Claudine Cavalier a écrit:
Et que fait l'auteur des cas où les corps ont été (apparemment

) mutilés par des mains humaines? Il me semble qu'il existe des témoignages sur ce type de mutilations... des décapitations notamment.
De nombreuses victimes sont en effet décapitées. Mais il n'y a pas trace d'intervention humaine dans ces décollations.
L'auteur explique que c'est la technique de prédation du loup qui en est la cause. Il saisit généralement ses victimes à la gorge, peut être gêné par les coiffes, les vêtements, les mouvements de sa victime qui se débat. La plupart des victimes sont retrouvées les joues dévorées, le visage labouré.
Une fois que le loup a assuré sa prise et réussi à égorger sa victime, il la traîne pour la dévorer plus à son aise, à couvert. C'est lors de ce transport, la plupart du temps, que la tête se détache. Le loup n'y touche pas, dévorant plutôt le buste, les cuisses et les bras.
A aucun moment, l'auteur n'évoque l'hypothèse d'une intervention humaine dans les décapitations des malheureuses victimes.
Ce qui m'a le plus surpris, dans cette affaire, c'est que l'on utilisait ce qu'il restait des corps des victimes pour essayer d'attraper
la Bête. Espérant que le meurtrier reviendrait sur les lieux, on empoisonnait les restes des cadavres, avec l'assentiment des familles.
Je ne pensais pas que l'Eglise permettait un tel usage de restes de corps de chrétiens.

Cette technique ne fonctionna pas avec
la Bête et les corps, au bout de 3 jours, furent rendus aux familles et inhumés.
J'ai également appris que dans les archives un "troupeau" désigne généralement des ovins tandis que s'il est écrit que "la petite Jeanne était partie mener ses
bestiaux aux pâturages", alors il s'agit de "bêtes à cornes" donc de vaches.
A noter que bien des petits gardiens ont été sauvés par l'intervention de leurs vaches qui les ont protégés du loup qui les agressait.
Jean-Marc Moriceau indique aussi que les ovins, conduits par des bergers professionnels et défendus par de solides mâtins intéressaient - contre toute attente - assez peu les loups qui épiaient plus aisément les petits vachers conduisant leurs bêtes dans les "pâturaux" dispersés.
Il indique également que, si l'homme n'a généralement pas à craindre le loup, il existe cependant 1 à 3 % de "loups carnassiers", ie, de loups anthropophages qui ont sévi par exemple en Italie du Nord de 1801 à 1817, en Hollande (1810-1811), en Estonie (1803-1854) et même en Biélorussie (1995-1996) !
Et à propos de la vision actuelle du loup, Jean-Marc Moriceau écrit :
Citation:
[...]Or, avec le souci récent de défendre la biodiversité, et la revalorisation de l'image du loup qui en résulte, l'histoire de ces ravages connaît un renouveau passionnel.
Désormais, aux yeux de certains protecteurs de Canis lupus, l'attribution de toutes ces attaques revêt une importance extrême; si on arrive à "innocenter" le loup - comme s'il s'agissait de faire un procès à l'animal ! - on renforcera sa position aujourd'hui.
Le discours ne s'embarrasse pas de nuances et le dogme affiché que "le loup n'attaque pas l'homme" ne doit subir aucune entorse, quitte à falsifier l'histoire.
Faute de dissocier une position lycophile - tout aussi légitime que discutable dans la France du XXI[sup]ème[/sup] siècle - des réalités survenues dans d'autres contextes environnementaux comme celui du Gévaudan des années 1760, certains commentateurs amalgament le passé et le présent, les sources d'archives et les spéculations romanesques, les réalités culturelles et les constats biologiques.
Dans les témoignages du passé, ils s'engouffrent sur les éléments les plus suspects ou les plus fragiles, comme la tradition orale, qu'ils utilisent comme point de départ à des reconstitutions fantaisistes dans lesquelles les rapprochements qu'ils hasardent reposent souvent sur du sable.
Sous prétexte de prendre fait et cause pour un grand prédateur sauvage, certains partisans du loup refusent à l'avance tout argument rationnel. Le sort de l'animal justifie-t-il un tel acharnement ? La réfutation systématique des travaux des historiens présente-t-elle un intérêt pour faire avancer la réflexion actuelle sur la place des grands carnivores ? La Bête du Gévaudan - comme le Petit Chaperon rouge - devient l'enjeu d'une véritable polémique. Une nouvelle couche de confusion s'est donc ajoutée à celles qui existaient déjà.
Décidément, la Bête n'arrête pas de sécréter du mystère, selon les préoccupations changeantes de chaque époque, alimentant le mythe pour le meilleur et pour le pire. [...]
Pour ma part, j'ai vraiment dévoré ce livre

qui est ma plus instructive et passionnante lecture de l'été 2008.
