment on ne dit rien, on fait son service comme si de rien n'était mais si tôt sorti des appartements de Madame, les commérages vont bon train. La rumeur enfle, sort du cercle étroit de la famille royale et de la cour et gagne Paris.

En janvier 1789, le marquis de Bombelles écrit dans son journal le ridicule qui éclabousse la belle-soeur du roi. Le salon de la comtesse de Brionne qui rassemble "tout ce que Paris renferme de plus élégant" fait des gorges chaudes d'une chanson qui ridiculise Marie-Joséphine dans ses penchants pour les femmes et la boisson.

Les "scènes dégoûtantes" dont parle l'ambassadeur d'Autriche sont-elles le reflet des faiblesses éthyliques dont la princesse est la proie ? ou sont-elles le cadre des crises de nerfs dont elle est sujette à la moindre contrarieté un peu forte ? Elle est déja malade psychiquement et physiquement à moins de 40 ans. :(

Au seuil de la Révolution, la comtesse de Provence et Madame de Gourbillon sont inséparables. Marie-Joséphine ne peut plus se passer de son incomparable lectrice. L'une est complétement subjuguée, l'autre pense son pouvoir assuré pour longtemps. En marge des événements politiques, l'année 1789 leur sera cruelle. :roll:


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La chronique des quatre dernières années de l'Ancien Régime a retenu peu de choses de la vie officielle de Madame. Certes, Marie-Joséphine tient son rang à la cour mais elle ne fait que de la figuration. C'est Marie-Antoinette qui accapare toute l'attention de ses contemporains. Toutes les autres princesses ont une position secondaire dans l'opinion et ne font guère parler d'elles.

Image

La comtesse de Provence, par Boze, en collaboration avec Robert Lefèvre (1756-1830), 1786.
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Toutefois, Marie-Joséphine assiste vaille que vaille à toutes les cérémonies officielles. Elle est du voyage annuel de la cour à Fontainebleau en octobre 1786. Elle est également présente et en bonne place à l'audience solennelle accordée aux ambassadeurs du sultan de Mysore, le 3 août 1788. Lors de l'été 1788, la reine donne de grands dîners à Trianon pour toute la famille. Mesdames Tantes font de même dans leur château de Bellevue le 16 juin.

L'année 1787 a été marquée d'un changement important dans la vie de Louis-Stanislas et de Marie-Joséphine. A Versailles, ils ont dû quitter leurs appartements du corps central au rez-de-chaussée, qu'ils occupaient depuis le début du règne.
En effet leurs appartements furent dévolus au Dauphin. Leurs altesses royales s'installèrent au Pavillon de La Surintendance, rebaptisé Pavillon de Provence, à l'extrémité de l'Aile du Midi en février 1787. Le service des Bâtiments du roi fait part de cette note laconique :

"Madame sera lundi dans son nouvel appartement".
Au Pavillon de Provence, Marie-Joséphine disposait de 12 pièces et de 7 entresols.

C'est ici de 1787 à 1789, que se réunirent régulièrement les soupers de la famille royale. La salle à manger de Madame devint le haut lieu de ces réunions privées. La sacro-sainte étiquette y était bannie. Dès 1774, Louis XVI avait décidé qu'une partie des soupers de famille se tiendraient chez sa belle-soeur. Néanmoins la régularité de ces soupers se fit plus soutenue lorsque le couple Provence emménagea dans l'Aile du Midi. Les gens de cour, toujours fins observateurs, ont rapporté quelques échos de ces réunions intimes.

La comtesse de Boigne écrit : "Là on commentait les commérages de la cour, on discutait les intérêts de la famille, on était fort à son aise et souvent fort gai".

Et le comte d'Hezecques précise que la famille royale se réunissait chez Madame "tous les soirs à neuf heures précises pour le souper ; on y mangeait le fameux potage aux petits oiseaux qu'elle préparait elle-même. Chacun y faisait apporter ses mets, auxquels on mettait la dernière main dans de petites cuisines à portée de l'appartement de Madame. Exceptés les jours où il donnait à souper chez lui, le roi n'y manquait pas un seul jour. Aussitôt que le roi était arrivé, chacun prenait sa place ; tout le service se retirait et les portes se refermaient sur eux. On avait placé à la portée de chaque convive tout ce qui était nécessaire pour qu'il put se servir lui-même... Si on ne peut rien dire précisément de ce qui se passait ou ce qui se disait dans cette auguste réuion de famille, on peut conjecturer cependant par les grands éclats de rire qu'on entendait fréquemment qu'elle n'était rien moins que triste."

C'est dans le cadre de ces réunions familiales que la princesse fait savourer à ses hôtes un potage. En effet, Marie-Joséphine avait fait installer dans sa Folie de Montreuil des filets destinés à la capture de petits oiseaux. Une domestique était spécialement chargée de la confection du mets. Louis XVI et Monsieur, fins gastronomes, ont-ils fait honneur au brouet de Madame, l'ont-ils avalé sans broncher pour ne pas vexer l'irritable Savoyarde ? L'histoire ne le dit pas.

A travers ces soupers qui réunissaient semble-t-il la seule famille, la réputation de tolérance dont est taxée Madame paraît un peu exagérée. Car si la reine et sa belle-soeur ne peuvent se souffrir, le roi, ne l'oublions pas aime, bien Marie-Joséphine. Ne l'appelle-t-il pas familièrement "Bonne tête" ?
L'impulsivité de la comtesse de Provence a provoqué certes des hauts et des bas. Lors de l'affaire relative à Madame de Balbi, Mercy-Argenteau déclare que Louis XVI "est totalement aliéné d'elle." C'est une disgrâce passagère qui s'attenua avec le temps.

