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MessagePosté: 01 Fév 2009, 18:14 
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:arrow: texte extrait de Le Soleil et l'Etoile du Nord : la France et la Suède au XVIIIème siècle (coédition de la RMN, du Ministère des Affaires Etrangères et de l'Association Française d'Action Artistique, 1994)

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"La chapelle de l'ambassade de Suède à Paris

C'est en 1635 - et non en 1626 comme on le pensait jusqu'ici - que s'ouvre la chapelle de Suède, à l'arrivée d'Hugo Grotius, le premier ambassadeur permanent de ce pays à Paris. Il s'installe à l'angle du quai Malaquais et de la rue des Petits-Augustins, y mène grand train, décide de "tenir chapelle".

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Hugo Grotius (1583-1645)
par Michiel Jansz van Mierevelt


Désormais, chaque dimanche un culte selon la Confession d'Augsbourg est proposé. Tous les luthériens de Paris peuvent y assister. Et ils y viennent en masse. Qui sont-ils ?

Des princes et ambassadeurs - tous les constructeurs de la grande amitié franco-suédoise au temps de la guerre de Trente Ans pour lesquels déjà, le pasteur Hambraeus avait célébré quelques cultes. Mais aussi des voyageurs, de jeunes aristocrates faisant le Grand Tour, des officiers supérieurs des régiments étrangers au service du roi de France, des étudiants aux universités, des marchands de la Hanse en voyage d'affaires, des artistes suédois - David Klöcker Ehrenstrahl ou Erik Dahlberg, par exemple. Tout un public brillant mais éphémère, qui donne à la chapelle de Suède un grand éclat. On est au "temps des princes."

Cependant, dans la même période s'inscrivent aussi des pauvres gens. Ce sont des Allemands qui fuient leur pays ravagé par la guerre de Trente Ans et viennent en France dans l'espoir d'y trouver de l'ouvrage et de s'y établir. Leur nombre s'accroîtra à la suite de la Révocation de l'Edit de Nantes (1685) : après le départ de 300 000 Huguenots, ces Allemands viendront repeupler les manufactures. Ils arrivent seuls et pauvres, ne connaissent personne, ne parlent pas la langue du pays, ne savent où s'adresser pour trouver du travail. Y-a-t-il au moins un endroit pour pratiquer leur religion ? Ils se rendent à la chapelle de Suède. Ils y sont accueillis, partagent le culte avec des coreligionnaires, retrouvent à la sortie des compatriotes, des aînés qui les conseillent, les orientent, les introduisent ou les engagent. La chapelle de Suède devient le lieu de leur rassemblement. Bientôt, ils constituent la majorité de l'assistance et réclament un culte en allemand.

L'ambassadeur Niels Bielke fera plus pour eux. En 1679, il accorde au petit troupeau allemand qui était spontanément rattaché à sa chapelle le statut protecteur de communauté d'ambassade avec tous les privilèges qui en découlent : l'exterritorialité, le droit de tenir des registres d'état civil, l'autorisation d'un prêche en allemand. Et il fait venir un pasteur allemand.

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Niels Bielke (1644-1716)
par David Richter le Jeune


Ces dispositions sont essentielles, car elles vont permettre à ce petit noyau protestant, parce qu'il est protégé par la Suède, parce qu'il pratique sa religion dans une ambassade (amie), parce que de ce fait il est réputé étranger, parce qu'il professe une autre confession - le luthéranisme - que celle qu'on persécute directement - la religion réformée -, de s'implanter dans Paris au moment même où on en chasse les protestants français.

Tout d'abord ces gens vivent difficilement : on est au "temps des humbles". Et, s'ils peuvent pratiquer librement à la chapelle, ils n'en subissent pas moins, dans leur vie quotidienne, tous les édits restrictifs concernant les protestants : difficulté à se faire soigner, à se faire enterrer, impossibilité d'épouser une femme française.

Mais, à la fin du XVIIIème siècle, un nouveau flot d'immigrants est attiré par la demande des industries de luxe qui se développent considérablement. Ce sont des artisans alsaciens et allemands très spécialisés et qui font carrière. Des ébénistes comme Oeben, Riesener, Benneman "ébénistes du Roi"; des bijoutiers, comme Boehmer et Bassenge, "bijoutiers de la Reine" et compromis dans "l'Affaire du Collier", ou Strass, l'inventeur des pierres qui portent son nom; des facteurs d'instruments de musique comme Nadermann qui fit la harpe dont la reine Marie-Antoinette jouait si bien; des monteurs de carrosses, comme Ludwig qui construisit la berline de Varennes; des tailleurs, des perruquiers, des cordonniers... Tout un petit monde d'artisans actifs et compétents qui s'installent au faubourg Saint-Antoine, s'implantent plus facilement et se francisent rapidement. A la chapelle de Suède, on demande dorénavant un culte en français.

