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Texte intégral de l'article de Sir Geoffrey de Bellaigue, directeur de la Royal Collection, paru dans le magazine Dossiers de l'Art, n°15 (novembre-décembre 1993; Editions Faton)

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Cliquez sur les images du sujet pour les agrandir.

à l'occasion de l'exposition "Versailles et les tables royales en Europe" (3 novembre 1993-27 février 1994)


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Catalogue de l'exposition

Le service de table de Louis XVI : un extraordinaire défi lancé à Sèvres.

"Ce service de table est le plus somptueux service en porcelaine tendre né à Sèvres au XVIIIème siècle. Composé de pièces de modèle sobre et de conception classique, il reflète les goûts de Louis XVI. Le souverain s'était impliqué personnellement dans sa commande dont la réalisation aurait dû durer 23 ans : c'était le plus grand défi jamais lancé à la manufacture ! :shock: :!: 8) :P

Les formes des pièces du service de Louis XVI sont traditionnelles. On n'y trouve en effet aucun modèle extravagant dessiné d'après les sarcophages romains, comme dans le "service arabesque" datant de 1783-1785.
Les rafraîchissoirs à bouteilles de vin et à glace ne sont pas non plus de conception néo-classique surprenante, ni incrustés de camées antiques, comme le sont ceux faisant partie du service de Catherine II de Russie, datant de 1776-1779.

Le service de Louis XVI allie la dignité à la sobriété, une certaine rigueur de la conception à une richesse extrême du décor. Le service était destiné à Versailles, la résidense royale qui, plus que toute autre en France, incarnait les valeurs traditionnelles, tant au niveau de l'architecture qu'à celui de l'étiquette.
En outre, le service était prévu pour être utilisé par le monarque lui-même, personnification de cette tradition. Les goûts personnels du Roi étaient simples, mais la fierté qu'il ressentait pour les réalisations de la manufacture de porcelaine dont il était le propriétaire est bien matérialisée par la commande de ce somptueux service de table.

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Ces tasses à sorbet de 1784 et 1786 font partie du plus beau et du plus coûteux service jamais commandé à la Manufacture de Sèvres. Sur les 362 pièces prévues, et dont l’exécution était programmée sur vingt ans, de 1783 à 1803, seules 203 avaient pu être achevées au moment de la suspension des livraisons en 1792.

La majeure partie de ce service incomplet, soit 174 pièces, fut acquise pour George IV d’Angleterre en 1810 et 1811 et est toujours conservée au Château de Windsor. Sur la trentaine de pièces ayant échappé aux collections royales britanniques, huit seulement sont conservées dans des musées, le reste se trouvant dans de grandes demeures anglaises ou étant considéré comme disparu. Jusqu’à une date récente, ce service n’était donc représenté en France que par le plateau de moutardier conservé au Louvre. En décembre 1997, deux tasses à sorbet, en porcelaine de pâte tendre, passent en vente à Zurich ; la Versailles Foundation, la Société des Amis de Versailles et M. Charles-Otto Zieseniss s’associent alors pour offrir à Versailles ces pièces uniques.

Cartouche de la première tasse : Narcisse, jeune homme d’une grande beauté séduit par sa propre image reflétée dans l’eau.
Cartouche de la seconde tasse : une nymphe endormie surprise par un chasseur.

Il y eu vingt-six de ces tasses exécutées, pour la plupart peintes par François-Pascal Philippine, et dont dix-huit sont aujourd’hui conservées dans les collections royales britanniques. Le thème général des cartouches était tiré de l’Histoire romaine et grecque, des Aventures de Télémaque pour les grandes pièces, et de la mythologie et des Métamorphoses pour les petites.


Des pièces brisées...par l'enthousiasme royal ! :shock: :!:

L'implication personnelle de Louis XVI fut de la plus haute importance.
Ce fut lui qui commanda le service le 3 janvier 1783, et ce fut lui qui établit de sa propre main le plan de mise en exécution.
Les dessins furent soumis à son approbation, comme par exemple le 7 mai 1788, quand Antoine Régnier, directeur de la manufacture, lui présenta à 10 heures les esquisses pour les quatre soupières, qui en l'occurrence ne furent jamais réalisées.