Marie-Joséphine fait son possible en s'acquittant de son rôle de maîtresse de maison. Un petit désagrément la conduit à s'adresser aux Bâtiments du Roi. L'inspecteur général envoie cette note à son supérieur le comte d'Angivillers en juillet 1788 :

"La demande de Madame a pour objet essentiel la santé de la reine qui a été trés incommodée l'hiver dernier du poêle qui chauffait la petite salle à manger ou toute la famille royale se réunit chez Madame. D'après cette considération et la facilité de l'éxécution qui n'a d'autre inconvénient que celui de faire passer un tuyau à l'extérieur dans la petite cour noire que M. le directeur général connait, je pense qu'il n'y a aucune objection à faire à la demande de Madame."

Ces soupers cessèrent de se réunir chez Marie-Joséphine en 1789, peu après la prise de la Bastille. En effet, ses appartements furent jugés trop éloignés de ceux du roi et de la reine qui craignaient pour leur sécurité. Le rituel cessa.

Outre ses cabinets versaillais, la comtesse de Provence disposait d'appartements somptueux au palais du Luxembourg à Paris et au château de Brunoy.

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Les grandes eaux du "grand château" de Brunoy.

Le comte de Provence possédait les 2 châteaux de Brunoy : le "grand château" fut rasé à la Révolution.

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Grand château de Brunoy, par Génillion, 1786.
Photo trouvée sur ce site :
:arrow: http://sahavy.free.fr/pavisderecherches.html


Le "petit château", que le couple Provence occupait de façon préférentielle, existe toujours et abrite aujourd'hui une école rabbinique. Il ne se visite malheureusement pas. :(
"Au musée de Brunoy, on peut voir un tableau de Jean-Baptiste Génillion, peint aux environs de 1785 et qui donne une très belle vue du Petit Château au temps du Comte de Provence."

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Le "petit château"
Image trouvée sur le site de la ville de Brunoy


Malheureusement on ne connait pas avec précision la vie et les séjours qu'y fit Madame. Des fêtes furent données à Brunoy en juillet et octobre 1776, en novembre 1780 et en juillet 1782. Plusieurs d'entre elles furent honorées de la visite de Louis XVI et de Marie-Antoinette.

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Vue du jardin du "petit château". Photo trouvée sur le site http://brunoy1900.free.fr :wink:

Et à ces occasions, Marie-Joséphine devint l'organisatrice des festivités en s'acquittant avec bonheur de ses activités mondaines.

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"La Pyramide" de Brunoy : un obélisque, érigé par Soufflot en 1779. Il marquait l'entrée de Brunoy et du domaine de Monsieur.
Un projet de pyramide avait été envisagé, mais, le monument devant être élevé sur la cassette personnelle du Roi, Louis XVI préféra un simple obélisque, qui lui servit de rendez-vous de chasse, aux abords de la forêt de Sénart.


ici et vous pourrez voir des assiettes ou fragments d'assiettes du service du comte de Provence au château de Brunoy, matériau archéologique trouvé dans l'Yerres lors de fouilles du G.R.A.S., rubrique musée virtuel. :wink:

Quant au château de Rocquencourt que Madame fit bâtir pour son agrément, la Révolution le laissa inachevé. Marie-Joséphine n'y habita jamais.


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MessagePosté: 22 Oct 2005, 10:23 
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C'est sur fond de puissants ébranlements que s'ouvrit l'année 1789. Aucun contemporain, et encore moins Marie-Joséphine, ne pouvait prévoir l'ampleur des événements qui allaient changer le cours de l'histoire.

A Versailles la comtesse de Provence poursuit sa liaison un peu équivoque avec sa favorite déclarée, Madame de Gourbillon. Toute-puissante auprès de la belle-soeur du roi, la lectrice de Madame tient la dragée haute aux plus grands seigneurs. La morgue de cette femme aux origines modestes lui attire de solides inimitiés à la cour.
La famille royale ne saurait ignorer les bruits douteux qui courent dans les antichambres du château. On prête à la femme du directeur des postes de Lille des moeurs contre-nature. :roll:
A t-elle entrainé sa maîtresse dans le jardin de Sapho ? Mais bien plus grave encore, la Gourbillon est soupçonnée de gouverner totalement Marie-Joséphine. Ce comportement déplaît en haut lieu. Monsieur, jusqu'à présent accommodant tant que la relation de sa femme n'avait pas d'incidence au niveau public, s'impatiente de la rumeur. Cette amitié passionnelle sent le soufre.

C'est alors qu'un incident fortuit va permettre à Louis-Stanislas de prononcer sèchement le congédiement de Madame de Gourbillon au grand désespoir de Marie-Joséphine.
Un soir, le comte de Provence croise la lectrice de Madame. Marguerite de Gourbillon tient dans ses mains un pot dissimulé sous un voile. Suspicion immédiate de Monsieur. Que contient ce pot ? Louis-Stanislas - comme tout le monde - n'ignore rien de l'intempérance de Madame. Eclats de voix de Monsieur. Il accuse Madame de Gourbillon de corrompre sa femme dans les nuages de l'alcool. Ce pot contiendrait-il du vin de Tokay ou de Malvoisie dont la princesse abuse plus que de raison ?
Sous le ton sans réplique du frère du roi, Marguerite ne peut faire front. Le comte de Provence ne lui donne pas la parole pour se justifier.

