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 Sujet du message: Littérature chinoise du XVIIIème siècle
MessagePosté: 28 Sep 2007, 21:22 
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Bonsoir à tous,

ce fil a pour but de présenter un certain nombres d'auteurs et d'ouvrages littéraires chinois du XVIIIème siècle. Je le développerai peu à peu, avec l'aide d'un ami, meilleur connaisseur de ce sujet que moi :wink: :D .

Nous présenterons aussi bien des auteurs lettrés "classiques", c'est-à-dire écrivant à l'intérieur du système mandarinal, que des auteurs marginaux. Nous essayerons de varier les genres littéraires (sachant que les genres chinois ne recoupent pas exactement les genres européens) et de privilégier, dans un premier temps, les auteurs dont au moins une oeuvre a été traduite en français.
Il va sans dire que nous espérons que d'autres lecteurs du forum nous rejoindront pour parler ici de littérature chinoise du XVIIIème siècle, et nous offriront à leur tour un aperçu de leurs écrivains préférés... :wink:


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MessagePosté: 28 Sep 2007, 21:37 
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Une autobiographie chinoise du XVIIIème siècle
Les Six chapitres d’une vie flottante de Shen Fu


Shen Fu est un lettré du XVIIIème siècle, qui a laissé un texte autobiographique très célèbre en Chine et très spécial : les Six chapitres d’une vie flottante.

Il a vécu sous la dynastie des Qing, il est né en 1763 et la date de sa mort est inconnue. On ne sait de lui que ce qu’il en a dit dans son texte, car c’était un personnage très mineur. Il était né dans une bonne famille, mais il avait échoué aux Examens impériaux qui auraient pu lui permettre de faire une carrière politique, et il est resté dans l’ombre toute sa vie. Grâce à cette obscurité, il a pu écrire avec beaucoup de liberté et de naturel, ce qui rend son œuvre très particulière : il développe plus de sentiments personnels que les écrivains plus célèbres et il est plus original. Il peut se permettre de traiter des « petits » sujets très concrets, comme la nourriture qu‘il mange, la disposition des pièces où il vit, la musique qu’il joue, les jeux auxquels il s’amuse, les nuances de son humeur, sans se préoccuper de la hauteur de la pensée, ni de l’avis de la postérité comme le ferait un homme important. :wink:


Les Six chapitres racontent brièvement le cours de son existence, appelée "flottante" dans le titre selon une dénomination poétique empruntée au plus célèbre poète chinois des Song, Li Bai. Ils sont écrit dans un style très pur, facile à lire, et très imprégné de poésie : il y a beaucoup de citations et d’allusions aux auteurs classiques, ce qui est une pratique courante dans la prose chinoise. On ne peut plus lire aujourd’hui que les quatre premiers chapitres, retrouvés en 1869, les deux derniers ont disparu. :cry:

Shen Fu raconte son enfance, qui se déroule à Suzhou, sa jeunesse et ses études, et surtout sa vie d’homme marié, en compagnie de sa femme Chen Yun. C’est un témoignage très précis et très rare sur la vie quotidienne d’un lettré de bas rang au XVIIIème siècle et aussi un portrait de femme encore plus rare : Shen Fu adorait son épouse et il l’a perdue très tôt, de maladie. Il a voulu lui rendre vie dans son texte et il a bien réussi : il a peint un portrait très vivant et sensible d’une jeune femme chinoise dans sa vie de tous les jours. La considération de Shen Fu pour Chen Yun était exceptionnelle pour l’époque, et il dit dans son livre qu’elle lui a valu des problèmes, car sa famille ne la comprenait pas. :shock:
Mais à cause d’elle, il a écrit des pages vraiment touchantes sur sa femme. Il raconte avec beaucoup de vivacité sa vie de couple, ses joies et ses peines, les disputes, les réconciliations, les aventures : il était un peu excentrique dans ses façons envers sa femme… :lol: Par exemple, il avait accepté que Yun, qui voulait voir une fête interdite aux femmes, se travestisse en homme pour y assister :shock: et le résultat avait été amusant, et embarrassant aussi quand on avait découvert la fraude… :lol: C’est très bien décrit, très drôle et réel et il y a beaucoup de petites anecdotes comme cela, vraiment curieuses et plaisantes à lire.

