Annonce du forum à l'attention des invités

Bienvenue sur la nouvelle mouture de La Folie XVIII e. :D

Vous êtes invité(e) à vous identifier ou, à défaut, vous enregistrer, pour pouvoir profiter pleinement de ce forum. 8)

Louis-Auguste & M. de Marigny, administrateurs



Nous sommes le 24 Juin 2018, 22:12

Heures au format UTC + 1 heure [ Heure d’été ]




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 4 messages ] 
Auteur Message
MessagePosté: 16 Sep 2014, 18:00 
Hors ligne
Régicide
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 20 Fév 2005, 18:49
Messages: 1200
Localisation: Paris
J’inaugure aujourd’hui un nouveau fil auquel j’espère donner un certain développement, pour présenter quelques aperçus du vaste sujet que constitue la Haskalah.

Il y a bien des façons d’aborder le « Judaïsme des Lumières » et la mienne se veut avant tout simple, synthétique et descriptive. Je me référerai principalement à trois livres, et ce premier message se contentera de les présenter brièvement.

- Les Juifs en Allemagne, de l’époque romaine à la République de Weimar, de Nachum T. Gidal, Könemann, 1998 pour l’édition française.

Image


C’est une somme de vulgarisation richement illustrée, remarquable par sa concision, la netteté de son propos et la qualité des informations rassemblées.
Son auteur, Nachum Tim Gidal, fut l'un des créateurs du photo-journalisme moderne. Né à Munich en 1929, dans une famille pieuse d’origine russo-lithuanienne très pauvre, victime à la fois de l’antisémitisme chrétien et du mépris dans lequel étaient tenus les « Litvaks » ultra-orthodoxes au sein du monde juif germanique cultivé et moderne, il avait fait de ses racines et de son univers de jeunesse sa passion intime. Son livre est l’aboutissement d’un énorme travail de documentation et d'écriture. Comme le précise la présentation de l’éditeur c’est « l’œuvre de toute une vie », un monument dressé par un artisan solitaire -un peu, toutes proportions gardées, ce qu’est à la Révolution Française les Hommes de la Liberté de Claude Manceron, la série sur la Révolution française si chère aux administrateurs de la Folie.

- Les Juifs dans l’Histoire, sous la direction d’Antoine Germa, Benjamin Lellouch et Evelyne Patlagean, Seyssel, 2011.

Image


Il s’agit d’un recueil d’articles universitaires à visée encyclopédique, articulés autour de six axes temporels. Il reconstitue largement l’histoire du peuple Juif, qu’il aborde sous l’angle spécifique de l’action de ce peuple au sein de l’histoire des Nations, en interaction constante avec elle. Le propos est pédagogique, à destination des enseignants d’histoire, afin de les aider à renouveler leur regard et celui de leurs élèves et de sortir des clichés, encore trop répandus, de l’histoire sainte ou de l’histoire victimaire. J’utiliserai une dizaine de chapitres touchant de près ou de loin au monde germanique.

-Enfin, pour préciser les choses sur ce qu'on peut appeler les "anti-lumières" juives, à savoir le Hassidisme, j'emploierai un ouvrage plus fouillé : La naissance du hassidisme, Mystique, rituel et société (xviiie-xixe siècles), Jean Baumgarten, Paris, Albin Michel, 2006.

Image


Sur ce sujet difficile, plus souvent fantasmé que réellement connu, l'auteur a su échapper à l'hagiographie comme au dénigrement pour élaborer un véritable regard d'historien moderne. Il reconstitue minutieusement, au point de nous le rendre presque familier, un monde lointain et isolé sans l'exclure du milieu qui l'avait créé.