L'entretien a probablement été des plus orageux car Marie-Joséphine écrivit le 30 juillet 1790 :

"Ecrivez-lui et faites lui bien sentir que vous n'avez pas été sourde lorsqu'il vous a maltraitée dans ma chambre, que vous vous êtes tue par respect pour moi."

Bien des années plus tard, Madame de Gourbillon révélera à Monsieur que ce pot contenait en fait un bouillon aux herbes. Madame était en effet victime d'attaques de nerfs depuis plusieurs années. Vraisemblablement le vin a sa part dans le délabrement physique et psychique de la princesse.
L'affaire n'en resta pas là. Sous l'autorité du comte de Provence et avec l'accord de Louis XVI, une enquête fut diligentée. Dans le dos des deux femmes, un espionnage resserré tint lieu de toile d'araignée dans les appartements de Marie-Joséphine.
Le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, le comte de Montmorin, fut chargé de collecter toutes les informations utiles aux tenants et aboutissants du couple de la deuxième dame de France et de sa lectrice. Monsieur de Montmorin n'eut pas beaucoup de mal à soudoyer le personnel de service, en particulier les femmes de chambre, puis à dresser un rapport en due forme au comte de Provence.

A la lecture des renseignements présentés, Louis-Stanislas déjà soupçonneux prend de l'ombrage. L'étoile de Marguerite s'éteint. Cette femme entretiendrait-elle l'intempérance de sa femme pour mieux la dominer ? Couche-t-elle avec la comtesse de Provence ? Serait-elle une intigante consommée, voire une espionne ? Se sert-elle des confidences hautement confidentielles de sa protectrice pour alimenter la politique secrète de l'Angleterre ? Car le fait que le secrétaire d'Etat aux Affaires etrangères fut choisi pour investir le domaine privé de Madame ne laisse pas de surprendre. Cette mission relevait théoriquement du secrétaire d'Etat à la Maison du Roi.

Dans cette ténébreuse affaire, le visage de la lectrice de Marie-Joséphine révèle une femme aux multiples ressources, peu scupuleuse sur les moyens, corruptrice en matière d'argent et de personnes, propre à manipuler tout son monde pour parvenir à ses fins.

Le frère du roi en a assez. Puisqu'il ne peut obtenir un départ sans éclats de Madame de Gourbillon qui se raccroche à sa maîtresse, une lettre de cachet y pourvoiera. Louis XVI, plus moraliste qu'on ne le croit, use de son droit régalien :

"De par le Roy, il est ordonné à la dame Gourbillon de se retirer aussitot après la notification du présent ordre de la ville de Versailles et de se retirer incontinent en celle de Lille en Fandre auprès de son mari, faisant Sa Majesté défense à ladite dame Gourbillon de désemparer de ladite ville de Lille jusqu'à nouvel ordre de sa part à peine de désobéissance.
Versailles, 19 février 1789."


Marguerite quitte ses fonctions sur le champ tandis que Marie-Joséphine, atterrée, s'enferme dans ses appartements. Pour elle, un monde s'écroule. C'est le coup de grâce.


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MessagePosté: 22 Oct 2005, 11:15 
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Condamnée à vivre sans l'astre de ses jours et de ses nuits, la comtesse de Provence s'effondre. Elle tombe très rapidement malade. Alitée, une violente fièvre se déclare, suivie de vomissements de bile à répétition. Ses cheveux tombent par paquets. Les phases d'abattement sont suivies de crises de larmes convulsives.

Au bout d'une dizaine de jours, Marie-Joséphine trouve la force de se lever, mais son coeur est dévasté au plus profond. Elle ne peut admettre l'idée de ne plus jamais revoir sa bien-aimée. Décidément incorrigible et obstinée, elle trouve un moyen sûr afin de correspondre avec Marguerite. Et cela, malgré la surveillance imposée par Monsieur. :D
L'une de ses premières lettres commence ainsi :

"Figurez-vous un visage maigre, jaune, couvert de plus de cent boutons rouges. J'ai passé dix nuits de suite sans fermer l'oeil. Qu'elles étaient longues ! Je ne pensais qu'à vous et je pleurais."

Peu après, elle lui révèle son infortune capillaire :

"Tous mes cheveux sont restés dans mon bonnet de nuit. Je fais horreur."

Puis de clamer son désespoir : "Je ne peux vivre que pour vous et pour vous aimer."

Elle est d'autant plus meurtrie qu'elle ne connaît pas les motifs exacts qui ont entrainé l'exil de sa favorite. Dans un premier temps, Louis-Stanislas n'adressera pas la parole à sa femme pendant plusieurs semaines. Il est fort courroucé car la cour n'a pas tardé à bruisser des malheurs de Marie-Joséphine. Mais à Versailles, beaucoup de gens approuvent la sentence exemplaire contre Madame de Gourbillon. Il est vrai qu'elle s'y est fait beaucoup d'ennemis.

De guerre lasse, il finira par lui remettre le dossier établi par le secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères.

"Il y avait encore beaucoup d'articles qui vous regardent comme de m'avoir ruinée et de m'avoir reçue chez vous toutes les nuits. Malheureusement c'est la seule inculpation juste.", écrit-elle à son amie.