Des rapports sur l'état d'avancement furent établis et transmis au Roi pour examen. Même au cours des sombres journées de mai 1791, quand, retenu prisonnier aux Tuileries, il préparait la tentative de fuite qui prit fin à Varennes, il trouva encore le temps de lire le dernier rapport concernant la réalisation de ce service.

Au cours de périodes passées, plus heureuses, le Roi avait décidé de renoncer à la livraison des productions annuelles pour qu'elles puissent être exposées de manière plus avantageuse lors des ventes de la Manufacture de Sèvres qui avaient lieu dans les appartements privés du Roi à Versailles au cours des fêtes de fin d'année.

De même que, le 11 février 1754, le duc de Croÿ décrivit Louis XV surveillant le déballage de son service en porcelaine de Vincennes bleu céleste à Versailles,

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L'une des vitrines regroupant les 99 pièces du service de Louis XV, qui appartiennent aujourd'hui aux collections du château de Boughton House (Angleterre).
Versailles possède aussi plusieurs pièces du service de Louis XV, rachetées ces dernières années.

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Pièces du service de Louis XV, Boughton House.


Jean-Jacques Hettlinger, une quarantaine d'années plus tard, décrivit à son tour, avec force détails, la joie de Louis XVI découvrant, parmi les objets que déballait dans ses appartements le personnel de Sèvres pour l'exposition annuelle, des pièces de son propre service.
Louis XVI ne se contentait pas seulement de regarder, il prêtait parfois la main, avec des résultats quelquefois malheureux. :roll: :cry: :lol:
Une année même, son impatience à découvrir les pièces fut si grande qu'il entreprit l'ouverture des caisses sans attendre l'arrivée du personnel de la Manufacture de Sèvres. :shock: :D
Certaines pièces furent cassées, :shock: :roll: :( et les différents services tant mélangés qu'il a fallu de nombreuses heures aux employés de Sèvres pour les trier et remettre le tout en ordre. :oops: :roll: :lol:

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Soucoupe à pied (1792), Musée Gulbenkian (Lisbonne), l'une des dernières pièces produites du service de Louis XVI, livrées à Versailles, peu de temps après la mort du Roi ! :roll: :shock: :lol: l'Administration demeurait déjà à l'époque imperturbable... :roll: :lol:

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MessagePosté: 23 Fév 2005, 20:28 
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L'exquise variété du décor

La grande originalité du service réside dans son décor.
Sur un fond de "beau bleu", le service est décoré à l'or avec des rinceaux et arabesques compliqués et dans les réserves sont peintes des scènes polychromes à figures empruntées à l'histoire antique et à la mythologie.

Le service aurait dû comporter quelque 1032 de ces scènes peintes sur 362 pièces.
A la date de l'exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793, on comptait 517 scènes peintes sur 162 pièces, et la production du service fut interrompue à ce moment là.

Bien qu'il existât déjà à Sèvres au XVIII ème siècle des précédents pour des décors de ce genre réalisés sur des pièces individuelles, comme des tasses et soucoupes, des écuelles, des vases monumentaux et des plaques de porcelaine, dont un certain nombre fut acquis par Louis XVI lui-même, aucun service entier n'avait encore été traité de cette manière.

Il est vrai que le service de Catherine II de Russie comportait déjà des scènes antiques et mythologiques, mais elles étaient peintes en camaïeu et les mêmes scènes se répétaient sur de nombreuses pièces différentes.

Dans le cas du service de Louis XVI, les scènes sont rendues de façon naturaliste en polychromie et très peu d'entre elles sont répétées plus d'une fois. :D

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Les aventures de Télémaque, illustrées sur porcelaine.