De manière très réaliste, le roi de Suède tient compte de cette évolution. En 1742, au départ du pasteur allemand Mettenius, c'est Carl Friedrich Baer, pasteur strasbourgeois bilingue qui est nommé. Et dès cette année-là, une fois par mois, à la chapelle de Suède, on prêche en français. Personnage bien introduit auprès des autorités françaises - il est l'ami de Vergennes - Baer règle aussi, au cours de son long pastorat (1742-84), tous les problèmes d'intégration pendants. Pour faire soigner ses clients, il ouvre en 1743 en plein Paris, en dépit des règlements, une infirmerie pour les luthériens, que le roi de Suède soutiendra généreusement.
A partir de 1747, il fait admettre tous ses paroissiens décédés au cimetière pour les protestants étrangers de la Porte Saint-Martin.
En 1782, enfin, il réussit à obtenir des "Brevets de Permission Royale de se marier à l'Etranger" qui permettent à ces étrangers protestants d'épouser dans sa chapelle - à "l'étranger" - des françaises catholiques.
Tout va donc bien pour les artisans luthériens de la chapelle de Suède, pour qui la fin de l'Ancien Régime est un "âge d'or".

Citation:
Le registre de la paroisse suédoise (1764-1806)


La chapelle de l'ambassade servait de paroisse à la colonie suédoise de Paris. Dans le registre des mariages, on trouve, le 14 janvier 1786, l'acte de mariage de l'ambassadeur Erik Magnus Staël von Holstein et de Germaine, fille du ministre des Finances Jacques Necker.
L'acte porte entre autres signatures celles d'Axel Fersen le Jeune et de son frère Fabian, de la comtesse de Boufflers et de Gambs, pasteur de la paroisse.


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Erik Magnus Staël von Holstein (1749-1802) et son épouse Anne-Louise Germaine Necker (1766-1817) (au crayon noir par Isabey en 1797)


La Révolution vient tout remettre en cause. Beaucoup repartent, d'autres abandonnent la foi, d'autres se cachent. D'autant que la chapelle devient, selon le marquis de Bouillé, "un nid de conspirateurs" : les frères Axel et Fabian de Fersen et Louis de Geer participent aux tentatives pour sauver le roi Louis XVI et sa famille.

Resté seul pendant la Terreur, après la fuite de l'ambassadeur Staël von Holstein, le nouveau pasteur, l'Alsacien Carl Christian Gambs (1784-1806), fait face à tout :

:arrow: pour voir un portrait de Christian Gambs (1759-1822), cliquez là. :wink:

il sauve ses registres de la réquisition, l'hôtel de l'ambassade (où se trouve la chapelle) de la mise sous séquestre, défend les intérêts de ses paroissiens jusque devant les grands comités révolutionnaires. Et, sans se soucier de ce que la chapelle se trouve dans la section des Bonnets Rouges - des "sans-Culottes", parmi les plus excités de Paris -, bravant toutes les interdictions, les menaces et les dangers, il continue à exercer son ministère, prêchant, baptisant, mariant et enterrant tous ceux qui le lui demandent, catholiques comme protestants.

Plus tard, Napoléon décidera de détacher des chapelles étrangères ces communautés luthériennes qui avaient échappé à la réorganisation des Eglises de France en 1802 et de les regrouper en une Eglise française de la Confession d'Augsbourg à Paris. Inaugurée en 1809, cette héritière de la chapelle de Suède compte aujourd'hui 18 paroisses.

Janine Driancourt-Girod."

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MessagePosté: 01 Fév 2009, 21:55 
"Les pasteurs continuent à exercer leur ministère pendant la Révolution, même sous la Terreur."

...ai-je lu dans le lien menant au portrait de Christian Gambs.
Quelqu'un aurait-il quelques précisions à apporter, quant à ce fait ?

Citation:
il continue à exercer son ministère, prêchant, baptisant, mariant et enterrant tous ceux qui le lui demandent, catholiques comme protestants.

Y aurait-il eu tolérance et pourquoi ?


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MessagePosté: 01 Fév 2009, 22:26 
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Inscription: 14 Fév 2005, 23:47
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Localisation: Dans son monde...
Les révolutionnaires ont peut-être malgré tout respecté l'exterritorialité de l'ambassade. :?:
Sur le lien, on lit aussi que l'ambassade du Danemark n'est pas trop inquiétée et que ses pasteurs continuent leurs offices.

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MessagePosté: 02 Fév 2009, 02:03 
En effet, cette hypothèse semble plausible.


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MessagePosté: 02 Fév 2009, 16:09 
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Régicide
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Inscription: 20 Fév 2005, 18:49
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Oui, je pense qu'a dû jouer aussi le fait que le protestantisme, à Paris, a globalement été beaucoup moins touché par la déchristianisation que le catholicisme. Ce n'est pas le cas en province, où la religion réformée a cruellement souffert suite à la "crise fédéraliste" - encore qu'avec de nombreuses variations selon les régions. Mais dans la capitale, malgré quelques abdications de pasteurs, le culte public a toujours continué pendant la Révolution, du moins pour ce que j'en sais... :oops: La Chapelle de Suède et son culte luthérien n'ont probablement été qu'un cas parmi d'autres.