Si Marie-Joséphine ne réfute pas les veillées nocturnes, elle ne veut rien entendre sur les déprédations de sa lectrice. Elle a tort, car l'aspect financier assez décevant en soi, reviendra très souvent au cours de leur tumultueuse liaison. On sait que la comtesse de Provence fut fort généreuse avec son amie pendant ses quatre années de service. Il paraît aussi probable que la lectrice s'est fait donner de l'argent sous des motifs fallacieux. Plus grave, elle s'est immiscée dans les décomptes de dépenses de la princesse, un domaine qui ne la regardait nullement. Il apparaitra en effet qu'elle fut soupçonnée de détournements de fonds lorsqu'en 1790 l'Assemblée Nationale exigera le détail du coût et des dettes des maisons royales. Plus que d'avoir corrompu les moeurs de sa protectrice, - elles étaient après tout de concert...-, Madame de Gourbillon fut suspectée de malversations dans la maison de Marie-Joséphine.

La séparation rend les deux femmes fort prolixes dans leur correspondance secrète. Assurément, la princesse ne vit que pour sa bien-aimée.

"J'ai acheté un portefeuille ou vos lettres seront. Je les ferai coucher sous ma couverture. Elles sont toutes en ordre. Je n'ai plus d'autres lectures."

Dans son malheur, Marie-Joséphine devient méfiante. Le commerce de ses femmes de chambre sous leurs apparences de bon ton ne l'aveugle pas. Elle soupçonne l'une d'elles :

"C'est elle qui a dit que vous aviez dit des propos qui me faisaient tort. Elle a plus dit car elle a affirmé que vous passiez les nuits avec moi. Je tiens des billets qu'elle a écrits à Margoutier ou il y a un journal très détaillé mais faux sous tous les rapports."

Peu de temps après, elle perce l'espionnage de la femme de chambre.

"Comme je dors peu, j'ai entendu sur les 6 heures du bruit dans mon cabinet. Je me suis levée doucement et j'ai été voir. J'ai trouvé Mme Patrit en cotillon furetant dans mon écritoire. Vous devez juger de ma rage et de sa confusion. Elle n'a rien trouvé, je me suis emportée, peut-être trop, car je l'ai chassée à coups de pieds dans le cul... La scélérate est venue à mon lever comme si de rien n'était."

Impulsive, passionnée, Marie-Joséphine n'a rien d'une princesse de belle au bois dormant !

Evidemment, le renvoi de Madame de Gourbillon n'a pas resserré les liens du couple Provence. Ces deux êtres ne se sont jamais compris et ne s'entendront jamais. Madame est excédée par le comportement indéchiffrable de son époux :

" La conduite de Monsieur n'est ni claire ni franche soit par rapport à moi, soit pour les autres affaires... Je ne puis dire jusqu'à quel point sa conduite m'étonne. Il pouvait avoir des torts envers moi mais je le respectais, le croyant honnête homme du coté de son attachement au roi. J'espère pour lui qu'il est fol et je dois me taire...".

Dans une autre lettre, elle ne cache pas on amertume envers un mari postiche : " Il est le maître chez moi, mais il n'est pas le maître de mon coeur, il ne l'a jamais eu et il ne l'aura jamais."

En ce printemps 1789, la comtesse de Provence se sent visiblement considérée comme quantité négligeable. Des rumeurs de renvoi à Turin filtrent à Versailles. Louis-Stanislas a réuni son conseil à cet effet. Ses conseillers - comme Cromot du Bourg - jugent sévèrement sa femme mais Monsieur s'est sans doute bien gardé d'évoquer le tableau des moeurs de Marie-Joséphine !
Seule personne de qualité pour relever la princesse de son discrédit, l'ambassadeur de Piémont-Sardaigne, le marquis de Cordon en poste depuis 1788. Lui seul par sa fonction est habilité pour atténuer la colère de Louis XVI et de Monsieur. Diplomate attitré du roi Victor-Amédée III, représentant des deux princesses de Savoie en France, il se présente comme un recours. Le cadre de cet épisode a été heureusement fort bien relaté par Marie-Joséphine :

"Je viens de voir l'ambassadeur qui a eu son audience. Monsieur a paru trés embarrassé, il a commencé par dire qu'il avait eu des raisons pour vous demander votre démission. A quoi a répondu l'ambassadeur qu'il n'était pas chargé de se méler de l'intérieur du ménage, que sa mission se portait sur un acte public d'autorité qui était injurieux pour moi. Monsieur a dit qu'il ne le comprenait pas. M. de Cordon s'est expliqué plus clairement et a demandé la levée de l'ordre qui vous exile sur le champ. Monsieur a balbutié et dit :

"- Je n'y suis pour rien, j'ignore ce qui a pu la lui procurer mais c'est le Roy qui l'a voulu."

"- On ne dit pas cela dans le monde a repris M. de Cordon et ce détours n'est pas digne d'un aussi grand prince. Je vais donc m'expliquer plus clairement. C'est de la part du Roy mon maitre et votre beau-père que je suis chargé de demander satisfaction publique et de fermer la bouche à des propos injurieux pour Madame et qui rejaillissent sur vous."

"- Monsieur, vous vous oubliez ! ", a repris le prince en colère.

"- Non, je ne suis pas M. de Cordon en ce moment-ci, je parle au nom d'un Roy et d'un père. Je le représente, il est Roy, vous ne l'êtes pas, ainsi je ne peux pas m'oublier."

Un ton si nouveau l'a pétrifié. M. de Cordon a dit :

"- Est-ce Monsieur ou le Roy qui l'ont voulu, il faut que je le sache."

