|
L'histoire de la Cour de France, naissante à la fin du Moyen-Age, brillante sous la Renaissance, atteint son apogée sous le règne de Louis XIV à Versailles. Elle se perpétue au XVIIIe siècle sous Louis XV et Louis XVI.
Nous concentrerons notre étude sur le thème de la Cour de Louis XVI et plus particulièrement sur les deux dernières années de la royauté de droit divin de 1787 à 1789. Notre réflexion n'est pas le fruit du hasard. La décade 1787-1789 est secouée par une grave crise financière et politique qui débouchera sur la réunion des Etats généraux et la Révolution. Le 6 octobre 1789, la famille royale et la Cour quittent Versailles pour toujours. Le XIXe siècle ne connaitra pas le retour de la monarchie dans le palais du roi-soleil malgré le retour des Bourbons de 1814 à 1830, la monarchie de juillet de 1830 à 1848 et dans l'intervalle deux Empires.
Or, sur fond de crise budgétaire et de revendications sociales et politiques, nous avons le sentiment que la cour de France tourne au ralenti. Cette image se révèle en partie erronée, même si elle n'est pas totalement infondée, la Maison du Roi et les courtisans ayant continué d'assumer leurs charges toujours en vigueur au château.
Certes, Louis XVI s'est décidé à réduire le train de vie de la Cour au milieu de 1787 sous l'impulsion de son ministre Loménie de Brienne et aussi afin de satisfaire l'opinion publique qui accuse la Cour d'engloutir une grande partie des recettes du royaume, ce qui est faux. Les suppressions d'offices dans les Maisons royales en témoignèrent. Le réglement du 9 aout 1787 stipula des changements dans les départements de la Chambre, de la Garde-Robe et de l'Ecurie : les officiers de cour de ces services serviraient désormais par semestre et non plus par quartier, comme c'était l'usage. La Grande Ecurie absorba complètement la Petite Ecurie et le nombre des chevaux fut réduit de 2215 à 1195. Les services de chasse comprenant la Louveterie, la Fauconnerie et le Vautrait furent supprimés. Ainsi, le Grand Fauconnier de France, le comte de Vaudreuil, un proche de Marie-Antoinette dut renoncer à sa charge tout comme le duc de Polignac qui détenait l'office trés lucratif des haras, postes et chevaux de France.
Ces réformes concernaient la Maison Civile du roi, mais la Maison Militaire fut également touchée. Déja réduite en 1775 par le comte de Saint-Germain, ministre de la Guerre, de nouvelles mesures diminuèrent encore les effectifs douze ans plus tard. Les corps d'élite des gendarmes de la garde, des chevau-légers furent démembrés. Beaucoup de gardes du corps furent licenciés. Cette réduction massive de la Maison Militaire explique vraisemblablement le déroulement des conséquences des journées d'Octobre 1789. Versailles ne disposait plus de moyens dissuasifs en cas d'émeute ou d'attaque du château.
Dans la maison de Marie-Antoinette, 173 titulaires de charges et domestiques furent congédiés. Un effort semblable fut demandé dans les maisons des frères du roi et de leurs femmes. Si le comte de Provence fit beaucoup de difficultés, le comte d'Artois pourtant réputé prince prodigue réussit cinq cent mille francs d'économies dans ses dépenses.
Pourtant, malgré la suppression de postes et la campagne d'économies imposée par les circonstances, la Cour de France continua de fonctionner. Versailles, capitale du pouvoir royal, ne fut jamais déserté et la Cour maintint sa magnificence pour les occasions exceptionnelles.
Le rituel du château demeura inchangé : Lever et Coucher du roi et de la reine, Grand Couvert, Chasses du roi, Cercle et Jeu de la Reine, Présentations, Jours d'audience aux ambassadeurs, spectacles dont deux comédies françaises et une italienne par semaine...
Mais la "douceur de vivre" comme se plut à le dire plus tard les privilégiés de la fin du XVIIIe siècle semble s'émousser à l'intérieur de la Cour. Il faut bien dire que Louis XVI et Marie-Antoinette, assaillis par les problèmes politiques et privés, n'ont plus le goût de faire la fête. Les souverains sont touchés dans leur vie intime avec la mort de leur dernière-née, Madame Sophie, décédée à onze mois et l'inexorable déclin de la santé du dauphin Louis-Joseph.
Il semble que la dernière occasion où la Cour de France s'amusa franchement fut à l'occasion des fêtes du Carnaval en février 1787 juste avant la réunion de l'Assemblée des notables. Les maisons de bois, véritables petits palais en trompe-l'oeil , dessinés par les frères Paris, ne serviront plus au plaisir des courtisans.
A bientôt pour la suite de mon exposé.
|