_________________
Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots.
Jean Jaurès


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 11 Oct 2014, 13:58 
Hors ligne
Régicide
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 20 Fév 2005, 18:49
Messages: 1200
Localisation: Paris
Voici le plan de ma présentation : d’abord une galerie de portraits, ceux d’une vingtaine de figures d’importance diverse, mais qui me paraissent représentatives du judaïsme de culture germanique, polonaise et russe au siècle des Lumières. Suivront deux parties assez détaillées, l’une sur la situation et l’histoire des principales communautés de l’époque, l’autre sur les Lumières et les anti-Lumières juives proprement dites. Enfin, je présenterai quelques aspects de la vie quotidienne (alimentation, rites, vêtements, etc.), limités aux mondes germanique et polonais.


Je commencerai aujourd’hui par une femme, figure intéressante et ambiguë, très caractéristique de son temps et de sa culture.

Henriette Julie de Lemos


Image


Née le 5 septembre 1764 dans une très ancienne famille portugaise installée à Berlin depuis trois générations, elle bénéficia d’une éducation limitée mais ouverte. C’était la première enfant du second mariage de son père, Benjamin de Lemos, le premier mariage étant resté stérile ; elle fut, durant son enfance, admirée pour son intelligence précoce et surtout pour sa beauté, dont témoignent les quelques portraits conservés. Confiée à un précepteur, elle reçut des leçons de français, de mathématiques et d’hébreu biblique : elle rédigea des commentaires de la Torah et du Talmud, chose strictement interdite aux filles dans les milieux orthodoxes, ce qui prouve le relatif libéralisme de son père. A l’âge de douze ans, elle fut fiancée, contre son gré, à Marcus Herz, médecin et philosophe d’une quarantaine d’année, célèbre dans les milieux intellectuels berlinois comme disciple de Kant : elle le trouvait laid et de peu d’allure, ce qui n’empêcha pas le mariage d’avoir lieu deux ans plus tard.
Cette union, après des débuts difficiles, devait être stable, sinon heureuse : elle ouvrit à la nouvelle Madame Herz des perspectives intéressantes car son mari respecta son désir de s’instruire dans les langues, mortes et vivantes. Elle ajouta donc à l’hébreu le latin et le grec, au français l’espagnol, le suédois, l’anglais et l’italien. Sa curiosité de linguiste la conduisit même jusqu’à l’étude de bribes de sanscrit et de turc quelques années plus tard.

Elle ouvrit bientôt un salon littéraire qui remporta un vif succès. Certes, ce salon ne se tenait qu’en marge de celui, beaucoup plus suivi, de Marcus Herz, où l'on parlait politique et philosophie, et la beauté de la maîtresse des lieux constituait sans doute un atout plus important que son intelligence pour un certain nombre des visiteurs de la maison. Mais on y lisait les auteurs les plus à la mode, comme Klopstock et Goethe, ainsi que des auteurs étrangers, et on les commentait avec ardeur. Quelques hôtes prestigieux passaient : Humboldt, Schleiermacher, Dorothea Veit, les sœurs Meier. Le cercle était presqu’exclusivement féminin sauf lors de quelques réceptions particulières, et semble être demeuré assez conservateur, tant sur le plan religieux, où se mêlaient judaïsme et protestantisme rigoriste, que sur le plan social.

En 1803, la mort de Marcus Herz priva son épouse de tout revenu et presque de toute visibilité sociale : ce fut la fin du salon. Henriette de Lemos dut chercher de nouvelles activités. Sa culture et ses relations lui auraient permis d’accéder à des postes prestigieux : on lui proposa de devenir la gouvernante de la princesse Charlotte, mais c’était au prix d’une conversion au christianisme qu’elle refusa pour ne pas offenser sa mère, demeurée attachée à l’orthodoxie juive. Madame Campan lui offrit de la faire venir en France pour enseigner l’allemand et les lettres à l’une de ses nièces, mais lui il aurait fallu quitter l’Allemagne et elle ne le souhaitait pas. Avec courage, elle s’engagea donc comme infirmière auprès des blessés de guerre, nombreux en ces temps troublés.