"- C'est le Roy", a répondu Monsieur.

"- Eh bien, dit l'ambassadeur, je vais demander une audience au Roy et permettez moi de ne pas mettre d'obstacles à mes démarches."

"- Je vous en donne ma parole d'honneur", a dit Monsieur.

L'audience royale eut lieu. Malgré le plaidoyer du comte de Viry et les instances du roi de Piémont-Sardaigne, Louis XVI ne voulut rien entendre. L'ordre d'exil de Madame de Gourbillon fut maintenu. Si le roi a toujours été d'une grande bonté pour ses proches, pardonnant les incartades, les dettes, voire les petits scandales feutrés, l'Affaire Gourbillon lui resta en travers de la gorge. Ce qui justifie la gravité des faits imputés à la favorite de la comtesse de Provence et la lettre de cachet.

Malheureusement, une partie des mobiles manquent au dossier. Simple affaire de moeurs ? Complicité de la lectrice dans l'alcoolisme de sa maitresse ? Cupidité malhonnête de Madame de Gourbillon dans les dépenses de la maison de la princesse ? Espionnage de la confidente très aimée au profit de l'Angleterre, comme l'ont suggéré certains historiens ? :?: Ils jettent une ombre sur un scandale qui agita la cour de France à la veille de la Révolution.


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MessagePosté: 22 Oct 2005, 11:37 
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Déçue par les démarches infructueuses du comte de Viry, Marie-Joséphine s'entête dans ses espérances. Avec la prochaine convocation des Etats généraux, elle pense plaider sa cause auprès des élus de la Nation ! :shock:

"Si Monsieur n'y met ordre, les Etats généraux y pourvoieront. Et si cela traînait, je vous conseillerais de vous adresser à eux."

La princesse se nourrit là de chimères, les trois ordres n'ont que faire des déboires sentimentaux de la comtesse de Provence... :lol:

Le 4 et le 5 mai 1789, ont lieu les cérémonies inaugurales. Tout le ban et l'arrière-ban de la maison régnante des Bourbons est convoqué. La reine et les princesses ne sauraient manquer à leur premier devoir en matière de représentation, soigner sa parure. Robe à panier dite grand habit de rigueur. Diamants, perles et autres pierres précieuses sous toutes les coutures. Sans oublier les indispensables colifichets, aigrettes, plumes, éventails somptueux... La comtesse de Provence cède à cette démonstration de faste. Qu'on apporte ses fards, ses écrins, ses cassettes ! A-t-elle fait épiler ses fameux sourcils pour paraître à son avantage ?
Dans le cortège de la famille royale, elle est tout près de Marie-Antoinette. Viennent ensuite la comtesse d'Artois, Madame Elisabeth, Madame Adélaïde, Madame Victoire, la duchesse d'Orléans, la duchesse de Bourbon, Mademoiselle de Condé, la princesse de Conti et la princesse de Lamballe.

Lorsque la reine est souffletée par le cri de "Vive le duc d'Orléans !", la souveraine vacille. On craint un malaise. Marie-Joséphine ne s'est pas précipitée pour la secourir. Ce sont Madame Elisabeth et la princesse de Lamballe qui se sont offertes. Satisfaction éphémère de Marie-Joséphine. Décidèment, ces deux femmes ne s'aiment pas. :roll:

Au cours de l'été, alors que la France sombre dans la Révolution, la comtesse de Provence devient "démocrate". :shock: :roll:
Mais l'étiquette qu'elle se donne n'est motivée que par un seul désir, la levée de la lettre de cachet envers sa chère Marguerite. Le lendemain de la nuit du 4 août qui a marqué l'abolition des privilèges, elle devient lyrique.

"Il n'est pas possible que l'on éprouve plus longtemps un despotisme qui tient de l'inquisition. Le roi sera le père de ses sujets et non leur tyran."

Le 28 août, au bout de six mois d'exil lillois, Madame de Gourbillon est libérée de la lettre de cachet. La clémence royale n'est pas pour autant assortie d'une réintroduction de la dame dans ses fonctions. Qu'à cela ne tienne ! L'ex-lectrice quitte Lille et gagne Versailles. Pas au coeur du château ou elle serait probablement refoulée. Son logement de la rue de Maurepas est toujours prêt pour l'accueillir. Ainsi, elle sera au plus près de sa princesse. Et Marie-Joséphine qui se languit de son absence se contenterait désormais de l'apercevoir fugitivement à la portière de son carosse !

Toutefois Madame ne fait pas ce qu'elle veut. Sa liberté a toujours été toute relative. En tant que belle-soeur du roi, elle est tenue de justifier tous ses déplacements. Et depuis l'affaire Gourbillon, elle est discrètement surveillée. Mais la famille royale ne sort plus guère de l'enceinte du château depuis les premiers troubles révolutionnaires. Pour sa part Marie-Joséphine ne semble pas être allée dans sa Folie de Montreuil au cours de l'été brûlant. Versailles n'a plus le vent en poupe. Les éléments les plus décriés de la cour sont partis. Le comte d'Artois et ses fils, toute la famille de Polignac, les Rohan, les Broglie, les Gramont et bien d'autres encore.
La fugitive comtesse d'Artois partira en septembre rejoindre la cour de son père à Turin. Madame a-t-elle pleuré le départ de sa soeur ? On peut en douter, leurs relations ont toujours été conflictuelles. "

Je l'encourage à partir. Si vous pouviez voir ce qu'il m'en a coûté ! Mon sort est toujours de me sacrifier mais j'agirai."

