Bonjour à tous,
Allez, je profite des derniers jours d’ouverture du forum avant l’été pour entamer une discussion sur les philosophes, et je lance le débat sur l’un des moins connus (je garde les « grands » pour la rentrée

) mais sans doute celui qui a été le plus méchamment traité par l’historiographie : Frédéric Melchior Grimm.
C’est un bien étrange bonhomme que le « baron Grimm » comme on l’appelle souvent bien que sa baronnie n’ait été qu’un titre de fantaisie. Parmi les hommes des Lumières, c’est sans doute celui qui jouit de la plus mauvaise réputation : celle-ci est dûe, avant tout, à la haine terrible que lui avait vouée Rousseau, qui en a donné un si féroce portrait au vitriol dans ses
Confessions que toute son image ultérieure s’en est trouvée atteinte. Si l’on ajoute l’ombre portée par sa brouille finale avec Diderot (qui l’avait adoré, au sens fort du mot, et qui du coup s’est laissé aller à une amertume quelque peu passionnelle quand les choses ont mal tourné

) cela fait beaucoup à porter pour un seul homme

; on peut se demander si l‘image noire de Grimm n’est pas davantage, au fond, une conséquence des coups de griffes portés par les deux génies qu’il a fréquentés et à qui il a fini par fournir un repoussoir commode, que celle d’une réelle perversité de sa part…
A titre d’exemple, pour le plaisir et parce que c‘est un résumé génial de tout ce qu' on reproche à Grimm, je cite l’image qu’en a donnée, dans ses
Hommes de la Liberté, Claude Manceron.
« (…) Frédéric-Melchior, baron de Grimm, maquereau des gens de lettres, recruteur des despotes, échotier des douairières. L’homme qui dit tout sans jamais ne rien dire. Un demi-siècle de potins susurrés par sa vieille bouche fardée, au petit trot de ses talons rouges. Celui qui souhaitait que Mozart ait moins de talent. L’ami qui a fait tant de mal à Diderot en lui voulant du bien. »
Attention, voici le monstre.
Je lance donc la discussion sur la question suivante : Grimm mérite-t-il son horrible réputation, ou bien les choses sont-elles plus nuancées? N’avait-il donc que des mauvais côtés, ce malheureux, et n’a-t-il commis que de mauvaises actions dans sa vie?

Était-ce une ordure intégrale?
Ou bien faudrait-il réviser un peu son image et y ajouter quelques traits positifs? Manceron concède du bout des lèvres qu’il voulait du bien à Diderot, donc qu’il a été pour lui un ami, sinon habile, du moins fidèle : c’est un point qu’on ne peut guère, je pense, nier…
Allez, qui aime bien Grimm, le
bad guy des Lumières? A part moi je veux dire, car vous l’aurez sans doute deviné, j’ai pour lui un faible, et j’ai toujours pensé qu’il valait mieux, au fond, que ce qu’on en disait. Je m’en expliquerai si quelqu' un est tenté par la discussion…
Amicalement,
CC