Itô Jakuchû (1716-1800)
Voici un bref sujet de présentation d'un artiste japonais du XVIIIème siècle, aussi méconnu en Occident qu'il est encensé en Chine et au Japon

, engouement mérité pour un homme étrange et passionnant. Je l'ai moi-même découvert assez récemment

, en visitant l'exposition du Musée Guimet consacrée au sanctuaire shintô de Kompira-San, le dieu de la mer.
Je ne m'attarderai pas sur cette exposition absolument extraordinaire, où l'on pouvait admirer l'intégralité de la décoration intérieure du temple, qui sortait du Japon pour la première fois depuis sa création au XVIIIème siècle. J'aurais d'ailleurs dû en faire un sujet pour le forum, mais...
Bref, les curieux peuvent se consoler en allant la voir (ou la revoir) sur le mode virtuel, en suivant ce lien.
http://www.guimet.fr/visite_konpira/index.htmlQuatre des pièces de ce monument shintoïste, dont la structure date de la fin du XVIIème siècle, ont donc été décorées, en 1764, par le peintre "excentrique" zen Itô Jakuchû : bouddhiste fervent, celui-ci n'en était pas moins fort prisé par les temples shintô pour la perfection et la puissante originalité de ses création décoratives.
Né en 1716 à Kyôto, de son vrai nom Genzaemon, il était le fils d'un grossiste en fruits et légumes, métier qu'il exerça lui-même jusqu'à la quarantaine avant de se consacrer exclusivement à la peinture.
A partir de la fin des années cinquante du siècle, il se retira dans un pavillon construit sur la rive de la rivière Kamo, le
Shin'en-Kan (la Maison du détachement du cœur) pour étudier la peinture chinoise et occidentale, tout en approfondissant sa pratique religieuse. Adepte de la secte Rinzai du Zen, il reçut alors son nom de peintre d'un de ses amis, le moine Daiten Kenzo : Jakuchû signifie (à peu près

) "pareil au vide", ou "qui aspire à la vacuité".
Cet "aspirant au vide" peut nous paraître étonnant, voire paradoxal, car il pratique un art de la somptuosité la plus extrême, alliant la surcharge érigée au rang de méthode au remplissage maximal de l'espace pictural. Il est pourtant un pur artiste zen, considéré comme un mystique de la meilleure qualité... et c'est pour la valeur religieuse de ses peintures qu'il est encore, semble-t-il, si prisé dans le monde bouddhiste.
Plutôt que d'en dire davantage

, je préfère montrer quelques-unes de ses œuvres les plus fameuses.
La dernière œuvre reproduite est probablement la plus célèbre de Jakuchû, la plus étrange également. Intitulée "Oiseaux et animaux dans un jardin de fleurs", elle est composée de centaines de carrés de 1 cm de côté, chacun coloré individuellement pour composer un effet de mosaïque. Le résultat est... surprenant.
