
Notice extraite du catalogue
Peintures françaises des XVIIème et XVIIIème siècles des musées d'Amiens, par Matthieu Pinette (Somogy, éditions d'art, 2006)
(C) RMN / Agence Bulloz
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Jeune femme soulevant un coffre
par Jean-Baptiste Greuze (Tournus, 1725 - Paris, 1805)
huile sur toile, vers 1760-1765
H. : 0,456 m
L. : 0,357 m
Amiens, musée de Picardie"Dans un intérieur rustique, suggéré par le montant d'une cheminée et une poutre de bois, une jeune femme, les pieds nus, simplement vêtue, soulève un coffre (ou, comme le propose E. Munhall, une cage). L'étrangeté du sujet ou bien son caractère anodin n'ont pas permis d'en préciser la signification. Sans doute doit-on y voir, suite à la proposition de Philippe Sénéchal (communication orale, 2006) l'illustration d'un "hasard heureux" : dans son empressement et son insouciance, la jeune femme dévoile sa gorge.
La facture très légère, en touches transparentes, autorise à voir dans ce tableau peu connu une esquisse inachevée qui laisse observer le délicat dessin préparatoire sous-jacent. On peut envisager que cette figure isolée était destinée à être intégrée dans une composition à plusieurs personnages, l'une de ces scènes morales et sentimentales qui ont fait la célébrité de Greuze et où prennent place de telles silhouettes de jeunes femmes gracieuses et enjouées.
Cependant Edgar Munhall rapproche la toile, de façon particulièrement éclairante, de deux oeuvres, manifestement abouties, exécutées au début des années 1760, avec la même touche "allusive". Celles-ci mettent en scène une jeune femme - contemplant deux colombes pour l'une ou jouant avec son enfant pour l'autre - dans de petits tableaux au contenu plus ou moins innocent :
Les premières leçons d'Amour (Manchester, The Curier Gallery of Art)
et
La Mère heureuse (Rotterdam, musée Boymans-van Beuningen).
La Mère heureuseLa peinture d'Amiens appartiendrait donc à cette petite série de figures de genre.
Arrivé à Paris en 1750, Greuze est agréé par l'Académie dès 1755. Acclamé dès sa première participation au Salon la même année, il ne séjourne que deux ans en Italie, impatient de retrouver le milieu parisien. Le philosophe et critique Diderot (1713-1784), devient l'un de ses principaux admirateurs, mais peu à peu, leurs relations s'enveniment.
Greuez subit en 1769 un revers considérable avec la présentation à l'Académie, puis au Salon, de son
Septime Sévère et Caracalla (Paris, musée du Louvre), qui lui vaut les pires quolibets.
Humilié par cette désastreuse tentative pour devenir peintre d'histoire, Greuze décide de se "replier" : il n'exposera plus au Salon jusqu'en 1800.
Cependant, reconnu comme un excellent portraitiste, un habile dessinateur et surtout un auteur inégalé de scènes et figures de genre, il continue à jouir d'une grande popularité que la forte diffusion des ses oeuvres par la gravure fait encore progresser. Cette réputation durera jusqu'à la période révolutionnaire qui fait basculer le destin de l'artiste."