Le quatrième chapitre est un récit des différents voyages que Shen Fu avait fait dans sa carrière, avec des descriptions de sites célèbres. C’est moins personnel car il s’agit d’un genre très classique dans la littérature chinoise, souvent traité au XVIIIème siècle, mais il y a de jolis tableaux et des scènes poétiques aussi.

On peut lire ce texte en français dans une traduction de Pierre Ryckmans parue aux éditions 10-18 en 1982, sous le titre Six récits au fil inconstant des jours. C’est une bonne traduction, un peu surchargée par rapport à l’original qui est vraiment très fin, vif et pur dans sa forme. Les allusions et les citations sont bien précisées en notes.
Il existe également une traduction sous le titre de Récits d'une vie fugitive, par Jacques Reclus, parue dans la collection Connaissance de l'Orient de Gallimard en 1986 : elle est plus précise que celle de Pierre Ryckmans, mais moins charmante. Elle est bien annotée aussi.


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MessagePosté: 28 Sep 2007, 22:22 
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Inscription: 14 Fév 2005, 23:47
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Localisation: Dans son monde...
Cette vie flottante semble bien intéressante. :D
Merci, Sam, de nous avoir signalé les éditions françaises de ce texte.

Les auteurs que vous allez nous présenter, Claudine et Sam, sont-ils étudiés dans le système scolaire chinois comme l'on étudie chez nous Voltaire, Rousseau...etc auxquels il est impossible d'échapper :lol: ?

_________________
"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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MessagePosté: 28 Sep 2007, 22:39 
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Régicide
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Inscription: 20 Fév 2005, 18:49
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C'est difficile à dire de façon générale... Sam vous répondrait mieux que moi :oops: , mais je pense que cela dépend des auteurs et aussi du lieu des études : la Chine n'est pas vraiment unifiée sur ce point. Shen Fu (qui est vraiment merveilleux à lire :wink: ) n'est pas beaucoup étudié à ma connaissance, mais quand nous parlerons de Cao Xueqin, il en ira autrement : il est aussi incontournable qu'un Voltaire en France, sans aucun doute.
Certains écrivains chinois sont par ailleurs victimes d'une occultation totale dans la culture publique en Chine : c'est par exemple le cas des "huit excentriques" présentés ici dans un fil spécial, qui ont "disparu" de Yangzhou. :cry: Mais c'est un sujet délicat... :oops:


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MessagePosté: 29 Sep 2007, 00:37 
La sensibilité de Shen Fu dut "irradier" son "existence flottante" :love:
et celle de son épouse :wink:

Merci à vous, Sam, de présenter l'autobiographie de ce lettré chinois du XVIIIè siècle. Ses six chapitres m'attirent. Je suis curieuse de connaître la subtilité et le style de cet auteur...


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MessagePosté: 29 Sep 2007, 08:39 
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Régicide
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Si je peux me permettre, Aude, je vous suggèrerais de lire plutôt la traduction de Jacques Reclus (qui est disponible en poche, en folio). Celle de Ryckmans est délicieuse mais c'est davantage une paraphrase, je crois, qu'une traduction... Je précise à tout hasard que Ryckmans, c'est Simon Leys sous son vrai nom. :lol:
De toute façon, vous verrez, c'est un bonheur de lecture. :D

Sam, j'ai une question sur Shen Fu : je me demande dans quelle mesure ce qu'il raconte correspond à une réalité, et si cette réalité était courante à l'époque. Parce que tout de même, il y a des choses extraordinaires dans son récit. Déjà l'histoire de travestisement à laquelle vous faites allusion, est-ce que c'était possible sans danger pour la jeune femme? :?:
Et que faut-il penser de la façon dont il raconte que Yun étant tombée amoureuse d'une femme, une jolie courtisane, il essaie de la lui acheter comme concubine : il veut prendre une concubine pour sa propre épouse! :shock: Je n'arrive pas à me rendre compte si c'est normal, je veux dire banal pour son époque et son milieu, ou si c'est une extravagance... ou même une fabulation de sa part?
Merci de m'éclairer. :D


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MessagePosté: 29 Sep 2007, 12:28 
Citation:
Je précise à tout hasard que Ryckmans, c'est Simon Leys sous son vrai nom.