L'intérêt du décor du service de Louis XVI réside dans le fait qu'il correspond à la fois à l'état d'esprit qui prévalait à l'époque et aux goût personnels du Roi.

L'Art, croyait-on, devait instruire autant que faire plaisir. Le type de peinture le plus considéré était la peinture d'histoire qui, par le biais de scènes antiques et mythologiques, évoquait les problèmes contemporains de même que les questions sociales et morales et les aspirations nationales.
En 1776, le comte d'Angiviller, directeur général des bâtiments du Roi, écrivit à J-B-M Pierre au sujet de la nécessité de faire refleurir la peinture d'histoire - ce qui pour lui voulait bien évidemment dire l'histoire antique - "pour ranimer les vertus et les sentiments patriotiques...pour maintenir le grand style"

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Charles-Claude Flahaut de la Billarderie (1730-1809), comte d'Angiviller.
Portrait, vers 1779, par Joseph Siffred Duplessis (1725-1802)

© RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot


Il est significatif de noter qu'Evelyne Lever *, en évoquant la politique étrangère du comte de Vergennes en 1785, écrivit : "...Vergennes appliquait les principes dont le Roi était pétri : ceux de Fénelon. Le Cygne de Cambrai n'avait-il pas condamné guerre de conquête et guerre de prestige, ne justifiant que la guerre de défense nationale et les combats menés pour échapper à un joug tyrannique."

Les principes de Fénelon sont avant tout incarnés par les Aventures de Télémaque, oeuvre que Louis XVI connaissait parfaitement."

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Fénelon (1651-1715), "le Cygne de Cambrai" (dont il était l'archevêque).
Portrait en 1713, par Joseph Vivien (1657-1734)

© RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot


...grand rival de Bossuet.

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Bossuet (1624-1704), "l'Aigle de Meaux" (dont il était l'évêque)
Portrait en 1698, par Hyacinthe Rigaud (1659-1743)

© Archives Alinari, Florence, Dist. RMN-Grand Palais / Fratelli Alinari


"A l'âge de onze ans, il rédigea des commentaires au sujet de Télémaque, qu'il fit alors imprimer à Versailles sur sa presse particulière.
En 1783 il fit imprimer par Didot l'Aîné une nouvelle édition illustrée en vue de l'éducation de son propre fils.

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Le fait que le périple de Télémaque soit étroitement associé au décor du service de table de Louis XVI n'est donc pas étonnant. L'une des principales sources des scènes reproduites dans les réserves fut les 72 planches et les 24 culs-de-lampe de l'édition de cette oeuvre qui fut publiée par fascicules à partir de 1773 et sous forme de livre en 1783 et en 1785.
Parmi d'autres sources ayant servi on peut citer les 18 estampes supplémentaires illustrant les aventures de Télémaque publiées entre 1776 et 1785, les 139 illustrations de l'édition de Banier des Métamorphoses d'Ovide (1767-1771), des planches des Figures de l'Histoire Romaine de S-D Mirys (ouvrage publié par fascicules à partir de 1777) ainsi qu'un grand nombre de gravures isolées, imprimées à diverses dates dans différents pays, mais qui illustrent toutes des thèmes de l'histoire antique et de la mythologie.
En outre, les artistes de Sèvres adaptèrent 51 dessins exécutés par J-B-E Genest qui avaient servi à l'origine de modèles pour les scènes romaines et mythologiques du service de Catherine II.

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MessagePosté: 23 Fév 2005, 20:29 
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Un ensemble édifiant au sein de la Cour de France

Les scènes représentées sur le service de table de Louis XVI constituent un véritable recueil des thèmes moralisateurs classiques jugés appropriés pour l'éducation des princes au Siècle des Lumières.
En outre, elles sont accompagnées de thèmes plus traditionnels s'appuyant sur la mythologie, principalement tirés des Métamorphoses d'Ovide. La disposition des scènes sur les pièces du service ne semble pas avoir suivi un ordre spécifique. Alors qu'en principe, les scènes peintes sur les différentes assiettes du service de Catherine II se conformaient à des thèmes particuliers - mythologie grecque, histoire grecque ou histoire romaine - sur les pièces du service de Louis XVI on ne trouve pas de telle distinction.

