Ah bon, ce n'est que ça? Alors vous avez raison, c'est facile. Je m'imaginais que c'était plus compliqué...
Aude, je m'en doutais

. Ôkyo est plus immédiatement séduisant, je pense, que Jakuchû. C'est pourtant ce dernier qui ces temps-ci, rencontre le plus de succès auprès du public (en termes de nombre d'expositions, de ventes, etc.) Il est à la mode, tandis que le pauvre Ôkyo s'enfonce dans les brumes du dédain et de l'oubli...

J'exagère, mais il y a un peu de ça : Jakuchû, moins classique, est plus « tendance » aujourd'hui en Asie. En Occident, bien entendu, la plupart des gens ignorant jusqu'à l'existence de ces deux peintres

, pas de rivalité entre eux.
Mais méfiez-vous, si vous souhaitez vous initier au shintoïsme comme le laisse entendre votre message : les kamis ne sont pas commodes, même peints par Ôkyo... Brr...
Merci encore des explications, Sam. Je reviens sur un point que vous avez soulevé, qui est intéressant, mais me paraît faux

. On s'éloigne d'Ôkyo, mais ce n'est pas grave, c'est mon propre sujet, et je m'autorise à moi-même la digression (comme vous êtes aussi modérateur, vous pouvez me l'interdire

).
Vous comparez les
honji suijaku ga, les « images de présences véritables » ou « images de la manifestation temporaire de la vraie forme » (je crois, au sens étymologique des idéogrammes) aux icônes de l'art chrétien. Je ne pense pas que ce soit la même chose, si du moins j'ai compris ce que recouvre la terminologie shintoïste et bouddhiste.
La peinture, ou la sculpture, dans ces dernières religions « capture » la présence de la divinité et permet au fidèle de vénérer un dieu « en personne », car il est physiquement, matériellement, présent dans l'image. Et cette présence reste toujours là, que le fidèle y soit ou non.
Dans le christianisme orthodoxe, l'icône ne manifeste pas concrètement la présence divine, encore moins celle des êtres surnaturels qu'elle représente. On n'est pas en contact réel d'un saint, quand on regarde une icône le représentant, et le Christ, la Vierge, les anges, etc. ne sont pas matériellement présents dans l'iconostase d'un point de vue orthodoxe. Il s'agit davantage d'un dispositif, on pourrait presque dire d'une « installation », qui offre au fidèle la possibilité, par la pratique de la contemplation, d'accéder à une forme de connaissance de Dieu. Cette connaissance passe par le regard physique, mais le dépasse immédiatement pour conduire, de la perception corporelle de la beauté figurée, à la perception intellectuelle de la beauté, puis de la perfection morale de Dieu. La théorie qui sous-tend cette forme d'art sacré est la théorie platonicienne de la Beauté, comme voie d'accès au Bien véritable. L'icône constitue donc une « ouverture », une espèce de fenêtre, si l'on veut, entre les deux royaumes, le terrestre et le céleste. Elle est indissociable de la notion de transcendance, et son fonctionnement dépend du regard du fidèle : c'est lui qui l'« ouvre », si l'on garde l'image de la fenêtre, et qui regarde à travers elle. Sans l'action volontaire du fidèle, l'icône n'est qu'un morceau de bois peint.
Je ne sais pas si c'est clair et si ça répond à votre interrogation. Toujours pour rester dans le XVIIIème siècle, voici une icône moldave, anonyme mais datée de 1702. Elle représente Saint-Michel, l'archange chef des légions angéliques. Elle est belle, n'est-ce ce pas?

Mais le fidèle chrétien qui la contemple et la vénère ne voit pas l'archange en personne : il accède, à travers sa représentation, à la beauté, puis à la vérité, de Dieu lui-même. On est assez loin de la cascade de Hozu peinte par Ôkyo, qui elle, manifeste physiquement la puissance d'une divinité locale -et constitue de la sorte une « idole » au sens chrétien...
Si d'autres lecteurs du forum, meilleurs connaisseurs que moi de l'art chrétien, ont envie de confirmer ou d'infirmer ce que j'écris, ils sont les bienvenus.

Mais je ne pense pas (trop) me tromper.