En 1817, la mort de la vieille Madame de Lemos permit à Henriette de se convertir au protestantisme sans trop de scrupules : ce geste lui rouvrit les milieux que l’antijudaïsme du temps lui avait fermés. Elle renoua avec ses anciens amis comme Humboldt et Schleiermacher, voyagea en Europe, visita la Suisse et l’Italie. De retour à Berlin, elle se consacra définitivement à l’enseignement : la haute société allemande ne craignait plus désormais de lui confier ses filles, puisqu’elle n’était plus juive ; ses cours eurent autant de succès qu’autrefois son salon. Elle mourut le 22 octobre 1847, non sans avoir eu le temps, comme de nombreuses femmes de son époque, de détruire ses papiers, notamment son importante correspondance, et d’écrire à ses amis afin qu’ils fassent disparaître les lettres d’elles qu’ils avaient pu conserver. Deux romans qu’elle avait rédigés furent également détruits, et ne subsistent d’elle, au final, que peu de traces écrites : les traductions de deux ouvrages anglais, dont le fameux Voyage à l’intérieur de l’Afrique de Mungo Park, quelques lettres préservées par leur destinataire en dépit de la volonté de leur auteur, et un court volume de Mémoires, de source douteuse, peut-être dictés à la fin de sa vie à l’éditeur Joseph Prince.

_________________
Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots.
Jean Jaurès


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 12 Jan 2015, 09:59 
Hors ligne
Régicide
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 20 Fév 2005, 18:49
Messages: 1200
Localisation: Paris
Après Henriette de Lemos, voici un court portrait de son mari, le médecin et philosophe

Marcus Herz


Image



Né en 1747, il était d’une famille pauvre, appartenant à Berlin au groupe des « Juifs non protégés », c’est-à-dire à la classe la plus basse et la plus précaire de la société juive. Dès son adolescence, il fut envoyé à Könisberg pour y travailler chez un marchand, mais il déserta rapidement son poste pour s’adonner à l’étude de la philosophie à l’Université de la ville. Son intelligence le fit remarquer de Kant, qui lui demanda en 1769 d’être le répondant de sa dissertation inaugurale De mundi sensibilis atque intelligibilis forma et principiis. Il rédigea donc en réponse un court essai en allemand, Betrachtungen über die spekulative Weltweisheit [Considérations sur la philosophie spéculative]. L’année suivante, il écrivait à celui qui allait devenir son mentor : « Je ne cesserai jamais de considérer le jour où je me suis voué à la philosophie comme le plus beau de ma vie, et le jour où vous êtes devenu mon maître comme le plus beau de ma vie. » Une longue correspondance s’ensuivit. Herz fréquenta également Moses Mendhelssohn : s’il demeura, sa vie durant, un disciple de Kant, il conserva une certaine indépendance. Il débattit avec Mendhelssohn des preuves de l’existence de Dieu et de la nature de l’âme, développant notamment dans ses traités d’esthétique une métaphysique spéculative étrangère au kantisme. Bon connaisseur de la tradition juive et surtout de Maïmonide, dont il partageait le rationalisme strict et l’optimisme, il contribua à la création d’une philosophie juive originale.

Ses moyens ne lui permettant pas de vivre de sa plume, il étudia la médecine à l’Université de Halle, auprès de David Friedländer, obtint son doctorat en 1774 et devint médecin et directeur de l’hôpital juif de Berlin à partir de cette date. Il enseigna en même temps médecine, physique expérimentale et philosophie, la plupart du temps, pour ce qui regarde cette dernière matière, sur la base de notes envoyées par Kant. Ses cours devinrent très célèbres, et le roi en personne vint y assister. Une chaire lui fut attribuée en 1787.