En effet, et pour cause :wink:

Je suivrai votre conseil, Claudine, bien qu'il semble intéressant de lire Pierre Ryckmans... (L'idéal serait de lire les deux... :lol: )

Votre questionnement m'interpelle également... Tout cela semblerait effectivement assez "surréaliste" pour l'époque... :D


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MessagePosté: 29 Sep 2007, 13:11 
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Il est facile de lire les deux, Aude, si vous en avez envie : le texte de Shen Fu est très court. :wink:
Paul Demiéville a publié la traduction de Jacques Reclus dans sa collection, parce que la traduction de Pierre Ryckmans avait été sortie en Belgique et non en France. Je ne dis pas qu'elle est meilleure pour ma part : elle est simplement plus précise, mais ce n'est pas absolument une qualité pour traduire le style classique chinois. La langue est très loin de la française, alors la précision... Peut-être Ryckmans rend mieux l'effet d'ensemble, je ne peux pas vraiment dire. Mais non, Claudine, ce n'est pas une paraphrase, c'est une vraie traduction : c'étaient vos affreux jésuites qui paraphrasaient les textes chinois pour les faire ressembler à des textes chrétiens! :lol:

Je ne crois pas du tout que Shen Fu invente des histoires sur sa femme : le travestissement n'était pas dangereux, parce qu'ils vivaient dans un très petit milieu protégé et qu'ils étaient des personnages sans importance. La femme d'un lettré officiel aurait pu mourir pour une chose pareille, mais pour eux c'était un jeu inoffensif.

Quand il achète une courtisane pour sa femme, non, ce n'est pas surréaliste, c'est assez banal à l'époque. Il aurait aussi pu acheter un acteur pour lui-même, c'était courant au XVIIIème siècle. Les amours entre personnes du même sexe étaient fréquentes, et puis on achetait les gens pour le plaisir très facilement. Pour un homme, c'est normal d'avoir au moins deux épouses et Shen Fu n'en avait qu'une, c'est ça qui était bizarre. :lol: Il aimait sa femme et il a voulu prendre sa seconde épouse pour elle, c'est tout. Peut-être il romance un peu, pour accorder l'histoire aux romans et pièces célèbres de son temps qui racontaient des amours entre femme et concubine : peut-être la courtisane n'était pas aussi amoureuse de Yun qu'il le dit, ou alors sa mère, qui la vendait, a demandé trop d'argent. Mais pas autre chose, car il dit aussi que Yun est morte en partie du chagrin d'avoir été séparée de sa bien-aimée et là-dessus, il ne mentirait pas.

Votre question est difficile, Louis-Auguste : c'est oui et non, mais comme nous choisissons de présenter les écrits traduits en français, en général ce sont des classiques. (Shen Fu est un peu à part parce que son texte a été diffusé tard. Les excentriques aussi parce qu'ils sont trop critiques pour aujourd'hui, mais quand même leurs peintures sont admirées en Chine). Mais on les étudie seulement dans un cursus avancé, donc la plupart des élèves chinois ne les étudient jamais. :oops: Les Chinois les connaissent bien par contre, parce qu'ils sont populaires et sont diffusés par des adaptations à l'opéra, au cinéma et à la télévision.


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MessagePosté: 29 Sep 2007, 13:36 
Merci infiniment de votre commentaire instructif, Sam, et des précisions apportées, si intéressantes !
Je lirai donc les deux traductions :P :D dans l'espoir d'approcher plus "intensément" l'écriture de Shen Fu...


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 Sujet du message:
MessagePosté: 29 Sep 2007, 13:43 
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Régicide
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Ah bon, l'homosexualité était si bien admise que ça en Chine, au XVIIIème siècle? Je croyais que les empereurs Qing avaient pris des lois contre elle... :shock: :?:


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