Une scène tirée des Métamorphoses d'Ovide pouvait, sur une assiette donnée, être accompagnée de quatre autres scènes rappelant des événements célèbres de l'histoire de Rome. De même, des scènes du Télémaque de Fénelon et des Métamorphoses d'Ovide pouvaient cohabiter sur d'autres pièces.

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Plateau de moutardier (1787), par Charles-Nicolas Dodin (1734-1803) et Etienne-Henry Le Guay l'aîné (1721-1797); Musée du Louvre

© 2009 Musée du Louvre / Martine Beck-Coppola


Louis XVI, amateur averti

Outre son intérêt pour les sujets des scènes eux-mêmes, le Roi a dû admirer l'habileté avec laquelle les artistes de Sèvres exécutèrent de telles miniatures si vivantes et si parfaites.
Le fait que Louis XVI connaissait les difficultés que posait leur réalisation est évident. En effet, le 7 mai 1788, lorsqu'on lui présenta le dessin des soupières, sur lesquelles devaient être reproduites des scènes tirées (entre autres) de Télémaque, on rapporta que "S.M. eut la bonté de dire qu'elles ne seroient pas si tôt faites". Par ailleurs, ceci est également implicite puisqu'il accepta qu'il faudrait 23 ans pour produire le service complet.
Il était tout autant inutile de rappeler au Roi que la peinture de chaque scène nécessitait beaucoup de temps. En 1791, on l'informa qu'il fallait de 12 à 15 mois à un seul artiste travaillant de 8 à 10 heures par jour pour peindre cinq réserves, chacune comportant de 5 à 8 figures. Par ailleurs, peu d'artistes employés à Sèvres avaient la compétence requise.
Louis XVI, du fait de sa propre expérience de peinture de scènes miniatures sur cartes devait être en outre plus en mesure que quinconque pour apprécier les problèmes auxquels devaient faire face les artistes de Sèvres.

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Les peintres de figures : une élite à Sèvres

L'une des caractéristiques de la réalisation des pièces de ce service qui le différencie d'autres importants service de table est le fait qu'à de rares exceptions près, les scènes miniatures peintes sur chaque pièce sont l'oeuvre d'un seul peintre.

Les archives révèlent qu'il y avait peu de division des tâches, contrairement à ce qui se produisit pour la fabrication du service de Catherine II, et qu'en outre peu des pièces furent retouchées par un autre peintre que celui auquel elles furent confiées en premier lieu.

Une documentation détaillée a permis de déterminer les pièces produites chaque année, ainsi que d'établir par qui elles furent peintes.
Ceci nous permet de nous faire une idée précise du style propre à chacun des 8 artistes impliqués dans ce travail.

Cette analyse fait apparaître que les plus talentueux furent Pithou jeune, Pithou aîné et Dodin.
Parmi ceux que l'on pourrait qualifier de plus moyens, on trouvait P-A Le Guay et Asselin.
Les 3 autres artistes, dont le travail était surtout confiné à l'exécution de pièces moins importantes, furent Gérard, Philippine et Didier; seul Gérard fit preuve d'une réelle aptitude à peindre des scènes à figures.

Les peintres de figures constituaient une élite, et le nombre d'artistes capables d'atteindre le haut niveau requis pour cette forme de décor a toujours été limité.
Le fait que Didier, qui était classé à Sèvres comme artiste de 2ème catégorie et qui, bien qu'il fut plus à l'aise dans la peinture d'oiseaux et d'animaux que de celle de personnages, fut employé en 1791 et 1792 à peindre des scènes sur des pièces du service de Louis XVI tend à démontrer que la Manufacture ne comptait à cette époque que très peu de peintres de figures talentueux.