Après son mariage, en 1779, avec Henriette de Lemos, il ouvrit un salon à Berlin, où l’on discutait à propos des idées philosophiques de l’époque, des nouveautés littéraires et des combats politiques. Il fut un ardent promoteur de l’émancipation des Juifs : c’est chez lui que Mirabeau rencontra Dohm, dont il allait adapter les idées pour les faire circuler en France. Herz écrivit de son côté sur la question : il était partisan de l’intégration du judaïsme à la culture allemande, à l’instar d’un Mendelssohn, mais il se gardait prudemment des excès de l’assimilation. Il dénonça, fait rare à l’époque, l’antisémitisme outrancier propagé par certains Juifs convertis, le décrivant comme « une vengeance perverse destiné à avilir notre peuple ». Il se mêla aussi de journalisme littéraire et contribua à fonder le journal hébraïque Ha Meassef [Le Collecteur] : c’était un organe libéral, partisan d’une modernisation prudente des coutumes juives, mais qui n’hésitait pas à ridiculiser nettement certains traits extrêmes de l’orthodoxie, ce qui lui valut attaques et controverses.

La santé de Herz avait toujours été précaire, l’obligeant à des années d’interruption de son activité. Il mourut prématurément à l’âge de cinquante-six ans.

_________________
Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots.
Jean Jaurès


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 29 Mar 2015, 12:05 
Hors ligne
Régicide
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 20 Fév 2005, 18:49
Messages: 1200
Localisation: Paris
Pour continuer dans la série des scientifiques de la Haskalah, voici un petit portrait d’un homme qui aurait pu tout aussi bien trouver sa place dans les sujets sur l’histoire naturelle des Lumières.

Marcus Elieser Bloch

Image


Né à Ansbach en 1723, il était « né dans la fange », pour emprunter à Babeuf la formule par laquelle le révolutionnaire français, (qui lui eût sans doute fait horreur :lol: ) décrivait sa propre naissance. Ses parents ne purent donc lui donner aucune éducation allemande : jusqu’à la vingtaine, il ne parla que le Yiddish, auquel s’ajouta un peu d’hébreu acquis au heder, l’école élémentaire juive de la ville. Mais ses facultés étaient exceptionnelles : il décrocha un poste de précepteur pour apprendre l’hébreu au fils d’un chirurgien à Hambourg. Cette nouvelle position lui permis d’apprendre, en quelques années, l’allemand, le latin et les rudiments des sciences naturelles et de la médecine.

A vingt-quatre ans, il acquit un doctorat à Francfort sur l’Oden et s’installa à Berlin comme médecin, tout en continuant ses travaux d’étude et de recherche. Patiemment, il se constitua une collection d’objets scientifiques et une bibliothèque. Ses premières publications portèrent sur les parasites des mammifères et sur l’anatomie comparée, domaines dans lesquels il devint célèbre, mais son grand œuvre, qui lui valut de passer à la postérité, concerne l’ichtyologie.

Image


Constituée de douze volumes publiés sur treize ans d’effort, l’Allgemeine Naturgeschichte der Fische est l’un des sommets de l’érudition naturaliste germanique, un monument scientifique et artistique. Quatre-cent trente-deux planches, peintes à la main, l’illustrent avec la plus grande précision. La nomenclature est fortement inspirée de celle de Linné, mais cent-soixante-seize espèces nouvelles y sont décrites.

Image Image



Épuisé par une vie de labeur et ruiné par les frais de publication (les premiers volumes ayant été imprimés à ses propres frais avant qu’une souscription ne vienne prendre la relève :shock: :bravo: ), Bloch mourut prématurément, en 1799. :( Une vaste entreprise de recensement de toutes les espèces de poissons connus, M.E. Blochii System Ichthyologia, fut publiée à titre posthume par son ami et collaborateur Johan Gottlob Schneider, en 1801.

_________________
Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots.
Jean Jaurès


Haut
 Profil  
 
Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 4 messages ] 

Heures au format UTC + 1 heure [ Heure d’été ]


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages
Vous ne pouvez pas joindre des fichiers

Rechercher:
Aller à:  
Développé par phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduction par phpBB-fr.com
phpBB SEO
Chronicles phpBB2 theme by Jakob Persson. Stone textures by Patty Herford.
With special thanks to RuneVillage