
Texte extrait du catalogue
L'animal miroir de l'homme. Petit bestiaire du XVIIIème siècle (Musée Cognacq-Jay / Paris Musées, 1996).
(C) RMN / Agence Bulloz
Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
Chat angora blanc guettant un papillon
par Jean-Jacques Bachelier (1724-1806)
Huile sur toile
Hauteur : 0.660 m.
Longueur : 0.810 m.
Versailles, musée Lambinet"Il faut mettre cette oeuvre en rapport avec une toile très proche (coll. part.) qui figura au Salon de 1761 (n°65) et faisait pendant à un
Caniche faisant l'exercice. Elle était d'un format légèrement supérieur à la version du musée Lambinet, et un oiseau y remplaçait le papillon. Lors de son exposition au Salon, elle avait retenu l'attention de Diderot :
"Son Chat d'Angora qui guette un oiseau est on ne peut mieux. Physionomie traîtresse; longs poils bien peints... etc"
De fait, la perception de l'animal par le philosophe correspondait alors à celle de l'ensemble de ses contemporains car, s'il était parfois considéré comme le compagnon idéal de l'homme de lettres, le chat restait un animal domestique diversement apprécié, qui souffrait d'une comparaison avec le chien :
"Le chat est un domestique infidèle que l'on ne garde que par nécessité (...) et quoique ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient de la gentillesse, ils ont en même temps une malice innée, un caractère faux, un naturel pervers que l'âge augmente encore et que l'éducation ne fait que masquer (...), des yeux équivoques. (...) Le chat paraît ne sentir que pour lui, n'aimer que sous condition, ne se prêter au commerce que pour en abuser." (Buffon,
Histoire naturelle).
Sans doute ces raisons expliquent-elles la rareté des "portraits" de chats par rapport à ceux des chiens. Le chat de Bachelier n'est toutefois pas ordinaire. L'angora, introduit en France au XVII
ème siècle par l'érudit aixois Peiresc (1580-1637), était une race encore peu courante au XVIII
ème siècle.
Séduit par la "préciosité" de l'animal, l'artiste l'a mis en valeur par l'artifice d'une mise en scène raffinée. Le long pelage soyeux, peint avec une délicate palette de blancs, contraste avec le fond sombre de la végétation. Les rondeurs souples du corps de l'animal, son mouvement plein de grâce sont heureusement observés. Les formes chantournées de la plante au premier plan, celles du papillon ajoutent au caractère décoratif de la composition."