J'ouvre aujourd’hui un petit sujet sur l’art d’un pays qui est encore très peu apparu dans cette partie du forum : la Corée.
Je commencerai par la peinture, qui est la plus facile à traiter, puis peut-être je poursuivrai sur la sculpture et l’architecture.
Au XVIIIème siècle correspond pour la Corée la période de la dynastie Choson : une dynastie ancienne fondée au XIVème siècle, purement coréenne à la différence de la précédente qui était mongole, et militaire. Cette lignée de souverains a marqué la Corée de son influence à la fois tournée vers la Chine et nationaliste, et surtout confucéenne et conservatrice.
Davantage que la Chine, on peut nommer la Corée un « empire immobile », et on la qualifie d’ailleurs de « royaume-ermite » : l’appellation est assez fausse et injuste bien entendu, mais elle permet aussi de décrire certains aspects de la culture. Ainsi, la répétition dans l’art de thèmes strictement classés et l’usage de techniques très déterminées, censément calquées sur l’ordre immuable du monde.
Cette tendance est accentuée au XVIIIème siècle avec la fermeture décidée suite à une guerre très dure survenue au siècle précédent, la Guerre de Sept années. A part la Chine des Qing, auquel le royaume était soumis à verser tribut, ce qu'il faisait de mauvais gré, la Corée de cette époque n’avait pas de rapport avec d’autres pays. On y trouve l’apogée en art d’un style confucéen purement classique, sinisant mais néanmoins marqué de particularités. La fin du siècle surtout, à partir du règne du roi Chongjo, a vu s’épanouir des formes picturales très remarquables.
On divise alors la peinture coréenne en trois catégories sur le modèle de celles de la peinture chinoise : le paysage, le portrait et la peinture de fleurs et d’animaux.
Le paysage est traditionnellement séparé en deux écoles : l’école du Nord et l’école du Sud. La première est la plus influencée par la Chine, dont elle imite les techniques de la dynastie Song (donc c’est une école archaïsante) : traits fins, style fouillé et coloré. La seconde est plus indépendante, et les peintres peignent à larges traits, mais nerveux, différents du style « sans os » des Chinois. Les effets de lumière et la couleur sont rendus en lavis monochromes. La répartition des artistes entre ces écoles n’est pas rigide, la plupart ont participé aux deux.
Je commence aujourd’hui par présenter le premier, et le plus grand, des « Quatre Etudiants », le nom générique de quatre peintres qui ont marqué le paysage coréen : Chong Son.
Chong Son (1676-1759)
Un homme d’origine noble, mais pauvre, Chong Son fit des études classiques et devint magistrat de vilage. A l’âge de trente-cinq ans, il cultiva la peinture, prenant le surnom de pinceau de Kyum Jae, « Humble Etudiant ». Ses grandes qualités lui valurent la faveur de la cour, et il travailla à partir de sa cinquantaine au Bureau officiel de la peinture. Il étudia parfaitement le style chinois, mais pour s’en détacher.
Il a fondé une manière très personnelle dite
Jingyung, « de la vue exacte », en ce qu’il peignait les lieux toujours d’après nature et tels qu’il les voyait. Il n’usait pas des techniques de perspective chinoises, ni des conventions classiques du paysage et cherchait une exactitude maximale. Néanmoins, il ne faisait jamais aucun dessin sur le motif mais retenait les éléments visuels de mémoire, pour les réorganiser ensuite sur la soie ou le papier dans son studio. C’est une étrangeté qui explique en partie son style, à la fois réel et rêvé, frappant et poétique.
Il est surtout fameux pour ses peintures nombreuses d’un lieu particulier de Corée, les Monts de Diamants, admirés pour leur hauteur et leur majesté qu’il a figurées avec force. Pour peindre leur structure cristalline, il a employé une méthode de coups de pinceaux fins et superposés, très spéciale et unique.
Il aimait rendre la puissance des éléments naturels, comme la cascade de Bagyeon, qu’il a peinte en exagérant jusqu’à quatre fois sa hauteur, comme une divinité des montagnes.
Mais il appréciait aussi les lieux modestes et la simplicité des villages et des arbres solitaires.
Son oeuvre conservée compte plus de quatre cents peintures, réparties sur presque cinquante années de sa vie, car il peignit jusqu'à ses derniers instants. Les oeuvres de ses derniers mois sont considérées comme les plus belles.