Il est surprenant de constater qu'Antoine Caton, qui s'imposait comme un des meilleurs artistes, ne participa pas à la réalisation de ce service.
Bien qu'au fil des ans une certaine baisse de la qualité puisse être constatée, celle-ci se limita toutefois en grande partie aux pièces de dimensions plus modestes et à celles produites en 1792, qui s'avéra être la dernière année de production.

Malgré ce fait, l'impression générale qui se dégage du service est un sentiment de grande richesse - "Toutes les pièces...sont du dernier fini..."

Une histoire poignante qui s'arrête en 1793

En dépit de sa flamboyance et de son caractère de tour de force de l'art du potier, ce "bijou de la Cour" demeurait toutefois le service de table personnel du Roi, qui avait bien l'intention de s'en servir, comme en témoigne la fourniture de 60 assiettes simples (dont 36 furent effectivement produites), peintes d'arabesques dorées sur un marli bleu sans aucune scène, ni au centre, ni sur le marli. Les plats et assiettes à décor devaient être présentés sur les buffets.
Le fait que le service comprenait des "citronniers" est une preuve supplémentaire des intentions de Louis XVI, qui préférait accomoder ses salades de jus de citron plutôt que de vinaigrette. :roll: :wink: :D

En 1786, on lui livra 6 citronniers avec leurs soucoupes (sans rapport avec ce service), ce qui constitue la première référence à ce type de vaisselle.
Le fait qu'il fut vraisemblablement conçu de façon spécifique pour le Roi est suggéré par le nom inscrit sur le modèle en plâtre qui subsiste de nos jours : "citronnier du roi". Deux verseuses de jus de citron étaient destinées au service de table de Louis XVI, dont une fut réalisée en 1792.

Il n'existe aucun parallèle à Sèvres de cet engagement personnel d'un souverain et de son ifentification à une commande particulière.
Le fait que sa réalisation se soit arrêtée de façon aussi brutale à la mort tragique de Louis XVI en janvier 1793 rend encore plus poignante l'histoire de ce service.
La partie du service déjà produite fut vendue par le gouvernement révolutionnaire français, principalement entre le 11 et le 19 Messidor de l'An II (29 juin-7 juillet 1794).
Il arriva entre les mains des libraires et marchands Treuttel et Würtz, desquels George IV l'acquit en 1811 au prix de 1973 livres, 4 sous, 8 deniers.

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George IV, Régent en 1811, suite à la folie de son père George III puis Roi de 1820 à 1830.

Il semble juste que ce service soit entré dans la collection d'un prince dont l'admiration pour les arts décoratifs français ne connaissait pas de limite et pour qui l'association de ce service au souverain français constitua un souvenir émouvant de la fin tragique de Louis XVI."

Texte traduit de l'anglais par Ann Sautier.

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MessagePosté: 10 Fév 2008, 01:55 
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En complément, la notice de la soucoupe à pied - déjà en illustration plus haut - qui appartient au musée Gulbenkian de Lisbonne. :wink:

Texte extrait de l'ouvrage Chefs-d'oeuvre du Musée Gulbenkian : meubles et objets royaux du XVIIIème siècle français.

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Une coédition de la RMN et de la Fondation Calouste Gulbenkian, en association avec le domaine national de Versailles (2000).
Cliquez sur les images pour les agrandir.


:arrow: Soucoupe à pied
:arrow: Sèvres, pâte tendre.
Marques de Sèvres (LL croisés);
de date : PP (= 1793)
du peintre : A (de Charles-Eloi Asselin)
H. : 0,037 ; D. : 0,227 m
:arrow: Historique : collection Robert Napier (?); collection John Cockshut
Acquis par l'intermédiaire d'Agnew lors de la vente de cette dernière collection chez Christie's, Londres, le 11 mars 1913 (n°82).
:arrow: Expositions : Lisbonne, 1976 (n° 162)
Versailles, 1993-1994 (n°137)

Lisbonne, musée Calouste Gulbenkian. Inv. 340

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© 2002 Fundação Calouste Gulbenkian

"La soucoupe à pied qui appartient aujourd'hui à la collection Calouste Gulbenkian fait partie du célèbre service commandé par Louis XVI à la manufacture royale de Sèvres qui, dans sa quasi-totalité, se trouve aujourd'hui dans les collections de la reine d'Angleterre.