Pourtant ni Louis XVI, ni encore moins Monsieur ne se seraient opposés à son départ. Marie-Joséphine décide de rester en France pour une seule raison, son amour pour Marguerite de Gourbillon. Aucun autre motif ne la retenait, elle voue une haine tenace envers Louis-Stanislas et Marie-Antoinette et elle pense être considérée comme une moins que rien à la cour. Et si les princes sont partis dans la clandestinité - le comte d'Artois, le prince de Condé, le prince de Conti -, la délicate comtesse d'Artois rejoint sa patrie au vu de tous. Elle recueille même une formidable ovation à Lyon. Fallait-il que cette princesse quitte la France pour être acclamée ?

Les journées des 5 et 6 octobre 1789 se déroulèrent avec les évènements que l'on sait. Marie-Joséphine y figure comme une ombre. Elle se tient aux côtés de Marie-Antoinette et de Madame Elisabeth pendant la soirée du 5. Alors que le château est envahi au petit matin du 6, elle rejoint les souverains vers huit heures trente. Ces derniers ont connu des moments bien éprouvants depuis l'aube. Les appartements des Provence, à l'extrémité de l'aile du Midi, ne se trouvaient pas dans le point de mire des émeutiers. De plus Monsieur et Madame n'étaient pas impopulaires. Le prince par les méandres de son attitude louvoyante, sa femme pour sa relative discrétion. La foule, comme un seul homme, s'est ruée vers les appartements de la reine.

C'est donc dans le carosse du roi que la comtesse de Provence rejoignit Paris au milieu d'une populace mi-vociférante, mi-ironique. La capitale n'offrait pas l'image d'une prison dorée pour Louis-Stanislas et Marie-Joséphine. Le palais du Luxembourg représentait depuis une dizaine d'années leur résidence parisienne. Monsieur avait dépensé des fortunes pour redonner à ce palais tout le lustre voulu. Le prince avait ses appartements au rez-de-chaussée. C'est aujourd'hui le restaurant du Sénat. Ceux de Marie-Joséphine, dans l'aile adjacente du palais. La somptuosité et la table du Luxembourg étaient célèbres. Quel contraste avec les tristes Tuileries réservées à Louis XVI et Marie-Antoinette !

Très vite, les rites et les habitudes de ce qui restait de la famille royale reprirent leurs droits comme à Versailles. Le traditionnel souper auquel devaient paraître le comte et la comtesse de Provence se tint aux Tuileries. Mais le cadre de ces réunions de famille n'était plus sans doute aussi gai qu'autrefois. Louis XVI est moins disert, Marie-Antoinette se méfie de tout le monde. Les Provence déja suspectés de déloyauté à leur égard n'ont plus la confiance du couple royal.

Au mois de décembre 1789, Louis-Stanislas est impliqué dans l'affaire Favras. A t-il voulu renverser son frère ainé ? Question sans réponse mais qui jette une ombre de plus sur les intrigues équivoques de Monsieur. :( :roll:
Quant à Madame, les souverains lui ont retiré toute complicité depuis l'affaire Gourbillon. Louis XVI est de plus en plus irrité par l'antipathie réciproque entre sa belle-soeur et la reine. Marie-Antoinette ne se fait aucune illusion sur les sentiments de la comtesse de Provence à son égard.
L'inimitié de Marie-Joséphine jaillit parfois dans ses lettres :

"Nous n'avons pas été à la foire parce que l'Autrichienne n'a pas voulu y aller. Le fait est que c'est qu'elle a peur."

Dans une autre missive de la fin août 1790, elle révèle de curieuses informations :

" Je suis enfin rassurée sur les intentions de mon père. Ses lettres que je viens de recevoir m'annoncent qu'il s'est rendu à mes prières. Si la reine savait ce que j'ai fait pour traverser ses projets, elle redoublerait ses persécutions. Malgré tous ses torts avec moi, je n'ai point eu la vengeance pour objet. J'aime la France et les Français. J'ai fait ce que l'honneur et la justice me commandaient, mais cela ne m'empêche pas de craindre qu'ils ne pénètrent d'où part le coup. J'en serais bien sûrement la victime. La reine et son perfide conseil ne mettraient plus de bornes à leur vengeance mais je me résigne. J'aurais fait mon devoir. Mon père ne manquera pas de leur annoncer mon intention. D'après cela, je n'aurais plus à craindre que l'on use de violence pour me faire partir... Je suis bien tranquille sur mon secret. Il n'est qu'entre mon père et moi."

Quelle troublante correspondance ! Malgré la crainte un peu irrationnelle de Marie-Antoinette, - serait-elle paranoiaque ? -, elle fait part d'une mystérieuse fuite par les soins de son père Victor-Amédée III. Et cela à l'insu de son époux, du roi et de la reine. Si Marie-Joséphine n'éprouve plus guère d'attaches pour les Bourbons, elle ne peut sortir impunément de France.
Le roi de Piémont-Sardaigne se sentait-il de force pour faire enlever sa fille ? :?: Le fait est que le projet avorta.


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MessagePosté: 22 Oct 2005, 11:52 
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De 1789 à 1791, l'aspect épistolaire joue un rôle important dans la vie de la comtesse de Provence. Quoi d'étonnant si Marguerite de Gourbillon dont elle est séparée constitue la clé de voûte de ces longues heures passées dans son cabinet ?
Madame se nourrit d'une idée fixe, revoir sa lectrice. Il lui faut alors user d'infinies précautions pour endormir les soupçons de son mari et déjouer les regards perçants de son service d'honneur.

