Alors, voici mon avis sur cette exposition.
Il est donc très différent de celui de Claudine, puisque comme elle l’a dit, j’ai énormément aimé la présentation des pièces de Jeff Koons à Versailles.
Je vais essayer d’expliquer pourquoi assez brièvement.
En premier, j’en ai simplement retiré beaucoup de plaisir immédiat

: les sculptures et les installations présentées sont drôles, brillantes, plaisantes à regarder à mon goût, et j’ai été heureux de les voir en réalité, pour la première fois pour la plupart d’entre elles.
Ensuite, c’est une forme d’art que j’apprécie personnellement pour ce qu’elle peut signifier, je ne trouve pas qu’elle soit stupide, insensée ou simplement un phénomène de mode : les œuvres de Koons sont parlantes pour moi ; par exemple, le lapin, ou le groupe de Mickael Jackson me paraissent des œuvres intelligentes, et qui peuvent mettre assez mal à l’aise. En tout cas elles ne laissent pas indifférent et forcent la réflexion, je pense.
Maintenant pour le rapport avec le cadre de Versailles, il a très bien fonctionné envers moi

. J’ai trouvé que les pièces se reliaient parfaitement, par leurs formes, leurs volumes, leurs matières, leur signification, aux lieux où elles étaient placées : ces lieux sont finement pensés pour créer un maximum d’échos intéressants. J’ai vraiment adoré, en particulier, les jeux de réfections, la manière dont les surfaces reflètent en le déformant, de différentes manières, le cadre baroque : la
Blue Moon par exemple, est une réussite très accomplie pour moi et la façon dont elle contient tout entière la galerie des glaces et ses reflets m’a parue fascinante.
Pour le sens de la confrontation, je l’ai vraiment ressenti et il m’a beaucoup plu

. D’abord évidemment, il y a l’ironie, la perspective un peu irrévérencieuse et souriante, comme avec le buste autoportrait en marbre, ou le
Split-rocker dont Jeff Koons explique qu’il est pour lui une recréation de quelque chose que Louis XIV aurait aimé aujourd’hui

. C’est amusant, mais aussi assez intelligent selon moi. Il y a des rapports que je peux comprendre, entre ces œuvres pop énormes, et le cadre également énorme de Versailles.
Ce sont des ouvrages colossaux, en matières nobles et chatoyantes, très chers ; ils sont les fruits d’une technique avancée et élitiste, et extrêmes dans leurs formes et couleurs. On leur reproche fréquemment leur laideur, leur taille, leur caractère ultra-décoratif et démonstratif, et aussi d’être les fruits d’un travail collectif –l’atelier, au profit d’un seul homme –l’artiste. Tout cela est exact, mais (j’espère que les amoureux de Versailles ne vont pas me tuer sur cette phrase, qui n’est pas une provocation, juste une réflexion

) on peut dire en partie la même chose de Versailles. C’est un ensemble monumental et excessif, autant un spectacle qu’une œuvre d’art, une gigantesque et étincelante démonstration de richesse et de pouvoir. C’est aussi totalement, au moins dans sa conception d’origine, réservé à une élite fermée, petite et puissante. Et enfin, c’est parfois très laid et de mauvais goût : ce n’est pas moi qui le dit seulement

. Après tout, « rococo » était un mot péjoratif et nombre de critiques d’art ont trouvé certains aspects de Versailles affreux…
Tout cela, les œuvres de Koons le reflètent en partie, au propre et au figuré

, dans une forme moderne et liée à notre époque –comme Versailles était étroitement lié à son époque : cela peut faire rire, ou réfléchir, ou les deux. Selon moi, c’est très bien, et c’est une exposition que je recommande d’aller voir. Je ne trouve pas qu’elle « viole l’esprit du lieu », pour moi c’est le contraire, elle lui fait écho et l’enrichit de nouvelles significations.
Mais pour finir, je sais bien qu’on peut penser tout autrement, et si des participants ont envie de m’attaquer, ils peuvent le faire

. Je suis habitué : j’ai visité l’exposition en compagnie de mes frères et de Claudine. Eux tous l’ont détestée, et sur le chemin du retour, ils se sont beaucoup moqués de moi, parce que j’étais stupide d’aimer quelque chose comme cela, et d’y trouver tant de signification. Peut-être, c’est un trait culturel de Hongkongais, car Claudine est française, et mes frères sont en France depuis très longtemps et sont imprégnés de l’esprit français, ce qui n’est pas mon cas du tout.

Les Hongkongais raffolent du kitch et de l'excès, ils ont mauvais goût, et ils n'ont pas de révérence particulière envers un patrimoine intouchable. Alors...