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MessagePosté: 02 Fév 2009, 17:11 
Citation:
à Paris, a globalement été beaucoup moins touché par la déchristianisation que le catholicisme.

Peut-on alors raisonnablement songer à une "non-ingérance" des révolutionnaires pour ce qui concerne les cultes autres que le catholicisme ?
Je pense aussi au judaïsme, par exemple.
Merci des précisions, Claudine.


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MessagePosté: 02 Fév 2009, 17:50 
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Régicide
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Inscription: 20 Fév 2005, 18:49
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Localisation: Paris
Ah non, pas du tout. J'ai bien précisé que c'était à Paris que le culte protestant avait dans l'ensemble été respecté. Il n'en a pas été de même dans d'autres villes : à Nîmes par exemple, un cas que je connais très bien :oops: , le protestantisme a été fortement bousculé par la vague déchristianisatrice, pour des raisons multiples sur lesquelles il serait trop compliqué de revenir maintenant. De même, à Saint-Jean du Gard, que je connais encore mieux :lol: :oops: , le représentant Chateauneuf-Randon (que j'aime bien par ailleurs) a si brutalement traité le temple local et ses fidèles qu'il a réussi a susciter un soulèvement populaire contre la Convention, dans un milieu pourtant entièrement acquis à la cause de la Montagne. :shock: :(
Mais on ne peut rien généraliser dans la déchristianisation, le mouvement n'ayant été ni organisé, ni centralisé à aucun moment.

De même pour le judaïsme, qui selon les lieux a plus ou moins souffert. Dans ce dernier cas, la Terreur a malheureusement fait, localement, remonter de vieux démons antijuifs et on a eu droit à des discours "révolutionnaires" qu'on peut carrément qualifier d'antisémites, et même à quelques mesures particulièrement sinistres (tentatives d'impositions spéciales sur les Juifs par exemple :evil: ). Fort heureusement, la Convention a toujours, systématiquement, désavoué les auteurs de ces diverses initiatives :bravo: . Mais on ne peut pas dire pour autant que le judaïsme a été épargné par la Terreur.

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MessagePosté: 02 Fév 2009, 18:06 
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Inscription: 28 Sep 2007, 13:04
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Je ne connais rien pour le protestantisme :oops: , mais à Paris, pour le judaïsme, je me souviens que vous m'aviez parlé d'une interdiction des pratiques rituelles par la Commune : si c'est le cas, on peut dire que la religion juive a été persécutée par les institutions révolutionnaires, non? :?:

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Quand on sonde les choses, les connaissances s'approfondissent.
Les connaissances s'approfondissant, les désirs se purifient.
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Kong Tseu, La Grande Etude


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MessagePosté: 02 Fév 2009, 18:23 
Citation:
J'ai bien précisé que c'était à Paris que le culte protestant avait dans l'ensemble été respecté.

J'avais surligné Paris en gras, Claudine :lol:
Ma question concernait donc les cultes suivis à Paris exclusivement. :lol:

Pour le reste, j'ignorais s'il y avait eu également persécution à l'endroit des israélites.


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MessagePosté: 02 Fév 2009, 19:00 
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Régicide
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Inscription: 20 Fév 2005, 18:49
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Localisation: Paris
Excusez-moi, Aude, je n'avais pas compris votre question :oops: :oops: .
Dans le cas de Paris, oui, on peut dire que le catholicisme a été la cible principale des mesures anti-religieuses de la Terreur et que les autres religions ont été relativement épargnées.

Et Sam, attention : vous n'avez pas compris ce que je vous ai raconté, ou vous l'avez interprété à votre guise. :gyro: Merci de ne pas répandre n'importe quoi dans le forum, surtout en me l'attribuant. :roll:

Je ne vous ai jamais dit une chose pareille : il y a eu une tentative pour faire interdire la circoncision, provenant de milieux "patriotes" proches de la Commune (non de la Commune elle-même), mais elle n'a jamais abouti. Et la Commune a refusé, en l'an II, la demande qu'un fabricant juif de pains azymes avait déposée pour obtenir une dérogation à la loi ordonnant l'usage de farine mêlée de son (ce genre de demande n'est guère le signe que les Juifs de Paris se sentaient persécutés :lol: ). Elle a discuté très sérieusement à ce sujet, sans qu'on puisse percevoir aucune malveillance envers les Juifs dans ce débat, avant de rétorquer au boulanger qu'il devait se servir de la même farine que tout le monde.
En pratique, cela revenait à rendre impossible la fabrication des azymes, qui doivent être faits de "pure farine", mais ce n'est pas une interdiction de la pratique pascale, voyons. :oops:

Je suppose que c'est ma faute :oops: , et que je n'aurais pas dû vous raconter cette histoire en vous faisant goûter des pains azymes. La mastication a dû vous fermer les oreilles... :mrgreen:

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