Je reprends ici une anecdote que j'ai déjà donnée ailleurs et qui est narrée par Gaxotte dans
Le siècle de Louis XV :
"[...]
Louis XV ne se fâchait que si l'on était méchant pour ses bêtes. Il avait un angora blanc, d'une grosseur extraordinaire, très doux et très familier, qui couchait dans le cabinet du Conseil sur un coussin de damas cramoisi, au milieu de la cheminée.
"Le Roi, raconte encore Dufort, rentrait toujours à minuit et demi des petits appartements. Il n'était pas minuit et Champcenetz [premier valet de chambre] nous dit :
"Vous ne savez pas que je puis faire danser un chat pendant quelques minutes ?"
Nous rions, nous parions. Champcenetz tire alors un flacon de sa poche, caresse le chat et fait couler abondamment dans ses quatre pattes de l'eau de mille fleurs. Le chat se rendort et nous comptions avoir gagné.
Tout à coup, sentant l'effet de l'esprit de vin, il saute à terre en faisant des pétarades, court sur la table en jurant, cabriolant, faisant des jetés battus.
Sur quoi, le Roi arrive
comme une bombe :
"Messieurs, dit-il, qu'est-ce qui se passe ici ? Champcenetz, qu'a-t-on fait à mon chat ? Je veux le savoir."
L'interpellation était directe, Champcenetz hésite et conte succintement le fait. On sourit du récit pour voir dans les yeux du Roi comment il prendrait la chose; mais son visage se renfrogna :
"Messieurs, reprit-il, je vous laisse ici, mais si vous voulez vous amuser, j'entends que ce ne soit pas aux dépens de mon chat."
Cela fut dit si sèchement que personne depuis ne l'a fait danser.[...]"