C'est une pièce circulaire, à bord découpé, dotée d'un court pied central. Sur un fond bleu foncé s'ouvrent cinq réserves encadrées d'une bande dorée et séparées par des motifs d'arabesques et de rinceaux, également dorés.
Dans ces réserves, peintes par Asselin, sont représentées des scènes mythologiques copiées ou inspirées de gravures et de dessins de l'époque.
Sir Geoffrey de Bellaigue a identifié l'une des scènes comme étant inspirée de la gravure L'Amour sous la figure d'un enfant enflâme Calypso et ses nymphes, de J-B. Tillard, elle-même tirée, d'après Charles Monnet, de l'oeuvre célèbre de Fénelon, Les aventures de Télémaque, fils d'Ulysse, publiée à Paris entre 1773 et 1785.

Une autre scène, représentant Vénus et Cupidon (?) a pu trouver aussi sa source dans la même oeuvre. Les autres cartouches représentent, l'un, dans la réserve circulaire, au centre, la grossesse de Callisto dénoncée par les nymphes de Diane, un autre, Diane réconciliant Céphale et Procris, et le dernier, une figure masculine à genoux à la proue d'une embarcation.
Le revers est blanc, avec des marques peintes en bleu, au centre du pied.

Ce service, dont l'exécution fut programmée et suivie par le roi lui-même, était destiné à être utilisé dans ses appartements privés de Versailles. Le nombre de pièces prévu devait être de 362. Les livraisons commencèrent en 1783 et se poursuivirent jusqu'en 1792.
La production, loin d'être terminée, fut interrompue alors que le roi avait déjà été exécuté.

Le service, mis en vente par les autorités révolutionnaires, fut acquis pour l'essentiel par un certain M. Würtz, à qui le roi George IV d'Angleterre allait l'acheter.

La soucoupe à pied de la collection Gulbenkian dut faire partie de la dernière de ces livraisons, effectuée en 1792, bien qu'elle présente la marque de date PP, correspondant à l'année 1793. 1

Isabel Pereira Coutinho.

1. A propos de la non-concordance entre la lettre de date et la date d'exécution observée dans certaines pièces de ce service, voir Bellaigue, 1986, p. 35."

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MessagePosté: 10 Fév 2008, 07:33 
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C'est vraiment très beau et passionnant. Merci Louis-Auguste. :D

J'ai une question : le "beau bleu", c'est bien le "bleu de Sèvres" ou "bleu royal", donc du cobalt en trois couches, avec cuisson à grand feu? :?: Je ne suis jamais certain des appellations, en porcelaine française... :oops:


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MessagePosté: 10 Fév 2008, 09:16 
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C'est cela, Sam. :D

La Manufacture de Sèvres a écrit:
[...]Le bleu de Sèvres fascine les artistes de notre temps : des techniques différentes pour des effets variés

A la Manufacture de Vincennes – Sèvres, plusieurs bleus ont été expérimentés dès le XVIIIe siècle. Le bleu de Sèvres est un bleu de cobalt, nommé au XVIIIe siècle Bleu royal, mis au point sur la porcelaine dure entre 1770 et 1775, comme fond coloré. Cette sur-couverte transparente de grand feu est posée en général par putoisage en 3 couches sur la couverte incolore cuite. Mais en changeant la technique, on change l'effet.


Voir ici. :wink:

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MessagePosté: 10 Fév 2008, 10:34 
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Merci de cette confirmation, Louis-Auguste.
C'est vraiment une couleur fabuleuse... :oops: :D


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MessagePosté: 24 Juil 2018, 18:02 
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La notice du service sur le site du Royal Collection Trust :

:arrow: The Louis XVI dinner service (1783-1793)

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