Le 28 juillet 1790 alors qu'elle se promène en carosse, elle aperçoit sa bien-aimée. Marie-Joséphine croit défaillir.

"Enfin, ma chère amie, je vous ai aperçue. Je ne puis vous dire ce qui s'est passé en moi mais je me suis sentie comme si j'allais me trouver mal. Tout mon sang s'est retiré vers mon coeur."

Paris offre de nombreux jardins ouvets au public, Bagatelle, le Bois de Boulogne, les jardins de Tivoli au bout de la Chaussée d'Antin. Mais lors de ces déplacements, la princesse n'est jamais seule. Elle est toujours secondée par une "dame pour accompagner". Et suivant le "service de quartier" de ces dames, Madame n'a pas toujours la main heureuse. La vicomtesse de Narbonne par son grand âge peut-être est facile à semer mais la marquise de Simiane lui donne du fil à retordre :

"Par surcroit j'ai cette maudite Mme de Simiane qui est revenue à la place de Mme du Cayla. Elle me devient odieuse et je sens qu'elle m'est insupportable. Je me suis sentie ce matin, en passant sous vos fenêtres, en vous voyant et en me trouvant seule avec elle, un mouvement de rage que je me suis tenue à quatre pour le cacher. J'étais tentée de la jeter hors de la voiture."

Au prix de mille difficultés, Marie-Joséphine et Marguerite se voient quelques instants. Elles parviennent même à se parler grâce à un ermitage, dans le Bois de Boulogne.

"J'ai remarqué un ermitage sombre ou il y a deux issues, ou il serait aisé de sortir. Si on venait d'un côté, vous sortiriez de l'autre."

Privée de son traitement de lectrice, Madame de Gourbillon s'estime dans la misère. Elle noircit le tableau bien sûr pour apitoyer sa maîtresse. Politique payante, Marie-Joséphine mord à l'hameçon. Il en sera ainsi jusqu'à la fin. Et si les pensions des princes ont été revues à la baisse depuis le début de la Révolution, la comtesse de Provence est loin d'être démunie. Toutefois, elle ne dispose pas toujours de liquidités. Ne cachant rien des mille et uns aspect de sa vie d'altesse royale, la princesse brosse l'état de sa situation financière le 11 octobre 1790 :

" Je puis vous assurer qu'il ne surviendra plus de retards dans les paiements, que Mme Sigrai m'a dit qu'elle avait ordre de Monsieur de me remettre de l'argent toutes les fois que j'en demanderais et de mettre sur l'état simplement "remis à Madame"... J'espère avoir d'autres ressources pour venir à votre secours."

Immense satisfaction de Marie-Joséphine à la fin de ce mois d'octobre. Louis-Stanislas autorise Madame de Gourbillon à reprendre son service auprès de sa femme. Le prince soudainement adouci ayant déclaré "qu'il n'y avait pas de quoi fouetter un chat."
La lectrice ne doit pas ce retour en faveur aux sollicitations de Madame, mais à celles de la comtesse de Balbi, dame d'atours de sa maîtresse ! N'oublions pas que Mme de Balbi, paravent de favorite de Monsieur est une femme consommée dans l'art de l'intrigue. Son influence auprès du comte de Provence n'est pas négligeable.
Que les favorites du prince et de Marie-Joséphine aient conclu un accord tacite ne parait pas improbable. Madame se sent obligée de rendre quelques égards à l'égérie de son mari. Raye-t-elle le surnom de "Le crapaud" dont elle avait affublé sa dame d'atours ?

"Je sens même que je n'ai pas de honte de devoir mon bonheur à Mme de Balbi, moi qui aurait mieux aimé mourir que de lui devoir la moindre chose." confie-t-elle.

A Paris, la situation politique se dégrade. La condition d'otages dont sont victimes Louis XVI et Marie-Antoinette finit par émouvoir Marie-Joséphine. La campagne de libelles, chansons et brochures pornographiques orchestrée contre les souverains révolte la princesse. Elle est passée bien vite du camp démocrate pour renouer des sentiments authentiquement monarchistes. Rien d'étonnant à cela. Son éducation et le monde des palais dans lequel elle a toujours vécu la conduisent à des opinions conservatrices.

Elle-même n'est pas à l'abri de la vindicte populaire. Un pamphlet la fustige. Madame "aime le vin, les hommes, les femmes, les jardins, les meubles, l'argent et obéit à ces goûts divers coûte que coûte, que le roi jure, que son mari boude, que le ministre refuse, qu'il y ait une révolution, que les Etats généraux apportent la réforme, elle s'en fout. Elle veut jouir, elle jouira."

On a parlé d'un rapprochement entre la reine et sa belle-soeur. C'est possible. Une viste de Marie-Antoinette en février 1791 est attestée. Mais ce ne fut sans doute pas une réconciliation pleine et entière. Vingt ans durant, ces deux femmes se sont sourdement épiées et observées, la jalousie en plus pour la comtesse de Provence. Dès le départ, par le truchement de leurs rangs mais aussi par leurs tempéraments opposés, la reine et Madame se sont blessées mutuellement. Au milieu des années 1780, Marie-Joséphine aurait dit à Marie-Antoinette ces phrases prémonitoires :

- " Vous ne serez que la reine de France, vous ne serez pas la reine des Français."

Anecdote apocryphe peut-être mais qui révèle un antagonisme profond et durable entre elles.


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MessagePosté: 22 Oct 2005, 12:29 
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Le retour de Madame de Gourbillon n'est pas le fruit du hasard. En ces temps troublés, le comte de Provence compte ses fidèles. Ils sont peu nombreux. Au sein des maisons du couple princier, les adhérents aux idées nouvelles ne manquent pas, même parmi les hautes charges. Le duc de Lévis, capitaine des gardes de Monsieur, n'a pas la confiance du prince. Dans l'entourage de Madame, la marquise de Simiane est la maîtresse de La Fayette. :roll:

Si Marguerite de Gourbillon a touché le fond de la disgrâce en 1789, sa réapparition officielle deux ans plus tard est manifeste. Pleine de zèle, elle donne le sentiment de servir aveuglément les intérêts de la comtesse de Provence. Un mystérieux voyage l'a auparavant conduite à Turin ou elle a été présentée au père de Marie-Joséphine, Victor-Amédée III. Dans ces circonstances, Louis-Stanislas prend le parti de faire meilleur visage à l'amie de sa femme. Elle peut être très utile. :roll:

En effet la famille royale pense à s'enfuir. Dans cette entreprise, le dévouement et la discrétion des plus habiles n'est pas de trop. Du côté des Provence, Marguerite compte justement parmi ceux-là. 8)
Plusieurs incidents confirment les princes dans leurs desseins.
En février 1791, les femmes de la Halle envahissent le Luxembourg où il est question du départ du roi. Monsieur, faisant contre mauvaise fortune bon coeur, se drape dans une bonhomie de bon ton face à ce public insolite. Sa prestation est un succès. On l'embrasse. Mais au passage, il a dû recourir au mensonge en niant les projets de fuite de Louis XVI et les siens. Deux mois plus tard, le roi est empêché d'aller à Saint-Cloud.

Au milieu du mois de juin, le souverain fait part à son frère de son départ pour Montmédy, dans la nuit du 20. Que le comte de Provence fasse de même et prenne ses dispositions ! A la vérité, il y pense depuis longtemps et a déja recruté ses propres auxiliaires. Sa femme ne voyagera pas avec lui. Louis-Stanislas a tout naturellement pensé à Madame de Gourbillon.

La veille du départ, il lui remet un billet à l'intention de Marie-Joséphine :

"Croyez ce que madame de Gourbillon vous dira comme si c'était moi-même qui vous parlait."

A elle d'organiser la fuite de la princesse. C'est là une mission de confiance et de la plus haute importance. Marguerite s'occupe de tout. En attendant, silence de plomb et poursuite du train-train quotidien. Le soir du 20 juin 1791, Monsieur et Madame soupent aux Tuileries avec le roi et la reine. Si on fait mine de paraître naturel pour ne pas éveiller les soupçons des domestiques, que les coeurs devaient battre la chamade... Le couple Provence ne devait plus jamais revoir Louis XVI et Marie-Antoinette.

Le meilleur récit de l'émigration de Marie-Joséphine provient d'une lettre de Charles-Felix de Savoie, Duc de Genevois et frère de Madame, à la comtesse d'Artois. Nous lui laisserons la parole.

"12 juillet 1791,

L'après-midi de la veille de son départ, elle était tranquillement dans sa chambre, ne se doutant pas de tout ce qui allait arriver, lorsqu'elle vit arriver une de ses femmes qui s'appelle Madame de Gourbillon qui lui présenta un billet de Monsieur lequel il lui disait d'ajouter foi à tout ce que cette femme lui dirait puisque c'était sa propre volonté ; qu'il connaissait la fidélité et la résolution de Madame de Gourbillon et que c'était pour cela qu'il s'était confié à elle.
Celle-ci apprit alors à Madame que Monsieur lui avait annoncé que le roi s'en allait et qu'elle devait aussi partir dans la nuit, mais que Monsieur partait seul avec Mr d'Avaray pour donner moins de soupçons. Ma soeur ne fit semblant de rien, elle soupa à son ordinaire, et après souper elle feignit d'avoir un grand mal de dents, elle se coucha, renvoya ses femmes et lorsque toutes furent retirées se leva sans bruit, prit le peu de nippes qu'elle avait dans sa chambre, et sortit toute seule de son appartement par un petit escalier qui donne dans un jardin ou elle trouva Mme de Gourbillon.
Elles passèrent devant plusieurs gardes nationaux qui ne les reconnurent point, puis elles montèrent dans un fiacre avec la seule escorte du domestique de Mme de Gourbillon qui leur servit de courrier. Elles allèrent descendre à la maison de la femme et là elles trouvèrent une mauvaise diligence à trois chevaux. Elle passa par Lille et arriva heureusement à Mons ou Monsieur vint la rejoindre. A présent, ils sont à Bruxelles, avec le comte d'Artois et les princes de Condé."


Le comte de Criminil, écuyer ordinaire de la comtesse de Provence, fit office de garde du corps le long du trajet.
Sans le savoir, Marie-Joséphine dit adieu à sa patrie d'adoption. Elle ne foulera jamais plus la terre de France. L'avenir sera désormais tissé d'incertitudes et de bouleversements. Une perspective presque agréable aux yeux de Madame. Chaperonnée de l'élue de son coeur, elle se sent armée au centuple face aux aléas de l'exil. :P :wink:


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